LÉGENDE POPULAIRE DE SAINT-BRIS OU SAINT-BRICE

 

Abbaye de Trizay

 

La tradition veut qu'au Xe siècle un moine de l'abbaye de Trizay, obtenant tous les ans à une certaine époque de ses supérieurs, la permission de se retirer dans les bois pour y faire une retraite, vint à mourir en route au lieu dit déjà la grotte de Saint-Brice.

Les religieux ne voyant pas revenir le frère Brice, se mirent à sa recherche ; ils parvinrent à trouver son corps auprès d'une petite fontaine, au bord de laquelle se trouvait une aubépine ; dans les branches se trouvait une statue de la Vierge.

Les bons religieux emportèrent le corps de leur frère défunt, ainsi que la statue. Arrivés au couvent ils déposèrent le corps dans l'église, la statue sur l'autel, puis ils firent la garde du corps.

Le lendemain matin, leur surprise fut grande de ne plus voir la statue là où ils l'avaient mise ; grand émoi parmi les religieux présents. Deux d'entre eux retournèrent à l'endroit où ils l'avaient trouvée ; ils la virent posée à la place qu'elle occupait la veille. Ils l'emportèrent encore à l'abbaye, la placèrent de nouveau sur l'autel, fermèrent les portes à clef et firent bonne garde. Le lendemain, elle était encore disparue. Quelques religieux retournèrent et constatèrent qu'elle était encore dans l'aubépine, mais cette fois-ci ils l'y laissèrent.

Quelques années après un petit monument y fut élevé pour recevoir la statue. Les siècles ont détruit ce pieux monument, mais le souvenir néanmoins, s'en est perpétué d'année en année.

 

Fontaine Saint-Bris


SAINT-BRIS OU SAINT-BRICE LE 15 AOÛT

Aujourd'hui encore il existe au-dessous de la fontaine une piscine dans laquelle se lavent les incurables pendant les solennités du pèlerinage.

Réparée pendant la Révolution par les soins des sieurs Régnier et Bonnin, maçons aux Moutiers sur l'invitation de nombreuses personnes, la grotte renferme un grand nombre d'ex-voto.

"Dans la nuit, veille de l'Assomption, le 15 août, c'est un coup d'oeil curieux que de voir dans une vaste prairie, à l'extrémité de laquelle sont la grotte et la fontaine, douze à quinze mille fidèles, une petite bougie ou lampe allumée à la main, priant tous avec expression et soupirs. Les uns tendent leurs bras vers le ciel, d'autres se frappent la poitrine de componction, ceux-ci prient le visage prosterné dans la poussière, ceux-là appellent d'une voix suppliante le Dieu de miséricorde à leurs secours. Plus loin, la piscine ne cesse de se remplir d'infirmes, d'incurables de tout âge, de toute condition. Les uns pieds nus, la tête couverte d'un sac et de cendre accomplissent des voeux promis au ciel dans une maladie ou dans un danger, d'autres se promènent silencieusement tenant une petite croix à la main, et faisant l'aumône à tous ceux qui leur demandent.

A travers la rumeur de cette foule se perçoit très bien l'invocation à Saint Bris, sous la forme consacrée ; "Bienheureux saint Bris, guérissez-nous du mal de tête, du mal de reins, du mal de dents, etc ..." Cela s'appelle "virer ses voyages" et le coût habituel est de deux sous.

Saint Bris fut pendant plusieurs siècles le lieu de pèlerinages les plus fréquentés du Bas-Poitou. On y venait de l'Orléanais, de la Touraine, du Berry ..."

 

Fontaine Saint-Bris 3

 

FONTAINE DE SAINT-BRICE APRÈS LA RÉVOLUTION

Département de la Vendée
Égalité - Fraternité
Mareuil, le 14 prairial, an V (2 juin 1797). Le Commissaire du Directoire exécutif près le canton de Mareuil, au juge de paix du canton de Mareuil.
Citoyen, il est parvenu à ma connaissance que dans la commune des Moutiers-sur-le-Lay on a basti une grotte sur laquelle on y a placé un signe particulier à ce culte. Comme la loi du 7 vendémiaire, an IV, le défend et en punit les auteurs, je vous invite conformément à l'article 83 du code des délits et des peines, à en poursuivre les auteurs. Vous voudrez donc, en conséquence, faire appeler les nommés Régnier et Bonin, maçons, demeurant aux Moutiers-sur-le-Lay, qui ont reconstruit ce signe, et ils vous découvriront sans doute ceux qui les ont mis en besogne, et quand même ils ne le feraient pas, ils sont toujours répréhensibles.
Le citoyen Blanchard, préposé, demeurant aux Moutiers, pourra aussi vous donner de grands éclaircissements. Je vous invite à l'entendre et à m'accuser réception de la présente.
Salut et fraternité.
VILLAIN.

Ste Pexine Fontaine Saint-Bris


L'instruction de cette affaire est demeurée au juge de paix du canton de Mareuil, aux termes de l'art. 77 du code des délits.


Le 20 prairial, l'an V de la République française, une et indivisible (8 juin 1797), devant nous Julien Viaud, juge de paix et officier de police judiciaire du canton de Mareuil, département de la Vendée, sont comparus les citoyens Jean-Bernard Blanchard, préposé, Jean Régner, maçon, et François Bonin, aussi maçon, demeurant tous séparément commune des Moutiers-sur-le-Lay, témoins appelés, en vertu de la cédule, délivrée par nous, le 14 de ce mois, et notifiée le 15, à l'effet de déclarer les faits et circonstances qui sont à leur connaissance au sujet du délit dont est question en la plainte rendue par le commissaire du pouvoir exécutif près ce canton, lesquels témoins susnommés ont fait leur déclaration, ainsi qu'il suit :

Le citoyen Jean-Bernard Blanchard, préposé, demeurant des Moutiers, âgé de 44 ans,

A dit n'être parent, allié, serviteur, ni domestique du plaignant, ni du prévenu ;

A déclaré que le 10 floréal dernier sur les 7 sept heures du soir, étant allé en se promenant à sa vigne, il aurait aperçu des ouvriers qui blanchissaient une grotte construite près la fontaine de Saint-Brice, qu'arrivé à cette grotte il aurait reconnu les citoyens Augain et Bonnin avec deux autres maçons dont il ignore le nom, que leur ayant demandé qui les avait commandé de construire cette grotte ainsi qu'une croix qu'ils avaient mise, dessus, Régner lui dit que c'était Malécot qui leur avait commandé et qu'il espérait en être payé ; que dans le même jour, le dit Régner lui dit aussi que les citoyens Nosseret d'Enfer, Barion et Massé y étaient allés, que Nassivet avait fourni le sable et Massé l'avait conduit, que lui ayant demandé qui avait la clef du tronc, il lui dit qu'il l'avait pour le moment, mais qu'il allait la remettre au citoyen Malescot, que le 14 du même mois, étant allé à la dite grotte avec les citoyens Villain et Gallet, ils connurent qu'elle était faite et parfaite, et que la croix qui y avait été placée existait encore.
Qui est tout ce qu'il a vu et a signé la dite déclaration.
VIAUD, juge.


Le citoyen Jean Régner, maçon, demeurant aux Moutiers-sur-le-Lay, âgé de 31 ans, a déclaré n'être parent, allié, ni serviteur, ni domestique du plaignant ni des prévenus.

A déclaré que soixante à quatre-vingts personnes l'avaient invité à reconstruire tant la grotte que la croix de la Fontaine de Saint-Brice, que quelque temps après s'étant trouvé chez le citoyen Boissorin à travailler, le fils de Malécot fut lui dire de se rendre chez son père, qu'il y avait des personnes qui voulaient lui parler, que y étant arrivé il y trouva lesdits Malécot et Barion qui lui dirent que plusieurs personnes les sollicitaient à faire reconstruire la grotte, qu'il leur dit qu'il ne pouvait le faire de suite, mais qu'en peu de jours il y irait, qu'en effet y étant allé après que la grotte fut rétablie, les citoyens Barrion, d'Enfer, Massicot, Malécot, Genty, père et quelques autres dont il ne connaît pas les noms étant allés le voir travailler, lui dirent qu'il fallait rétablir la croix, qu'alors le citoyen Malécot dit qu'il n'était pas nécessaire que les autres ayant qu'il fallait le faire, ledit Malécot leur répliqua qu'il le ferait s'ils le voulaient, mais s'ils voulaient le croire ils n'en feraient rien ; qu'il a reconstruit la croix parce que les plus fortes voix le décidèrent, et ajoute que c'est le citoyen Barion qui lui a payé quatre journées qu'il a passées à reconstruire tant la grotte que la croix.
Qui est tout ce qu'il a dit, et déclare ne savoir signer.
VIAUD


Le citoyen François Bonnin, maçon, demeurant aux Moutiers-sur-le-Lay, âgé de 21 ans, déclare n'être ni parent, ni allié, ni serviteur, ni domestique du plaignant, ni des prévenus.

Déclare que, travaillant comme garçon chez le citoyen Regner, il l'aurait mené à Saint-Brice, que là arrivé il lui aurait dit qu'il fallait reconstruire la grotte, qu'après qu'elle fut rétablie, les citoyens Malécot et Barion, d'Enfer, Massivet, Genty, père et fils, étaient allés les trouver, leur auraient dit qu'il fallait rétablir la croix que Malescot dit qu'il n'était pas nécessaire que tous les autres ayant décidé qu'il fallait le faire, ils se décidèrent à la laisser remettre, que c'est leur déposant, qui, par les ordres des spectateurs, l'a placée au poste ; qu'il a connaissance que c'est le dit citoyen Barrion qui a payé les quatre journées qui ont été employées à reconstruire tant la grotte que la croix.
Qui est tout ce qu'il a dit et a déclaré ne savoir signer.
VIAUD.


Affaire non suivie.

Informations relevées dans la Notice Historique & Géographique de la Commune des Moutiers-sur-le-Lay - par David Louis, instituteur - 1909