FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE, le trop célèbre président du tribunal criminel de l'Orne, naquit à Argentan le 12 septembre 1735, et fut baptisé le 14, dans l'église Saint-Germain de cette ville.

 

provost françois joseph baptême z

 

Son père, François Provost, originaire de la paroisse de Sarceaux, y avait été baptisé le 12 octobre 1702. Il ne tarda point à venir se fixer à Argentan, en qualité d'apothicaire. Quoique cette position fut considérée dans cette ville, à en juger par les familles estimables qui l'y ont depuis longtemps exercée, elle ne suffit pas à son ambition, et, le 28 avril 1747, il obtint du roi la commission d'un office municipal, auquel paraissaient attachées quelques prérogatives.

A peine devenu "contrôleur des routes" de la ville, tel était le titre conféré par cet office, François Provost se prétendit exempt du tarif imposé, à leur entrée, à toutes les marchandises. Une longue contestation s'engagea, à ce sujet, entre lui et le sieur Charles Barbot, adjudicataire des droits du tarif, mais, le 12 février 1749, le sieur Provost fut débouté de ses prétentions.

François Provost avait épousé Marie-Louise Leroy. Il en eut plusieurs enfants ...

L'un de ces enfants fut JEAN-FRANÇOIS-ALEXANDRE PROVOST LA PERRELLE, qui épousa : 1° à une date ignorée, Marie-Luce Aubert2° le 1er frimaire an XII, Marie-Anne-Françoise de la Celle, née à Argentan le 19 janvier 1744, de François de la Celle et de Louise Hardi. Cette seconde femme de Jean La Perrelle était, elle-même, veuve, en premières noces, de Nicolas-Robert-Friquet ; en secondes noces, de François-Vincent Denis ; et en troisièmes, de Louis-Nicolas Lambert de Banvou.

Un autre enfant de François Provost et de Louise Leroy ne partagea point les sentiments révolutionnaire de ses frères. Marie Provost était entrée, quelques temps avant la révolution, dans l'abbaye de Sainte-Claire, où elle fit profession sous le nom de soeur Sainte-Claire. Pendant la tourmente, elle s'efforça d'employer le crédit de son frère pour atténuer la persécution dont les saintes filles éprouvèrent les effets. Demeurée, après la dispersion, attachée de coeur à ses chères compagnes, elle partagea leur retraite, et, lors du passage à Argentan de l'empereur et de l'impératrice, le 31 mai 1811, ce fut elle qui fut chargée de leur remettre un précieux souvenir de l'abbaye. "C'était un livre d'heures qui avait appartenu à la bienheureuse Marguerite de Lorraine, parente de la maison d'Autriche. Chaque page de ce superbe manuscrit sur velin, format in-8°, était encadrée d'arabesques et ornée de charmantes miniatures. Madame Provost avait recouvert ce beau volume de velours rouge, en y joignant la généalogie de la sainte duchesse d'Alençon. L'empereur trouva ce livre si intéressant qu'il le parcourut avec l'impératrice pendant tout le trajet d'Argentan à Alençon.

tribunal criminel

Parlons maintenant du fameux président du tribunal criminel de l'Orne :

Lorsqu'éclata la révolution, FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE exerçait à Argentan la profession d'avocat, avec une certaine notoriété, mais sans grand succès. Imbu des idées nouvelles, il s'en fit bientôt l'ardent apôtre, et c'est par lui que fut fondé dans cette ville le club des "amis de la Constitution".

Quelques mois après, nommé procureur-syndic de la commune, il se signala dans ces nouvelles fonctions par son acharnement contre les ecclésiastiques insermentés. L'Assemblée constituante venait d'établir dans chaque département un tribunal criminel, composé d'un président, d'un accusateur public, d'un greffier, nommés à l'Élection, d'un commissaire nommé par le chef du pouvoir exécutif, et de trois juges, pris, à tour de rôle, dans les tribunaux des différents districts. Le tribunal devait prononcer d'après la déclaration du jury, mais on s'en passait le plus souvent, et le rôle du président était prépondérant. L'élection de ce dernier eut lieu le 25 septembre 1791, et PROVOST LA PERRELLE, signalé par sa fougue révolutionnaire dans sa ville natale, fut nommé président du tribunal criminel séant à Alençon. La journée du 10 août, l'effervescence de la Montagne, la mort du roi, furent pour lui autant d'occasions de manifester son enthousiasme croissant.

Sa part fut grande dans les nombreuses exécutions qui ensanglantèrent la ville d'Alençon pendant ces jours néfastes. Argentan figure, à elle seule, dans ce lugubre contingent pour cinq victimes, compromises dans l'affaire Barbot-Terceville [voici les noms de ces cinqs malheureuses victimes : Jean Marais, domestique du sieur des Granges ; 2° Philippe Lacroix, domestique du citoyen de Sentilly (M. du Moulin), émigré ; 3° Antoine-Louis Aupoix, ci-devant employé dans la régie des Aydes ; 4° Basile Lasne, domestique du citoyen de Briouse (comte d'Orglandes) ; 5° Renoust des Orgeries, le père].

Cependant des jours moins sinistres allaient luire pour la pauvre France, affolée de terreur : la main des bourreaux commençait à se lasser, et le 9 thermidor vint enlever à nos pères leur horrible cauchemar.

Dégoûté sans doute lui-même de son odieuse connivence, PROVOST LA PERRELLE salua la mort de Robespierre comme une délivrance. Il parut avoir dépouillé le vieil homme, et l'on cite de lui quelques traits de modération qui lui valurent une sorte de réhabilitation dans l'opinion publique.

Aussi, lorsque le 20 germinal an VI, supplanté par Piarron-Mondésir dans ses fonctions de président, il revint se fixer au milieu de ses compatriotes, il ne semble pas avoir été en butte aux sentiments de répulsion qu'il méritait peut-être encore.

Six ans après, le 9 frimaire an XII (1er décembre 1803), parvenu à l'âge de 68 ans, il songea à se remarier. Chose singulière, mais non sans exemple ! Ses deux femmes appartenaient par leur naissance à la noblesse, contre laquelle il avait si cruellement sévi.

La première, en effet, qu'il avait épousée à la Roche-de-Nonant le 7 mai 1766, était Marie-Anne de Brossard, fille de François de Brossard, écuyer, sieur de Frévent, et de Michelle-Angélique Le Mière de Rombisson (elle mourut à Argentan, âgée de 61 ans, le 11 brumaire an X).

La seconde fut Marie-Barthélémy de Saint-Ouën d'Ernemont, veuve de Charles de Loulay, âgée de 76 ans, née à Rouen, de Barthélémy de Saint-Ouen d'Ernemont et de Marie-Gabrielle de Boniface.

Les témoins choisis par lui n'indiquent point qu'il fût honni du monde où il était entré. C'étaient, outre son frère, remarié lui aussi huit jours auparavant, Gratien du Moulin de la Fontenelle, chef de brigade, ami de l'épouse, François de Brossard, lieutenant de gendarmerie, son beau-frère, et Pierre des Hayes de Chiffretot.

Moins de quatre mois après, le 26 mars 1804 (5 germinal an XII), FRANÇOIS-JOSEPH PROVOST LA PERRELLE mourait à Argentan. Son acte de décès lui donne la qualification d'homme de loi.

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Une fille, née de son premier mariage avec Mademoiselle de Brossard, Michelle-Angélique Provost, épousa le sieur Jean Riaux-Boulay et mourut à Argentan, âgée de 73 ans, le 21 juin 1847 (Jean Riaux-Boulay, son mari, mourut lui-même en cette ville, chez son fils, rue du Croissant, le 6 mai 1850).

Une autre fille des mêmes, Antoinette-Marie-Josèphe-Adélaïde Provost La Perrelle, née à Argentan le 8 mai 1767, y mourut le 21 janvier 1842, veuve de M. Sennegon.

- La vie de nos pères en Basse-Normandie par M. Victor des Diguères - 1879

- AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Argentan