NUEIL-SUR-ARGENT
LA FAVRIÈRE

 

Favrière 004

 

Du château de la Favrière subsiste, attenant à un pavillon carré plus ancien, une aile remarquable d'architecture dans le style de la renaissance classique.

Le rez-de-chaussée forme galerie ouverte, avec les arcs en plein cintre d'ordonnance toute italienne et d'une exécution fort soignée.

Entre chaque ouverture, une colonne appliquée, à chapiteau toscan, porte, en même temps qu'un modillon en console, à la clef de chaque arc, une architrave avec corniche légèrement saillante.

 

Favrière 001

 

Au-dessus s'élève un étage avec fenêtre à deux baies géminées en plein cîntre qui sont encadrées de pilastres couronnés de chapiteaux ioniques.

Une toiture en tuiles plates a remplacé l'ancien toit d'ardoises à grande pente.

Le château de la Favrière avait sa chapelle privée. On y célébrait la messe une fois par semaine.

Malgré six siècles d'existence, l'histoire de La Favrière garde encore des secrets. L'un des seuls points connus était que La Favrière, avant de passer entre les mains de la famille Le Mastin de La Rochejaquelein, avait appartenu aux Beaumont.

L'histoire de cette demeure remonte donc au moins au XIVe siècle comme l'atteste une note des archives de La Durbelière datée de 1315. On peut bien sûr imaginer que l'endroit était baptisé ainsi depuis déjà longtemps. La racine latine de Favrière est en effet faber qui signifie forgeron et de fait un magnifique four de forgeron existe encore en ce lieu.

Une dame de la Favrière, inhumée en l'église de Nueil, avait fait don à la paroisse en 1551 d'un calice.

 

Favrière 002

 

Parmi toutes ses possessions, Pierre de Beaumont, seigneur de Bois-Charruyau, comptait la Favrière, simple manoir édifié sur un plateau dominant la vallée de l'Argent. A la mort de son fils et de son épouse, La Favrière revint aux Le Mastin au milieu du XVe siècle. D'importants travaux furent engagés. Guillaume et Jean, fils de Gilles Le Mastin, étaient alors écuyers des chevaliers du seigneur de Bressuire, le puissant Jacques de Beaumont, alors en train de restaurer de fond en comble son château de Bressuire. Sans doute inspirés par les travaux que le seigneur réalisait en sa demeure, les Le Mastin restaurèrent à leur tour La Favrière. Une cheminée à moulures prismatiques et à arc de décharge, montée à Bressuire, trouve ainsi sa réplique presque exacte dans la maison des vassaux. 

La Favrière devint alors la résidence principale de la famille Le Mastin, détentrice de nombreux autres fiefs situés sur une ligne allant de Chemillé à Bressuire. On trouve Claude Le Mastin, devenu gentilhomme d'honneur de la reine Catherine de Médicis, gentilhomme d'honneur du roi Henri III, et qui fut qualifié de chevalier de l'ordre de Saint-Michel sous Henri IV. C'est à lui que l'on attribue la construction de la remarquable galerie Renaissance de la Favrière, sans pour autant détenir aujourd'hui de preuves irréfutables.

 

Favrière 003

 

A la Révolution, l'ancienne maison de maîtres, transformée en ferme générale, fut occupée par les troupes du général Quétineau dans la nuit du 11 au 12 avril 1793. Deux mille cents Républicains y bivouaquèrent avant d'aller installer leur artillerie dans le pré des Justices aux Aubiers. Là, ils luttèrent contre Henri de La Rochejaquelein qui inaugurait par cet acte le premier de ses combats pour l'Armée Catholique et Royale. Le jeune chef vendéen mit en déroute la troupe de Quétineau qui, sans doute dépitée par son échec cuisant, canonna la chapelle de La Favrière et la détruisit entièrement. Cependant les Républicains prirent bien garde de préserver la galerie, fleuron de l'endroit.

En 1793, une légende locale l'affirme, les cloches de Nueil, menacées d'être envoyées à la fonte, auraient été cachées dans l'étang de la Favrière.

La Favrière fut par la suite acquise par les Montesquiou-Fezensac avec le dernier des émigrés. Le marquis Odart de Rilly d'Oizonville la légua à madame de Cassagne qui la vendit enfin en 1987 ...

Sources :

Extrait : Le Pays du Bocage - Maurice Poignat - 1984

Xavier Maudet - Châteaux, manoirs et logis des Deux-Sèvres - Association Promotion Patrimoine