MOUCHAMPS

EGLISE DE MOUCHAMPS



BOURSIER Jacques, curé
GUESDON, André-René, vicaire

Frère aîné du curé des Moutiers-sur-le-Lay, Jacques Boursier était né à Boufféré en 1737. Il paraît être entré tardivement dans les ordres ; on le trouve, pour la première mention, vicaire à Sainte-Cécile en 1773 ; le 13 mai 1775, il fut appelé au prieuré-cure de Mouchamps, en remplacement de dom Benoît de Fleury-Brissac, décédé le 9 avril précédent. Le prieuré dépendait des Bénédictins de Saint-Nicolas d'Angers, et avait été desservi jusque-là par les Pères de cette abbaye. M. Boursier fut le premier curé séculier de la paroisse.
En 1789, il fit partie de l'assemblée de l'élection de Fontenay-le-Comte, et refusa, en 1790, de prêter le serment exigé par la Constitution civile du clergé.


Nous n'avons pu retrouver la lettre de protestation à laquelle fait allusion Goupilleau, de Montaigu, en ces termes :
"Montaigu, le 5 mai 1791,
J'envoie aujourd'hui même au Comité des Rapports de l'Assemblée nationale, une lettre du prieur-curé de Mouchamps. Prenez-en connaissance, et dites-moi l'usage qu'on en fera. J'en enverrais bien d'autres dans le même genre, mais je crois celle-ci suffisante pour donner une idée de la façon de penser de nos fanatiques.
Philippe-Aimé GOUPILLEAU."

 

parc soubise


M. Boursier sut se soustraire à la loi de déportation, et resta dans le pays. On a montré longtemps, dans la forêt du Parc-Soubise, le souterrain, dissimulé dans un épais taillis, qui lui servit le plus souvent de retraite, et où il célébra la messe pendant la Terreur ; sa famille se distingua dans la guerre de Vendée. Le 19 germinal an II, les membres du Comité de surveillance de Fontenay adressaient aux commissaires du même Comité à Paris, copie d'une lettre de Modeste Boursier, "entraînée dans le parti aristocratique par deux oncles prêtres réfractaires ; elle prévenait son père et sa mère de la trahison des généraux d'Huché et de la Martinière et craignait que ses parents ne fussent les victimes de la trahison".


M. le curé de Mouchamps est inscrit, le 39e sur 57, sur la liste des prêtres fidèles qui assistèrent au Synode du Poiré, le 4 août 1795. Une lettre, adressée le 13 germinal an IV, par le citoyen Gauly, juge de paix du canton de Mouchamps, aux administrateurs du département de la Vendée, témoigne du zèle, sacerdotal de M. Boursier.
"Fontenay, ce 13 germinal an IV
Gauly, ex-juge de paix du canton de Mouchamps aux Administrateurs du département de la Vendée.
Il n'est sans doute pas indifférent, citoyens administrateurs ... C'est d'après ces principes que je m'impose le devoir de vous annoncer en peu de mots la moralité actuelle dans laquelle j'ai trouvé les habitants de tout le canton de Mouchamps avec lesquels je viens de passer quelques jours.
Le chef-lieu de ce canton se trouve être un des plus approximatifs du centre de la Vendée insurgée ; il n'est soutenu par aucune force armée. Aussi d'abord j'y ai avancé avec une demi-confiance, et bientôt le langage des habitants que j'ai vus et parlé m'ont fait écarter cette défiance si naturelle dans les circonstances.
Le mardi, dernière fête dite de Pâ<ques, j'ai été plus à même d'apprécier comment se gouvernait l'esprit public. La messe y sonna longtemps ; il s'y rendit 5 à 600 personnes plus des deux tiers étaient des femmes ; très peu, m'a-t-on dit, y ont fait leurs Pâques.
A la porte de l'église, je me trouvai bientôt entouré de tout un peuple resté de ceux avec lesquels j'avais vécu pendant quinze ans. Cet instant a été le premier que l'on eut depuis quatre ans pour parler librement et sur les lieux à un de leurs concitoyens, à un de ceux qui avaient joui de leur confiance."


La lettre diffuse de l'ex-juge de paix continue sur ce ton pendant quelques pages, et ne récrimine pas trop contre l'obstination de M. Boursier à maintenir les exercices du culte.


En ce faisant, M. Boursier usait légitimement de la dispense accordée par le général Hoche, lors de la pacification, aux prêtres vendéens, de ne pas se soumettre à la loi de vendémiaire sur la police des cultes. Le commissaire Letellier, dans son rapport décadaire du 30 juillet 1796, le constatait, non sans amertume ; il écrivait à son chef Coyaud : "qu'en conséquence de la faveur du général Hoche, M. le Curé de Mouchamp, M. Boursier, s'est bien gardé de se présenter pour faire la soumission exigée par la loi. Il n'y a que cet individu dans le canton qui exerce le ministère du culte ; il paraît aujourd'hui fort tranquille et désireux de la paix. Je crois, sans en être certain, qu'ils sont tous dans les mêmes dispositions, appuyés sur la lettre du général en chef qui les dispense de la soumission et dont j'ai eu copie. S'il y a entre eux un parti pris à cet égard, le refus opiniâtre serait selon moi plus dangereux que le silence. Peut-être le gouvernement s'expliquera-t-il plus catégoriquement par la suite sur cet objet. Je crois toujours cette corde difficile à toucher en ce moment."


Après le coup d'Etat de fructidor, M. Boursier ayant refusé le nouveau serment prescrit par la loi du 19, dut cesser le culte public et se cacher à nouveau.
Le commissaire Letellier écrit, un mois après (27 vendémiaire an VI) :
"Nous n'avions dans notre canton, avant le 18 fructidor, que quatre ministres du culte catholique exerçant leurs fonctions ... Le nommé Boursier, réfractaire à toutes les lois relatives au serment, a quitté la commune lors de la promulgation de la loi du 19 fructidor."


Un mois après, le commissaire du canton de Mouchamps, La Douespe, rapporte à son tour (2 brumaire an VII) :
"Un seul prêtre, Jacques Boursier, a exercé dans la commune de Mouchamps depuis que j'y suis entré, les fonctions de ministre du culte. Il n'y en a aucun autre que je sache de résidant dans le canton. Il ne s'est jamais conformé dans aucun temps aux déclarations ou serments que les lois ont exigés d'eux. Il a cessé toute fonction aussitôt la publication de la loi du 19 fructidor. Je n'ai aucune connaissance qu'il ait excité au trouble ni à la désorganisation depuis notre retour, mais je crois qu'il a de l'influence dans son parti."
Il y avait beaucoup d'arbitraire, à cette époque déjà, dans les "fiches" administratives, car sur l'Etat des prêtres réfractaires adressé au ministre de la Police générale, quatre jours après le rapport du commissaire La Douespe (6 brumaire an VI), M. Boursier est porté comme "fanatique dangereux, quoique paisible en apparence". Il en fallait moins que ce fanatisme, doublé surtout d'une apparente tranquillité, pour paraître criminel, et, le 8 frimaire suivant, le Directoire exécutif prit l'arrêté suivant :
"Considérant que le nommé Boursier, prêtre réfractaire de la commune et le canton de Mouchamp, est un fanatique d'autant plus dangereux qu'il a acquis une grande influence parmi les prêtres de son parti, et que, sous des dehors paisibles, il ne laisse pas que l'intriguer en secret contre le gouvernement, arrête que ledit Boursier sera arrêté et déporté.
BARRAS."


Les généraux Travot et de Grigny furent chargés de l'arrestation de M. Boursier, et des autres prêtres condamnés comme lui à la déportation. Sur treize, ils n'en purent saisir que quatre ; M. Boursier fut du nombre. Il fut incarcéré à Fontenay le 29 frimaire, puis, le 2 nivôse, extrait de la maison d'arrêt pour être conduit par la gendarmerie à Rochefort, où il arriva le 6, et où le rejoignit bientôt l'abbé Brumaud de Beauregard. C'est par une lettre, interceptée, de M. Boursier "à la Boursier, sa soeur", que le commissaire du Directoire exécutif à Fontenay apprit l'évasion de 17 prisonniers de Rochefort, et qu'il en instruisit le ministre de la Police générale :
"Fontenay-le-Peuple, 6 nivôse an VI.
Citoyen Ministre,
Je m'empresse de vous transmettre ci-joint copie d'une lettre écrite de Rochefort, sous la date du 23 n,ivôse, par Boursier, prêtre réfractaire, ex-curé de Mouchamp, condamné à la déportation, et actuellement à Rochefort, par laquelle il instruit la Boursier, sa soeur, de l'évasion de 17 de ses camarades, dont 5 prêtres et il observe qu'il n'a dépendu que des autres de se sauver.
Je ne me permettrai aucune réflexion sur le contenu de cette lettre qui prouve au moins une insouciance bien coupable de la part des autorités constituées et fonctionnaires publics chargés de surveiller ces individus. Je vous répèterai néanmoins que je suis très étonné de ce que le Commissaire du Directoire exécutif près l'administration dudit canton de Rochefort ne m'ait pas encore accusé réception des 20 et quelques prêtres et des deux inscrits sur la liste des émigrés que je lui ai adressés il y a plus d'un mois."


Dans son exil, Mgr de Mercy avait appris avec une vive douleur la condamnation et l'arrestation de M. Boursier, et il écrivait à M. Paillou, le 12 mai 1798 : "C'est une grande perte pour le diocèse que la déportation du digne prieur de Mouchamp."


Mgr de Beauregard, dans ses Mémoires, cite M. Boursier au nombre des prêtres enfermés avec lui dans les prisons de Rochefort, en attendant d'être déportés à la Guyane. Lorsqu'arriva l'ordre d'embarquer, l'abbé de Beauregard exhorta ses confrères à se pardonner les uns aux autres les petits différends qu'une situation pénible avait pu faire naître entre eux ; il demanda qu'on s'interdit tous les adieux et qu'on se préparât par la confession à un voyage qui serait pour plusieurs celui de l'éternité. "Nous nous confessâmes, ajoute-t-il, nous distribuâmes la sainte Eucharistie, et nous dormîmes de bon coeur. Je peux répondre au moins de mon compagnon de lit, M. Boursier, curé de Mouchamp." M. de Beauregard laissa M. Boursier à Rochefort : "Lorsque mon nom fut appelé, écrit-il, je recueillis tous mes effets, et M. Boursier, mon ami depuis 25 ans, roula en pleurant mon matelas."
M. Boursier fut mis plus tard en surveillance dans Rochefort et eut la ville pour prison. "J'ai vu avec le plus grand plaisir dans votre lettre, écrit Mgr de Mercy à M. Paillou le 28 juillet 1801, le bon curé de Mouchamp dans sa paroisse. Brumault me le mande aussi, et me dit qu'il est vieux avant le temps. Ne lui laissez pas ignorer le constant intérêt que j'ai pris à lui, et la joie que je ressens de l'avoir retrouvé."
Les forces de M. Boursier étaient en effet à peu près épuisées ; à peine pouvait-il faire quelques pas tout seul ; on était obligé de le soutenir à l'autel pour dire la messe.


Lors du voyage de Napoléon Ier en Vendée, il manifesta le plus grand désir de le voir, avant de mourir, le restaurateur de la religion.
L'empereur devait passer aux Quatre-Chemins. M. Boursier se fit hisser sur un cheval et conduire aux Quatre-Chemins, où il complimenta l'empereur, et termina sa harangue en entonnant le Nunc dimittis servum tuum, Domine. Frappé par ses cheveux blancs et par l'enthousiasme du saint prêtre, l'empereur lui remit 400 francs pour la fabrique de Mouchamps, autant pour la dot de sa nièce, et autant pour la plus vertueuse fille dont il aurait à célébrer le mariage bientôt (cette somme échut à la fille Jeanne Aurit, qui épousa peu après Pierre Brin, fils du sacristain de la paroisse). M. Boursier mourut peu de temps après, le 6 février 1809. En 1853, M. Staub, curé de Mouchamps, fit ériger dans le cimetière de la paroisse un petit monument en son honneur.

 

acte de décès BOURSIER curé de Mouchamps



M. André-René GUESDON était vicaire à Mouchamps depuis le 31 décembre 1782 lorsque la Révolution éclata ; il était né le 3 juillet 1755. Il refusa le serment et s'embarqua pour l'exil aux Sables-d'Olonne, le 11 septembre 1792, sur le brick la Marie-Gabrielle, capitaine François Lambert. Il figure le 28e sur 39 au rôle d'embarquement. La Marie-Gabrielle, partie pour Bilbao, débarqua les déportés à Saint-Sébastien, d'où ils furent distribués dans divers cantonnements. Soit que M. Guesdon ait eu des ressources personnelles suffisantes, soit qu'il s'en créât dès son arrivée, il vécut isolé, et son nom ne figure sur aucune lettre ni sur aucun document de l'exil ; il y a des raisons de croire qu'il séjourna en Aragon. Il revint d'Espagne au Concordat, et, le 3 août 1801, il écrivit au préfet de la Vendée :
"Citoyen préfet,
Je suis de retour d'Espagne où j'avais été déporté, je suis actuellement résidant à Chantonnay. Avant de partir d'Espagne j'avais écrit ; j'offrais et faisais même la promesse de fidélité à la Constitution de la République de l'an VIII ; je renouvelle aujourd'hui bien volontiers la même promesse et vous prie de vouloir bien m'obtenir en conséquence une surveillance, et me l'adresser, ou à M. le maire, par la poste de Chantonnay.
J'ai l'honneur d'être, citoyen, avec respect,
GUESDON, prêtre."


Huit jours plus tard, le préfet lui répondit :
"Le Préfet de la Vendée ...
Vu la lettre du citoyen Guesdon, prêtre déporté en Espagne et rentré en France, datée de Chantonnay le 15 thermidor, par laquelle il promet fidélité à la Constitution de l'an VIII, et demande l'autorisation de résider dans la commune de Chantonnay,
Autorise le citoyen Guesdon, prêtre, à résider à Chantonnay, sous la surveillance de l'autorité municipale de cette commune.
Expédition du présent arrêté sera adressée au citoyen Guesdon et au maire de Chantonnay."


M. Guesdon fut nommé, peu de temps après, curé de Sainte-Cécile, où il mourut le 1er février, non pas en 1829 comme indiqué dans le texte, mais en 1825.

acte de décès GUESDON CURÉ



EDGAR BOURLOTON
La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest
1906