LE DERNIER CHEVALIER DE SAINT-LOUIS

 

Ordre Saint-Louis

 

1893 - Le dernier chevalier de Saint-Louis s'est éteint à Lyon. C'était M. le vicomte Jules-Henry Onffroy de Thoron, qui fut un explorateur et un écrivain laborieux ...

La longue et glorieuse série des chevaliers de Saint-Louis s'achève juste deux cents ans après l'institution de l'Ordre par Louis XIV. L'Assemblée Constituante avait maintenu l'Ordre, la Convention le supprima en octobre 1793, un siècle après sa création. Trois dates résument donc son histoire : 1693 - 1793 - 1893

L'Ordre de Saint-Louis avait été institué pour des services militaires, en dehors de toute préoccupation de noblesse. "La vertu, les mérites et les services doivent être les seuls titres pour y entrer" ; ainsi s'exprime l'édit de Louis XIV, et la devise de la croix était : Bellicae virtutis proemium, récompense du mérite militaire. Il fallait vingt-huit ans de service ou des actions d'éclat pour y être admis, mais la croix n'était accordée qu'aux officiers et aux officiers catholiques. Les officiers protestants avaient l'Ordre du Mérite militaire, que Louis XVIII, en 1814, rétablit dans les mêmes conditions et en même temps que la croix de Saint-Louis. Les croix se ressemblaient et le ruban était le même : rouge.

Napoléon 1er, en instituant l'Ordre de la Légion d'honneur, n'a pas adopté le ruban rouge pour d'autres raisons : c'était le ruban des braves depuis plus d'un siècle. La Charte de 1830 abolit l'Ordre, tout en maintenant aux chevaliers le droit d'en porter les insignes.

La Semaine catholique du diocèse de Luçon - 1893 (AD85 - 4 Num 115/18)

 



Onffroy écusson

La famille Onffroy de Thoron est originaire du Calvados, plus précisément de Saint-Laurent-sur-Mer. Elle se rattache également à la lignée issue de Robert, croisé de la première heure, qui s'est emparé avec trente chevaliers de la forteresse de Thoron en Palestine. Les parents de Jules-Henry Onffroy de Thoron quittent la France à la Révolution pour s'établir à la Jamaïque. C'est sur la paroisse Sainte-Anne, où il est baptisé dix-huit mois plus tard, que naît Jules-Henry, le 19 novembre 1810.

Au départ de Napoléon, la famille regagne la France et la Bretagne, et Jules-Henry se destine à une carrière militaire. Mais la révolution de 1830 met fin à ses belles ambitions. Il est jugé et acquitté par un Conseil de guerre à Laval le 31 mai 1832.

Il embarque alors pour l'île de Jersey, afin de rejoindre ses parents, déjà en exil, et gagne ensuite Paris. Il y suit des études et fréquente les milieux littéraires. Il est à l'origine d'une abondante production poétique, et certains de ses textes ont été édités dans un recueil, Amour et bienfaisance. Le jeune vicomte, écrivain, disciple de la muse romantique, quitte la France afin de se mettre au service du Shah de Perse. Mais très vite, ses envies évoluent : arrivé à Constantinople, il établit un projet commercial pour le ministre du commerce.

En 1840, il est au Liban en compagnie d'un orientaliste, Lhéritier de Chézelles, grâce à qui il apprend l'arabe. Le pays est alors le centre de rivalités attisées par les intérêts des grandes puissances. Le vice-roi d'Égypte, soutenu par la France, se pose en rival du sultan appuyé par l'Angleterre et la Russie. Les révoltés, en difficulté avec l'émir Béchir, envoient une délégation trouver le jeune Français qui encourage leur rébellion. Il reçoit le nom de "commandant en chef". Au moment de son arrivée à Djebaïl, la population et les autorités l'acclament. Les cheiks lui offrent un cachet sur lequel ils ont fait graver cette inscription : "Emir-Onffroy-el Kébir- Asherbe-Djebel", signifiant "émir Onffroy, le grand de l'armée de la montagne". C'est ainsi désormais qu'il se fera appeler. Mais la révolte tourne court, il est rapidement embarqué avec Lhéritier de Chézelles sur une corvette qui le dépose à Chypre, d'où il gagne Constantinople.

L'explorateur se transforme alors en voyageur. Durant plusieurs années, il parcourt l'Europe centrale, Vienne et Munich étant ses villes d'attache. Il retourne à Paris quelques années, mais est toujours attiré par l'étranger.

Il embarque ensuite en direction du continent américain, sans idée précise, accoste à Valparaiso en 1850, puis Serena en 1851. Il combat les Chiliens et est de nouveau expulsé comme indésirable. Il s'installe au Pérou et est reconnu "ingénieur civil" par le ministère de la Guerre. Mais, avant tout, il veut continuer de voyager. Par deux fois, en 1852 et 1861, il entreprend une exploration dans le Nord-Est du Pérou. Notant, dessinant, établissant des relevés topographiques, il étudie tous les aspects de cette région.

Le 31 mai 1857, il épouse Maria-Asuncion de Oyarzabal, qui meurt un an plus tard en couches.

En 1861, il quitte l'Amérique et regagne Paris. Il publie alors son original Dictionnaire de la langue Quichua ainsi que La Langue primitive, ouvrage dans lequel il tente de démontrer que, dès l'Antiquité, le Moyen-Orient et l'Amérique du Sud ont entretenu des relations. Il donne des conférences à Rennes, Poitiers, Bordeaux, Lyon, etc.

Mais un autre rêve le poursuit : implanter une colonie agricole en "Amazonie péruvienne". En 1870, il rejoint Para et parvient à la frontière péruvienne le 18 août. Aussitôt, il devient planteur dans la région de la rivière Ucayali. Les difficultés se multipliant, il revient en France.

Vers 1885, il quitte la capitale pour séjourner le plus souvent à Saint-Etienne et à Lyon. Mais son port d'attache véritable est devenu Chalain-le-Comtal (Loire), où une partie de sa famille se rassemble.

Il meurt à Lyon, le 4 mars 1893, et est inhumé dans sa patrie d'adoption, le Forez.

Onffroy décès

Clémence Ronze-Daviron
CCIR - Le Tout Lyon en Rhône-Alpes - du Samedi 30 juin au Vendredi 6 juillet 2012 - P07-08-09.indd 7


Onffroy Anne-Marthe-Roland

 

SON PÈRE, le chevalier ANNE-MARTHE-ROLAND ONFFROY :


Le chevalier Anne-Marthe-Roland ONFFROY, né en Bretagne, le 15 décembre 1778, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, chef de bataillon du corps royal d'artillerie, et employé dans le régiment de Douai, a épousé, le 31 janvier 1807, Jeanne Paulin de Gournay, fille de Michel de Gournay, ancien officier, chevalier de Saint-Louis, et riche propriétaire de Saint-Domingue.

De ce mariage, et durant l'émigration de vingt-cinq années, du chevalier Anne-Marthe-Roland Onffroy, sont nés six enfants, cinq garçons et une fille, dont les noms suivent ; et qui sont tous nés à la Jamaïque, où le père possédait une cafeyère, qu'il a vendu en 1816, pour venir offrir ses services à Sa Majesté.

1° Louis-Arnaud
2° Henri-Jules
3° Pierre-Roland
4° François-Émile
5° Jeanne-Valérie
6° Félix-Tancrède.

L'acte de baptême du chevalier Onffroy, porte les titres suivants, comme appartenant à sa famille : "Fils légitime de messire Jacques-Roland Onffroy, chevalier, seigneur de la Rozière, les Varennes, de la Gaudinelaye, marquis de Verès ou Veret ..."

Le chevalier Onffroy a trois frères et deux soeurs : 1° Achille Onffroy, résidant à la Jamaïque, marié à demoiselle du Quesnoy, dont il a deux filles ; 2° Benjamin Onffroy, veuf de demoiselle Courson de la Belle-Issne ; qui a été colonel des volontaires royaux dans les cent jours, et qui fut ensuite capitaine dans la légion d'Ille-et-Vilaine ; 3° Emmanuel Onffroy, ancien officier vendéen, marié à une demoiselle de la Sanlaye, dont un fils ; 4° et 5° Zoé et Julie Onffroy ...


Armes : D'argent, au chevron de gueules, accompagné de trois trèfles de sinople. L'écu timbré d'une couronne de marquis. Supports : deux lions.


Nobiliaire uiversel de France par M. de Saint-Allais - Tome quinzième.