Recrédit z

Sur le territoire de Saligny, à une petite distance de Belleville, se trouve l'ancienne gentilhommière du Recrédy.

Il y avait là autrefois une chapelle ainsi mentionnée dans le Pouillé du dix-huitième siècle : "Chapelle de Notre-Dame des Recrédys ; fameuse dévotion."

Dans le langage courant, elle était plus connue sous le nom de chapelle de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre.

La tradition populaire lui attribue la même origine qu'à la chapelle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles qui est celle-ci :

Une riche et pieuse dame des environs avait, paraît-il, perdu son fils unique, enlevé par une troupe de bohémiens. Non contente de faire fouiller tout le pays par ses gens, la pauvre mère, après avoir invoqué la protection de Marie, s'était mise elle-même à la recherche de son enfant. Elle venait de dépasser le bourg du Poiré, lorsque l'un de ses envoyés, accourut en toute hâte, lui apprit que le cher petit avait été retrouvé du côté de Montaigu, et qu'il arrivait escorté de plusieurs serviteurs fidèles. Grande fut la joie de la bonne dame qui, se jetant aussitôt à genoux, promit à la Sainte Vierge de lui élever une chapelle à l'endroit même où elle avait appris la "bonne nouvelle". Telle serait, d'après la tradition, l'origine de la chapelle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles.

Après avoir reçu, en sortant du Poiré, "la bonne nouvelle" que lui apportait l'un des messagers envoyés à la recherche de son fils, l'heureuse mère poursuivit sa route et vola au-devant du cher égaré. Elle le rencontra précisément au Recrédy, où, en souvenir de cette "bonne rencontre", elle fit élever une second sanctuaire dédié à la Mère des mères.

La chapelle de Notre-Dame des Recrédys ou de la Bonne-Nouvelle acquit une popularité au moins égale à celle de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles ; ainsi que le constate le Pouillé du dix-huitième siècle, elle provoqua une "fameuse dévotion" dont témoigne, en outre, un document officiel daté de l'année 1845 et que M. l'abbé Huet, curé-doyen de Maillezais, a eu la bonne fortune de découvrir aux archives de Saligny. Il s'agit d'une lettre adressée au Préfet de la Vendée, par plusieurs conseillers municipaux de Saligny, à l'occasion de difficultés avec la commune de Belleville :

"Après mûr examen, écrivent les signataires (dont plusieurs habitent le pays "depuis plus de soixante ans"), le conseil de Saligny a reconnu et établi en fait, à l'unanimité, qu'avant 1793 il existait au Recrédy, commune de Saligny, une chapelle consacrée, dont la sainte avait, dit-on, la vertu d'opérer des cures et des guérisons merveilleuses. "

Cette chapelle, en partie détruite en 1794, tombait en ruines en 1815, époque à laquelle elle fut vendue à M. de Tinguy, gendre de M. de Buor, maire de Saligny ...

Après la pacification de la Vendée, en 1796, et les années suivantes, l'assemblée avait encore un but religieux ; elle suivait M. Audureau, curé de Saligny, officiant au Recrédy pour la guérison des infirmes qui faisaient le pèlerinage à la chapelle de Notre-Dame.

En 1802, après un acte de vandalisme de la part des habitants de Belleville, qui sont allés durant la nuit piller la chapelle et en enlever les ornements, les vieillards, qui avaient conservé l'antique foi de leurs pères, venaient à Saligny pour prier, et les jeunes, qui abusent de tout, y venaient pour danser ..."

L'érudit abbé Huet, auquel j'emprunte ce document nous apprend encore que la chapelle de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre avait une certaine importance, "car, d'après la tradition des anciens, on y voyait trois "passées" (nefs) et il y avait trois cloches ..."

Chaque année, le 15 août, ce sanctuaire était le but d'un pèlerinage solennel qui, peu à peu, dégénéra en assemblée profane, à mesure que le monument tombait en ruines.

Élevées en même temps par les soins d'une pieuse mère reconnaissante, les deux chapelles de Notre-Dame des Bonnes-Nouvelles et de Notre-Dame de la Bonne-Rencontre furent démolies à peu près à la même époque, après avoir figuré, l'une et l'autre, parmi les sanctuaires les plus populaires de cette partie du Bocage vendéen.

La Vendée Historique : 20 juin 1908.