Tabary possédait à Sedan une manufacture d'amidon et s'engagea en 1791 avec quarante de ses ouvriers. (Célestin Port)

PHILIPPE-JOSEPH TABARY, originaire d'Arras (1), était adjoint aux adjudants généraux et servait en Vendée lorsque, le 29 août 1793, Rossignol, "d'après la connaissance certaine qu'il avait de son patriotisme et de sa bravoure", demanda pour lui au ministre de la guerre le grade d'adjudant général "pour marcher sous ses ordres en Vendée". Sa nomination ne se fit pas attendre, et, dès avant le 17 septembre, il commandait à Saint-Georges-sur-Loire.


Un mandat d'arrêt fut décerné contre lui, le 5 octobre, par le comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers. Mais, si l'arrestation eut lieu, elle fut de courte durée, car Tabary était revenu à son poste quelques jours après.


Il se porta avec quatre ou cinq cents hommes jusqu'au hameau de la Riottière, commune d'Ingrandes, au croisement des routes de Paris à Nantes et de Laval à la Loire, à l'extrême limite de son commandement et, aussitôt qu'il apprit le passage de la Loire par la colonne d'Autichamp et du chevalier de Turpin, le 15  octobre, il avait réclamé du secours à son chef, le général Olagnier, qui lui envoya trois cents hommes. Tabary, déféré à la commission militaire d'Angers, présidée par Félix, fut condamné à mort le 15 pluviôse an II (3 février 1794), pour n'avoir pas su défendre victorieusement son poste, et guillotiné le lendemain (Cf. Arch. adm. de la guerre, Dossier Tabary ; - Arch. de Maine-et-Loire, Comité révol. ; - greffe de la cour d'Angers, Registres de la commission Félix ; - Benaben, Rapport aux administrateurs du départ. de Maine-et-Loire, I4).

Extrait :
Kléber en Vendée (1793-1794)

Tabary, d'après une pièce des Archives du Maine-et-Loire, produite par M. Célestin Port, à la suite de La légende de Cathelineau, p. 302, fut, par ordre du comité de surveillance et révolutionnaire d'Angers, le 5 octobre 1793, arrêté une première fois par quatre gendarmes à Saint-Georges-sur-Loire et emmené à Angers. Nous donnons plus loin le jugement en vertu duquel, arrêté une seconde fois, il fut conduit à l'échafaud. Son dossier, aux Archives adm. de la guerre, est vide d'états de service. On n'y trouve que cette lettre  autographe, datée du 29 août 1793 :


"Au citoyen Audouin, adjoint du ministre.
D'après la connaissance certaine que j'ai, du patriotisme et de la bravoure du citoyen Philippe-Joseph Tabary, adjoint des adjudants généraux à l'armée de la Vendée, et de la justice, que tous les officiers et soldats lui rendent sur son courage et son activité, je vous prie, citoyen, de lui faire délivrer un brevet d'adjudant général, pour marcher sous mes ordres à la Vendée.

Le général en chef des armées des côtes de La Rochelle, ROSSIGNOL."

JUGEMENT

Considérant qu'il est prouvé que, les 17 et 18 septembre dernier, Philippe-Joseph Tabary, adjudant général, par négligence ou trahison, n'a pas établi des postes d'avant-garde dans les environs de Montjean et la Pommeraie, d'où les brigands n'étaient éloignés que d'une demie-lieue ;
Considérant qu'à la même époque, il est prouvé qu'il s'est refusé à une retraite salutaire, malgré la certitude qui lui avait été donnée par plusieurs officiers, de l'arrivée des brigands en masse sur le territoire occupé par les troupes qu'il commandait, et notamment par un citoyen qui observait la marche des brigands à Ingrande ;
Considérant que, par suite de son obstination, il est prouvé qu'il a passé la Loire pour songer à sa propre sûreté, et que, par ce passage, il a exposé les défenseurs de la patrie, qu'il avait abandonnés, à une attaque vigoureuse de la part des brigands, qui se sont présentés sur trois points différents, et dont le résultat devint funeste à plusieurs républicains qui ont été forcés de se jeter dans la Loire et de s'y noyer ;
Considérant qu'il est également prouvé, par la déposition de plusieurs témoins, qu'à la Riottière, le 17 octobre dernier, sans avoir vu ni reconnu l'ennemi, il a commandé une retraite, qui s'est opérée sans ordre, en abandonnant dans une chambre un baril de cartouches au tiers plein, et dont les brigands se sont emparés le lendemain ;
Considérant qu'il est prouvé que le 18 octobre, à l'arrivée des brigands, et sans les avoir reconnus, il a défendu aux canonniers du 8e bataillon de Paris de faire feu sur ces scélérats, en leur disant : "Ne tirez pas, ce sont nos frères !" ce qui a occasionné une déroute complète et exposé ces canonniers, qui sont restés à leur poste, à être égorgés par les brigands ;
Considérant qu'il est prouvé qu'il a demandé une grande quantité de cartouches et gargousses, dont partie est tombée au pouvoir des brigands par sa négligence ;
Considérant, enfin, que par les délits ci-dessus énoncés, il est prouvé impérieusement qu'il a, par négligence, inconduite ou trahison, provoqué aux revers qu'a éprouvés l'armée républicaine, qu'il commandait, et aux succès des brigands ;

La Commission militaire le déclare atteint et convaincu de trahison envers la République française ;
Et, en exécution du Code pénal militaire du 12 mai 1793, titre premier, section 2, De la trahison, art. 1 et 2, portant :
"ARTICLE PREMIER - Tout militaire ou individu de l'armée, quel que soit son état ou son grade, convaincu de trahison, sera puni de mort.
ART. 2 - Sont réputés coupables de trahison les auteurs des délits ci-après détaillés :
Tout général d'armée ou commandant de division, qui sera convaincu d'avoir négligé d'employer tous les moyens qu'il avait en son pouvoir pour assurer les magasins, la marche des convois, et garantir les munitions, lorsqu'ils seront tombés en tout ou en partie entre les mains des ennemis ;"
Et encore en exécution de l'article 2 de la même loi, portant :
"Tout militaire qui, à la guerre, ne se sera pas rendu à son poste, sera puni de cinq ans de fers, et celui qui aura abandonné son poste, pour songer à sa propre sûreté, sera puni de même."

La commission militaire condamne Philippe-Joseph Tabary, adjudant général de l'armée de l'Ouest, à la peine de mort ;
Et sera le présent jugement exécuté dans les vingt-quatre heures ;
Et enfin, en exécution de la loi relative à la confiscation des biens de ceux qui ont trahi la patrie, la commission militaire déclare les biens du Tabary acquis et confisqués au profit de la République.
Signé à la minute : FÉLIX, LAPORTE, MORIN et HUDOUX.
Et le lendemain, 16 pluviôse, même année, sur les dix heures dudit matin,
Nous, président et membres composant la commission militaire établie près l'armée de l'Ouest par les représentants du Peuple français, sommes transportés sur la place du Ralliement de cette commune pour être présents à l'exécution du jugement à mort contre Philippe-Joseph Tabary, adjudant général de l'armée de l'Ouest, laquelle exécution a eu lieu sur les dix heures du matin.
Fait à Angers le 16 pluviôse, l'an II de la République française une et indivisible, et le premier de la mort du tyran. (4 février 1794)
Signé : LAPORTE, MORIN et HUDOUX.

Benaben rapporte :

Fabre-Fonds, avant que les brigands fussent passés sur la rive droite, avait le commandement général des troupes bordant cette rive. Il aurait dû en conséquence, comme il en était prévenu, en doubler et tripler même tous les postes. Il n'en fit rien. Cependant on a guillotiné Tabary, qui ne commandait pas le poste d'Ingrandes, et on n'a rien dit à Fabre-Fonds, dont il recevait immédiatement les ordres. On n'a rien dit non plus au commandant de Varades, le principal auteur du passage ; que dis-je ? On ignore jusqu'à son nom ! (1)

(1) FABRE-FONDS, le frère de Fabre-d'Eglantine, que ses soldats appelaient "Sabre-Creux", était aux Ponts-de-Cé, le 17 octobre, et expédiait "la nouvelle officielle de la prise de Mortagne et de Cholet par l'armée de Mayence" aux administrateurs de Maine-Loire, réclamant des vivres et munitions, en vue de la jonction qui devait incessamment s'opérer. (Lettre affichée ; Arch. de Maine-et-Loire). Il n'avait aucune inquiétude quant à la Loire. La première nouvelle du passage de la Loire fut donnée au général commandant à Angers par le représentant Méaulle, le même jour 17, annonçant la retraite de la garnison de Varades sur Ancenis, ses vains efforts pour la faire rentrer à son poste, et ajoutant : "Je ferai ce que je pourrai pour tenir Ancenis." Dans la même journée, la nouvelle de l'occupation de Varades par les brigands fut confirmée aux administrateurs départementaux par le procureur de la commune d'Ingrande. Le 19, le représentant Richard, au nom de la commission centrale de Saumur, expédiait "un bon bataillon et deux pièces de canon" à Angers, avec ordre de "ne pas perdre un moment pour attaquer et reprendre Varades ... Nous sommes bien étonnés, écrivait-il, que ce poste se soit laissé forcer par quelques brigands, sans faire aucune résistance ; il y a là des coupables que nous tâcherons de découvrir." (D'après les pièces publiées, à la suite de La Légende de Cathelineau, par M. Célestin Port, p. 313-315.)

CH.-L. CHASSIN
LA RÉVOLUTION FRANCAISE
REVUE D'HISTOIRE MODERNE ET CONTEMPORAINE
Tome 26
Janvier-Juin 1894

Témoignage de Jean-Antoine Vial :

"On prétend qu'en qualité de Commissaire, je ne sais de quelle Autorité, car je n'ai jamais été Commissaire d'aucune ; j'ai passé, le 10 septembre, à Montjean, et que j'y ai fait brûler deux vaches, fusiller un Prêtre, et noyer plusieurs Volontaires. Voici les faits : Le 18 septembre, je fus coucher à Saint-Georges, pour organiser deux Bataillons de Volontaires, qui étaient campés au grand Port Girault. Un nommé Tabary qu'on avait fait sortir de Bicêtre, pour en faire un Adjudant-Général, commandait sur la rive droite de la Loire : je fus le voir, pour le prévenir de ma mission, et même pour l'inviter d'assister à mes opérations. Tabary me dit qu'il ne pouvait pas venir au grand Port Girault, parce qu'il avait un coup de main à faire. (Ce sont ses expressions). Je voulus savoir ce que c'était que ce coup de main. Il me dit qu'il devait surprendre le poste que les Brigands avaient à Montjean. Je lui demandai s'il avait reçu des ordres pour faire cette expédition. Il me répondit que oui. On va voir que cette prétendue surprise ne tendait à rien moins qu'à livrer les Soldats de la République, l'artillerie et les munitions de guerre aux Rebelles, comme Santerre, Ronsin et Duhoux venaient de le faire les 17 et 18, à Coron et au Pont Barré.
Le lendemain j'organisai les deux Bataillons du grand Port Girault, et vers les deux heures de l'après-midi, j'entendis tirer le canon à Montjean qui n'est qu'à trois quarts de lieue de là. La curiosité me porta d'aller voir si Tabary avait réussi. Je trouvai, qu'au lieu d'avoir été surprendre un poste, il avait été pour démeubler le Château de Montjean ; que toute la Troupe s'était livrée au pillage, et qu'on avait mis le feu à tous les bâtimens des basses-cours, au lieu de brûler le Château qui, par sa situation, était une forteresse qui servait depuis long-tems aux Brigands. Je témoignai à Tabary ma surprise, et lui dis que je rendrais compte de sa conduite. On voit par ces faits, que je n'avais aucune mission, et que par conséquent je ne pouvais donner aucun ordre. Cependant, sur mes représentations, Tabary fit retirer les Troupes, et peut-être qu'on laissa dans les bâtimens déjà incendiés, les vaches dont on parle : mais tout ce qu'il y a de certain, c'est que je l'ignore parfaitement ; et quand même j'en aurais été instruit, je n'aurais pu que représenter, et non agir. Ainsi les deux vaches ne peuvent pas avoir péri de mon fait ; et d'ailleurs quel en aurait pu être l'objet ?


Le Citoyen Clémanceau vint me prier alors d'aller collationner chez lui. J'y fus, et Tabary m'y suivit. On y amena un Prêtre réfractaire, et qui était passé depuis long-temps avec les Rebelles. Ce Prêtre fut pris dans un bois taillis, près de Montjean, où il était pour espionner ce que les Troupes de la République faisaient. Tabary ordonna de le fusiller sur-le-champ. Je lui observai que ce Prêtre n'ayant, point été pris les armes à la main, il n'avait aucune juridiction sur lui, et que tout ce qu'il pouvait faire, c'était de l'envoyer aux Tribunaux d'Angers. Il me répondit que je ne savais ce que je disais, et que cela ne me regardait pas ; et le fit fusiller. Cette exécution, quoiqu'irrégulière, fut reçue à Angers, avec applaudissemens ; parce que, disaient-ils ce Besnard qui était d'Angers, était un fort mauvais sujet. Aurait-on cru que ceux qui témoignèrent alors la plus grande satisfaction, demanderaient aujourd'hui vengeance de sa mort ? Ce sont là de ces contradictions dont on ne peut rendre raison qu'à ceux qui connaissent les intrigans d'Angers.


On vint annoncer alors que le Bataillon des Pères de Famille, de Chalonnes, sur la nouvelle qu'il avait eue, qu'on était en possession de Montjean, était passé à Chalonnes. Il est certain que, si cette expédition eût été sérieuse, ce Bataillon qui était tout composé d'Habitans de cette Commune, aurait été exécusable, par le désir qu'il avait d'aller revoir ses foyers ; mais, comme j'ai déjà dit, le passage de Tabary à Montjean, n'était que la suite des déroutes de Coron et du Pont Barré ; et cette expédition n'avait pas eu d'autre motif. Aussi, les nouvelles de ces déroutes arrivèrent en même temps que les Rebelles parurent en grand nombre sur les hauteurs de Montjean ; de manière qu'il fallut battre en retraite. Il était naturel que je pensasse à mes Concitoyens de Chalonnes. Je courus bien vite pour aller les instruire de ce qui se passait ; et à peine eurent-ils passé dans l'Isle, d'après ce que je leur avais dit, qu'il arriva dans Chalonnes une division considérable de Brigands ; et je partis pour Angers. Voilà les faits. Qu'on juge si j'ai été la cause des malheurs que cette expédition peut avoir occasionnés.
Au surplus, la Commission Militaire d'Angers, qui a fait guillotiner Tabary, pour ce fait, n'a rien négligé pour me faire partager son sort ; car vingt témoins furent appellés, dans les vues de m'inculper ; mais ces témoins rendirent les faits, comme je viens de le faire ; et cette Commission fut obligée d'ajourner ma perte à une autre occasion ..."

Extrait de :
Causes de la guerre de la Vendée et des Chouans
et l'Amnistie manquée
par Jean-Antoine Vial.
Angers
An III 1794/1795 - Du fond d'une cour de la Prison de Justice d'Angers,
le 4 messidor, l'an 3 de la République, une et indivisible.


(1) S'il s'agit bien de notre personnage, Philippe-Joseph Tabary, fils de Nicolas-Joseph et d'Hélaine Constance Camier serait né à Doignies (59) le 13 janvier 1764 ; guillotiné à Angers le 4 février 1794.

Il aurait épousé Alexandrine-Joseph COUPIGNY, à Doignies, le 24 avril 1787.

 

acte de naissance Tabary