Elbel Victor Z


Victor-Florentin Elbel est né à Strasbourg le 8 janvier 1817. Il montra dès l'enfance d'excellentes dispositions pour la musique. Il travailla l'orgue et le piano. A seize ans, il s'engagea dans l'armée comme clarinettiste ; il séjourna en Afrique du Nord et y assista à la prise de Bône et de Bougie. A dix-huit ans, il dirigea la Musique du 12e Régiment des Dragons à Paris. Plus tard, il remplit les mêmes fonctions à Lyon où il fut aussi organiste de l'église Saint-Polycarpe. Après avoir quitté l'armée, Elbel fit des tournées de concerts, en France et à l'étranger, avec le célèbre corniste Vivier. C'est en Angleterre, notamment, que le jeune compositeur joua avec succès ses premières oeuvres pour piano.

Elbel naissance

En 1848, Elbel reprit du service en qualité de capitaine-adjudant-major de la Garde Nationale. Il fut blessé pendant les Journées de Juin et n'eut la vie sauve que grâce à l'intervention de son supérieur, le baron Pierre-Maximilien-Joseph de Schauenburg, dont la famille était bien connue à Hochfelden. Un peu plus tard, Elbel se fit remarquer comme agitateur électoral. Il milita en faveur du prince Louis Bonaparte qu'un coup de main malheureux sur Strasbourg, en 1836, avait pourtant rendu impopulaire en Alsace. La propagande du musicien fut si efficace que, contre toute attente, Louis-Napoléon, lors des élections présidentielles, en décembre 1848, recueillit trois quarts des suffrages dans le canton de Hochfelden !

Après le coup d'État, en 1851, le compositeur se rendit à Berlin où il dirigea les "Gesellschafshauskonzerte". Par la suite, il vint à Paris avec ses musiciens et y donna des concerts consacrés à la musique classique allemande. Sa symphonie descriptive "Berlin la nuit", exécutée au Jardin d'Hiver, remporta un immense succès auprès du public. Plus tard, lorsque Elbel s'établit dans notre capitale, il y prit la direction des "Concerts de Paris", mais se fit entendre aussi au Châtelet. En 1855, il fut nommé chef d'orchestre à Dieppe.

Excédé par les tracasseries d'une existence matériellement précaire, Elbel décida bientôt de se retirer dans sa province d'origine. Le 9 mai 1857, il dirigea sa symphonie "Berlin la nuit" au cours d'un concert donné au théâtre municipal de Strasbourg. Cette audition fut un nouveau triomphe pour le musicien.

Hochfelden z

En 1862, Elbel acheta, à Hochfelden, la maison d'un tailleur de pierre, Kilian Ilg, située, près du château, dans l'actuelle rue de l'Hôpital. Il y vécut, très retiré, jusqu'en 1875, tout en se rendant souvent à Paris où l'appelaient ses obligations artistiques.

En 1863, au cours du Festival de Strasbourg, le compositeur dirigea son oratorio L'Océan, qui fut très applaudi. Le 6 mai 1865, Elbel fit entendre, dans la même ville, son ouvrage le plus important, l'oratorio "Der Münsterbau". Composée à Hochfelden, cette partition allait rendre le musicien célèbre dans toute l'Allemagne. Après de nombreuses reprises, l'oeuvre fut donnée une dernière fois, en 1900, par la société chorale "Chant Sacré" de Strasbourg. Ce succès valut à Elbel d'être nommé, en 1866, directeur de l'Académie de Chant de sa ville natale.

En 1870, le musicien rendossa l'uniforme. Pendant les hostilités, il commanda la 1ère Compagnie du 3e Bataillon contre l'ennemi durant le siège de Strasbourg. Fait prisonnier, il mit à profit sa captivité à Mayence pour écrire des réflexions sur le "Gang nach dem Eisenhammer" de Schiller. A peine libéré, il retourna au combat sous la Commune. Il rejoignit l'Armée de Versailles et s'exposa sur les barricades. Le 5 mai 1871, il fut décoré de la Légion d'Honneur.

Elbel signature z

Après la guerre, Elbel revint à Hochfelden. Il y demeurait d'ordinaire en été, mais préférait vivre à Nice en hiver. C'est dans cette ville, d'ailleurs, qu'il épousa une actrice anglaise dont on vantait à la fois la générosité et la beauté.

A Hochfelden, le passe-temps favori d'Elbel était la chasse à laquelle il s'adonnait presque quotidiennement en compagnie de sa femme. Excellent organiste, il aimait à se faire entendre à l'église où ses improvisations faisaient l'émerveillement des auditeurs, même les moins avertis !

En 1875, Elbel quitta l'Alsace. Après un court séjour à Quimperlé, il se fixa définitivement à Nice. Il y continua à diriger, tout en donnant aussi des concerts à Monaco. Il mourut le 1er avril 1894, à l'âge de 77 ans.

Elbel décès

Dans ses compositions, Elbel a abordé les genres les plus divers de la musique profane et religieuse : la symphonie (Berlin la nuit), l'ouverture (Bious Artigues), l'opéra-comique (Argentine), l'oratorio (L'Océan et Der Münsterbau), le lied et la musique chorale (I Te Deum pour choeur et musique militaire, I Messe Militaire, Le Chant des Exilés, etc).

Elbel était l'ennemi juré du baron Pierre-Arthur-Maximilien de Schauenburg. L'inimitié qui les opposait l'un à l'autre avait sa source dans la divergence de leurs opinions politiques : le musicien était bonapartiste convaincu, le baron, républicain non moins convaincu. En 1860, au cours d'un banquet à Reichshoffen, ce dernier eut l'imprudence de dire, à propos du musicien : "Que voulez vous faire avec un homme pareil ?" Elbel, qui avait le sang vif, le provoqua en duel, mais ils ne se battirent heureusement pas. Devenu voisins, malgré eux, à Hochfelden, les deux hommes continuèrent à se détester. Un jour, le baron entendit ces mots, prêtés au musicien : "Il y a quelqu'un de trop ici !" Se sentant personnellement visé, il ne sortit plus, désormais, qu'avec un pistolet armé et suivi, à quelques pas, de son cocher, chargé d'assurer sa protection.

Bourru et renfermé de caractère, Elbel n'était guère apprécié à Hochfelden. Son comportement énigmatique et ses fréquents voyages à Paris et à Nice ne tardèrent pas à éveiller la méfiance de la population, trouvant fort suspectes toutes ces allées et venues. De là, à le prendre pour un espion allemand, il n'y avait qu'un pas, qui fut vite franchi. Si Elbel se plaisait tout de même à Hochfelden, c'est qu'il y trouvait le calme et la solitude dont il avait besoin. Il y trouvait aussi ce précieux contact avec la nature, si favorable à la réflexion et au travail créateur !

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Bernard Riedin - Pays d'Alsace - Août 1970.

AD67 - Registres paroissiaux de Strasbourg

AD06 - Registres d'état-civil de Nice.