SAINT-LAURENT-SUR-SÈVRE
L'ODYSSÉE D'UN PRÊTRE AVEUGLE ET DE SON GUIDE

St-Laurent sur Sèvre z


Au nombre des missionnaires, disciples du Bienheureux Montfort, qui résidaient à Saint-Laurent-sur-Sèvre lors de l'insurrection vendéenne, se trouvait un vénérable vieillard, le Père Javeleau, octogénaire et aveugle. Son infirmité ne l'empêchait pourtant point de célébrer journellement la messe, grâce à l'assistance d'un servant dévoué, René-Joseph Biton, fils du sacristain de la paroisse.

Né en 1781, le jeune Biton n'était encore qu'un enfant ; mais sa piété et son intelligence lui avaient mérité, de la part de l'évêque du diocèse, l'autorisation de remplir certaines fonctions régulièrement réservées aux diacres, afin de lui permettre d'assister à l'autel le prêtre aveugle. Il servait en même temps de guide au vieillard et tous deux, celui-ci par sa sainteté, celui-là par son dévouement, faisaient l'édification des habitants de Saint-Laurent.

Lorsque les Vendéens, après la désastreuse bataille de Cholet, prirent le parti de chercher un refuge au-delà de la Loire, le Père Javeleau suivit la Grande Armée ; son fidèle servant de messe ne voulut point l'abandonner et passa le fleuve à ses côtés. Il ne le quitta pas un seul instant pendant toute la campagne.

C'était un touchant spectacle que celui de cet enfant de douze ans, guidant les pas d'un vieillard aveugle, au milieu de la foule des fugitifs qui se bousculaient à la suite de l'armée ; et tout le monde admirait avec quel dévouement le petit René-Joseph se tirait de son rôle difficile, avec quelle sûreté de coup d'oeil il évitait à l'infirme les heurts de la bousculade pendant la marche, avec quelle adresse débrouillarde, il lui trouvait un gîte à chaque halte.

Cela dura ainsi pendant près de deux mois jusqu'à la bataille du Mans. Au cours de la lamentable déroute qui s'ensuivit, le Père Javeleau et son guide, n'ayant pu rallier le gros de l'armée, se virent à errer çà et là dans la campagne.

Se cachant le jour et ne marchant guère que la nuit, pour éviter les patrouilles qui battaient le pays à la recherche des "brigands", ils s'en allaient de village en village, en se confiant à la Providence qui, à plusieurs reprises, les préserva miraculeusement de la mort.

Parfois ils avaient la chance de rencontrer de braves gens qui les prenaient en compassion et leur donnaient un morceau de pain ; mais ordinairement, hélas ! ils se heurtaient à des misérables qui, de peur de se compromettre, les chassaient sans pitié, et souvent, il leur arriva de rester tout un jour sans manger !

Un soir qu'ils venaient de se risquer sur la grand'route, un peu avant le coucher du soleil, ils entendirent tout à coup derrière eux le galop de plusieurs chevaux et René-Joseph, en se retournant, aperçut quatre hussards qui arrivaient à fond de train.

- Père, s'écria-t-il, ce sont des Bleus !

- Sauve-toi, lui dit le vieillard ; gagne bien vite le bois dont nous venons de sortir, et abandonne-moi à mon malheureux sort.

- Non ! répliqua le généreux enfant ; j'ai promis au Bon Dieu de ne jamais vous quitter, et je veux tenir ma promesse ...

Et, serrant la main du Père, il attendit bravement les hussards.

Arrivés à quelques mètres de distance, ceux-ci mirent pied à terre.

- Qui êtes-vous, brigands ? cria celui qui paraissait être le chef.

- Nous ne sommes point des brigands, répondit René-Joseph ; c'est un pauvre vieillard aveugle que je ramène chez lui, et vous voyez bien que nous ne pouvons faire de mal à personne.

La réponse eût pu passer comme argent comptant, car le Père Javeleau était déguisé en paysan et rien, dans leur costume, ne dénonçait l'origine des deux fugitifs. Mais le vieux missionnaire était un saint de l'école de Montfort, et il avait horreur du plus petit mensonge :

- Non, messieurs, s'écria-t-il, je suis un prêtre vendéen. Vous pouvez me tuer si vous le voulez, mais j'aime mieux mourir que mentir. J'ai quatre-vingts ans passés, et le martyre ne me fait pas peur. Je vous demande seulement d'épargner cet enfant qui me sert de guide.

Les quatre hussards étaient moins féroces que la plupart de leurs camarades : l'admirable résignation du prêtre aveugle les émut, comme aussi l'intrépidité de son petit conducteur, et ils passèrent leur chemin en disant : "Tâchez que d'autres ne vous rencontrent pas !"

Et aussitôt, à genoux sur la terre couverte de neige, le Père Javeleau et René-Joseph, après avoir remercié Dieu de sa miraculeuse protection, récitèrent un Pater et un Ave "pour les bons Bleus" qui venaient de manquer à leur consigne ...

Cette aventure devait être la dernière de la vie errante de nos deux héros. Le lendemain, leur bonne étoile les conduisit à la porte d'une pieuse chrétienne qui les recueillit et les cacha chez elle, en la paroisse de Saint-Sulpice, non loin de Château-Gontier. Ce fut là que, peu après, mourut tranquillement le vieux Père Javeleau, entre les bras de son fidèle petit conducteur.

Quant à celui-ci, il demeura chez sa protectrice jusqu'à la fin de la tourmente révolutionnaire. Lors de la pacification définitive, il retourna à Saint-Laurent, où il succéda à son père comme sacristain. Il s'y maria et devint père d'une nombreuse famille, sur laquelle le Bon Dieu se complut en bénédictions bien méritées.

La souche des Biton fleurit toujours dans la "Ville sainte" de la Vendée ; ses rejetons y sont toujours fidèles aux principes du vaillant petit Brigand de 93 et René-Joseph revit, là-bas, en la personne d'un certain Joseph de ma connaissance auquel je dédie, en terminant, cet authentique et édifiant épisode de la Grand'Guerre.

La Vendée historique - 20 janvier 1908 - p. 42 à 46

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Le Père Jacques Javeleau, "pauvre aveugle de naissance, de Baugé en Anjou", est décédé à Saint-Sulpice (53) le 4ème jour complémentaire de l'an V (20 septembre 1797). Il était âgé de 85 ans.

 

Javeleau Jacques décès z

 

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Fils de Joseph-Mathurin Biton (décédé le 2ème jour complémentaire de l'an XIII) et de Jeanne Ayraud, Joseph-Jean (et non pas Joseph-René) est né à Saint-Laurent-sur-Sèvre, le 26 janvier 1781.

BITON ST LAURENT SUR SEVRE BAPTEME z

 

Joseph-Jean Biton, tisserant, âgé de 23 ans, s'est marié le 29 prairial an XII (18 juin 1804) avec Marie-Jeanne Chauvière, âgée de 24 ans, née à St-Laurent-sur-Sèvre, le 24 février 1780, fille d'Aignan Chauvière, maçon et de Marie-Geneviève Girard, sans profession.

Mariage Biton

mariage Biton suite

 

 

Naissances :
- Marie-Joseph, née le 4 floréal an XIII (24 avril 1805) - enfant de sexe "masculaint"
- Marie-Hyacinthe, née le 17 juillet 1807
- Prosper-Augustin, né le 23 janvier 1810
- Louis-Alexis, né le 16 juillet 1813
- Augustin, né le 20 novembre 1817
- Benjamin-Joachim, né le 14 juillet 1820.

AD85 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

AD53 - Registres d'état-civil de Saint-Sulpice.