C'était un jeune homme de vingt-trois ans environ, grand, mince, élancé. Son costume était celui de l'époque : habit long à collet montant, culotte de peau, bottes à la hussarde, tricorne posé en casseur, énorme cravate de mousseline et jabot flottant. Il avait les yeux à fleur de tête, et ses cheveux, d'un blond ardent, noués en queue, lui donnaient une tournure militaire. Du reste, il était impossible à sa vue de ne pas éprouver une répulsion instinctive. Son regard dur et perçant, ses cheveux, ou plutôt sa crinière fauve, ses lèvres contractées, tout en lui, jusqu'à une sorte de tic maladif et nerveux, décelait une nature profondément corrompue, la brutalité farouche, l'habitude des grandes orgies. Tous les vices semblaient avoir laissé leur stygmate sur sa figure, et de toute sa personne il s'échappait comme une odeur de sang. Tel était FRANÇOIS-JACQUES RINGETTE, DIT LE ROUGE-D'AUNEAU. (La Gazette des Tribunaux - Jeudi 23 octobre 1851 - 26e année - n° 7579)

 

Le Rouge d'Auneau 3

(Illustration : Causes célèbres de tous les peuples - Volume 1 - par Armand Fouquier - 1858)

 

LA PLUS GRANDE HISTOIRE DE BANDITISME DE LA RÉVOLUTION
LES BRIGANDS DE LA BANDE D'ORGÈRES
Par M. MAURICE MIDOL


L'histoire française du brigandage n'offre peut-être pas une suite quotidienne de faits divers et une procédure aussi longue et commune à un aussi grand nombre de témoins et de coupables que celle qui tint la Beauce sous dix années de terreur et dont le tribunal de Chartres eut à connaître dans le courant de l'an VIII de la 1ère République.

Il y aurait lieu de croire que la disette du pain, née de la Révolution, plus sensible encore dans les grandes villes et leurs alentours, aurait fait refluer dans les plaines de Beauce un grand nombre d'individus pour lesquels le défaut autant que la haine du travail et de la société rendait plus rigoureuse encore la privation de cette ressource première de la vie.

"Prendre pour manger n'est pas voler" disait l'un d'eux à un garde champêtre. Si ce n'était que celà. Mais il y a le crime qui est dans les lois du brigandage. Ils préméditent le vol, mais improvisent le crime comme moyen de succès.

C'est à cette vaste organisation que l'assassinat de la ferme MILLOUARD près d' ORGÈRES en Eure et Loir, dans la nuit du 4 au 5 janvier 1798, a fait donner le nom de la Bande d'Orgères.

Cette association monstrueuse avait un chef, bien qu'elle paraisse n'avoir aucune organisation particulière et être disciplinée.

Leur refuge ordinaire comprenait les bois des départements du Loiret, et d'Eure et Loir, les forêts d'Orléans, de Montargis et de Dourdan.

Trois chefs s'étaient succédé à la tête de cette association. RENARD qui fut rompu à Dourdan. ROBILLARD qui lui succéda et qui, le 13 septembre 1783, par un jugement prévôtal rendu par les magistrats de Montargis, fut, ainsi que soixante dix de ses complices, condamné au supplice de la roue, du gibet et des galères.

FLEUR D'ÉPINE, d'une intelligence peu commune au service du brigandage, prit la succession. Arrêté alors qu'il venait de commettre un vol à main armée aux environs d'Angerville, il fut conduit dans les cachots de Versailles et condamné, lorsqu'en septembre 1792, il échappa au massacre des prisons. Le plus redoutable des bandits avait été pris pour un honnête homme par les séides de Danton.

La bande des écumeurs se réorganise sous le commandement de BEAU FRANÇOIS et de son lieutenant FRANÇOIS RINGETTE, dit le ROUGE D'AUNEAU.

Qui était donc François RINGETTE, qui par la suite allait devenir l'un des chefs incontestés des Gueux ?

C'est un enfant de la balle. Né à Orléans, paroisse de Saint-Paterne, son père s'appelait Jacques Ringette et était marchand forain, vendant à Orléans sur la place du Martroy. Sa mère était Marie Catherine Thibault.

François avait sept ans quand ses parents furent impliqués dans le fameux procès de Montargis en 1783, comme prévenus de complicité pour recel d'effets volés.

Plutôt que de l'abandonner à lui-même, ses parents le prennent avec eux. Mais tous deux sont morts dans les prisons avant que le tribunal ait reconnu leur innocence.

Que va faire alors François Ringette de sa liberté ? Le voilà du jour au lendemain sur la grande route.

Il mendie son pain honnêtement mais fait la rencontre de mauvais garçons de son âge. Des bandes armées s'organisent : il suit l'une d'elles et à la faveur des troubles révolutionnaires, il profite de leurs enseignements pour son propre compte.

En 1790, son coup d'essai sur la route d'Arpajon à Étampes contre un cavalier, lui vaut les meilleurs encouragements de ses amis et vingt-quatre écus que Vincent LE TONNELIER lui donne comme part du butin.

Il est sacré PINGRE, il va devenir GUEUX, coureur de plaine, trainier comme on dit en Sologne, trimard en Beauce. Il a quinze ans. C'est le lieutenant de BEAU FRANÇOIS.

La grand'route, le chemin, la traverse, le sentier, le guéret n'ont plus de secret pour lui qui peut, sans se lasser, faire ses vingt lieues par jour et recommencer le lendemain, avec une expédition nocturne. Une légende court sur lui. On dit qu'avant de se mettre à la besogne, il lui faut boire trois verres de sang pour se donner du coeur. Son surnom c'est le ROUGE D'AUNEAU. Le Rouge parce qu'il est rouquin, mais d'Auneau, plutôt parce qu'il connaît mieux cette région de la Beauce chartraine.

Ils sont quatre à cinq cents gueux qui tiennent la plaine de Beauce depuis la grande route d'Orléans à Paris par Étampes et Saint Lyé jusqu'à la grande route d'Orléans à Châteaudun, la plaine du Gâtinais jusqu'à Étampes d'une part et Pithiviers de l'autre.

Le 31 octobre 1793, une nouvelle plus rapide que la foudre circule dans les rassemblements : à la foire de Saint Félicien à Dourdan, le BEAU FRANÇOIS, sous le nom de GIRODOT, vient de se faire arrêter avec Pierre LEVIEUX, pour trafic et distribution de fausse monnaie. Du coup, la bande était décapitée de son chef. L'ombre de la prison, la silhouette de la guillotine se dressent soudain au dessus de ces têtes qui n'avaient jamais tremblé. Si le BEAU FRANÇOIS allait parler, sinon lui du moins son complice qui l'avait fait prendre ! Certes. Mais la justice était loin de soupçonner une telle capture dont le jugement ne se borna qu'à quatorze années de fers devant le tribunal correctionnel de Versailles.

Cependant, de ce simple fait qui déterminait l'absence prolongée du chef des Gueux, ses principaux complices s'assemblèrent pour désigner celui qui dirigerait provisoirement la troupe jusqu'en 1820, date de la libération du Beau François.

La rivalité et la jalousie dressaient l'un contre l'autre le Rouge d'Auneau et le Beau François. Ringette, que l'on qualifiait de ci-devant par dérision parce qu'il semblait opérer pour son propre compte avec des hommes de confiance à lui, ne possédait déjà plus la confiance commune ; le Beau François paraissait avoir été le pire ennemi de son lieutenant et ne jurait plus aujourd'hui que par JACQUES BOUVIER, LE GROS NORMAND.

La quarantaine passée, natif de Saint-Christophe, Jacques BOUVIER, à quinze ans perdait ses père et mère. Abandonné, sans moyens, il entre dans le crime par le chemin de la mendicité et le taudis de la luxure. Il tue un camarade après l'avoir grisé au cabaret, s'enfuit à Nantes où il s'embarque pour Pondichéry. Engagé dans les colonies, son irrésistible penchant l'entraîne : il vole. Il est chassé du corps, revient à son pays natal ; plus pauvre et plus fainéant, il tue, il vole. La Révolution étant arrivée, il s'engage dans les compagnies franches ; peu soumis à la discipline, il frappe un lieutenant ; traduit à la Cour Martiale, il est condamné à dix ans de fers au bagne de Brest d'où il s'évade au bout de dix mois. Il rencontre alors le Beau François qui l'enrôle dans la bande et le fait l'égal de Ringette autant par favoritisme que pour reconnaître sur parole ses antécédents et ses références.

Cette faveur était justifiée puisque quinze des principaux de la troupe le nomment chef provisoire pour succéder au Beau François, malgré Ringette qu'ils ont vu maintes fois à l'oeuvre.

Mais le 28 juin 1795, alors que Ringette le Rouge d'Auneau et le Gros Normand vont coucher à la ferme de Stas, une surprise les y attend. Le Beau François s'est évadé des prisons de Versailles en perçant le mur avec l'aide d'un détenu qui, lui, a été repris.

Et c'est alors une suite de crimes et de vols jusqu'à ce que le crime de la ferme MILLOUARD près d'Orgères, le 4 janvier 1796, déclenche le plus formidable déploiement de forces policières de l'époque.

Les gendarmeries de Janville et d'Artenay battent les environs à la poursuite des meurtriers et le 6 janvier les gendarmes arrêtent le ROUGE D'AUNEAU. Confronté avec les gens de la ferme, ceux-ci déclarent qu'il n'était pas parmi les assassins. Comme il peut justifier de l'endroit où il a couché la nuit du 4 janvier, on le met en liberté.

Le 30 janvier, le maréchal des logis de la gendarmerie de Janville, Vasseur, arrête dans une écurie deux personnages qui, par leurs déclarations, aidèrent à la capture des brigands.

Le premier est une femme, CATHERINE BIRE, âgée de 25 ans, qui déclare qu'elle a connaissance qu'il existe une bande de voleurs d'au moins trois cents. Elle en cite vingt-quatre qu'elle nomme par leur surnom et dont elle dépeint l'âge, la physionomie, la taille, les vêtements.

L'autre individu est GERMAIN BOUSCANT dit le BORGNE de JOUY, âgé d'environ 18 ans. Il s'engage dans des révélations complètes ; il énumère plus de 200 individus et indique presque tous leurs crimes. Il donne les noms des onze bandits de Millouard, leur âge, leur taille, leurs vêtements.

Ces révélations transmises à Chartres, on décide de mettre à la disposition du maréchal des logis Vasseur autant de détachements qu'il serait utile. Aussitôt soixante hussards et trente gendarmes sont dirigés sur Pithiviers, lieu de réunion.

D'importantes captures tombent dans les filets tendus, parmi lesquels le ROUGE D'AUNEAU.

Pendant ce temps, le BEAU FRANÇOIS ayant entendu parler d'arrestations nombreuses résolut de frapper un grand coup avant d'aller chercher fortune ailleurs.

Quatre vingts à cent hommes sont appelés pour faire le siège en règle du château de Baronville, où l'on trouvera de l'or à la pelle.

Le Borgne de Jouy, qui était au courant de cette expédition, conduit les gendarmes par des chemins de traverse, tandis que les hussards, par un autre chemin, tombent à l'improviste sur les bandits. Le BEAU FRANÇOIS est capturé ainsi que toute sa troupe.

Les recherches auxquelles a conduit la poursuite du du crime de Millouard ont fait découvrir une série immense de crimes et de coupables. En ce moment 152 prévenus sont dans les prisons de Chartres. Les aveux de plusieurs d'entre eux en ont fait découvrir qui avaient été ignorés jusqu'ici. Les uns ont été commis dans le département de l'Eure et Loir, d'autres dans l'Eure, le Loiret, la Seine et Oise.

Les délits ayant eu lieu dans plusieurs départements, le transport des criminels soulevant des frais élevés et le déplacement d'un nombre infini de témoins, la Cour de Cassation décida que les accusés seraient déférés devant le tribunal de Chartres.

[Le Beau-François disoit dans sa prison : les bourgeois de la ville de Chartres se font une fête de me voir guillotiner, mais aussitôt que je serai jugé et mis au cachot, je ferai une corde et je me pendrai. Le Beau-François jabottoit dans la turbette : la raille de la vergue de Chartres se fait une fête de me voir jouer à la boule, mais aussitôt que je serai giblé, et qu'on m'aura mis aux milles, je ferai une tortouze et je me corderai. (Extrait : Les sources de l'argot ancien - T. II (1800-1850) par L. Sainéan - 1912)]

Mais profitant d'un séjour à l'infirmerie de la prison, le BEAU FRANÇOIS s'évada et, malgré les recherches et bien que son signalement ait été diffusé dans la presse, il ne put jamais être retrouvé. [Il ne fut pas repris, mais exécuté ... en effigie, le 25 messidor an XII, à Chartres. (Bulletin de la Société Archéologique et Historique de l'Orléanais - 1961/01 (N9, T2) - 1961/03)]

Quant à FRANÇOIS RINGETTE, après avoir déclaré qu'il s'appelait Michel Peccat et nié toute participation aux crimes de la bande, il se décide le 9 octobre à avouer et il retrace toute l'histoire de la bande d'Orgères de 1791 jusqu'à l'attaque de Millouard avec une mémoire prodigieuse des dates et des faits.

Enfin après dix huit mois de travaux pénibles et continuels, l'acte d'accusation est dressé le 10 octobre 1799.

Le tribunal Criminel entre en séance le 17 mars 1800 au Couvent des Carmélites, la salle du Tribunal étant trop petite pour contenir tous les accusés. 82 prévenus sont présents, 33 contumaces et 64 sont morts depuis leur arrestation dont 50 condamnés à la peine capitale.

Les débats durèrent quatre mois, du 17 mars au 27 juillet 1800.

Les jurés avaient à répondre à 7.800 questions relatives aux quatre vingt quinze paragraphes contenus dans l'acte d'accusation.

Le Borgne de Jouy, qui avait dénoncé ses complices, ne profita pas de ses délations et fut condamné à vingt quatre années de fers.

Vingt trois condamnations à mort furent prononcées et vingt quatre aux fers et à la réclusion.

Le jugement fut confirmé par le Tribunal de Cassation le 27 septembre 1800.

Le 2 octobre 1800, l'échafaud est dressé sur la place du Marché aux Chevaux à Chartres. Vingt et un condamnés dont trois femmes vont subir la peine capitale, deux s'étant étranglés dans leur cellule.

Une foule immense garnit la place, avide de ce spectacle, et elle comptera les têtes au fur et à mesure qu'elles tomberont pour être sûrs qu'on ne sera pas volé.

[Le 12 vendémiaire an IX - 4 octobre 1800] A midi, le bourreau de Chartres, qui a appelé à son aide le bourreau de Dreux, commence sa funeste besogne.

Et c'est la tête de FRANÇOIS RINGETTE, dit LE ROUGE D'AUNEAU, dont les parents avaient été impliqués dans le procès de Montargis en 1783, qui roula la dernière sur l'échafaud. Il avait vingt-quatre ans. [Selon l'acte de décès ci-dessous, François Ringette avait 27 ans].

[Après bien des recherches, je n'ai pas trouvé l'acte de naissance de François. Pendant les interrogatoires, il dit qu'il est né à Orléans et qu'il a 26 ans. La complainte qu'il a composée (voir ci-dessous), indique précisément qu'il est né à Orléans, paroisse Saint-Paterne. Malgré ces indices et l'étude des registres sur différentes années, je n'ai trouvé aucun acte le concernant.]

 

acte décès François-Jacques Ringette

 AD28 - Etat-civil - Chartres - 1800

Les affiches d'Angers 21 vendémiaire an IX

 

Extrait : Société d'Émulation de l'arrondissement de Montargis - Bulletin n° 17 - Décembre 1971

Le soir de l'exécution, les bourreaux et leurs aides de Chartres et de Dreux, débardeurs de cadavres, se disputaient les dépouilles des brigands d'Orgères. Les corps sont inhumés dans la partie du cimetière Notre Dame. Les têtes furent moulées en plâtre et déposées dans un fossé où elles devaient se dessécher. On put voir longtemps celle du Rouge d'Auneau chez un médecin de la ville. Les moules achetés par M. Courtois qui les donna plus tard à M. Breton, propriétaire à Lèves, furent ensuite légués à M. Chaillant, chef du bureau de l'état civil de la commune de Chartres. Il fit modeler cette collection de masques des suppliciés de la Bande d'Orgères et les offrit au Musée de la ville. (Alneellum - issn 0182-5305 - Histoire de Beauce - n° 12 - pdf sans date)

Pendant le procès, le Rouge d'Auneau s'est occupé à dessiner son portrait dont il distribuait lui-même les exemplaires pendant l'audience. Au dos de ce portrait, on pouvait lire :

 

LE ROUGE D'AUNEAU AUTOPORTRAIT

 

COMPLAINTE COMPOSÉE PAR LE ROUGE D'AUNEAU

Je suis né de Saint-Paterne,
D'Orléans en vérité :
Que maudite soit la journée
Qui me cause tant de peine.
Je voudrais en vérité
Jamais n'être né. (bis)

Comme étant dans ma jeunesse
Je menais la vie d'un libertin,
J'ai commis mille assassins
Je mettais tout au pillage,
Assassins dans nos endroits
Un chacun se plaignait de moi. (bis)
Père et mère me commande

De quitter la maison ;
Et moi comme un vagabond,
J'entrepris la contrebande.
J'ai bien commencé par là
La vie d'un vrai scélérat. (bis)

Nous étions bien vingt ou trente
A qui il fallait de l'argent,
Cinq à six cent mille francs
Qu'il nous fallait au plus vite,
Ou sinon nous leur disions
Que nous les égorgerions. (bis)

Je me suis confié à un traître,
A un jeune scélérat,
S'est porté au désespoir,
N'ayant plus d'existence ;
Vil coquin s'en est allé
C'était pour me dénoncer. (bis)

Les gendarmes fort habiles,
A Orléans s'en sont allés,
A Chartres ils m'on amené,
Je suis dans leurs chaînes,
En pleurant mon triste sort,
N'espérant plus que la mort. (bis)

Et toi, pauvre Rouge d'Auneau
Qui es détenu dans les chaînes,
En pleurant mon triste sort,
Ne demandant que la mort. (bis)

(Alneellum - issn 0182-5305 - Histoire de Beauce - n° 12 - pdf sans date)

 

orgères en beauce

 

Les perquisitions commencées durant le procès dans les souterrains d'Orgères, furent continuées après. On y trouva des richesses considérables.

Une huche, entre autres cachettes échappées aux premières investigations, et deux armoires de trente-sept pieds de hauteur, pratiquées dans l'épaisseur du rocher, contenaient une quantité considérable d'argent monnoyé et de pièces d'or, parmi lesquelles on en remarquait des règnes de Philippe-Auguste, de Louis VIII, de Charles V, de François Ier, de Henri II et de Charles IX.

On trouva encore enfoui, à trente ou quarante pieds, dans ces catacombes, des ornemens d'église et des vases sacrés qui y étaient déposés sans doute depuis la guerre des Albigeois et les révoltes successives des Huguenots, qui couronnaient, comme on sait, chacune de leurs victoires par la spoliation des églises, des couvens, des abbayes et des monastères.

La justice saisit enfin, entre autres objets curieux, un bracelet et une croix de diamans qui avaient appartenu à la duchesse d'Étampes, maîtresse de François Ier, ainsi que la livrée d'un courrier de M. de Pontchartrain, ministre sous Louis XIV, lequel sans doute avait été assassiné sur l'ordre de quelque puissance rivale, alors qu'il portait des dépêches du grand roi et de son ministre à l'ambassadeur de Venise, car, avec ses vêtemens galonnés, se retrouvait le reste des dépêches dont le duplicata avait été conservé au ministère des affaires étrangères.

Pour terminer dignement ce drame judiciaire, dont les péripéties, malgré les graves évènemens qui tenaient alors l'Europe entière attentive, avaient eu un grand retentissement, les immenses souterrains d'Orgères, de Lifernau et des bois environnans, après avoir été fouillés dans toutes leurs parties par des officiers de justice, par des géologues, des minéralogistes, des philosophes, des peintres et des écrivains célèbres, furent murées solennellement à toutes les issues, et le silence du néant succéda dans leur inextricable labyrinthe au retentissement des blasphèmes, aux orgies et aux excès de toute nature dont elles avaient été le théâtre durant trois siècles.

R. FICHET
Extrait : La Gazette des Tribunaux - Jeudi 30 octobre 1851 - 26e année - n° 7585

 

chauffeurs

 (Illustration : Causes célèbres de tous les peuples - Volume 1 - par Armand Fouquier - 1858)

 

Les plus endurcis, parmi les chauffeurs d'Orgères, ceux qui ne pouvaient vivre en paix avec la loi, allèrent retrouver dans les départements des Deux-Sèvres et de Maine-et-Loire les bandes non encore réduites de brigands déguisés en Vendéens. Sur ces routes infectées par des détrousseurs de passants, par des voleurs de diligences, on crut reconnaître le Beau François, en compagnie du célèbre chouan Coupe-et-Tranche. D'autres se rabattirent sur le département de la Seine ...

 

Affiches d'Angers - Coupe et Tranche

 

Le 1er frimaire IX (22 novembre 1800), un rapport de Fouché constatait que, dans quarante-sept départements, trois cents bandits avaient été arrêtés, un plus grand nombre détruits.

Dans cette liste, le département des Deux-Sèvres comptait pour dix brigands pris les armes à la main, et, pour la plupart fusillés sur place. Le chef de ces brigands était un certain MIGNIER, dit GRAND-GARS. Le plus féroce de ses acolytes, un hercule de grand'route, c'était GIRODOT, ancien chauffeur, enrôlé depuis peu parmi les détrousseurs de diligences de la Vendée et parmi les embaucheurs pour la soi-disant armée royale.

Les lecteurs auront reconnu, dans ce Vendéen de contrebande, notre vieille connaissance d'Orgères, le BEAU-FRANÇOIS. (Extrait : Causes célèbres de tous les peuples - Volume 1 - par Armand Fouquier - 1858)