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Une manifestation patriotique, qui a un grand retentissement en Vendée, attirait Jeudi 26 septembre 1895 à la Durbelière (Deux-Sèvres), une foule évaluée à plus de 20.000 personnes. Il s'agissait de l'érection d'une statue d'Henri de la Rochejaquelein.

A dix heures, messe solennelle, à laquelle assistaient Mgr Catteau, évêque de Luçon, Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier, et Mgr Pelgé, évêque de Poitiers. Mgr de Cabrières a prononcé l'oraison funèbre.

Après le déjeuner, offert par M. le marquis de la Rochejaquelein aux personnes qui ont souscrit pour le monument, à leurs familles, au clergé et aux habitants du pays, a eu lieu l'inauguration de la statue.

La statue, bronze de Falguières, représente "le héros" debout, avec ce regard d'aigle, qu'il eut toujours, la main sur la garde de son épée, le scapulaire du Sacré-Coeur sur la poitrine et dans l'attitude du commandement ...

Les hommes d'élite de la Vendée, demeurés fidèles aux grandes et saintes cause que La Rochejaquelein défendit jusqu'à la mort, avaient leur place toute marquée aux fêtes de la Durbelière. C'est dire que celui qui tient la tête de cette élite, j'ai nommé notre éminent et si populaire député, M. Bourgeois, y était attendu.

Sollicité d'offrir à la statue du héros un gage de pieux souvenir, M. Bourgeois eut la délicate pensée de cueillir sur les murs du château une branche de lierre, de ce feuillage emblème de la fidélité. Puis rappelant le banquet de Bressuire, auquel il assistait le 4 octobre 1881, il exprima dans les vers suivants, l'émotion dont il était de nouveau saisi, lui, vieux lutteur, en présence de la superbe manifestation de la Durbelière :

Souvenir de Bressuire (Banquet du 4 octobre 1881)

Si j'avance, suivez-moi !
Si je recule, tuez-moi !
Si je meurs, vengez-moi !

Nous étions là, deux mille, un jour et dans la houle
J'ai parlé ... - Vous ? - Oui, moi - Voyons qu'avez-vous dit ?
- Ah ! ça, demandez-le, cher monsieur, à la foule ...
... J'ai dit : VIVE LE ROI ! ... Trois mots et ça suffit !
Attendez ! J'ajoutai : - Devant ce flot qui coule,
Hideux, boueux, messieurs, si j'avance ... - On comprit ...
Bravo ! ... Sous les bravos la vaste salle croûle ...
Henri, ce n'est pas moi ; c'est toi qu'on applaudit.
Si je meurs ... - A ces mots, tous se mirent à rire :
Souvenez-vous, c'était au Banquet de Bressuire.
- Nous, mourir ! Vendéens, nous les enterrerons.
- Eh bien, quand nous irons au combat, au martyre,
Messieurs, si je recule ... une voie que j'admire,
La voix d'un paysan cria : - J'avancerons.

Souvenir de la Gaubretière (1793-1815-1832-1895)
J'ai connu, tout enfant, un vieux brave, héroïque
Parmi tous les héros de nos tems Vendéens :
C'était, de mon grand-père un bon vieux domestique,
Modèle, en ce tems-là, des serviteurs chrétiens.
Comme son maître, un jour, Bignon, avec sa pique,
Était aux premiers rangs, quand son chef lui dit ... Viens ! ...
Là, mets-toi là ; voici le drapeau. - Sans réplique,
Le vieux Bignon le prend et répond : - Je le tiens !
Puis, pleuvaient les boulets, les balles, la mitraille ...
Les Vendéens vaincus désertaient la bataille.
Son chapelet en main, lui restait, sans bouger.
- Imbécile, cria le chef, faut-il que j'aille
Te chercher ! - Et Bignon, dressant sa haute taille :
- "Vous ne m'aviez pas dit, monsieur, de m'en aller."

Saint-Aubin-de-Baubigné - Henri de La Rochejaquelein.

Le flot fait au vieux roc une couronne blanche ;
Sur mon vieux front aussi mes cheveux ont blanchi.
Que de rocs, sous l'effort, de la rude avalanche,
Que de fronts, ô mon Dieu, fatigués ont fléchi !
Ton vieux soldat pourtant, son épée à la hanche,
Est encore là, debout ... Eux, ils ont ... réfléchi.
Par ceux qui parlaient haut de leur foi, de revanche,
Le rouge Rubicon est aujourd'hui franchi ...
Pendant vingt ans, mon Dieu, mon Roi, j'ai fait la guerre.
... La nuit vient ... que de morts ! Longtemps vieux solitaire,
J'ai gardé le drapeau qu'on m'a dit de tenir ...
Henri, je suis venu saluer ta bannière !
Mon Dieu, j'ai terminé ma dernière prière ;
Allons, vieux serviteur, il est tems de partir.

Le soir, à sept heures, feu d'artifice et embrasement des ruines du château où est né La Rochejaquelein.

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Un télégramme daté de Châtillon-sur-Sèvres, signé "St-Germain" :
"Fête inauguration statue La Rochejaquelein admirablement réussie. Soleil radieux. Foule énorme. Évêques Montpellier, Luçon et Poitiers. Messe solennelle à St-Aubin ; éloge du héro vendéen par Mgr de Cabrières. Très éloquent. Banquet 350 couverts dans ruines du Château de la Durbellière excellement servi. A la statue, vibrants discours, Charette, Biré, sénateur et Mayol de Luppé. Très spirituelles poésies Bourgeois, député, superbes stances Émile Grimaud. Enthousiasme général. Le soir feu d'artifice magnifique."

 

AD85 - L'Étoile de la Vendée - 4 Num 365/11 - 1895 - page 302
AD85 - Semaine catholique du diocèse de Luçon - 4 Num 115/20 - 1895 - p. 962