LE BREUIL-SOUS-ARGENTON (79)

Le Breuil sous Argenton

 

Comme toutes les bourgades, le Breuil fut dévasté pendant la Révolution. L'adjudant-général Grignon, sur l'ordre du général Salomon, partit de Doué dans la nuit du 24 août 1793 pour surprendre Argenton-Château où n'était resté qu'un faible détachement Vendéen ; Grignon avait avec lui 120 hussards et 200 hommes d'infanterie.

 

Signature Coqueval Breuil-sous-Argenton


En passant au Breuil, il arrêta LOUIS-GUILLAUME COQUEVALLE, aubergiste aux Trois-Pigeons du Breuil et chef du comité royaliste.

COQUEVALLE comparut le 26 août 1793 devant le comité révolutionnaire de surveillance de Saumur. Dans son interrogatoire, il déclare être âgé de 45 ans, avoir été arrêté le samedi précédent dans sa maison au Breuil, par un lieutenant de hussards (du 9e régiment) sous le commandement du citoyen Grignon ; 7 imprimés et 4 manuscrits royalistes ayant été trouvés chez lui, il déclare qu'on les lui a envoyés et qu'il les a remis à l'officier qui l'a arrêté ; il n'a point porté les armes avec les brigands. M. de Langrenière lui avait bien proposé d'être d'un comité provisoire, composé de 5 membres, s'il voulait être exempté de marcher avec l'armée ; mais il avait refusé. Si des reçus faits au nom du comité du Breuil ont été trouvés chez lui, c'est qu'il demeurait dans le bourg et qu'il savait seul lire. Il n'a point prêté le serment de fidélité à Louis XVII, mais a juré à mort et à Argenton d'être fidèle à sa patrie, à la République. S'il a boulangé et fourni du pain aux rebelles, c'est qu'on l'y forçait, "et a le comparant déclaré que lorsque les hussards l'arrêtèrent chez lui, ils ouvrirent de force deux armoires dont il avait la clé, qu'ils y prirent des mouchoirs, des chemises, des draps, des serviettes, des habillements de sa femme, son porte-feuille dans lequel il ne peut dire au juste ce qu'il y avait, si ce n'est un assignat de 25 livres et pour environ 30 livres d'assignats de 5 livres et autres petits ; qu'ils prirent tout cela après avoir tout bouleversé et jeté dans la place ; que le lieutenant leur défendait de rien prendre mais qu'ils n'en pillèrent pas moins, qu'en entrant dans la prison de Doué, des volontaires qui se trouvèrent à l'entrée luy ôtèrent ses boucles de souliers et de jarretières d'argent, et hier en allant à la prison de Saumur, ceux qui l'y conduisirent luy ôtèrent ses boutons de manche aussi d'argent".


RENÉ CHAUVEAU, âgé de 31 ans, laboureur, demeurant dans la commune du Breuil près d'Argenton, comparut le même jour devant le comité de surveillance, il déclare qu'il fut arrêté par des hussards le samedi précédent, alors qu'il allait chez son meunier demeurant au Breuil chercher sa pochée ; mais un hussard lui avait dit qu'il allait porté des nouvelles et l'avait arrêté ; mais il n'a jamais porté de nouvelles aux Rebelles et n'a point prêté serment au prétendu Roy dix-sept, il a marché deux fois avec les boeufs (a conduit des charrettes) mais il y avait été contraint. "Et le comparant a observé que son arrestation luy faisait d'autant plus grand tort qu'il avait sur luy pour le remettre à son meunier, avec qui il allait compter, une somme de cinq cent soixante livres en un assignat de quatre cents livres et un assignat de vingt-cinq, et le surplus en assignats de dix livres et autres petits assignats, que cette somme provenait de deux boeufs par luy vendu au citoyen Bonnet, de Cersay pour l'armée patriote, jeudy dernier, que cette somme lui fut ôtée par les hussards qui l'arrêtèrent qui le déclarèrent à leur commandant en présence du comparant dont ils prirent également la jument qu'il avait avec luy et l'ont emmené avec eux". On fit observer à Chauveau qu'il devait être venu à Saumur avec les Brigands lors de sa prise, que son nom était connu et que quoiqu'il ait dit n'avoir point porté les armes, on était sûr ly avoir vu. Il répondit qu'il était à la vérité venu à Saumur avec les Brigands, armé d'un fusil simple, mais n'avoir point tiré, il était venu pour exécuter des ordres, dont il ne se souvenait pas et après réflexion, il dit que c'était pour accompagner du pain, et qu'il était retourné de suite chez luy, monté sur un cheval, ayant son fusil en bandoulière ainsi qu'il était venu dès la prise de Saumur au choc de laquelle il ne s'était pas trouvé.


Le 28 août, les citoyens François Gros, Augustin Ferré et Louis Devis de la commune d'Argenton-Château déclarent devant le comité de surveillance que COQUEVAL, aubergiste au Breuil, est un bon républiquain mais que CHAUVEAU, de la Turlaye du Breuil, est un chef de Brigands et que, au Breuil, Barrat, garde-chasse du ci-devant de Crussol, est un mauvais patriote qui n'est pas encore arrêté. A l'exception de Chauveau et de Barrat, tous les habitants de la paroisse du Breuil-sous-Argenton sont bons patriotes.


Sur ce certificat, COQUEVAL fut mis en liberté, le 11e jour du 2e mois de l'an II de la République.

Extrait : Monographies des Villes et Villages de France - Argenton-Château et ses environs - par l'abbé Michaud

Voir également : http://chemins-secrets.eklablog.com/massacres-a-la-coudre-et-au-breuil-sous-argenton-a117587756