la boissière de montaigu

 

Dans la paroisse de la Guyonnière, au village de la Chevrière (L'abbé Hillairet fait erreur : la Chevrière appartient,du moins théoriquement, à la Boissière de Montaigu), des prêtres venaient souvent se cacher dans la maison de Pierre Méchineau. C'était un rude Vendéen, et sa femme qui avait eu 16 enfants, était aussi fine que son homme était brave.

Un jour, un prêtre se trouvait là, bien déguisé, de gros sabots aux pieds, un gros bonnet de laine sur la tête. Soudain, une trentaine de Bleus envahissent la maison, criant et jurant. Le prêtre était assis au coin du feu, tout seul. Il allait certainement se trahir quand la femme Méchineau entra avec un fagot de bois.

- Tiens, Pierrot, dit-elle au vieux prêtre, attise donc le feu. Puis aussitôt, comme se ravisant : mais malheureusement ! tu l'as laissé mourir ! Tu n'es donc bon à rien ?

- Ce n'est pas tout ça, dit le Chef des Bleus ; nous savons qu'il y a un calotin ici. Tu vas nous dire om il est, sinon gare à ta peau.

- Un calotin ? s'écrie la femme Méchineau, il ne manquerait plus que ça dans ma maison !

- Pourtant, nous savons qu'il y en a un.

- Eh bien, cherchez-le.

Et prenant un trousseau de clés, elle les donne à Pierrot :

- Tiens, Pierrot puisque tu n'es bon à rien, promène au moins les soldats ; ouvre tout ; ils verront bien si j'ai un calotin chez moi. Je ferai la soupe pendant.

Et Pierrot marche devant les Bleus, les promène de haut en bas et de bas en haut, ouvre les chambres, les placards, les armoires. Le "calotin", naturellement nulle part !

Mais Pierrot remarque un soldat, qui, depuis un moment, l'observe fixement. Se douterait-il de quelque chose ? Et voilà qu'il l'entend murmurer à un camarade :

- Je crois bien que le calotin n'est pas loin de nous !

- Tu crois ?

- Je parie que c'est le vieux qui a les clés !

Pierrot frémit de peur, mais n'en laisse rien paraître.

Devant une porte, il s'arrête, essaye une clé, puis une autre, une autre encore.

- Citoyen, finit-il par dire, excusez-moi ; la patronne doit avoir dans sa poche la clé de cette chambre. Attendez une minute ; je vais aller la chercher.

Quelques instants plus tard, ce n'est plus Pierrot, qui reparaît mais la femme Méchineau.

- Ce pauvre Pierrot, dit-elle en haussant les épaules ; faut-il qu'il soit sot ! Il avait bien la clé, mais il ne l'a pas trouvée ! Tenez, la voilà.

- Mais où est-il, votre Pierrot ? demande un soldat.

- Oh, je l'ai envoyé trouver les hommes qui sont dans le champ de l'Ouche, à écueillir les choux. Mais ne vous inquiétez pas pour lui. Je vais vous conduire moi-même.

Elle les conduisit ; ils ne trouvèrent rien mais elle leur offrit un coup à boire ; et ils s'en allèrent.

Combien de prêtres, traqués et voués à la mort, furent ainsi sauvés par les pieuses ruses des fidèles, des femmes souvent, qui exposaient elles-mêmes leur vie pour arracher les prêtres à la guillotine ! Ces prêtres étaient parfois des inconnus ; n'importe : ils étaient prêtres du Christ ; cela suffisait !

A la Sénardière de Boufféré, les curés de Montbert et de Remouillé (Loire-Inférieure), furent sauvés eux aussi par le dévouement et le sang-froid de la femme Loiseau qui les envoya, au nez des Bleus, hacher du genêt pour le bétail, pendant qu'on les cherchait à la maison !

Et tant d'autres ... !

Abbé BILLAUD

Bulletin paroissial - Saint-Jean-de-Monts

1948