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C'est le 13 août 1764 que M. Mady signait pour la première fois, en qualité de vicaire, sur les registres de catholicité de Saint-Denis. D'où venait le nouveau curé et quel était son lieu d'origine ?
Tout ce que nous avons pu découvrir c'est qu'il avait été précédemment vicaire de Chavagnes-en-Paillers, de 1759 à 1764, et que dans son acte de sépulture on lui donne pour père Henry Mady et pour mère Françoise Droits.


En échangeant son titre de vicaire pour celui de curé, M. Mady ne voulut point se séparer du vénérable vieillard dont il avait été le zélé collaborateur. Il lui offrit dans son presbytère une filiale et généreuse hospitalité et jusqu'à la fin il l'entoura de ses soins les plus assidus.
Le ministère de M. Mady, comme celui de ses prédécesseurs, fut remarquable par sa durée, car il se continua jusqu'en 1806, et certainement il dut être fécond en œuvres. Nous pouvons être sûrs qu'il était un prêtre au zèle ardent, celui qui fit preuve d'une si courageuse énergie pendant la tourmente révolutionnaire et qui montra un attachement si paternel à ses paroissiens en faveur desquels il brava si souvent les persécutions et la mort, afin de leur procurer quelques secours religieux.


"Quand éclata la Révolution, dit M. Baraud (Clergé vendéen, t. 2, p. 402), M. Mady n'abandonna pas le poste où la Providence l'avait placé. Il continua d'y exercer son ministère avec la même activité et le même zèle, sans faire serment. Les registres paroissiaux, qu'il a rédigés de 1793 à 1796, nous apprennent qu'en pleine Terreur il administrait les sacrements comme autrefois, baptisant les nouveaux-nés, assistant les malades, bénissant la tombe des défunts et célébrant les mariages. Où et comment se faisaient ces cérémonies religieuses, il est difficile de le dire. C'était, sans doute, à la faveur des ténèbres, dans les profondeurs du bois del'Essart ou dans les fourrés de la Roche Boursault, où d'ordinaire il se tenait caché, qu'il réunissait les fidèles et leur prodiguait les secours religieux, de concert avec son vicaire, M. Audureau, qui resta avec lui pour partager ses dangers et ses fatigues, en même temps que son dévouement et son apostolat.

 

signature curé Mady St Denis la Chevasse


Pour échapper aux cruautés des bandes sanguinaires qui parcouraient les campagnes, les habitants étaient obligés de chercher, dans des lieux écartés ou au milieu des forêts épaisses et impénétrables, un asile pour s'abriter et pour éviter la mort. Ce fut un de ces campements que le général Renaud découvrit un jour dans la forêt de Grala. Dans un endroit retiré, il trouva des baraques récemment abandonnées, un atelier pour réparer les armes et un autel pour célébrer la messe.

Comme c'était bien là toute la Vendée à cette époque ! L'autel et le foyer que nos pères ne séparaient jamais dans leur amour et dans leur culte, et à côté ou même ensemble, un atelier d'armes pour défendre au prix de leur sang et de leur vie ces deux choses sacrées qu'ils aimaient uniquement ici-bas. Qu'elle était donc touchante et pieuse cette messe célébrée en cachette dans des temples improvisés au milieu de dangers de tout genre !


Ce fut ainsi que, pendant l'année 1794, M. Mady dut rassembler ses paroissiens pour leur permettre d'assister aux offices divins. Car le 18 juillet de cette même année, le farouche Huché, général républicain, après avoir pillé et incendié Saligny et le village des Jouineaux, se porta vers Saint-Denis qu'il trouva désert. Malgré cela, il y mit le feu ainsi qu'aux métairies voisines. L'église eut assurément le même sort que les maisons qui l'entouraient, et elle disparut aussi, du moins en partie, dans l'incendie que les barbares soldats avaient allumé. Ce qui le donne à penser c'est que pendant toute cette année, M. Mady et M. Audureau, proscrits et fugitifs, sans demeure et sans asile, n'ont laissé que trois actes de baptêmes et deux actes de sépulture.

Ce fut sans doute à l'occasion de ces incendies que les gens du pays inventèrent la légende du chef révolutionnaire qui vit sa tête fixée en arrière, pendant que, d'une hauteur voisine, il contemplait les flammes qu'il venait d'allumer. Cependant l'église n'avait pas disparu tout entière au milieu des ruines accumulées dans le bourg. Ses vieux murs que les siècles n'avaient pas ébranlés et les voûtes de pierre qui couvraient le chœur et le transept résistèrent à l'incendie. Ce fut probablement dans cette partie du lieu saint que le culte commença à être célébré de nouveau dans les premiers jours de 1795. L'éloignement des bandes républicaines, qui terrorisaient alors d'autres contrées, et la présence des troupes de Charette, dont le camp était à Belleville, procurèrent sans doute au pays une sécurité relative. M. Mady et son vicaire en profitèrent pour exercer plus librement leur ministère.


A partir de ce moment, les actes de catholicité sont régulièrement transcrits, preuve certaine que les cérémonies religieuses étaient célébrées ; les promesses de mariages sont publiées au prône de la messe et les mariages faits dans l'église même. Il en fut probablement ainsi jusqu'au Concordat, à part quelques interruptions plus ou moins prolongées, lorsque les Bleus reparaissaient dans la contrée et que le danger devenait plus pressant18. Mais les registres s'arrêtent au mois de juin 1796 pour ne continuer qu'en 1804. Il ne reste dans les annales de Saint-Denis d'autre souvenir de cette époque douloureuse que l'assistance des deux vaillants confesseurs de la foi au Synode du Poiré, le 4 août 1795.

 

BIBLE ET CHAPELET


Les faits suivants, racontés par les anciens du pays à M. Poisson, curé de Saint Denis, montrent bien la vie errante et pénible de M. Mady.


Un vieillard a rapporté qu'une première communion avait été faite par ce prêtre dans une prairie située sur le bord de la Boulogne, entre le Châtenay et l’Orgère. L'autel était placé sous un grand chêne.
Une femme âgée, nommée Fournier, a parlé aussi d'un mariage d'une personne de sa famille bénit par M. Mady dans un champ de genêts.
Enfin la tradition rapportait qu'un jour les Bleus, arrivant par une porte pour surprendre M. Mady dans son presbytère, le prêtre n'eut que le temps de leur échapper par une autre porte. Un vieillard disait avoir plusieurs fois la nuit servi la messe à son curé, caché chez ses parents, au village de l'Imbretière. ...


Quand la paix eut enfin été rendue à l'Église M. Mady, demeuré dans son ancienne paroisse se mit aussitôt à l'œuvre pour réparer les ruines que la Révolution y avait faites. Il restaura son église et continua d'administrer Saint-Denis jusqu'au 19 novembre 1806 date de sa mort ; il était âgé de soixante-treize ans.

acte de décès de Jean-Henri Mady

 

Extrait :

http://montaiguvendee.fr/cms/uploads/pdf/Chroniques%20paroissiales/St-Denis-la-Ch%20Chronique%20paroissiale.pdf