L'AFFAIRE DU CLOCHER DE NUEIL (1794

Nueil sous passavant ancienne église

 

C'est le dimanche 27 avril 1794 (8 floréal an II) qu'eut lieu l'affaire du clocher de Nueil-sous-Passavant. Le soir de ce jour, le général Boucret, qui avait sauvé la vie aux assiégés, envoyait, de Doué-la-Fontaine, aux représentants du peuple un rapport pour leur raconter cet évènement :

Le général de brigade Boucret, informé qu'un rassemblement de brigands se portait sur Passavant et Nueil, envoya sur-le-champ cinquante dragons, qui ne purent percer jusqu'à Nueil, et estimèrent que le rassemblement des brigands était au nombre de six cents.

Le général, pour plus grande information, fit marcher cinquante hommes de cavalerie par Les Verchers, commandés par le général Grignon, qui ayant dépassé Les Verchers n'a pas jugé convenable de les attaquer, vu leur nombre supérieur en force. Il aperçut le village de Nueil en feu, mis par les brigands ; quinze braves républicains montèrent dans le clocher, firent un feu terrible sur les brigands. Les brigands dirent aux républicains : "Rendez-vous ou nous allons vous brûler". Ils répondirent : "Nous préférons la mort que de nous rendre avec de vils esclaves !" et crièrent : "Vive la République !" en leur faisant une décharge. Ils soutinrent le feu des brigands pendant cinq heures.

Le général Grignon envoya une ordonnance au général Boucret de lui faire passer sur-le-champ quinze cents hommes d'infanterie. Ce dernier marcha à leur tête. Arrivée au point de ralliement où était le général Grignon, la colonne fut divisée sous deux points ; l'une marchant par la droite et l'autre par la gauche battirent la charge et foncèrent sur la horde des brigands, qui désempara le poste de Nueil.

Par cette raison, nous eûmes la douce satisfaction de délivrer les vrais défenseurs de la République qui, à notre arrivée, descendirent du clocher, quoique le feu y eût été mis aux quatre coins et l'église embrasée totalement. Nous nous embrassâmes aux cris mille fois répétés de "Vive la République !"

Le maire de cette commune, qui était au clocher, fut blessé d'une balle qui lui traversa le bras.

Les noms de ces braves républicains sont : Pierre Pilet, André Gautier, Pierre Hervé, Louis Pilet, Nicolas Pilet, maire, Louis Gallard, René Gallard, Denis Maillet, Jean Charuau père et fils, Hilaire Gautier, Louis Desnoues fils [né le 31 octobre 1749], Jean Hétreau, Nicolas Godineau et Pierre Gannereau, tous réduits à la bienfaisance de la Convention, étant incendiés totalement.

La force armée s'est portée de suite sur Passavant, où le rassemblement des brigands s'était retiré : ils furent mis en fuite, cent au moins mordirent la poussière. La nuit étant venue, nous fûmes obligés de rentrer au poste qui nous est confié. Nous perdîmes trois hommes et deux blessés."

Le maire, Nicolas Pilet, transporté à Doué-la-Fontaine, mourut quelques jours après des suites de sa blessure. Il fut inhumé en grande pompe à Doué, le 2 mai. (13 floréal an II)

Pilet signature

Le lendemain de la sépulture de Nicolas Pilet, les officiers municipaux de Nueil mandaient à Turreau, général en chef de l'Armée de l'Ouest : "Le citoyen Pilet, maire de notre commune, à la vue des brigands qui voulaient dévaster notre commune et nous assassiner, s'est retiré dans notre clocher avec quatorze vrais républicains armés, et là il a sacrifié sa vie en combattant et en faisant promettre à ses concitoyens de plutôt mourir que d'abandonner leur poste. Les brigands ont incendié toutes les maisons de notre bourg et ont porté du bois tout autour de notre clocher pour y mettre le feu ; heureusement les généraux Boucret et Grignon sont arrivés à temps pour délivrer ceux que la flamme allait réduire en cendres. Une bravoure aussi héroïque que celle de notre infortuné maire mérite d'attirer l'attention sur la pauvre Marie Chicoteau, veuve dudit Pilet, ainsi que sur ses cinq enfants."

Le même jour, 4 mai, le général en chef écrivait, de Doué-la-Fontaine, au Comité de Salut Public : "Quinze habitants de la paroisse de Nueil-sous-Passavant viennent de donner l'exemple d'une intrépidité vraiment républicaine. Assiégés par sept à huit cents brigands, ils se retirent dans leur clocher et font un feu si bien soutenu, si bien dirigé, qu'ils en tuent cinquante et en blessent un assez grand nombre pour en remplir neuf voitures. Les brigands désespérés allument un grand feu dans l'église, et les quinze patriotes auraient été victimes de leur dévouement, lorsqu'une forte colonne arrive et les délivre. L'un d'eux, le maire du village, a eu le bras cassé d'un coup de feu et est mort le lendemain."

Comme la défiance commençait à s'attacher aux rapports de Turreau, le Comité mit cette annotation : "Boucret dit dans sa lettre au Comité de Salut Public qu'on estimait le rassemblement des brigands à six cents ; que les quinze patriotes soutinrent le feu pendant cinq heures, sans parler de tués et de blessés ; que Grignon marcha avec quinze cents hommes pour les délivrer ; qu'il chassa les brigands et les poursuivit jusqu'à Passavant".

De son côté, le représentant du peuple Prieur de la Marne, ayant reçu le rapport du général Boucret, prit le 10 mai l'arrêté suivant, daté de Nantes :

Considérant que l'exemple du courage héroïque qu'ont donné les citoyens dénommés dans la lettre du général Boucret, du 8 floréal (27 avril), ne peut servir qu'à embraser tous les coeurs d'un saint amour pour la République et centupler encore, s'il était possible, la valeur de ses défenseurs ;

Considérant, en outre, qu'il est du devoir d'un représentant du peuple de voler au secours des citoyens que leur dévouement a placés au rang des glorieuses victimes de la patrie :

Arrête ce qui suit :

Art. 1 - La lettre du général Boucret aux représentants du peuple, datée de Doué 8 floréal, sera imprimée, publiée, affichée et lue le premier jour de décadi qui suivra le présent arrêté, aux défenseurs de la patrie qui composent l'armée de l'Ouest, et aux citoyens assemblés dans les communes qui se trouvent dans l'arrondissement de la même armée, et envoyée aux sociétés populaires ;

Art. 2 - Il sera remis par le receveur du district de Saumur la somme de 12.000 livres à la disposition de l'administration du même district, pour être distribuée à titre d'avance aux citoyens dénommés dans la même lettre dont les habitations ont été incendiées, et ce à titre d'avance sur les indemnités que la loi leur accorde.

L'administration de la Loire-Inférieure est chargée de l'impression et de l'envoi du présent arrêté, dont il sera remis au chef de l'état major de l'Armée de l'Ouest un nombre suffisant d'exemplaires.

Le 13 mai, Prieur de la Marne écrivait, de Nantes, au Comité une lettre dont nous ne possédons que l'analyse : "Il transmet au Comité une lettre du général Boucret, datée de Doué le 8 floréal, contenant un trait d'héroïsme de quinze républicains qui ont résisté à six cents brigands qui les menaçaient de la vie (sic). Il transmet leurs noms, afin que la Convention vienne au secours de ces braves, dont les propriétés ont été totalement incendiées. Il transmet l'arrêté par lequel il leur accorde 12.000 livres à titre d'avance provisoire." - Cette pièce fut soumise le 21 mai au Comité, qui la renvoya "sans décision".

Lorsque les 12.000 livres furent versées pour venir en aide aux défenseurs du clocher de Nueil, il s'éleva une discussion pour le partage de cette somme. Deux d'entre eux, Pierre Pilet et André Gautier, présentèrent une pétition au district de Vihiers, séant à Angers : "En conséquence d'un arrêté du représentant du peuple, Prieur de la Marne, commissaire auprès de l'Armée de l'Ouest, il a été accordé 12.000 livres pour être distribuées à titre d'avance aux quinze citoyens qui étaient enfermés dans le clocher de Nueil, lors de l'attaque de ce bourg par les brigands fanatiques, le 8 floréal (27 avril). Aujourd'hui cette somme est entre les mains des exposants, qui font partie des quinze à qui elle a été accordée. Il s'est élevé des difficultés sur le mode de distribution. Une partie prétend que ladite somme doit être distribuée par parts égales entre ces quinze braves. Les autres, au contraire, prétendent qu'aux termes de l'arrêté, ladite somme doit être distribuée seulement à ceux des quinze qui ont été incendiés, et à titre d'avance sur les indemnités que la loi leur accorde. La municipalité de Nueil n'a pas voulu prendre sur elle de lever les difficultés. C'est donc à vous qu'il appartient de les faire cesser, en traçant le mode de distribution. Toutes les parties attendent avec respect votre décision et s'y soumettront religieusement."

Le 9 juillet 1794, le directoire du district de Vihiers décida comme suit : "Considérant que l'arrêté du représentant du peuple, Prieur de la Marne, porte que la somme sera distribuée à titre d'avance aux quinze citoyens réfugiés dans le clocher, dont les habitations ont été incendiées, et cela à titre d'avance sur les indemnités que la loi leur accorde ; - que cet arrêté est limitatif et que conséquemment il n'y a que ceux parmi ces quinze qui ont éprouvé des pertes qui peuvent avoir droit à ces secours ; - que ceux qui n'ont point éprouvé de pertes, le doivent trouver d'autant moins mauvais qu'en se battant avec courage ils n'ont fait que remplir les devoirs d'un républicain ; - estime, par ces considérations, qu'il n'y a pas lieu de faire participer à la distribution des 12.000 livres ceux d'entre les quinze citoyens de Nueil qui ne justifieront pas avoir éprouvé des pertes ; que cette somme doit seulement être répartie entre ceux qui ont éprouvé des pertes soit par incendie ou autre cause, et ce à valoir sur l'indemnité qu'ils ont droit d'attendre de la République ; à l'effet de quoi de renvoyer à la municipalité de Nueil, pour en faire la distribution d'après ces bases entre ceux qui ont perdu, et proportionnellement aux pertes qu'ils ont éprouvées."

L'avis du district de Vihiers fut confirmé, le même jour, par celui du Département : "Le Département estime, par les mêmes motifs qui ont déterminé le district de Vihiers, que les 12.000 livres accordées par le représentant du peuple doivent être distribuées seulement entre ceux des quinze citoyens qui ont si courageusement résisté à l'attaque des brigands, qui ont éprouvé des pertes par incendie."

Au mois de novembre 1804, la veuve Pilet, de Nueil, réclama un secours accordé par la loi aux veuves des fonctionnaires, morts dans l'exercice de leurs fonctions. Le 28 décembre 1804, le préfet transmit cette demande au Ministre de l'Intérieur, en ces termes : "Votre Excellence verra, par ces mêmes pièces, que le dévouement que mit Nicolas Pilet, son mari, maire de Nueil, en l'an 2, à repousser les rebelles de la Vendée, fut la cause de sa mort ..."

Voilà donc l'histoire : 15 patriotes de Nueil-sous-Passavant résistèrent pendant cinq heures à 600 Vendéens.


L'Anjou Historique - Douzième Année - N° 4 - Janvier-Février 1912

 


 

Pilet Nicolas décès

 

"Le 14 floréal an II de la République une et indivisible, ... Nicolas Pilet, âgé de 40 ans, blessé par les Brigands, à l'attaque de laditte commune de Nueil et amené en cette commune (Doué-la-Fontaine), dans la maison du citoyen Moriceau est décédé le jour d'hier ..."

AD49 - Registre d'état-civil de Doué-la-Fontaine - an II


 

monument les douze braves ad49

 

MONUMENT LES DOUZE BRAVES

 

Le 5 mai 1895 fut inauguré le monument dit "des douze braves"

 

Monument les douze Braves vue

 

 


 


Nota : par faute de déclaration, à cause de la fureur des Brigants, ont na oublié de faire en Registre les citoyens cy-dessous nommés ; qui ont été assassiné le huit floréal ; et ne pouvant pas les maître en datte par ordre avons enregistrée les jours ce qui suit :

Aujourd'hui, vingt-neuf floréal l'an deuxième de la République française une et indivisible à huit heures du matin pardevant moy soussigné a comparu en la maison commune de Neuil ... ont déclaré que :

- ANDRÉ DEVY, cultivateur, âgé de 60 ans, a été assassiné par les Brigands de la Vendée ... Les témoins l'ont vu mort sur le cimetière dudit Nueil car les Brigands l'ont assassiné ;

- JEAN FOUDRIN, tisserand, âgé de 50 ans, a été assassiné par les Brigands de la Vendée, le 8 floréal ... Les témoins l'ont vu mort sur le cimetière dudit Nueil, où les Brigands l'ont assassiné ;

- JEAN BAUCHESNE, âgé de 76 ans, époux de Marguerite Paumeau (?), a été assassiné par les Brigands de la Vendée, le huit floréal ... Les témoins l'ont vu mort sur le cimetière dudit Nueil, où les Brigands l'ont assassiné ; (son épouse est décédée le 29 floréal an II en son domicile de la Vieillaire)

Signé : Cassé, officier public provisoire.

AD49 - Registre d'état-civil de Nueil-sur-Layon - An II