MORT DE M. MAGUIN

LE MANS

Le Mans, le 11 novembre 1797, M. Maguin, qui était commissaire du pouvoir exécutif du département de la Sarthe, a été tué d'un coup de pistolet près de la maison de M. du Genetay à huit heures du soir. Après le coup, il eut encore la force d'aller jusqu'au milieu du carrefour de la Sirène où il tomba mort.

On le mit dans la maison de Mme veuve Le Verrier, où il a resté jusqu'au lendemain, quatre heures après-midi, que tous les corps constitués se sont assemblés au département et de là sont allés chercher le corps qui était à la porte de Mme Le Verrier.

Il était sur un brancard, le visage découvert, tel qu'il était lorsqu'il est tombé, la poitrine découverte et sa chemise remplie de sang. On l'a porté ainsi à la municipalité et de là dans tous les bas-quartiers et au grand cimetière, au milieu de la musique et des chansons ; il y avait deux ou trois généraux.

M. Maguin avait beaucoup d'ennemis et il l'était des prêtres, de la noblesse et des émigrés ; il pouvait avoir au moins cinquante ans. Il avait été cordelier ; il avait eu deux cures, et lors de la Révolution du clergé, il était curé du Grand-Lucé. Lorsque M. de la Boussinière, de curé du Crucifix devint évêque, par nomination injuste du peuple, il quitta sa cure de la Couture, après avoir fait tous les serments ordonnés par les lois.

Quand on supprima tout à fait tout culte, il eut une place à la distribution des blés ; de là à la municipalité et enfin au département.

Il avait épousé Mlle Gilouppe, soeur du chanoine et du curé de Challes, qui avait été exporté en Espagne ... ; il n'y a point d'enfant de ce mariage. Il la connaissait du temps qu'elle était chez son frère, curé à Challes, voisin de Lucé.

Extrait : Mémoires de René-Pierre Nepveu de La Manouillère - Tome 2 - publiés et annotés par l'abbé Gustave Esnault - 1878.

 

DECES MAGUIN

ACTE DE DÉCÈS
ANTOINE MAGUIN

Aujourd'hui vingt-un brumaire l'an six de la république française sur les neuf heures du soir,

Nous, Noël Jouhet, juge de paix, officier de police judiciaire, Section de la liberté et de l'unité de la commune du Mans,

Ayant été averti ar la clameur publique qu'il venoit d'être commis un assassinat aux environs du carrefour de la Sirenne dite Section de la liberté, nous nous y sommes à l'instant transporté assisté du citoyen Bardou, notre greffier

Où étant arrivé, on nous a enseigné la maison de la citoyenne veuve Le verrier où l'on nous a dit que l'individu qui venoit d'être assassiné avoit été transporté,

Pourquoy étant entré chez ladite citoyenne Le Verrier ladite Le Verrier nous a déclaré qu'ayant entendu un grand bruit dans la rue, elle est sortie avec tous les gens de sa maison pour voir ce que c'étoit,, qu'au même instant, elle a appris par un grand concours demande qui s'étoit rassamblé que c'étoit le citoyen Manguin, commissaire du directoire exécutif près l'administration départementale de la Sarthe qui venoit d'être assassin d'un coup de pistolet, lesquels individu ont demandé à porter le corps dudit Maguin dans la maison d'elle comparante, ce qu'ils ont fait,

Et étant dans le sallon de ladite citoyenne Le Verrier, nous avons trouvé un cadavre étendu sur son lit que nous avons reconnu pour être celui dudit citoyen Maguin,

Et attendu qu'il nous a paru nécessaire avant de passer à toutes poursuites postérieure, d'envoyer chercher un officier de santé pour lui procurer les secours de son art et le rappeler à la vie dans le cas où il ne seroit pas mort et pour constater le genre de mort qu'il a subi, nous avons ordonné d'envoyer chercher le citoyen Ménard, officier de santé le plus voisin ; la minute est signée : Le Verrier, Jouhet, Bardou

Lequel étant arrivé accompagné du citoyen Dubois, son élève, et après avoir visité ensemble le corps dudit citoyen Maguin, ils nous ont déclaré avoir trouvé une plaie transversale longue d'environ un pouce, laquelle a été faite par un instrument tranchant ou poignard ou couteau, à la partie supérieure de la poitrine, un pouce et demi au-dessus du téton gauche, un peu antérieurement, ledit instrument tranchant a été porté entre la troisième et la quatrième des vrais côtes, a coupé le bord tranchant du loge gauche du poumon, a pénétré dans le péricarde et a divisé l'oreillette gauche du coeur en s'enfonçant dans sa propre substance, ce qui lui a occasionné la mort prompte dudit citoyen Maguin, ce que ledit citoyen Ménard affirme sincère et véritable et a signé. La minute est signée : Ménard,

Et ayant fait fouiller en notre présence dans les poches dudit citoyen Maguin, elle se sont trouvée contenir quatre lettres à son adresse, six lettres ou arrêté du directoire, un billet à son adresse, un autre billet signé Foisy, douze nottes, un anneau d'or, une bource de soie avec deux coulans d'... renfermant deux pièces de trois francs, deux pièces de vingt-quatre sous et une pièce de cinq centimes, une tabatière noire, un couteau ... avec tire-bouchon, deux clés et une petite boule de cire ... lesquels effets, nous nous sommes emparé ainsi que des papiers que nous avons signé et paraphé pour être joints et annexé au présent procès-verbal et laissé le corps chez ladite veuve Le Verrier pour être inhumé suivant l'usage, fait et arrêté maison susdite, lesdits jour et an, en présence de la citoyenne Le Verrier qui a signé avec nous après lecture. La minute est signé : Veuve Le Verrier, Jouhet, Bardou.

Moi, Louis Faribault, officier public et municipal de la commune du Mans, aujourd'hui vingt-deux brumaire, à neuf heures du matin, enregistre le présent procès-verbal, et d'après la certitude de la mort d'Antoine Manguin, commissaire du Directoire, âgé de quarante-quatre ans, époux de Renée Giloupe, fils de Charles Manguin et d'Anne Hollandais, j'ai rédigé le présent acte que j'ai signé.

Fait en la maison commune du Mans, les jour, mois et an que dessus.

FARIBAULT

signature Faribault

 

AD72 - État-civil (Cote : 5Mi 191_125 - D an VI)