La révolte chouanne en Normandie
Article envoyé par Vague Normande dans Culture le 11 août 2009

La révolte chouanne en Normandie

De 1793 à 1800, une guerre civile oppose des paysans d’une douzaine de départements de l’Ouest à la République. Ces populations rurales refusent les exigences croissantes de la Révolution de 1789 qui nuisent à leurs intérêts de façons illégitimes. C’est le cas avec la constitution civile du clergé, élaborée sans l’avis du Pape le 12 juillet 1790, dont l’objectif est de réformer l'Église en France. Des prêtres réfractaires adhèrent à la contre-révolution et pratiquent un culte clandestin. Les paysans s’interrogent aussi sur les changements sociaux et politiques. Ils ressentent un sentiment d’injustice et dénoncent la Révolution conduite par des bourgeois à leurs avantages. Dès 1791, la Vendée et la Bretagne forment une zone de résistance. Les protestations s’intensifient en 1793 lorsque la Convention décide de lever 300 000 hommes pour les besoins de l’armée. Les notables en sont dispensés pour éviter la désorganisation des administrations. Ce privilège accordé à ceux qui tirent profits du nouveau régime provoque la colère des paysans. L’insurrection éclate et laisse place à une guérilla dans laquelle les chouans (nom venant du cri de la chouette) combattent les partisans de la République et ses soldats : les Bleus. Les Chouans seront victimes d’une terrible répression.

 

FROTTÉ


La Chouannerie se met en place en Normandie en 1794. Ce sont d’abords des réactions ponctuelles de jeunes gens qui refusent de répondre aux levées d’hommes. Contraints de vivre cachés, ils agissent en brigands. A la fin de l’année, des bandes dirigées par un chef sont constituées et leurs actions s’amplifient. En 1795, avec le retour du comte Louis de Frotté qui avait émigré après la fuite du roi, ces troupes de Chouans sont véritablement structurées. Cet audacieux Ornais de 29 ans forme l’Armée Catholique et Royale de Normandie. Le territoire insurgé est réparti en divisions avec des légions. Sur la rive droite de la Seine, il existe une autre armée composée surtout de cadres nobles, confiée par l’Agence Royale de Paris à Malet de Crécy. La révolte se développe grâce à la complicité d’une partie de la population rurale qui protègent, ravitaillent et renseignent les Chouans. Ils se cachent dans des lieux favorables aux embuscades tels les bocages et les bois. Leurs actions armées vont des expéditions punitives contre des adeptes de la république aux attaques de communes et combats contre les Bleus. Après une année de guerre, il reste impossible aux Chouans de contrôler la région. Un accord de pacification est signé le 6 juillet 1796. La première Chouannerie est terminée mais c’est le retour du brigandage comme en 1794.

Parti en Angleterre, Frotté prépare la lutte qu’il veut reprendre. Il confie sur place le commandement au vicomte d’Oilliamson. Les actions des Chouans recommencent en 1798. Dans l’Eure, elles se durcissent en mai 1799 à tel point que l’on nomme le département « le tombeau des républicains ». Frotté revient le 22 septembre 1799 et reprend la direction des opérations sous le nom de « Blondel ». La seconde Chouannerie commence. Le 3 novembre, les Chouans ne pouvant pas repousser les Bleus lors de la bataille de la Fosse, Frotté échoue dans son projet de grande offensive. Une trêve est signée le 17 décembre 1799. Elle est rompue par la légion des Chouans de Picot « le boucher des Bleus », qui attaque les habitants du Sap, le 5 janvier 1800. La Chouannerie est relancée mais la résistance républicaine s’intensifie avec l’arrivée de renforts. Frotté et six compagnons décident de se rendent à Alençon pour négocier une paix. Ils y sont arrêtés le 16 février 1800. Sans défenseurs ni témoins, la commission militaire les condamne à mort. Ils sont fusillés le 18 février pour demeurer fidèle à Dieu et au Roi. Les successeurs de Frotté se soumettent et la seconde Chouannerie se termine même si des brigandages ont encore lieux. Une amnistie est appliquée par le décret 13 août 1800.

Les Chouans se sont méfiés des « grands mots libérateurs » de la Révolution. Ils ont défendu, avec plus de courage et d’honneur que de moyens, leur mode de vie et leur foi. Leur sacrifice est mémorable, tout comme le sens du devoir de leur illustre général : Louis de Frotté.

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