Ernée 53

 

ACTE DU DIRECTOIRE D'ERNÉE, EN DATE DU 21 GERMINAL, AN III (10 avril 1794)

Les administrateurs du Directoire du District d'Ernée, ouï l'agent national provisoire, voyant avec douleur que l'esprit des habitants de plusieurs communes est corrompu ; que si on y rencontre encore quelques patriotes, le plus grand nombre est fanatisé ; que la horde scélérate des chouans y trouve facilement asile, qu'on craint de les poursuivre et de les dénoncer ;

considérant qu'il est urgent de prendre des mesures plus sévères que celles qui ont été prises jusqu'à ce moment, pour détruire les brigands et en purger enfin le pays ;

considérant que celui qui ne se prononce pas hautement l'ami de la République, en doit être considéré comme l'ennemi et comme le complice des chouans ; que dans les circonstances présentes on ne peut s'empêcher de regarder comme rebelles, non seulement ceux qui aident les brigands, mais encore ceux qui les favorisent par leur silence et leur inaction ;

considérant enfin les assassinats presque journaliers qui se rencontrent en une partie de leur arrondissement ; convaincus que les malheurs qui se multiplient à la faveur des taillis, genêts et buissons dont ce pays est couvert ; voulant enlever aux brigands tout moyen de se dérober plus longtemps au fer menaçant des troupes républicaines, arrête comme mesure de sûreté générale :


1° - Que tous les citoyens du District depuis seize ans, en état de porter les armes, sauf les fonctionnaires publics exceptés par la loi, s'armeront de toutes pièces, au premier signal, et se réuniront au lieu indiqué ;


2° - Pour distinguer les bons citoyens et prévenir les surprises, chaque habitant de ce District sera tenu de se munir d'une carte de sûreté générale (excepté les femmes âgées de cinquante ans, les vieillards de soixante et les enfants de douze ans) qui ne sera remise qu'à ceux qui se réuniront au cantonnement et promettront de poursuivre les brigands. Quiconque des communes ci-après désignées sera trouvé sans carte sera arrêté et livré à la commission révolutionnaire ;


3° - Il sera expressément enjoint à tous les habitants des communes de La Pellerine, St-Pierre-des-Landes, Juvigné, etc. sous peine d'être traités comme suspects, de murer ou fortement condamner toutes les portes, fenêtres ou autres issues de derrière de leurs maisons, granges, étables, de manière qu'ils ne conservent d'issue ou entrée que d'un seul côté ;


4° - Tous propriétaires de bois taillis, genêts, joncs marins et buissons situés le long des routes ou chemins vicinaux, en l'étendue de ces paroisses insurgées et suspectes, seront tenus de les couper à deux pieds de hauteur, à trois cents pas de distance de droite et de gauche, et dans la décade qui suivra la publication du présent, sous peine d'être réputés suspects ou fauteurs de chouans ; et de percer chaque pièce de terre aux quatre angles, de manière à y entrer librement à pied ou à cheval.


Fait en Directoire, à Ernée, les jour et an que dessus.
Signé : Perrier, Vice-président, Barrabé, Mulot, Bignon, administrateurs, Métayer, agent national provisoire, Clouard, secrétaire.

(Archives de La Pellerine)


Monographie communale - Saint-Pierre-des-Landes - AD53 - MS80 02/09 - p. 10 et 11