Vézelois z


Au moment de la Révolution, Vézelois formait avec Meroux une Paroisse importante. Le Curé Damotte, dans sa déclaration des biens et revenus de la cure de Vézelois, en 1789, dit : "le nombre des paroissiens exige un vicaire". En effet, Meroux, éloigné de l'Église mère, réclamait des déplacements continuels de la part du curé. Il fallait administrer les sacrements, assurer le service à la Chapelle de Meroux pour le compte du Chapitre, donner l'instruction religieuse aux enfants, etc ... J.-P. Oeuvrard fut nommé au vicariat de Vézelois et devint un auxiliaire de F.-J. Damotte.


J.-P. Oeuvrard, comme son curé, prêta le serment civique en l'accompagnant des mêmes restrictions. Malgré cela, il fut considéré comme ayant prêté le serment pur et simple et put assurer paisiblement son vicariat à Vézelois pendant toute l'année 1791 et jusqu'à l'automne de 1792.

A ce moment-là, comme il avait prêté serment avec restrictions, par application de la loi du 26 août 1792, il dut quitter la France sous peine de déportation, ce qu'il fit. Il se retira en Suisse et semble être resté en exil près de deux ans. Il fut inscrit sur la liste des émigrés, on lui confisqua et vendit ses biens. Il resta en Suisse au temps où la Terreur était la plus violente et il revint en cachette au cours de l'année 1794.

 

Chèvremont z

 

 

Jean-Pierre Oeuvrard, revenu au pays, célébra en cachette les offices dans les Grands-Bois de Vézelois. La tradition a gardé le souvenir de ces faits.

A Vézelois, les offices se célébraient donc dans les Grands Bois. Afin que le prêtre ne soit pas pris en défaut par la police ou les indicateurs, ces offices avaient lieu tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Le dimanche matin, les habitants du village, à l'heure de la messe, se dirigeaient vers la forêt. Le lieu où ils devaient se rendre leur était indiqué en cours de route par quelques initiés. La clef du secret était donnée par l'Angelus du samedi soir. Il n'y avait alors que 2 cloches à Vézelois. Quand l'Angelus sonnait en commençant par la grosse cloche, il fallait se rendre entre la vie de Novillars et le chemin d'Eschêne. Si au contraire la petite cloche sonnait la première, c'est dans le bois du côté de Meroux que l'office se célébrait. A la fin de l'Angelus, quand la cloche continuait à tinter au lieu de s'arrêter, c'était du côté de Chèvremont que les paroissiens devaient diriger leurs pas.

En employant le langage des cloches, l'abbé Oeuvrard avait trouvé une façon ingénieuse de renseigner ses ouailles sans éveiller les soupçons des révolutionnaires. Mais le secret, par la suite, fut dévoilé.

Un dimanche matin, les gendarmes arrivèrent au village et se dirigèrent vers les "Grands-Bois". Les habitants de Vézelois qui se rassemblaient pour assister à la messe se concertèrent et s'armèrent. A distance, ils suivirent les gendarmes. Le curé fut arrêté et emmené sous bonne garde. Pour éviter la traversée du village, le chef de l'escorte décida de faire passer son prisonnier par les chemins vicinaux entre Vézelois et Chèvremont. Mais à son arrivée au lieu-dit "La Haie au Loup", en patois "lai raidjie à loup", les gendarmes furent attaqués par les fidèles de Vézelois rassemblés à cet endroit. Le coup de main était soigneusement préparé. Deux groupes s'étaient formés et embusqués dans les taillis de chaque côté du chemin. Au passage de l'escorte, les assaillants en poussant de grands cris, se précipitèrent sur les gendarmes. Des coups furent échangés. Mais pris de peur, devant cette foule prête à leur faire un mauvais parti, les représentants de la force s'enfuirent en abandonnant leur prisonnier.

Mais sans cesse traqué, il est arrêté à nouveau et emprisonné le 1er mai 1798. Condamné à la déportation le 1er juillet suivant, il faisait partie du convoi qui, de Belfort, se dirigeant sur Vesoul, devait atteindre La Rochelle, puis l'Île de Ré, lieu de concentration des déportés.

Durant l'emprisonnement de J.-P. Oeuvrard, les paroissiens de Vézelois s'inquiétaient du sort réservé à leur vicaire et décidèrent de le délivrer. Pour cela, ils s'armèrent, se noircirent la figure pour ne pas être reconnus et vinrent attendre le passage du convoi et de son escorte sur la hauteur de Chalonvillars. Le 13 messidor an IV (1er juillet 1798), J.-P. Oeuvrard est délivré, ainsi que ses compagnons, tous prêtres réfractaires.

Libre, il dut de nouveau se cacher pour échapper aux recherches.

Ce n'est qu'après la conclusion du Concordat, le 13 prairial an X (2 juin 1802), qu'il consentit à signer la promesse de fidélité à la Constitution. L'année suivante, il obtint son amnistie pour faits d'émigration.

J.-P. Oeuvrard, après le Concordat, est nommé curé de Vézelois. Sur la couverture du registre des actes religieux de la paroisse, on trouve à cette époque : "Brevet de traitement". Le 24 floréal an XI (14 mai 1803), - Mgr l'archevêque de Strasbourg nomme curé de Vézelois le Sieur Oeuvrard Jean-Pierre, né le 5 septembre 1757, au traitement annuel de francs 500 - sous déduction de la pension dont il jouit.

Puis, le 8 août 1811, il fut nommé à la cure de Trétudans où il devait rester près de 13 ans.

Il mourut à Trétudans le 3 mai 1824.

Oeuvrard décès z

Bulletin de la Société belfortaine d'émulation - n° 56 - 1948-1949

AD90 - Registres d'état-civil de Trétudans