Par Anne-Marie Blanquels de Marque et Jacques Bauchy

 

Gallardon

 

RÉSUMÉ

La découverte d'une correspondance inédite vient corroborer, s'il en était besoin, un évènement du début du règne de Louis XVIII : l'aventure de Martin de Galardon, humble paysan beauceron, et de la "mission divine" à lui confiée par un ange.

 

Il s'agit ici de commenter un manuscrit trouvé dans des papiers familiaux du second signataire. Nous avons donc associé les connaissances de l'un et la découverte de l'autre pour parler de l'état de la France en 1816. Le nécessaire suspense veut que la présentation soit précise sans révélation intempestive.

 

LE MANUSCRIT

Curieusement, le manuscrit a été découvert dans un grenier ariégeois lors d'un inventaire privé d'un chartrier important déposé ensuite à Foix, aux archives départementales. Le hasard, comme souvent l'a fait sortir d'un silence qui aurait pu s'éterniser et curieusement encore, il concernait l'Orléanais. Nous apprendrons comment il a circulé entre le nord et le sud de la France.

L'expéditeur, puisqu'il s'agit d'une lettre, est le Vicomte de Lalaudalle, lieutenant du Roi, commandant de la place de Montpellier. Bien que nous n'ayons pas l'adresse, le destinataire ne peut être qu'Alexandre Maurice de Serres, né en 1790, capitaine au régiment du Roi, résidant en son domaine de Justiniac, près Saverdun (Ariège). Cette propriété ayant été vendue au début du siècle, les papiers en furent amenés dans la demeure de ses descendants directs c'est-à-dire dans notre grenier. Sur la dernière page du manuscrit, la mention du nom de Clara qui était l'épouse d'Alexandre-Maurice confirme notre hypothèse.

Il s'agit d'une correspondance entre "frères d'armes", officiers supérieurs cultivés comme le prouvent la graphie impeccable et le style naturellement soigné. Certes, à l'époque, on devait écrire pour communiquer, mais fallait-il que l'histoire en vaille la peine pour que ces messieurs les militaires prennent le temps et le mal de rédiger une longue missive de dix pages bien remplies, nécessitant une rédaction de plusieurs heures.

Le contenu du manuscrit est la copie d'une lettre reçue à Montpellier, par Lalaudalle et envoyée par un de ses amis intimes, probablement officier en mission dans la région d'Orléans-Chartres. Il avait été tellement "sidéré" par un évènement extraordinaire "passé sous ses yeux", qu'il écrivit sans attendre à son ami Lalaudalle, lequel, "sidéré" à son tour, recopia la lettre pour son ami ariégeois Alexandre Maurice de Serres. Il faut dire que les Occitans sont très réceptifs aux histoires extraordinaires, supranormales dans lesquelles interviennent les esprits célestes ou infernaux.

J. Bauchy signale dans son livre que Montpellier, malgré son éloignement, fut une des premières villes "au parfum". Nous détenons ici l'explication et le manuscrit a maintenant bouclé sa boucle puisqu'il est revenu à Orléans.

Si on confronte le manuscrit avec les anciens récits, on constate une parfaite similitude des deux jusque dans les détails, preuve que l'épistolier et les archives consultées sont concordants et donc vraisemblablement véridiques.

La lettre suit l'affaire de plus près mais nous laisse brutalement sur notre faim. J. Bauchy rapporte plus de noms propres (notamment celui du curé et du visiteur dont il donne en plus un curieux portrait). Surtout, il étoffe son chapitre du contexte de l'époque. Faisant référence à l'historien Georges Lenôtre suffisamment intrigué par l'évènement pour lui consacrer deux deux cent soixante et onze pages dans ses Figures d'Histoire tragiques et mystérieuses (en donnant avec précision toutes ses sources), il indique le devenir des personnages jusqu'à la mort troublante de Thomas Martin, les rebondissements nombreux, les réactions de la société de la Restauration, les ramifications quasi policières et pour corser le tout, l'intrusion fracassante de Naundorff.

Mais qui sait si les dires suivis de notre héros n'auraient pas donné une teinte différente au sort de la France ? En effet, Louis XVIII et Charles X l'ont consulté et certaines prédictions prises au sérieux (assassinat du duc de Berry) auraient pu retenir leur attention. Mais comment tester la sincérité de Martin en écartant toutes manipulations toujours possibles.

A la lecture de la transcription du manuscrit on trouvera avec précision l'escalade de démarches courageuses auprès des hiérarchies religieuses et civile, jusqu'à la réussite finale. On compte de nombreuses interventions célestes, mais il y en eut beaucoup d'autres avec un maximum à situer entre le 15 janvier 1816 et le mois d'avril.

 

Manuscrit affaire Martin

 

TRANSCRIPTION DU MANUSCRIT

Le manuscrit comprend cinq feuilles R/V et une demi feuille R. Il a été modernisé dans la transcription suivante.

Versailles, le 29 Avril 1816

J'ai à te donner sur un fait qui vient de se passer sous nos yeux des détails qui suffisent pour une longue lettre. Il y a dans le village de Galardon près de Chartres un bon et honnête paysan nommé Martin, marié et père de plusieurs enfants qu'il soutient d'un produit de quarante arpents de terre dont il est possesseur et du produit d'une ferme qu'il tient à loyer et qu'il fait valoir de ses propres mains.

Un jour que Martin travaillait aux champs, il est abordé par un homme qui avait le dehors de l'aisance et de l'éducation et qui lia conversation avec lui. Il lui parle de l'extrême danger que toute la France a couru dans les dernières invasions, de la destruction presque générale et du partage dont elle a été menacée, de la miséricorde de Dieu qui l'a préservée de ce malheur. Il lui dit qu'il a été fait de expiation dans la plupart des villes pour le crime commis dans la révolution mais que ces cérémonies n'ont été généralement que des représentations politiques, qu'il n'y a point eu de pénitence sincère, de vrai retour vers Dieu dont la colère est encore suspendue sur la France, qu'il est nécessaire que le Roi soit averti de cette circonstance et qu'il trouve le moyen d'emmener le peuple français à une véritable conversion pour arrêter le terrible effet de la vengeance du Seigneur et assurer à la France une paix durable. Après cette conversation, "l'étranger" se sépare de Martin à qui il ne reste que le souvenir d'un Monsieur qui lui avait dit des choses bien raisonnables.

A quelques jours de là, Martin occupé dans la cave est étonné d'y voir auprès de lui le même personnage qui lui demande s'il a pensé à ce qu'il lui avait dit dans les champs, et s'il a cherché à en instruire le Roi. Martin lui répond alors que s'il est nécessaire que le Roi en soit instruit, il est bien naturel qu'il se charge lui de le faire, qui a de l'éducation et qui paraît connaître le monde, qu'il est presque impossible à un pauvre paysan de pénétrer jusqu'au Roi, et quand il pourrait vaincre cette difficulté il serait bien embarrassé de parler à sa majesté lorsqu'il se trouverait en sa présence. Pour cela lui répliqua l'inconnu, ne vous mettez pas en peine quand vous paraîtrez devant le Roi, vous saurez ce que vous aurez à lui dire. Mais répliqua Martin, au nom de qui chercherai-je d'aller jusqu'au Roi, car pour faire une commission il faut savoir de qui on la tient et je ne vous connais pas. Cette objection naturelle porte celui qui lui parlait à lui dire qu'il était l'ange du Seigneur, qui arrêtait la colère de Dieu suspendue sur la France. Il existe ajouta-t-il des anges ennemis des hommes et qui cherchent à les séduire, à les égarer, à les détourner de sa voie mais ces anges portent sur le front un signe ineffaçable, regardez-moi et voyez si vous trouvez ce signe en moi. Le bon paysan regarda fixement celui qui lui parlait et dont jusqu'à ce moment la figure ne lui avait pas paru extraordinaire. Ébloui tout à coup par une lumière inexprimable qui jaillissait de la face et de son sein, il fut saisi de terreur et d'un tremblement général. Mais l'ange passant la main sur lui, lui dit de ne rien craindre et qu'il ne lui arriverait aucun mal, qu'il connaissait dans ce moment celui au nom duquel il devait parler au Roi et qu'il eut à faire tout ce qu'il dépendait de lui remplir cette mission.

La vision cessa et Martin, homme régulier et exact, crut devoir aller rendre compte à son curé de ce qui s'était passé et prendre son avis. Le curé qui connaissait son paroissien pour un homme simple, sincère et religieux sans avoir jamais remarqué dans son esprit la moindre exaltation ni le moindre désordre fut étonné de cette confidence et après avoir attentivement considéré, après avoir inutilement cherché à le faire convenir que ce qu'il venait de lui rapporter était un rêve de son imagination ...

Mon bon Martin, lui dit-il, les Saintes-Écritures font voir, à la vérité, des communications semblables, mais il y a bien longtemps qu'elles paraissent avoir cessé et personne ne croit aujourd'hui à leur possibilité ; nous avons été bien troublés par le mouvement des troupes, par le pillage, par le désordre et par les grands changements qui viennent d'avoir lieu, il est possible que vos humeurs en aient souffert, qu'il y ait quelques dérangements dans votre santé et que tout ce que vous venez de me dire en soit un effet. Croyez-moi, vous ne risquez rien. Si votre vision vient de Dieu, elle se reproduira, si ce n'est qu'un trouble extraordinaire que vous avez éprouvé, un régime simple et facile rétablira le cours de vos humeurs, je vous enverrai le médecin, faites ce qu'il vous dira.

Le paysan docile convient de suivre le conseil. Le docteur passa chez lui, le mit au régime. Il le faisait, chassant tant qu'il le pouvait tout souvenir de la vision, disant tranquillement son chapelet et travaillant à l'ordinaire à ses champs et à l'entretien de sa famille lorsque celui qu'il avait déjà vu deux fois se trouve devant lui et lui demande s'il s'était occupé de la mission dont il l'a chargé. Martin lui répond naïvement la confidence qu'il a cru devoir faire à son curé et ce qui s'en est suivi.

Il n'y a point de reproche à vous faire lui dit alors le messager céleste et monsieur le curé se trompe, ceci n'est point illusion, ni le produit du désordre de vos humeurs et vous êtes aussi sain de corps que d'esprit ; allez revoir M. le curé, représentez lui ce que je viens de vous dire et engagez le de ma part à vous aider à parvenir jusqu'au Roi.

Le paysan obéit ; le curé n'est point encore persuadé de la réalité de la vision de son paroissien, mais désirant le tranquilliser, il lui dit :  Vous avez coutume de venir me trouver de temps en temps mon bon ami, eh ! bien je vous attends demain au soir et après demain, nous prierons ensemble, je dirai la messe à votre intention afin que vous soyez délivré de toute vision semblable. Ce n'est qu'une illusion que Dieu daigne vous faire connaître sa volonté". Le moment arriva à l'élévation de la messe ; Martin semble lutter avec un être qui n'est aperçu que de lui. Il répète deux ou trois fois avec vivacité : "Eh bien ! j'obéirai, j'irai, je vous le promet, puis il continua de prier avec calme et le sacrifice étant fini, il répond au curé qui s'était aperçu de son mouvement et qui en demande la cause, que l'ange s'est présenté et a exigé la promesse qu'il ferait tout ce qu'il dépendrait de lui pour obtenir une audience du Roi.

Le curé de Galardon commence à ne savoir plus que penser d'une communication si extraordinaire et il prit le parti de s'adresser à son supérieur ecclésiastique,  M. l'abbé de Grand Champ, Grand Vicaire du diocèse de Versailles (de qui nous tenons ces détails) et de lui rendre compte de tout ce que nous venons d'exposer en lui demandant son avis. Le curé terminait sa lettre en disant à M. de Grand Champ qu'il se croyait obligé de lui déclarer que, chargé depuis plusieurs années de la conscience de cet homme, il ne lui avait jamais connu d'habitude de péché même véniel et qu'il croyait que c'était l'âme la plus pure de la Chrétienté. Le Grand Vicaire ne fut pas peu surpris du message. Mais consulté comme supérieur lors de la première confidence sur le témoignage que le livre saint rendait de semblables communications dans les temps anciens et sur leur rareté depuis la venue du Messie il ajoute qu'on ne pouvait donner confiance à des visions de cette espèce que sur des preuves matérielles et incontestables, loua la conduite que le curé avait tenu jusqu'alors, l'engagea à continuer à tranquilliser le bon Martin et finit par lui dire que si cet honnête paysan éprouvait encore quelque chose de semblable, lui, abbé de Grand Champ, n'ayant pas de rapport avec le prince, il faudrait s'adresser plus haut, c'est-à-dire à l'évêque. Le curé montra la réponse du grand vicaire à Martin qui consentit à rester encore tranquille tout en rappelant la promesse qu'il avait faite, mais bientôt nouvelle visite, nouvelle sommation, le curé se décide alors à prendre le chemin de Versailles avec son paroissien et va se présenter avec lui chez monseigneur, il rend compte au prélat de la simplicité, de l'honnêteté, de la sagesse reconnue des vertus chrétiennes de l'homme qu'il conduit chez lui et lui fait le récit des visites réitérées qu'il a reçues d'un ange, ange du Seigneur, qui a exigé de lui la promesse de tout faire pour parvenir jusqu'au Roi. L'évêque étonné de ce qu'il entend secoue la tête, les épaules, les bras et traite tout cela de rêverie, fait à Martin plusieurs questions auxquelles celui ci répond avec la plus grande naïveté, il veut que le curé et lui oublient la vision et se tiennent tranquilles chez eux, et sur ce que le curé lui représente que Martin ne demande pas mieux que de le faire mais qu'il ne cesse point de recevoir de nouvelles sommations. "Eh bien ! dit monseigneur, que veut votre homme ? Il veut voir le Roi, cela ne me regarde pas, cela regarde Monsieur le Préfet de Chartres" et il ne fut plus possible d'obtenir une réponse.

Le paysan et le curé reprennent le chemin de chez eux, mais le bon prêtre a pris son parti, et peu de jours après, il se présente avec Martin chez M. le Préfet de Chartres. On trouve le magistrat au moins aussi incrédule que l'évêque, et il insista longtemps pour que l'on se tint tranquille, mais pressé par le curé et assuré que Martin serait prêt à partir pour Paris au moment qu'il le voudrait, il fit venir le lieutenant de gendarmerie de la résidence, lui remit une lettre pour le ministre de la police et le chargea de conduire à l'audience cette Excellence le paysan de Galardon, en ayant pour cet homme tous les égards que l'on doit avoir pour un père de connaissance de la lettre du préfet ; il interroge Martin, le paysan répond aux questions qui lui sont faites par tous les détails de la commission qu'il a reçue d'un ange du Seigneur et d'après lequel il désire voir le Roi. Il ne saura ce qu'il doit dire à sa Majesté que quand il sera en sa présence. M. de Cazes ne sait s'il entend juste, cherche comme le Préfet, comme l'évêque à le dissuader de son dessin et l'y voyant persister avec fermeté, il prie le lieutenant de gendarmerie d'attendre un instant, passe dans son cabinet et y faisant bientôt après introduire l'officier, il lui remit un billet pour le directeur de Charanton (sic) où il le charge de conduire l'homme qu'il lui a présenté. Le lieutenant prenant intérêt à Martin en qui il n'avait trouvé que douceur, honnêteté et qu'il savait être père de famille, l'ordre du ministre lui faisait peine à remplir, il voulait donner au malheureux quelque consolation avant de lui en apprendre la rigueur.

Vous croyez peut-être, mon bon ami, qu'en partant de l'hôtel de police, nous allons revenir chez vous ? Oh ! que non Monsieur, je ne le crois pas, lui répond Martin et je sais bien où ce que vous aller me mener. Et où croyez vous que je vais vous mener reprit le lieutenant ? Vous me menez à Carenton (sic), répliqua le paysan ; je le savais avant de venir ici, mais je suis bien tranquille, il ne m'arrivera pas de mal". M. de Fulquière, qui c'était trouvé dans la même voiture que le lieutenant de Versailles lorsqu'il retournait à Charenton, m'a rapporté ceci.

Enfin le pauvre Martin est à Charenton, on doit le traiter pour un dérangement de cerveau et le curé de Galardon qui apprend ce triste résultat écrit au ministre de la Police pour lui représenter que cet honnête campagnard qui n'a jamais causé le moindre trouble à personne, fait valoir de sa propre main une ferme dont dépend l'existence d'une nombreuse famille, que les semences de mars n'ont pas eu lieu, qu'on est au moment de le faire et si son excellence croit devoir retenir son paroissien il est indispensable de faire faire à sa charge en son absence les travaux nécessaires. Le curé ne s'en tint pas là, il écrivit en même temps  à Monseigneur le Grand Aumônier, archevêque de Reims, lui remet sous les yeux, le rapport qu'il avait mis sous les yeux de M. l'abbé de Grand Champ, ajoute la suite et le fruit de son zèle. M. de Cazes mit à sa disposition une somme de quatre cents francs ainsi qu'à celle du maire de Galardon et des plus proches parents de Martin pour les travaux de la terre. M. le Grand Aumônier trouve la lettre qu'il reçoit assez intéressante pour prendre quelques informations sur le paysan de Chartres détenu à Charenton. Le rapport de M. Royer Collard, directeur, de M. Pinel, médecin, sont à l'avantage de Martin. Sa santé est parfaite, il ne donne aucun signe de démence, il est d'une docilité d'une douceur admirables. L'archevêque de Rheims (sic) répond au curé et l'engage, si les circonstances où il se trouve le lui permettent, de venir à Paris lui donner quelques éclaircissements sur le contenu de sa lettre. Le curé ne se le fait pas dire deux fois, il est chez Monseigneur, satisfait à toutes les questions sur le caractère du détenu, sur les moeurs, sur la pratique de religion, sur les différentes visites qu'il dit avoir reçues d'un ange du ciel. L'archevêque croit devoir envoyer examiner cet homme par des ecclésiastiques instruits. Les abbés d'As(tor) ? et de Quelen (?), l'abbé de Fraissinon vont le voir séparément et en des jours différents, ils l'observent, le questionnent, sont frappés de la clarté, de la simplicité de ses réponses, de sa présence d'esprit, il ne se contredit jamais et tout ce que ces messieurs recueillirent fut d'accord avec le rapport du curé de Galardon. On parle avec étonnement de cette communication céleste chez monseigneur le Grand Aumônier et M. l'abbé Duval qui en connaissant tout le détail le raconte dans une société où se trouvait une des dames de Son Altesse royale, madame la duchesse d'Angoulême. Cette dame, surprise, demande si ce qu'elle  entend est bien vrai s'il y avait de l'interdiction d'en parler à la princesse. L'abbé Duval atteste la vérité de tout ce qu'il a dit, et ne trouve pas d'inconvénient à ce que Madame royale en soit informée. On croit que Madame s'assura auprès du Grand Aumônier de la réalité de ce qu'elle venait d'apprendre.

Le tout vient jusqu'aux oreilles du Roi et le monarque, assuré de l'honnêteté et de la vertu du paysan dont il est question, ne vit pas de raison pour lui refuser l'audience qu'il demandait. M. de Cazes reçut l'ordre de se rendre de bon matin et incognito aux Tuileries avec le paysan de Galardon qui se trouvait détenu à Charenton. Il doit être arrivé chez M. Hue qui se sera lui même rendu chez le Roi par le petit escalier qui communique son appartement à celui de sa majesté et le Roi averti que le bon Martin était là, le fit introduire auprès de lui seul et sans témoin. Le premier secrétaire de M. Hue m'a dit à moi même qu'il n'y avait que deux personnes qui l'eussent vu à son arrivée aux Tuileries, lui et le Vicomte d'Alma, qu'il tenait d'un des premiers personnages de service près du Roi, qu'il était resté trente six minutes montre en main avec sa Majesté. C'est beaucoup de temps pour qui n'aurait à dire que des puérilités. Lorsque Martin s'est retiré, les premières personnes qui ont paru ont entendu ces dernières paroles que le Roi lui a adressées : "Ceci est conversation entre Dieu, vous et moi". Le Roi avait l'air ému, les yeux humides et a dit aux personnes de sa grande familiarité : "Cet homme n'est pas ce qu'on pourrait penser, il m'a rappelé des choses qui n'étaient connues que de moi seul", voilà tout ce qu'on connaît de positif. Maintenant ce que je viens de tracer pourrait être signé en forme de procès-verbal par les personnes les plus reconnaissables.

Bientôt Martin a su qu'il était libre de retourner chez lui. On lui a demandé s'il avait besoin de quelque argent, il a répondu que depuis son retour à Charenton, il avait emprunté dix francs d'un de ses cousins qui était venu le voir et qu'il serait bien aise de pouvoir le rendre. On lui a objecté qu'il aurait besoin sans doute de quelque chose de plus pour retourner chez lui, "Oui a-t-il dit, il me faudrait une pièce de vingt francs". On lui a présenté une bourse d'or, il a retiré l'argent précis, en choisissant une pièce de vingt francs à l'effigie du Roi sans vouloir rien accepter de plus puis comme on lui offrait de le reconduire où il voudrait aller pour reprendre le chemin de chez lui, "Il sera assez temps a-t-il dit de partir demain pour Chartres, mon lit est fait à Charenton, j'y coucherai, car je ne veux pas quitter cet endroit sans remercier tous les messieurs de leur bonté pour moi". Tu t'imagines bien que le ministre de la Police, que le directeur de Charenton, qu'une infinité de personnes lui ont fait des questions sur ce qu'il avait pu dire au Roi, sur ce que sa majesté avait pu lui dire ; mais il a constamment répondu qu'il n'avait aucun souvenir ni des paroles qu'il avait adressées au Roi, ni de celles que le Roi lui avait adressées. "Vous avez dû être bien embarrassé lui a-t-on objecté lorsque vous vous êtes trouvé seul avec le Roi", "Point du tout, au moment où j'étais prêt d'arriver auprès du Roi, l'ange est venu, il m'a pris par les deux mains, il m'a donné toute sa force et je me suis trouvé pour ainsi dire un autre homme". Lorsque le préfet de Chartres a su qu'il était de retour à Galardon, il l'a fait prier de passer chez lui le dimanche suivant, Martin a répondu qu'il ne voyageait pas le dimanche, mais que le samedi il irait au marché et qu'après avoir fait ses affaires, il se rendrait chez M. le préfet. Il y a été, mais le préfet curieux n'a pu tirer d'autres réponses que celle qu'il avait faite à son départ de Charenton.

Pour copie conforme à la lettre de mon ami intime parfait honnête homme et d'une très grande véracité et probité et réunissant toutes les qualités de l'homme de coeur.

Le lieutenant du Roi, commandant la place de Montpellier

signé le Vicomte de Lalaudalle.

 

AFFAIRE MARTIN

 

RÉSUMÉ DES ANCIENS RÉCITS

Le 15 janvier 1816, Louis XVIII régnant, un petit fermier de Galardon, petite ville pittoresque située au nord de la Beauce et à la limite de l'Ile de France, nommé Thomas Martin, alla dans l'après midi, au lieu-dit Champtier des Longs-Champs, afin de répandre du fumier sur une terre qu'il tenait à loyer. La vue portait au loin sur la plaine déserte ; le temps était beau et Martin maniait sa fourche activement, voulant terminer sa besogne avant la nuit. Vers trois heures, il fut surpris "par le bruit de paroles qu'une voix prononçait tout près de lui", il leva la tête et aperçut, "à quelques pas de distance", un homme qu'il n'avait pas vu venir. C'était un étranger au pays, de taille moyenne, "très mince", vêtu d'une grande redingote de couleur blonde qui le couvrait du col aux chevilles ; il portait un chapeau rond, haut de forme ; son visage était "pâle, délicat, extrêmement effilé". Sans bouger de place, l'homme parla : "Martin, il faut que vous alliez trouver le roi pour l'avertir qu'il est en danger. Des méchants cherchent à renverser le gouvernement ; il faut qu'il fasse une police générale de ses États, qu'il ordonne des prières publiques pour la conversion du peuple ... sinon la France tombera dans les plus grands malheurs ..."

Ce discours fut prononcé d'une voix fort douce, par un personnage auquel Martin répondit : "Puisque vous en savez si long, répliqua-t-il, pourquoi n'allez-vous pas faire votre commission vous-même ? Pourquoi vous adresser à un pauvre homme comme moi, qui ne sait pas s'expliquer ?" Réponse : "Ce n'est pas moi qui irai ; ce sera vous ; faites ce que je vous commande". Alors Martin, ébahi, voit ce personnage étrange "flotter un instant horizontalement et disparaître comme s'il se fût fondu dans l'air".

Dès lors, les apparitions vont se succéder :

- deuxième apparition du mystérieux personnage à Martin dans sa cave où il cherche des pommes : 18 janvier 1816 à 6 heures du soir ;

- troisième apparition : 20 janvier, dans la cour de la ferme ;

- quatrième apparition : le dimanche 21 janvier, dans l'église de Galardon, où Martin assiste aux vêpres célébrées pour le vingt troisième anniversaire de la mort de Louis XVI, apparition de l'inconnu qui suit Martin pendant au moins une heure, à l'église, dans sa ferme, etc ;

- Mercredi 24 janvier 1816 à 8 heures du matin. A la fin de la messe basse, Martin raconte ces apparition au curé de Galardon, l'abbé Laperruque. Celui-ci, dès lors, prend l'affaire en mains ;

- cinquième apparition le soir même : après la cave, le grenier, Martin y trie son grain quand arrive l'inconnu, qui lui dit : "Martin, acquittez-vous de votre commission. Le temps passe" ;

- le 27 janvier, monseigneur Charrier de la Roche, évêque de Versailles, reçoit l'abbé Laperruque et Thomas Martin. Il dit à celui-ci : "allez conter l'histoire au préfet de Chartres. Et si vous revoyez cet inconnu, demandez-lui son nom  et qui l'a chargé de venir vous trouver. Vous rapporterez la chose à votre curé, qui m'en rendra compte ;

- sixième apparition : le 30 janvier ;

- septième apparition le 2 janvier : "Martin, dit l'inconnu, vous serez conduit devant le Roi. Vous lui découvrirez des choses secrètes du temps de son exil, mais dont la connaissance ne vous sera donnée qu'au moment où vous serez introduit en sa présence ;

- suivent de nombreuses autres apparitions, pendant tout le mois de février ;

- le 6 mars, l'abbé Laperruque et Martin sont reçus par le préfet de Versailles qui, le soir même, écrit au duc Decazes, ministre de la police du royaume ;

- le 7 mars, Martin part pour Paris, accompagné d'un gendarme ;

- le vendredi 8 mars, Martin est accueilli à Paris à la Préfecture de police par le futur duc Decazes.

 

Académie d'Orléans - Agriculture, Sciences, Belles-Lettres et Arts

Mémoires 1996 - VIe série - Tome cinq

5, rue Antoine Petit, 45000 ORLÉANS

 

"Nous voici en juillet 1830 ; un fait inouï, presqu'invraisemblable se passe : en trois jours, la monarchie est en grand péril, Paris se bat et Charles X part au château de Rambouillet avec sa famille. Cependant le roi dispose de 12.000 soldats fidèles avec des canons, qui peuvent résister aux bandes indisciplinées. De plus, la province ne bouge pas. Les maréchaux demandent les ordres au roi mais Charles X hésite et n'ordonne rien. Le roi a reconnu, semble-t-il, le châtiment de Dieu, il songe aux prédictions de Martin aux malheurs prédits à la France, à la mort de son fils Berry : Martin, dont Charles X connaît fort bien les avertissements, n'a pas été écouté, le trône n'a pas été rendu au fils de Louis XVI qui est vivant ... Alors le roi envoie Monsieur de La Rochejaquelein auprès du laboureur Martin, entre le 1er et le 3 août, fait ahurissant mais incontestable : un officier envoyé par le roi demande au paysan ce que Charles X doit faire, Charles X, un dévôt de la monarchie, Charles X convaincu que la légitimité règne en sa personne !
La Rochejaquelein part en pleine nuit, suivi de deux écuyers, on galope, à francs étriers, vers Gallardon et ce n'est pas sans peine que l'aide de camp trouve la ferme de Martin vers deux heures du matin. Il frappe longuement. Enfin, le bonhomme en chemise et pieds nus, ouvre sa porte et reste sur le seuil, en haut de trois marches, une lanterne à la main.
"Monsieur Thomas Martin, au nom du Roi" : Ne prenez pas la peine de vous expliquer, dit Martin ; l'archange m'a averti qu'on viendrait me consulter : j'ai la réponse - Monsieur de la Rochejaquelein reste à cheval et Martin sur son perron - "Je vous écoute Martin". Et voici la réponse du paysan : "Dites au roi qu'il sait bien la raison de tous ces malheurs. A présent, il ne peut rien faire quand bien même il aurait 200.000 hommes de troupe ; il ne réussirait qu'à faire couler beaucoup de sang. Il faut qu'il parte en exil, il y mourra sans avoir revu la France ainsi que son fils, le duc d'Angoulême. Henri, son petit-fils, ne sera jamais roi".
Telle est la réponse rapportée au roi par la Rochejaquelein. Martin a même ajouté : "la branche ne pourra rien faire ; tous ceux qui ont usurpé le trône, périront misérablement !" Et, à son propre fils qui le répètera, Martin dira que le samedi qui a précédé les ordonnances de juillet, causes de la révolution, il a entendu une voix terrible : "la hâche est levée, le sang va couler", et il a vu comme une main qui repoussait le Roi de France. Et, le lendemain de la visite de La Rochejaquelein, Martin aurait vu couler sur un calice trois larmes rouges, trois noires, trois blanches ..."

Extrait : Le paysan visionnaire du village de Gallardon par Noëlle Destremau

http://noelle.destremau.free.fr/sites/default/files/Martin_le_paysan_visionnaire_du_village_de_gallardon.pdf

 

IGNACE THOMAS MARTIN est né et baptisé le 18 février 1783 à Gallardon, fils de Louis Martin, laboureur, et de Marianne Ridet.
Il serait décédé à Chartres (voir lien ci-dessus), le 8 mai 1834, à l'âge de 51 ans - époux de Marie-Madeleine Troussebois, puis enterré le 11 mai 1834 à Gallardon.

 

 

acte naissance Thomas Martin

 

Acte de décès Thomas Martin

 

 

 

Louis XVIII à sa table

 

ENTRETIEN DE MARTIN AVEC LE ROI
ÉCRIT SOUS SA DICTÉE EN 1828

 Il est bon de garder le secret du Roi, mais il est honorable de révéler et de publier les oeuvres de Dieu. (Paroles de l'Archange Raphaël) Tobie, CH. XII, v. 7.

Le mardi 2 avril 1816, comme j'étais à dîner à la maison de santé (Charenton), il vint quelqu'un de la part du ministre de la police générale, qui depuis quatre semaines me retenait (à dater de son départ de Chartres, jusqu'à sa sortie de Charenton). Ce monsieur me dit de venir à Paris.


Arrivé à la police, M. Decazes me demanda si je voulais parler au roi. "Oui, et ma commission ne sera pas faite avant de parler à lui (même) comme on m'a ordonné de lui annoncer ce qu'on m'a dit. - Mais que devez-vous dire au roi. - Dans ce moment, je ne sais pas ce que je dois lui dire : les choses me seront annoncées, quand je serai devant le roi." Le ministre me dit alors : "Eh bien, vous y serez conduit. Vous verrez un roi qui est notre père à tous".


Le ministre passa dans une autre chambre mettre son habit d'ordonnance, et moi j'étais seul dans le cabinet où il m'avait parlé. L'ange m'apparut sous les formes ordinaires et me dit : "Vous allez parler au roi, qui sera la personne à laquelle on vous présentera, vous serez seul avec lui, n'ayez aucune crainte de paraître devant le roi ; pour ce que vous avez à lui dire, les paroles vous viendront à la bouche".


Car, quand je devais aller chez le roi, continue Martin, je ne savais pas ce que je devais lui dire, et je ne l'ai su qu'en lui disant. Et en effet, je n'ai point été embarrassé dans tout ce que je lui ai dit depuis le commencement jusqu'à la fin ; et c'est la dernière fois qu'il (l'ange) m'a apparu.


Le ministre revint donner une lettre à un homme et lui dit : "Conduisez cet homme-là au premier valet de chambre du roi." On voulait me mener en voiture, mais moi je dis que cela ne valait pas la peine, car il n'y avait que la Seine à traverser. Nous arrivâmes aux Tuileries sur les trois heures, et sans que personne ait dit rien. Nous arrivâmes jusqu'au premier valet de Louis XVIII à qui on remit la lettre, et qui après l'avoir lue me dit : "Suivez-moi". Nous nous arrêtâmes quelques moments, parce que M. Decazes qui était venu au palais en voiture, était venu avant nous, et il était chez le roi. Quand le ministre sortit, je suis entré ; et avant que je dise un mot, le roi dit au valet de Chambre de se retirer et de fermer les portes.


Le roi était assis devant sa table en face de la porte ; il y avait des plumes, des papiers et des livres. J'ai salué le roi, en disant : "Sire, je vous salue". Le roi m'a dit : "Bonjour Martin". Et je me suis alors dit à moi-même : Il sait donc bien mon nom. "Vous savez, sire, sûrement pourquoi je viens - Oui, je sais que vous avez quelque chose à me dire et l'on m'a dit que c'était quelque chose que vous ne pouviez dire qu'à moi : asseyez-vous".


Alors je me suis assis dans un fauteuil qui était placé vis-à-vis le roi, de manière qu'il n'y avait que la table entre nous. Alors je lui demandai comment il se portait ; le roi me dit : "Je me porte un peu mieux que ces jours passés ; et vous, comment vous portez-vous ? - Moi, je me porte bien. - Quel est le sujet de votre voyage ?
- Et je lui ai dit :
"Vous pouvez faire appeler, si vous voulez votre frère et ses fils". Et le roi m'interrompit en disant : "Cela est inutile, je leur dirai ce que vous avez à me dire". Après cela, je racontai au roi toutes les apparitions que j'avais eues et qui sont dans la relation.
Quand je lui parlai de l'homme sauvé de la prison, le roi me dit : "Je le sais bien, c'est Lavalette".
Moi je continuai en lui disant : "Il m'a été dit que le roi examine tous ses employés et surtout ses ministres. - Ne vous a-t-on pas nommé les personnes ? - Non, il m'a été dit qu'il était facile au roi de les connaître, mais je ne les connais pas."


Enfin lui ayant dit toutes les particularités des apparitions, le roi me dit : "Je sais tout cela, l'archevêque de Reims (le Grand Aumônier) m'a tout dit. Mais il me semble que vous avez quelque chose à me dire en particulier et en secret."


Et alors je sentis venir à ma bouche les paroles que l'ange m'avait promises, et je dis au roi :
"Le secret que j'ai à vous dire, c'est que vous occupez une place qui ne vous appartient pas."


Le roi alors m'interrompit en disant : "Comment, comment, mon frère et ses enfants étant morts, je suis le légitime héritier."


Et moi alors je lui dis : "Je ne connais rien à tout cela, mais je sais bien que la place ne vous appartient pas, et c'est aussi vrai ce que je vous dis, qu'il est vrai qu'un jour étant à la chasse avec le roi Louis XVI votre frère, dans la forêt de Saint-Hubert, le roi étant devant vous, d'une dizaine de pas, vous avez eu l'intention de tuer le roi votre frère. Louis XVI était monté sur un cheval plus grand que le vôtre et venait de passer, vous avez été embarrassé par une branche d'arbre qui s'est ployée de manière à vous empêcher en passant sous l'arbre de commettre ce meurtre, et votre frère avait passé sans être embarrassé par les branches du même arbre. Vous aviez un fusil à deux coups, dont l'un était pour votre frère le roi, et vous auriez tiré l'autre en l'air, pour faire croire qu'on aurait tiré sur vous, et vous eussiez accusé quelqu'un de sa suite. Le roi a rejoint sa suite et vous n'avez pu réussir dans votre projet, mais vous avez conservé ce dessein pendant longtemps et vous n'avez jamais eu une occasion favorable pour le mettre à exécution."


C'est à ce récit que le roi frappé d'étonnement et profondément ému dit : "O mon Dieu ! Cela est bien vrai. Il n'y a que Dieu, vous et moi qui sachions cela, promettez-moi de garder sur toutes ces communications le plus grand secret ;" et moi je le lui promis.


Après cela je lui dis : "Prenez garde de vous faire sacrer, car si vous le tentiez, vous seriez frappé de mort dans la cérémonie du sacre."
Dans le moment et jusqu'à la fin de la conversation, le roi pleura toujours.


Je continuai alors à lui dire :


"Souvenez-vous de votre détresse dans l'adversité, du temps de votre exil ; vous avez pleuré sur la France ; et il fut un temps où vous n'aviez pas d'espoir d'y rentrer, voyant la France alliée avec tous ses voisins."
" - Oui, il a été un temps où je n'avais aucun espoir."
"- Dieu n'a pas voulu perdre la famille royale, il a fait rentrer la famille, mais où sont les actions de grâces qui ont été rendues pour un tel bienfait ? Pour châtier encore une fois la France, l'usurpateur a été tiré de son exil. Ce n'a pas été par la volonté des hommes, ni par un effet du hasard que ces choses ont été permises ainsi ; il est rentré sans forces, sans armes, vous avez été obligé de quitter la capitale, croyant tenir encore une ville de France, et vous avez été obligé de l'abandonner ..."
"C'est bien vrai, je croyais rester à Lille."


"Quand l'usurpateur est rentré, il s'est formé un gouvernement, une armée ; et quand il s'est présenté aux ennemis, du premier coup il a été sans ressources, sans asile, sans armes et rejeté de ses sujets. Vous êtes encore rentré en France, où sont les actions de grâces qui ont été rendues à Dieu pour un miracle si éclatant ?"
"- C'est vrai, dit Louis XVIII, je n'y ai pas pensé."
Je lui dis : "Le bon Dieu ne vous en a pas donné la pensée parce que vous n'avez pas le droit de régner. C'est à celui qui a le droit de régner qu'il réserve de s'acquitter de cela."


Je continuai en lui disant : "Il m'a toujours été dit que je parviendrais à faire l'affaire qui m'avait été annoncée, et je vois bien qu'il (l'ange) ne m'a pas trompé, car je suis avec vous. Il m'a été dit que vous ne chancelleriez pas pour croire quand je vous dirais les choses."
"Non, je ne puis chanceler, puisque c'est la vérité. Ne vous a-t-il pas dit comment il fallait que je m'y prisse pour gouverner la France ?"


Alors je lui répondis : "Descendez du trône et laissez l'affaire à gouverner à qui en a le droit ; envoyez dans les provinces des gens de confiance pour préparer le règne du prince légitime qui sera aimé, craint et respecté de ses sujets. Il m'a été annoncé que si vous ne faites pas ce qui vous a été annoncé, vous ferez tomber la France dans de nouveaux malheurs."


"Que les rois de France doivent se rappeler qu'ils portent le titre de rois très chrétiens, quoique je ne sache pas si cela est comme cela : qu'ils doivent se rappeler leur devoir et faire rentrer le peuple dans la chrétienté."


Alors le roi en me recommandant surtout de garder le secret, me dit qu'il me promettait de faire toutes les recherches possibles pour trouver celui duquel je lui avais parlé et le mettre à sa place.
Moi, je lui répondis : "Il m'a été dit que cela ne vous serait pas difficile."


Après cela, m'ayant dit que l'ange qui m'avait apparu était celui qui conduisit Tobie le jeune à Ragès et qui le fit marier, il m'a pris la main en me disant : "Que je touche à la main que l'ange a serrée ; priez toujours pour moi."


Après que le roi m'avait fait des questions sur le curé de Gallardon. J'ai répété au roi ce que je lui avais déjà dit au sujet des dimanches et fêtes et des désordres ; et je lui ai particulièrement rappelé le principal objet de ma mission qui était de rendre sa place à qui de droit, et le roi m'a répondu : "Je ferai en sorte de remédier à tout."
Enfin, j'ai salué le roi.


Fait à Gallardon, le 9 mars 1828.
Signé : Thomas Martin.


Nîmes - IMprimerie Cremier, Teyssier.

Voir également le lien ci-dessous

Les vingt-cinq apparitions de l'Archange Raphaël au Laboureur Thomas-Ignace Martin de Gallardon en Beauce, dans les premiers mois de 1816.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5796276v