Ecouen 95 - château


Les Condés possédèrent le château d'Ecouen jusqu'en 1793, époque où il fut confisqué comme bien d'émigré, et sur le point d'être détruit et vendu. Il était question de le démolir et d'en vendre les pierres et la charpente quand un décret de la Convention le sauva en le déclarant bien national.

La noble demeure devint alors une infecte prison, on en mura la plupart des fenêtres afin d'empêcher les évasions, et on y enferma les prisonniers de guerre, puisqu'en cette année 1793, il y eut à Écouen 284 décès au lieu de 25 qui est la moyenne de ces temps-là.

Le 8 prairial an II, un commissaire ordonnateur de Franciade (St-Denis) se présenta pour faire évacuer le château par les prisonniers anglais qui devront être reconduits au château St-Cosme, de Luzarches ; ces malheureux étaient réduits à 66.

Le 26 vendémiaire an III, le château fut disposé pour recevoir 300 malades, arrivant des armées ; cet hôpital, établi dans des conditions hygiéniques détestables, dut être supprimé.

Plus tard, le château d'Écouen devint prison politique. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794) fut présentée à la municipalité d'Écouen une délibération du district de Gonesse qui, attendu que 700 prisonniers arrêtés comme suspects devaient partir de Chartres pour être conduits dans le département de Seine-et-Oise, ordonnait que le château d'Écouen fut disposé pour en recevoir cent.

On décida qu'on leur délivrerait une livre et demie de pain par jour, mais beaucoup moururent par défaut d'air ; on lit dans le rapport du commandant d'alors, que quand il entrait dans les salles, il était infecté ; un arrêté de la commune décida qu'on ouvrirait les fenêtres. Plusieurs citoyens et citoyennes se plaignirent, le 2 pluviôse, de ce que les détenus consommaient une trop grande quantité de lait et en privaient les habitants et principalement les nourrices ; la commune décréta qu'on n'en fournirait plus qu'aux malades.

Ces prisonniers, presque tous Vendéens, furent bientôt réduits à 60 de 100 qu'ils étaient d'abord.

AD95 - Monographie communale de Écouen - 1T 137 - 1899

chouan en prison

Les prisonniers, dont il est question dans la Monographie communale d'Écouen, devaient être au nombre de 97. (Il est possible qu'ils aient été 100 au départ de Chartres, et que trois d'entre eux aient péri durant le voyage.)

Entre Janvier et Mai 1794, 31 sont morts dans des conditions qu'on peut imaginer effroyables ; ils étaient tous de la Sarthe.

Nous ignorons ce qu'il est advenu des 66 autres détenus, cependant, à compter du 15 mai 1794, date du dernier décès des Vendéens, il n'est plus question du "cy-devant château d'Écouen" mais suivent 157 actes de décès de soldats républicains survenus à l'hôpital militaire d'Écouen.

 

1 - 27 nivôse an II (16 janvier 1794) - Jean Heurtebise, de la résidence de Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, un des 97 détenus, 17 ans, était mort le 26

2 - 2 pluviôse an II (21 janvier 1794) - René Le Roy, 46 ans, domicilié commune d'Avessé, canton de Brûlon, district de Sablé, cultivateur, époux de Anne Maubouché, un des 96 détenus, mort aujourd'hui

3 - 12 pluviôse an II (31 janvier 1794) - Charles Trou, 23 ans, natif et résident commune de St-Christophe[-en-Champagne], canton de Brûlon, tisserand, un des 95 détenus, mort hier.

4 - 14 pluviôse an II (2 février 1794) - François Usu, 19 ans, domestique chez un laboureur, domicilié dans la commune de Saint-Christophe[-en-Champagne], canton de Brûlon, un des 94 détenus, mort hier.

5 - 15 pluviôse an II (3 février 1794) - Pierre Alin, 39 ans, domicilié commune de Juigné[-sur-Sarthe], canton de Brûlon, district de Sablé, domestique laboureur, un des 93 détenus, mort aujourd'hui

6 - 16 pluviôse an II (4 février 1794) - Jean Pelletier, 40 ans, domicilié à Mareil[-en-Champagne], canton de Brûlon, meunier en chef, un des 92 détenus, mort hier

7 - 19 pluviôse an II (7 février 1794) - Michel Hubert, 35 ans, cordonnier, domicilié à Brûlon, un des 91 détenus, mort aujourd'hui

8 - 22 pluviôse an II (10 février 1794) - Pierre Moreau, 44 ans, Bordager, époux de Marie Gauda, domicilié commune d'Avessé, un des 90 détenus, mort aujourd'hui

9 - 22 pluviôse an II (10 février 1794)- Jean Darger, 40 ans, de la commune d'Avessé, un des 89 détenus, mort aujourd'hui

10 - 22 pluviôse an II (10 février 1794) - André Geffard, 52 ans, ouvrier, domicilié à Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, un des 88 détenus, mort aujourd'hui

11 - 22 pluviôse an II (10 février 1794) - René Monpoint, métayer, 44 ans, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 87 détenus, mort aujourd'hui

12 - 22 pluviôse an II (10 février 1794) - Pierre Croyeau, métayer, 48 ans, domicilié commune de Chevillé, un des 86 détenus, mort aujourd'hui

13 - 24 pluviôse an II (12 février 1794) - Joseph Enaux, domestique, domicilié à Chevillé, canton de Brûlon, 30 ans, un des 85 détenus, mort aujourd'hui

14 - 30 pluviôse an II (18 février 1794) - René Guiton, 30 ans, tisserand, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 84 détenus, mort aujourd'hui

15 - 1er ventôse an II (19 février 1794) - Louis Manceau, 36 ans, closier, domicilié commune d'Avessé, un des 83 détenus, mort aujourd'hui

16 - 3 ventôse an II (21 février 1794) - Jacques Le Bourday, 57 ans, bordager, époux de Jeanne Lepelletier, domicilié commune de Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, un des 82 détenus, mort hier

17 - 5 ventôse an II (23 février 1794)  - René Guimon, 50 ans, bordager, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 81 détenus, mort aujourd'hui

18 - 6 ventôse an II (24 février 1794) - Joseph Martigné, 23 ans, cultivateur, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 80 détenus, mort aujourd'hui

19 - 7 ventôse an II (25 février 1794) - Jean Fortant, domestique, 23 ans, domicilié commune d'Avessé, canton de Brûlon, un des 79 détenus, mort hier

20 - 9 ventôse an II (27 février 1794) - Mathurin Néré, domestique laboureur, 17 ans, domicilié commune de Mareil[-en-Champagne], district de sablé, un des 78 détenus, mort aujourd'hui

21 - 19 ventôse an II (9 mars 1794) - Jacques Couet, menuisier, 59 ans, domicilié commune de Brûlon, district de Sablé, un des 77 détenus, mort aujourd'hui

22 - 21 ventôse an II (11 mars 1794) - Mathieu Houblert, journalier, 26 ans, domicilié commune de Mareil[-en-Champagne], district de sablé, un des 76 détenus, mort aujourd'hui

23 - 21 ventôse an II (11 mars 1794) - François Noué, scieur de long, 29 ans, domicilié commune de Mareil[en-Champagne], district de Sablé, un des 75 détenus, mort aujourd'hui

24 - 30 ventôse an II (20 mars 1794) - René Sergent, domestique laboureur, 40 ans, domicilié à Mareil[en-Champagne], district de Sablé, un des 74 détenus, mort aujourd'hui

25 - 3 germinal an II (23 mars 1794)  - Laurent Gautier, fils de laboureur, domicilié à Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, 19 ans, un des 73 détenus, mort hier

26 - 7 germinal an II (27 mars 1794) - René Coignard, domestique, 36 ans, domicilié à Chevillé, district de Sablé, un des 72 détenus, mort hier

27 - 13 germinal an II (2 avril 1794) - Louis Landry, 39 ans, domicilié à Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, un des 71 détenus, mort aujourd'hui

28 - 14 germinal an II (3 avril 1794) - Marin Pommeret, fils de cultivateur, 32 ans, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 70 détenus, mort hier

29 - 27 germinal an II (16 avril 1794) - Michel Valet, fils de laboureur, 18 ans, domicilié commune de Mareil[-en-Champagne], district de Sablé, un des 69 détenus, mort aujourd'hui

30 - 13 floréal an II (2 mai 1794) - André Bigot, métayer, 20 ans, domicilié commune d'Avessé, district de Sablé, un des 68 détenus, mort aujourd'hui

31 - 26 floréal an II (15 mai 1794) - Louis Coignard, 29 ans, journalier, domicilié à Chevillé, district de Sablés, un des 67 détenus, mort hier.


Enterrés dans les vingt-quatre heures suivant l'ordre de la Municipalité et le rapport du chirurgien, entendue la maladie pestilentielle ...

AD95 - Registres d'État-civil de Écouen

LE CHÂTEAU D'ÉCOUEN AUJOURD'HUI, VOIR ICI