MORTAGNE-SUR-SÈVRE
UNE BAGARRE EN 1760

Mortagne-sur-Sevre château zzz


Ce soir-là - nous sommes le dimanche 29 juin 1760 - six jeunes gens sortaient du cabaret tenu par François Constant : Charles Dillé, René Boursier, François Denis, René Sicard, Ambroise Merlet et Louis Fortin.

Ce dernier, garçon meunier à Coudrin - vieux moulin attenant à celui de Jousseaume, dans la vallée de la Sèvre - avait bu "maints coups de vin" avec ses camarades au cours de l'après-midi et les têtes étaient fortement échauffées ...

Déambulant rue du Château, ils entendirent "jouer une muzette" sur la place du château, où dansait à cette heure la jeunesse mortagnaise. Ils firent une apparition au bal mais ne s'y attardèrent pas. C'est "dans la rue qui conduit de l'estang à celle de Cholet" qu'allait se dérouler le drame.

Au cours d'une discussion et dans des conditions mal déterminées, Louis Fortin "échauffé en vin qu'il avait bu" porta à Ambroise Merlet un violent coup de point sur la tête "dont il fut renversé".

Rien de bien extraordinaire, pensera-t-on, dans ce banal incident. Le malheur, c'est que le lendemain le pauvre Merlet mourait ... Le cas était grave pour Louis Fortin. Aussi, ayant appris que "les procédures les plus vives" étaient engagées par les officiers de la baronnie de Mortagne, prit-il la précaution de "s'absenter", de disparaître, "pour ne pas être exposé à des inconvénients qui ne pouvaient que luy estre funestes ..."

Par bonheur, la mère du défunt, une brave journalière du nom de Gabrielle Amiot, veuve de Pierre Merlet, ne jugea pas à propos de se porter partie "ny formelle ny civile", dans les poursuites, estimant que le décès de son fils était "plutost un accident qu'un véritable crime". Finalement elle transigea, avec le père de l'homicide pour une somme de 60 livres.

Celui-ci obtint de son côté des lettres de rémission - de pardon - que le roi pouvait accorder en cas d'homicide par imprudence (c'était le cas) ou pour meurtre en cas de légitime défense. Ces lettres, de novembre 1760 - scellées du grande sceau de cire verte avec lacs de soie - "mettaient à néant toutes les procédures, sentences ou arrêts" qui pourraient intervenir. Toutefois, une condition était mise à cette "rémission" : Fortin devrait servir dans les troupes de Sa Majesté l'espace de six années !

Fortin qui, entre temps, s'était constitué prisonnier "ès prison de la Conciergerie du palais royal de Poitiers", s'engagea donc, le 2 novembre 1760, dans le régiment de Limousin-Infanterie et, par une triste journée d'hiver, dit un adieu, peut-être définitif, au vieux moulin de Coudrin, à la vallée de la Sèvre et à la place du Château où, par une belle journée d'été, il avait dansé au son de la "muzette" ... (Archives de la cure)

Société des Sciences, Lettres & Beaux-Arts de Cholet et de sa Région - 1960 - p. 65 - 66

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