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Ce mot, dérivé de l'allemand Säbettasche, poche de sabre, ne se trouve, à ma connaissance, dans aucun document français antérieur au XVIIIe siècle.
L'objet lui-même n'est visible dans aucune des vieilles gravures ou des tableaux que j'ai eu l'occasion de consulter avant 1724.
Quoique certainement portée depuis longtemps par les hussards impériaux, la sabretache apparaît chez nous pour la première fois dans la mauvaise gravure que donne le P. Daniel (Histoire de la Milice française). Amsterdam, 1724. T. II, p. 268) et dans les aquarelles du Ministère de la guerre, représentant des hussards de Rattky et de Berchiny à la même date (1724). Le P. Daniel en parle dans son texte, sans en donner le nom, comme d'une très grande gibecière en forme de sac que les hussards portent en bandoulière. Dans les dessins du Ministre de la guerre, cette "gibecière" est en cuir noir et chargée d'une fleur de lys.

Autant que je puis le savoir, le mot de sabretache se trouve pour la première fois dans une ordonnance de novembre 1756 réglant l'uniforme des hussards volontaires de Nassau-Sarrebruck.

La sabretache, portée par les hussards jusqu'après 1871, a été constamment ambitionnée par tous les corps de cavalerie légère surtout par les chasseurs à cheval.

Du temps de Napoléon Ier, sans compter les aides de camp des grands chefs, tous ou presque tous costumés à la hussarde, la sabretache fut plus ou moins régulièrement en usage dans tous les régiments de chasseurs à cheval qui se piquaient de chic militaire, comme on dit aujourd'hui ; elle y était portée par les officiers et sous-officiers, et souvent même par les simples chasseurs.

Le fameux régiment des "Dromadaires" avait la sabretache de cuir noir avec le costume théâtral qui lui avait dessiné Kléber en 1800. L'artillerie à cheval a possédé aussi la sabretache pendant tout le temps où elle fut habillée à la hussarde, c'est-à-dire jusqu'en 1811.

De 1815 à 1848, la sabretache redevint l'attribut exclusif des hussards. Elle reparut sous le second Empire avec les brillants uniformes des guides et de l'artillerie à cheval de la Garde, pour s'éclipser, bien probablement à jamais, avec la pelisse et les dolmans aux couleurs historiques qui rappelaient à la jeune armée les glorieux souvenirs de "Chamborant" et d'"Esterhazy".

Quoique assez embarrassante, la sabretache a certainement été regrettée par ceux qui l'ont portée, les hussards principalement, et plus d'un vieil officier de Crimée se rappelle encore avec émotion la brève harangue adressée aux hussards du 4e régiment après la brillante affaire de Kanghil (29 septembre 1855) par un général qui avait combattu à leur tête : "Hussards, je reconnais bien en vous les enfants de la vieille sabretache !"

CARNET DE LA SABRETACHE
1895