Le département du Léman

1798-1813

 

 

 

Genève et Napoléon 1er

 

La Révolution française et la Convention tentent à plusieurs reprises, mais en vain, d'annexer Genève où des Jacobins locaux font même régner la Terreur. Mais l'esprit d'indépendance de la ville résiste jusqu'au 15 avril 1798, jour où une troupe de hussards, commandée par le général Girard, pénètre à Genève. Les habitants, lassés des dissensions internes, ne réagissent pas, et le Directoire, à sa grande surprise, se trouve maître de la petite République.

 

Le Conseil des Cinq-Cents décide donc la création du département du Léman. Celui-ci est divisé en trois arrondissements: Genève, qui comprend dix cantons, Thonon, qui en a quatre, et Bonneville, qui en compte neuf. Le nouveau département comprend 173167 habitants. Une administration centrale représente le pouvoir français et fait fonction de préfecture. Les administrateurs, chargés notamment des affaires militaires et économiques, se heurtent très vite à l'opposition des Genevois qui fomentent troubles et émeutes et qui refusent le recrutement militaire.

 

Après le 18-Brumaire, un préfet vient remplacer l'administration centrale. De 1800 à 1803, le poste est occupé par Ange-Marie d'Aymar. Son successeur est l'écrivain Barante qui agit avec autorité et bienveillance. Il compte de nombreux amis à Genève, en particulier Mme de Staël, opposée pourtant à Napoléon. L'Académie fondée par Jean Calvin est transformée en Université impériale. Mais la crise économique survient: les commerçants, soumis aux dures contraintes des lois françaises, ne peuvent plus écouler leurs produits horlogers et leurs textiles, en particulier la célèbre toile peinte; de nombreuses fabriques font faillite, ce qui accroît le mécontentement.

 

En 1811, suspect d'avoir trop de sympathie pour les Genevois, Barante est rappelé et remplacé par le baron Capelle  En octobre 1813, Genève saisit l'occasion de l'occupation autrichienne pour négocier sa liberté. Le 28 décembre, le baron Capelle quitte la ville, imité le 30 décembre par la garnison française. Le 31 décembre 1813, la République indépendante de Genève est rétablie. Elle est confirmée par le traité de Paris de mai 1814 et par le traité de Vienne de 1815; le département du Léman disparaît.

 

L'HISTOIRE VIVANTE 

Sous l'Empire, Barante écrit à son ministre de l'Intérieur un rapport sur l'état d'esprit des Genevois: «Les hommes mêmes. qui avaient en apparence renoncé le plus sincèrement à leurs regrets et à leurs souvenirs.. ne peuvent, aussitôt qu'ils entrevoient une possibilité quelconque d'événements qui rendraient Genève à son indépendance. se défendre de quelque espérance de retour vers un ordre des choses qui convenait mieux à leurs intérêts... Il est toujours arrivé en conséquence et dans quelle lutte que ce soit que les 'vœux des Genevois ont été contre leur nouvelle patrie (le département du Léman).»