Saint-André-sur-Sèvre église

 

Le Préfet range sous les qualificatifs "dangereux et malveillant" et "des plus enragés" le curé Perrière de Saint-André-sur-Sèvre.
"Venu d'on ne sait où, réfugié en "Vendée" pendant la Terreur, installé dans ce pays fervent à l'époque du Concordat."


M. Perrière ancien secrétaire de M. de Crussol, prédécesseur de M. de Coucy sur le siège de La Rochelle, fut arrêté à La Châtaigneraie (Vendée), le 21 novembre 1807. Le lieutenant de gendarmerie impériale Joubert, en résidence à Fontenay, alerté, vint interroger le prisonnier dès le lendemain. Perrière avoua, sans difficulté, avoir exercé le ministère des âmes, mais refusa de dénoncer ceux qui en avaient profité.


Interrogatoire du 22 novembre 1807 :


- Vos nom, prénoms, âge, profession et demeure ?
Pierre Etienne, âgé de quarante-quatre ans, prêtre, natif La Rochelle, sans domicile.
- Avez-vous satisfait à la loi sur le Concordat ?
- Non.
- Avez-vous exercé des fonctions comme curé à Saint-André-sur-Sèvre ?
- Oui, en qualité de desservant de cette paroisse en 1804. (Perrière était venu à Saint-André en 1802)
- A quelle époque avez-vous quitté cette paroisse et où vous êtes-vous retiré ?
- Au mois de janvier 1804. Je me suis retiré à Fontenay.
- Combien de temps êtes-vous resté à Fontenay et chez qui vous êtes-vous retiré ?
- Deux ans. Je ne puis déclarer les personnes qui m'ont donné l'hospitalité.
- Depuis votre départ de Fontenay, n'avez-vous pas résidé dans les communes de Menomblet, Saint-Pierre-du-Chemin, La Chapelle-aux-Lys, Breuil-Barret, Cheffois, Saint-Maurice-le-Girard, Saint-Maurice-des-Noues, Loge-Fougereuse et autres de ce département de la Vendée ?
- J'ai résidé dans la commune de Breuil-Barret seulement l'espace d'une année.
- En sortant de Breuil-Barret, où vous êtes-vous retiré ?
- A la Châtaigneraie, chez Mlle Baudin, propriétaire.
- Depuis quel temps demeurez-vous chez la demoiselle Baudin ?
- Depuis trois mois. (Dans "l'emploi du temps" indiqué par Perrière, il reste un trou de six à sept mois dont il ne dit rien).
- N'avez-vous pas exercé, depuis que vous êtes interdit de toute fonction ecclésiastiques ?
- Oui, quelquefois.
- N'avez-vous pas confessé, baptisé et administré les sacrements de mariage et autres ?
- J'ai confessé, baptisé et administré le sacrement de mariage une fois.
- Quelles sont les personnes que vous avez confessées, baptisées ou mariées ?
- Je ne puis les nommer.
- N'êtes-vous point un des prêtres dont M. le préfet, avait, depuis longtemps, requis l'arrestation ?
- Je l'ignore.
- Quels motifs avez-vous pour mener une vie errante et vagabonde, prêcher, parmi la classe ignorante, des maximes contraires à la tranquillité des citoyens, et pourquoi devenir ainsi, l'artisan ou le complice des forfaits que commettent depuis trop longtemps une poignée de bandits qui se disent les soutiens des ci-devant Bourbons et de la prétendue Petite Église (antre de ralliement de ces scélérats), au lieu de vous ranger, comme tout le clergé de France, au giron de l'Église Catholique, Apostolique et Romaine ?
- Je n'ai d'autre motif que celui de m'être refusé et de me refuser au serment exigé des prêtres par Sa Majesté l'Empereur et celui de ma conscience."


Les papiers saisis au domicile de Perrière comprennent d'abord un monitoire, manuscrit, de 14 pages, donnant les "Règles générales à suivre dans les cas les plus atroces qui ayent pu se commettre pendant la Révolution". Ces règles émanaient des évêques exilés. Les policiers parcourent rapidement les feuillets concernant les prêtres ou les religieuses mariées, les intrus et les divorcés, mais ils tombent en arrêt devant l'article 7 : "Des administrateurs de la prétendue République". Ils y trouvent la défense formelle, faite aux jeunes gens, de "servir sous les drapeaux de la République", et l'ordre, non moins formel, de "se réunir soit aux royalistes, soit aux alliés". "La désertion, affirme le monitoire, est ici un devoir".


Sans doute, la prescription concerne la République ; mais la gendarmerie sait que les prêtres dissidents étendent, pratiquement, le devoir de la désertion aux temps actuels. Les policiers tiennent la preuve de l'action subversive des réfractaires parmi les jeunes gens soumis à la conscription. Ce document constitue pour eux la pièce capitale du dossier. Peu leur importent les quatre "avis" à ses prêtres, donnés "du lieu de son exil", par M. de Coucy, en date des 10, 15, 26 mai et 19 juin 1802. Ces "avis", justifiant la résistance de l'évêque au Concordat, ne sont pour les gendarmes qu'oiseuses discussions théologiques.


Une punition sévère s'impose. On demande au prisonnier dans quel département de l'intérieur, il désire se retirer. Perrière ne manifestant aucune préférence, Dupin propose, le 18 décembre, au ministre de la Police, l'envoi du dissident à Moulins. Fouché juge la mesure trop bégnine et ordonne, le 23 décembre, d'interner Perrière à Fenestrelle (Fenestrelle était une prison destinée aux ecclésiastiques). Le 25 décembre, le transfert commence. Le prêtre quitte la prison de Niort entre deux policiers ; un long calvaire lui reste à gravir ; les brigades de gendarmerie se passent le captif en consigne sur la route de Moulins. Il arrive dans cette ville, le 11 février 1808. Il en repart aussitôt en direction des Alpes. La fatigue oblige cependant le voyageur à faire "un long séjour" dans les prisons de Grenoble. Le voilà enfin à Fenestrelle.

 

Fenestrelle


Perrière n'y resta pas longtemps. Une requête adressée, au début d'octobre 1808, au ministre de la Police Générale, par un certain Charles, entrepreneur, l'en fit sortir sans plus tarder. Cette requête contenait presque autant d'erreurs que de mots. Elle recommandait à la compassion de Fouché le sort d'Etienne Perrière, âgé de "54 ans", prêtre "du diocèse de La Rochelle", détenu "depuis près de deux ans" à Fenestrelle. Ce captif, "de moeurs très douces", mais "d'une faible complexion", sujet à des attaques de nerfs, ne pouvait, en conséquence, son renvoi à Moulins.


Le 21 octobre 1808, Fouché autorisait le transfert de Perrière dans la capitale du Bourbonnais. L'ex-desservant de Saint-André y arriva le 5 février 1809.

 

MONTIGNY CHEMINS SECRETS


[Auguste Billaud ne nous dit rien sur les circonstances et la date de la libération de l'abbé Perrière ; par contre il indique qu'en août 1814, Perrière était présent à une réunion générale des dissidents qui se tint à Montigny. Il y avait là MM. Texier de Courlay, Labourd de Cirières, Guéniveau de Combrand, Aubin de Scillé, Couillaud de Pierrefitte, Vion de La Chapelle-Largeau, Jousbert de Boismé et Legrand, curé du lieu.]


Le 7 décembre 1814, M. de Ferrand signale au ministre de l'Intérieur l'arrivée d'un de ces Puristes à Saint-André-sur-Sèvre. Il s'agit de l'abbé Perrière (Perrière avait desservi Saint-André jusqu'en 1807. Il n'était pas curé de Saint-André lors de l'entrevue de Montigny, comme l'affirme Drochon). Les habitants de Saint-André sont allés le chercher à Fontenay ; ils lui ont payé ses frais de voyage. Mais M. Perrière refuse de mettre les pieds à l'église. Il officie dans une maison particulière. Il interdit de sonner les cloches pour annoncer sa messe ; des sonnettes de procession agitées à travers le bourg préviennent les dissidents. Aucun catholique n'oserait se risquer à les suivre. ...

 

Mgr de Crussol

L'abbé Perrière appartenait à la secte des Puristes. L'abbé Pacreau, qui le connut, le présente de façon peu flatteuse. Perrière, de naissance illégitime, avait plu à M. de la Richardière, qui s'était chargé de son éducation. Le jeune homme, devenu prêtre, obtint grâce à son protecteur, le titre de secrétaire particulier de Mgr de Crussol, évêque de La Rochelle. Il vint s'installer, de son propre chef, à Saint-André-sur-Sèvre, vers 1802. Sous la Restauration, Perrière dit sa messe dans une chambre du château, face à l'église. De caractère vif, coléreux même, l'ancien secrétaire se signale par la violence habituelle de ses prédications. Les questions litigieuses de l'époque lui fournissent un thème inépuisable, sur lequel il déclame avec âpreté. Vindicatif par tempérament, Perrière n'épargne personne. La modération de l'abbé Texier l'exaspère. L'irascibilité native du tribun s'aggrave bientôt d'une maladie nerveuse. Quand une crise le prend en chaire, le prédicant perd toute mesure. "Au sortir de ses sermons, note l'abbé Pacreau les auditeurs se rendaient chez eux avec des mines de forcenés et des regards et des allures menaçantes pour les catholiques".


Vers la fin de 1828, Perrière, de Saint-André-sur-Sèvre, entre en agonie. Il souffrait depuis trois ans d'une maladie nerveuse. Ce prêtre, naturellement irascible, faisait d'effrayantes crises d'épilepsie. "Il était terrible dans ces moments d'accès, dit l'abbé Pacreau. Au moment de sa mort, on eût dit qu'il était possédé. Sa fin fut si épouvantable que ceux qui l'assistaient sortirent de frayeur. Quelques instants, après, ils rentraient et ne virent plus qu'un cadavre. Il fut inhumé dans le cimetière de Sain-André. La population dissidente avait été si mal édifiée de sa fin que le bruit courait que, tous les soirs, on voyait un gros animal noir parcourir le bourg et se rendre à sa tombe, qui s'affaissa au bout de huit jours, ce qui, pour le peuple, est un indice très sinistre du sort éternel d'un défunt".

[Décès de Pierre-Étienne Perrière, le 7 juillet 1828,  à Saint-André-sur-Sèvre, à l'âge de soixante-cinq ans.]

 

acte de décès de Pierre-Etienne Perrière

 

Extraits :
La Petite Eglise dans la Vendée et les Deux-Sèvres (1800-1830)
Auguste Billaud