Clazay vue

 

En 1789, Pierre Giret et Richard Martin, du Magny, furent délégués pour représenter les habitants de Clazay, à Poitiers, à l'assemblée du Tiers-État.

A l'assemblée du clergé du Poitou, le curé de Clazay, Louis-Jacques Morin, se fit représenter par l'abbé Jean-Louis Bernaudeau, professeur de philosophie.

Le bourg de Clazay, comme ceux des environs, fut incendié et pillé pendant la Révolution.

En 1805, la quasi-totalité de la population de Clazay opta pour la "Petite Église".

ALEXANDRE LEBRETON

Le curé dissident Alexandre Lebreton, "ancien moine du Mans", qu'on appelle "le Brûlé", à cause d'une large cicatrice qui le défigure, et qui n'avait pas accepté le Concordat, manifesta une activité débordant largement sur les paroisses des alentours et donna du fil à retordre aux autorités du département.

En 1819, à la suite des incidents qui marquèrent à Clazay les obsèques du notaire Girard, catholique romain, l'abbé Lebreton fut condamné à trois ans de prison. Il eut la fâcheuse idée de faire appel du jugement ce qui lui valut une augmentation de peine de deux années d'emprisonnement.

L'ancien notaire, âgé de 65 ans, tombe malade. La famille appelle un prêtre catholique, probablement, M. Proust, desservant de Terves et chargé du double service à Clazay. Mais le vieillard, infirme, ne vient pas vite. Cependant, le temps presse. On avertit alors M. Lebreton. Celui-ci se présente ; il rencontre dans le vestibule le fils du moribond et lui dit :

- Vous me faites venir pour votre père ; je dois vous prévenir : je ne peux lui donner l'absolution s'il ne renonce, d'abord, par acte notarié, à ses biens mal acquis.

- Dans ce cas, réplique le jeune homme, il est inutile que vous alliez plus loin. Mon père ne veut pas rendre ces biens.

Lebreton, sans mot dire, salue et s'en va.

Or, le mal empire d'heure en heure : le mourant se voit à l'extrémité. Sa femme, affolée, envoie chercher le prêtre dissident. Lebreton revient. En présence de plusieurs témoins, il commence par déclarer :

- Je consens à vous donner les derniers sacrements. Mais il faut qu'auparavant vous rendiez à leurs propriétaires les terres que vous avez achetées sous la Révolution.

Le moribond proteste :

- Ces terres sont à moi ; le Concordat a reconnu les ventes.

- Le Concordat, riposte Lebreton, ne vaut rien. Vous allez mourir. Vous avez le choix : ou rendre ces biens et recevoir l'absolution, ou les garder et tomber dans l'enfer.

- Je ne peux pas dépouiller mes enfants.

- A votre aise, Monsieur, je n'ai plus qu'à me retirer. Bien entendu, continue Lebreton, en s'adressant à Mme Girard, il ne sera pas question de sépulture religieuse.

La pauvre femme, éplorée, ne répond pas. Elle envoie quelqu'un à Bressuire. Deux heures après, le Supérieur du Petit Séminaire arrivait. Il administrait au mourant les derniers sacrements. Presque aussitôt, Girard rendait, en paix, son âme à Dieu.

Restait à l'enterrer. Le sous-préfet, prévenu de l'incident, écrit aussitôt au maire de Clazay pour lui enjoindre de veiller à ce qu'on accordât au défunt les honneurs de la sépulture ecclésiastique. Au jour fixé, le fonctionnaire se rend lui-même sur les lieux, avec un piquet de gendarmerie. Le rapport qu'il rédigea au retour pour M. de Poyféré est à citer en entier :

"Ce matin donc, relate M. de Vallée, sur les onze heures, je suis arrivé à Clazais. J'ai envoyé d'abord chès le maire ; il n'était pas encore revenu. J'ai fait avertir l'adjoint ; il était aussi absent ; enfin j'ai envoyé également chez les membres du conseil municipal et aucun ne s'est rencontré chez lui. Le prêtre dissident était aussi absent et personne n'a pu me dire ce qu'étaient devenues les clefs de l'église. J'ai fait venir le fossoyeur qui m'a déclaré qu'en effet la veille il était disposé à creuser la tombe, mais que, cette nuit, il avait entendu à travers la fenêtre des menaces, qui, sans qu'il ait reconnu de qui elles pouvait venir, l'avaient déterminé à refuser, ce matin, de remplir son emploi. Je lui ordonnai de se rendre sur-le-champ dans le cimetière et là, aidé de deux domestiques du défunt, il creusa la fosse. La famille avait également éprouvé des difficultés pour la construction de la bierre, et ma présence seule a pu engager un ouvrier de la faire. Enfin, accompagné de M. le Procureur du Roi, qui était venu avec moi à Clazais, de M. le Lieutenant de la Gendarmerie, ainsi que de M. le Curé de Bressuire et de M. Georget, supérieur du Petit Séminaire, qui, sur la demande de la famille, étaient venus pour faire le service, je me suis rendu à l'église. Ayant trouvé les portes fermées, j'ai fait ouvrir, par le serrurier que j'avais amené, celle qui donne dans la cour de la cure, et étant pénétré dans l'église, j'en ai fait ouvrir la grande porte. Il a fallu faire ouvrir aussi celle de la sacristie. Tout était dégarni ; tous les objets à l'usage du culte avaient été enlevés, jusqu'au marbre sacré et aux nappes d'autel. Les cordes des cloches avaient été ôtées ; mais elles ont été retrouvées dans la sacristie et remises à leur place et ont servi pour la sonnerie.

Les prêtres ont préparé l'église, se sont revêtus de leurs habits religieux : et, après avoir laissé deux gendarmes aux portes, je suis revenu à la maison du défunt. Le corps a été mis dans la bierre ; les chants d'usage ont été entonnés ; le cortège a traversé une partie du bourg, et la cérémonie funèbre, ainsi que l'inhumation, n'ont plus trouvé d'obstacle. Seulement la messe n'a pu être dite, à cause de l'enlèvement des marbres et nappes d'autel ... Aucun acte n'a troublé l'ordre pendant la cérémonie. Presque tous les habitants étaient absents ou cachés. A une heure, l'inhumation était faite ; et je me suis retiré".

[Le Préfet Dupin dit de Lebreton : "On lui attribue du jugement. Son influence s'étend surtout sur Le Pin, Cerizay et Saint-André-sur-Sèvre, où les trois quarts des habitants appartiennent à la Petite Église".]

L'abbé Lebreton ne se livra pas et se cacha.  Il vécut onze ans encore dans ses cachettes. Il mourut en 1830, oublié, aux Rimbertières de Cirières. Malgré une neige très épaisse, les dissidents portèrent son corps à Blanche-Coudre, de Breuil-Chaussée, où ils l'enterrèrent pendant la nuit. [l'acte de décès de Lebreton ne figure pas sur les registres d'état-civil de Cirières.]

JACQUES BILLY ET PRIEUR

En 1833, la chouannerie est expirante. Les troupes ne rencontrent plus que quelques réfractaires isolés qui fuient à leur approche. Le chef de bataillon Morade, du 44e, à la tête d'une compagnie et d'un détachement de gendarmerie, saisit sur le territoire de la commune de Clazay, deux réfractaires armés, Billy de Courlay et Prieur, 24 ans, meunier à Terves.

Billy était porteur d'une baïonnette et d'un pistolet d'arçon chargé à balle. Il avait sur lui une chanson contre Louis-Philippe. Blessé au cours de son arrestation, il mourut peu après à l'hôpital de Bressuire.

[Fils de Aubin Billy et de Jeanne Marilleau, Jacques Billy, demeurant à Courlay, , tisserand, âgé de 22 ans, né le 8 mars 1811 à Courlay, est décédé à l'hospice de Bressuire, le 23 février 1833.]

 

Clazay - Jacques Billy acte décès 1833

 

Extraits :

Histoire des communes des Deux-Sèvres - Maurice Poignat - Le Pays du Bocage - 1984

La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830) - Auguste Billaud - 1982

AD79 - Registres d'état-civil de Courlay et Bressuire