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LA CHAPERONNIERE

Ancien fief relevant de Cholet depuis avant 1477, ayant appartenu d'abord à la famille Chaperon. Alnette Chaperon, fille de Jean Chaperon et de Lucette Pelaud, apporta la terre vers 1440 à Jacques du Plessis. Jean du Plessis et Renée de Coesmes, sa femme, firent construire le château vers 1530 ; mais Renée, devenue veuve, et remariée à Odet de Bretagne, comte de Vertus, abandonna ce logis à ferme. Jeanne du Plessis épouse en 1560 Jean d'Acigné, puis Georges-Anne-Louis de Vauldrey, seigneur de St-Phal.
Par transaction du 29 octobre 1609, Georges de Vauldrey et Jeanne du Plessis cédèrent La Chaperonnière à Charles II de Cossé-Brissac, maréchal de France, époux de Judith, fille de Jeanne du Plessis et de s¤n premier mari Jean d'Acigné. La Chaperonnière resta dans la famille de Cossé-Briassac jusqu'en 1680, date à laquelle elle fut vendue par Henri-Albert de Cossé à René de Broon, marquis de Cholet, puis à Fr.-Edouard de Colbert (1706) , enfin à Fr. de Rougé, 1763.
La veuve de Fr. de Rougé laissa la Chaperonnière à son beau-frère de Croy, et après lui aux familles de Villebois-Mareuil, de Boissard, de la Rochebrochard, de Pétigny. (1)

 

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RÉCIT DE LA COMTESSE DE LA BOUERE

Le château de la Chaperonnière était fort ancien, et devait être considérable, d'après le corps de logis qui subsiste encore. Le rez-de-chaussée, dont l'étage est élevé, sert de logement aux métayers, et les deux étages au-dessus ont une hauteur qui donne à penser que la construction en avait été faite par un riche seigneur. Le toit était très élevé. Comme les bleus commençaient à mettre le feu d'abord dans les charpentes, les combles ont été détruits ; on ne s'est attaché qu'à recouvrir le bâtiment après l'incendie, et aujourd'hui les grandes pièces du premier et second étage servent de greniers aux fermiers.
Un très bel escalier en pierre dure y conduit ; il se trouve dans une tout qui avance sur le corps de bâtiment dont il fait partie. On voit des armoiries dans le mur du corps de logis et au-dessus de la porte de la tour de l'escalier qui s¤nt bien conservées.
Le château de La Chaperonnière appartient aujourd'hui (1841) à M. de Boissart.
Ce manoir avait souvent servi de refuge pendant la guerre de 1793 à ceux qui fuyaient l'ennemi. On était certain d'y trouver la réception la plus hospitalière et presque sûreté, car le château, situé dans une espèce de vallée et caché par les accidents du terrain, est très peu visible du grand chemin de Beaupréau à Jallais, qui est pourtant tracé sur des coteaux qui dominent la campagne. Si les bleus, l'ayant aperçu dans une clairière, voulaient y aller, ils ne trouvaient qu'un chemin encaissé, bordé d'arbres et sinueux, d'où ils ne pouvaient découvrir la trace du château que la forme du terrain cachait entièrement à leurs yeux. Craignant de s'égarer dans un lieu qui semblait désert, et qui devient marécageux à mesure qu'on avance vers la rivière, il y a à croire qu'ils renonçaient bien vite à leur entreprise, car ils sont peu venus dans cette vallée.

Ce n'est que vers la fête de la Pentecôte, en 1794, que le château de La Chaperonnière a été incendié.

Il n'est devenu que trop célèbre, en 1832, par la mort du digne héritier des vertus de notre grand généralissime Cathelineau, qui, avec M. de Civrac et d'autres compagnons d'infortune, s'était caché dans une tour carrée adossée derrière le corps de logis dont il a été parlé. Cette tour avait l'air, à l'extérieur, d'un gros contrefort, car il n'y avait point d'ouvertures ; une trappe permettait de pouvoir en sortir au dernier étage, mais elle était invisible aux yeux.

Cathelineau, inquiet de l'arrivée des soldats, au moyen d'une échelle placée pour parvenir à l'ouverture, entend les menaces faites à l'héroïque métayer Guinehut, résolu à périr plutôt que de dénoncer la retraite de ceux qui se sont confiés à lui ! Cathelineau ne peut tenir à tant de barbarie ; il préfère, ainsi que ses amis, se livrer à ceux qui attachent tant de prix à les avoir entre leurs mains. Il soulève la trappe et se montre en disant "qu'il se rend". L'officier commandant l'escouade, qui menaçait la vie du brave Guinehut, en change la direction et atteint mortellement Cathelineau. Son bras laisse échapper la trappe ; elle se referme lourdement ..., et il tombe sans vie au bas de l'échelle ... Ses amis, foudroyés ..., en vendant chèrement leur vie, pouvaient venger la mort de celui qu'ils venaient de perdre ; mais Guinehut était là, son existence aurait été compromise ; ils se rendent tous. Traînés dans les prisons d'Orléans, ils furent jugés et absous. Le héros de cette scène, Guinehut, fut porté en triomphe ; c'eût été le plus beau jour de sa vie, si le souvenir du fils de Cathelineau n'eût attristé les honneurs qu'on lui rendait. ... (2)

 

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LÉGENDE DE LA CHAPERONNIERE - POEME

Quel joli pays de verdure
Que le Bocage Vendéen
Tout pendant que le printemps dure !
Moi je l'aime comme un Eden !
Chemins creux bordés d'aubépines,
Coteaux verts pleins de genêts d'or,
Vieux châteaux tombés en ruines
Où l'écusson se lit encor,
Pays doux, mais plein de vaillance,
Où beaucoup de sang fut versé,
C'est là qu'on tient à sa croyance
A tout ce qui touche au passé !
Tout en filant les quenouillées,
Pour charmer les heures du soir,
Au coin du feu dans les veillées
On a les chansons du terroir,
La complainte ou bien la légende.
Récits naïfs et merveilleux
Où parfois sans qu'on s'en défende
L'esprit s'envole aux pays bleus.
Et voilà toute ma préface,
La légende on l'apprend ainsi,
Un soir, au retour de la chasse,
On m'a raconté celle-ci.

C'était au temps lointain de la Chevalerie,
Au temps de ces seigneurs coureurs de grand chemin
Qui se bardaient de fer pour une fâcherie,
Toujours la lance au bras ou l'épée à la main ;
Jean Chaperon, seigneur de la Chaperonnière,
Qu'on avait surnommé le Petit Chaperon
Pour sa petite taille, avait la mine fière,
Le coeur noble et la main vaillante d'un luron ;
Et quand il se dressait bien droit dans son armure
Sur un beau destrier pour partir au combat,
Il ne paraissait point de si courte stature
Et c'était un malin jouteur, un fier soldat.
Aussi tous ses exploits lui faisaient renommée ;
Il n'eut pas à prier longtemps la bien-aimée,
La damoiselle aussi l'aimait, il prit sa foi.

Vivre à deux, dans un nid que l'amour fait si tendre,
Chaperon, mon seigneur, en auras-tu le temps ?
Un messager te vient chercher, et sans attendre,
Ton suzerain t'invite avec ses combattants ;
Les Maures, sais-tu bien, les Maures en Espagne
Sont armés, sont debout contre la chrétienté,
Dis adieu, dis adieu bien vite à ta compagne,
Hésiter, tu ne peux, ce serait lâcheté.
Le pauvre chevalier soupira plein de peine,
Mais brisant son anneau tout de suite en deux parts,
Gardez-m'en la moitié, dit-il, ma châtelaine,
En souvenir de moi, gardez-la, car je pars.
Et la dame lui dit : Mon seigneur, je vous aime,
Vous partez, mais voyez les larmes de mes yeux,
Oh ! je vous attendrai, je suis vôtre quand même
Et seul votre retour fera mes jours joyeux.
Son destrier la Pie à robe blanche et noire
Était prêt, il monta, son coeur allait plier,
Car la Dame était là blanche comme l'ivoire,
Puis il partit suivi de son seul écuyer.

Hé, mais que fait-il donc par delà la montagne,
Le seigneur Chaperon ? Sept ans se sont passés,
Nous n'avons pas reçu de nouvelles d'Espagne ...
La belle châtelaine a les yeux délassés
Quoiqu'elle ait bien pleuré sa mort triste et lointaine.
On la plaignait d'abord, on l'obsède à présent ;
Il lui faut un mari, bien sûr, malgré sa peine,
Aussi pour en finir, et tout en gémissant,
Et pour rendre la vie à la Chaperonnière,
Dont le pauvre seigneur est mort on ne sait où,
Au temps de Mai, quand vint la saison printanière,
Elle accepta la main d'un haut baron d'Anjou.

Donc le jour est venu de ce beau mariage ;
Dans la cour du château les conviés joyeux,
Le ban, l'arrière-ban et tout le vasselage
Font liesse et chacun se livre à mille jeux ;
Quand soudain, sans que nul n'y songe, à la chapelle
La cloche sonne. O Ciel ! Qui peut sonner ainsi ?
La cloche sonne seule ; oui, voyez la tourelle
Est déserte ; tudieu ! Quel prodige est ceci ?
Parmi les conviés pas un seul n'est impie,
Tous les gens de la fête ont la stupeur au front
Car quelqu'un a crié : J'entends hennir la Pie
    Du petit Chaperon !

Or, le nouveau venu, qui seul et sans message
Franchit si fièrement l'enceinte du château,
Poudreux, bardé de fer et le hâle au visage,
Coupe court et se rend vers l'église au plus tôt ;
A cheval, sous la nef, portant un reliquaire
D'or, il le va poser gravement sur l'autel
Pour accomplir un voeu sacré qu'il a dû faire,
Puis il se signe et marche à la cour du castel.
Et de rire, parmi les jouvanceaux en fête,
Car il est si petit ce porteur d'éperon
Qu'on pourrait à coup sûr lui sauter sur la tête,
On le raillait ... - Je suis le seigneur Chaperon,
Dit-il, je veux savoir pourquoi dans ma demeure
Cette foule, et pourquoi ce plaisir si bruyant ;
Qu'on m'aille prévenir ma femme tout à l'heure,
Mon coeur au moins pourra s'ouvrir en la voyant ...

Las ! Chevalier, toi qui pendant la longue guerre,
Pour te réconforter dans les jours assombris
Rêvais et revivais ton bonheur de naguère,
Toi qui te souvenais des adieux attendris,
Et comme un talisman pour te relever l'âme
Dans ce pays lointain où s'écoulaient tes jours,
Toi qui disais le nom caressant de ta Dame,
Et qui n'oubliais pas, et qui l'aimais toujours,
Chevalier, croirais-tu qu'en ta propre demeure,
Cette femme, aujourd'hui, ne porte plus ton nom ?
Et la chose est pourtant réelle, que je meure !
Et malgré tout ton coeur se révolte et dit non.

Or, à présent, qui donc va te rendre justice ?

Le seigneur Chaperon dans un trouble très grand
Demande son rival afin qu'on l'avertisse ;
Grave, pâle, il lui dit : Vidons ce différend ;
Cette femme, tous deux nous sommes jaloux d'elle,
Moi je suis chevalier et vous l'êtes aussi,
Voici des dés, jouons entre nous l'infidèle,
Que le hasard décide ! Acceptez-vous ainsi ?

- Que va-t-il se passer ? Soudain la châtelaine
Eplorée, à son tour arrive devant lui.
Quoi, dit-il, tout l'amour dont votre âme était pleine,
O Madame, est-ce vrai qu'il est mort aujourd'hui
Et qu'il n'en reste rien comme d'une fumée ?
Puis tout à coup, serrant sa femme entre ses bras,
Le chevalier s'enfuit avec sa bien-aimée,
Il s'enfuit, il l'emporte et ne reparaît pas.

Mais qu'advint-il après ? Lorsqu'on me le demande
Je réponds : Nul ne sait ce qu'ils sont devenus,
Mais tout porte à penser comme fait la légende
Qu'ils ont dû vivre heureux dans des lieux inconnus.

PAUL DROUET (3)

(1) Dictionnaire historique de Maine-et-Loire
(2) Souvenirs de la comtesse de la Bouëre
    la guerre de Vendée, 1793-1796
(3) Bulletin - Société des sciences lettres et beaux arts de Cholet - 1883