ABBAYE DE L'ILE CHAUVET

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Située au nord du département, à proximité de la mer, entre Bois-de-Cené et Chateauneuf, sur l'étier de la Guillardière, l'ancienne abbaye de l'Ile Chauvet avait été établie sur un rocher qui, vers le seizième siècle, à l'époque de Henri IV, était baigné par l'océan.

L'Insula Calveti aurait été fondée sous le vocable de Notre Dame de l'Assomption, par Charles le Chauve, d'où son nom île du Chauve, ou par les comtes de Poitiers, selon l'histoire des ordres monastiques, enfin d'après la Gallia Christiana, par les Bénédictins noirs de l'Absie ; d'où il résulterait un écart de trois siècles sur l'époque de sa fondation, puisque dans le premier cas il s'agirait du neuvième et dans le second du douzième.

Proche de la Garnache, le puissant seigneur était le bienfaitaire du monastère.

Tout d'abord les abbés furent réguliers, mais dans la seconde moitié du seizième siècle, ils furent remplacés par des abbés commendataires dont le premier fut, vers 1561, Claude du Puy du Fou.

Vingt et quelques années s'étaient à peine écoulées que les guerres religieuses sévirent et l'abbéye est incendiée par les capitaines calvinistes du Bourg et de Granville (Gallia Christiana). Puis en 1588, c'est le deuxième frère de Catherine de Rohan, cette jeune fille du parc Soubise dont le charme avait tant troublé Henri de Navarre, qui s'empare du monastère, chasse les religieux et les remplace par des soldats calvinistes.

Mais bientôt les moines reprennent leur maison et deux noms vont illustrer l'abbaye. Ce fut d'abord pendant quatorze ans, de 1608 à 1622, l'évêque de Luçon, le futur cardinal, le futur grand ministre de Louis XIII ; puis quelques années après la Rochelle, pendant vingt ans, de 1633 à 1653, son frère Alphonse Duplessis de Richelieu, grand aumônier de France, archevêque de Lyon, a qui le roi avait donné la commende

Mais, à peine l'évêque de Luçon avait-il pris possession qu'il lui porta un coup mortel. Modifiant les règles de la conventualité, il décida que chaque bénédictin qui décèderait ne serait pas remplacé, de telle sorte qu'en 1625 disparaissait le dernier religieux du monastère, le prieur Jacques Girard. Tous les efforts que firent les moines pour prolonger cette situation ou éviter ce résultat furent vains.

Des prêtres séculiers les remplacèrent, mais ceux-ci n'étant pas assujettis aux mêmes règles que les moines, usaient d'une liberté qui était loin d'édifier les habitants d'alentour. Ainsi parle l'érudit prieur André Cochois qui, lui aussi, illustra l'abbaye au dix-septième siècle. Ajoutons que les bâtiments se ressentaient également d'une telle situation, n'étant plus entretenus, ils menaçaient de tomber en ruine.

C'est alors que le seigneur Maupas du Tour, évêque d'Evreux et abbé du monastère désira mettre un peu d'ordre dans la maison. Son premier souci fut d'abord de se séparer de ce clergé séculier, puis de faire appel à d'autres religieux.

En 1680, des ermites camaldules sont appelés et vinrent occuper l'abbaye. Cet ordre fondé au onzième siècle à Camaldoli, près de Florence, par St Romuald, appartenait à l'ordre de St-Benoît et grâce à Henri de Barillon, évêque de Luçon, et à l'assentiment du prévôt général de la congrégation de St-Maur, (centre d'érudition) cette réforme put se faire.

Les nouveaux venus sont dès lors tenus à l'entretien et au bon fonctionnement de l'abbaye, des améliorations et des embellissements se firent jusqu'au jour où les troubles de la Révolution vinrent anéantir une dernière fois la vie des cloîtres.

Neuf abbés réguliers se succédèrent, puis quinze abbé commendataires jouirent, tout à tour, pendant plus de trois siècles de l'usufruit du monastère dont dépendaient plusieurs fermes et terres aux environs de l'abbaye, ainsi que le prieuré de St-Jean de la Jarrie, commune de Landevielle.

De son passé, on retrouve ce qui fut le logement des moines et les ruines de la chapelle abbatiale dont les débris permettent de reconnaître qu'elle appartenait au style roman. La nef et le choeur remontent bien au douzième siècle, ainsi que la porte occidentale, aux profondes voussures et aux riches chapiteaux, beau modèle du type roman poitevin.

L. CHAPLEAU
"Anciennes abbayes vendéennes"
Cahier manuscrit

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Les principales dates de l’Abbaye

1130 : Pierre II de la Garnache fait venir des moines Bénédictins pour entreprendre de grands travaux d’achèssement du marais, d’où la naissance de ce monument.

1588 : Incendie de l’Abbaye causé par les calvinistes. Destruction de nombreux documents, s’en suit une longue période d’abandon de l’Abbaye.

1625 : Le cardinal de Richelieu décide d’y installer des prêtres séculiers, ils resteront dans l’Abbaye jusqu’en 1679.

1680 : Arrivée de moines pour poursuivre les travaux du marais. Ces moines Camaldules (originaires Camaldoli : région de Florence en Italie) resteront jusqu’en 1779.

1791 : L’Abbaye et ses dépendances sont mises en vente. Un négociant Nantais, Monsieur Lamaignière, s’en porte acquéreur. Le district révolutionnaire du canton de Challans ordonne la destruction en 1794 et les pierres de l’édifice sont en parties dispersées.

1830 : Reprise de l’entretien des bâtiments ou de ce qui en reste.

1885 : Monsieur Jules de la Brosse, nouveau propriétaire, y édifie un manoir de style néo-renaissance à proximité du monastère.

1955 : Arrivée de Monsieur et Madame Guy de la Brosse dans le domaine de leur aïeul resté inoccupé depuis quinze ans. Depuis cette date des travaux d’entretien et de mise en valeur du site sont effectués en permanence.

http://www.terres-ile-chauvet.fr/?q=abbaye-histoire

Une pensée toute particulière pour Madame de la Brosse pour sa gentillesse et son accueil chaleureux, lors de notre visite, Loup et moi. ♣

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Château de l’Ile Chauvet. Jouxtant les ruines, c’est aujourd’hui la demeure des propriétaires du site.

Informations complémentaires : Extrait d'un article que je dois à RL ; je le remercie pour son aide ♣

Dès le mois mars 1793, la paroisse de Bois-de-Céné sur laquelle est située l’abbaye (1) s’insurge et se range rapidement sous les ordres de Charette. Le 6 décembre 1793, alors que la Grande Armée n’en finit pas avec son errance outre-Loire, Charette est cerné dans l’île de Bouin, à quelques kilomètres de là. Il franchira avec ses hommes les canaux à la perche. Charette à eu chaud, très chaud ! A 3 heures de l’après-midi, il est à Châteauneuf. Il n’y a là plus aucun habitant, ils étaient partis pour Bouin. Mal leur en pris d’ailleurs, 300 femmes seront ainsi expédiées et noyées à Nantes. Charette trouve néanmoins 6 soldats républicains très surpris de l’arrivée inopinée du « Roi de la Vendée ». L’un d’eux l’avertit de la présence d’une troupe républicaine à trois-quarts de lieue (2) vers Bois-de-Céné. Les Vendéens gagnent alors un taillis sur la droite de la route de Bois-de-Céné d’où ils aperçoivent 300 fantassins et 30 cavaliers qui se dirigent dans leur direction. Les républicains méfiant vis à vis de ce taillis qui semble bien bruire bizarrement crient « Qui vive ? » La réponse des Vendéens sera « Républicains » pour tromper l’ennemi, avant de se ruer sur les fantassins. Le poste républicain de Bois-de-Céné et un autre cantonné à l’abbaye de l’Ile-Chauvet accourent, ayant entendu la fusillade, mais il est trop tard. Le combat fait rage trois heures durant et les républicains effarés retournent dans les bâtiments de l’abbaye et au bourg de Bois-de-Céné. A la faveur de l’obscurité, Charette se fraie un chemin vers Saint-Etienne-de-Mer-Morte…

La République aura marqué son passage à l’Ile Chauvet, la salle capitulaire, la sacristie, les dortoirs des Camaldules furent détruits…

Pourtant, ce qui en reste aujourd’hui est plein de charme et au vu du nombre de touristes que le pays de Charette draine chaque été, je crois bien que c’est tout de même lui qui a gagné… Il est en Vendée beaucoup de monuments ainsi rescapés de cette période. S’il est vrai que la plupart ont totalement disparu, comme c’est le cas pour les abbayes de Belle-Noue en Vendée ou du Val-de-Morière en Loire-Atlantique, cette dernière très connue dans l’histoire de Charette ; il est d’autres témoins des combats ou des colonnes infernales, restés debout tels qu’au lendemain des incendies : citons le château de Palluau en Vendée, La tour de la Bouëre en Maine-et-Loire ou bien encore la Durbellière en Deux-Sèvres. Pour moi retrouver les traces d’une église disparue, d’une ferme incendiée, est tout aussi passionnant que la chasse aux trésors.

Richard LUEIL

Juillet 2004

 

(1) Et non Châteauneuf, paroisse voisine, comme il est dit parfois. On trouve à Châteauneuf, la « Croix des Héros » (visible sur la carte IGN) en souvenir des massacres perpétrés par les colonnes infernales.

 

(2) Environ 3 kilomètres.

 

 

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 Ciboire d’un prêtre du marais Breton-Vendéen noyé à Nantes sous Carrier.

On reconnaît au-dessous le fameux chapelet vendéen.

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