ST-MARTIN-DE-MAILLOC (14) BOURGTHEROULDE (27) - FRANÇOIS-CHARLES DE PHILIPPE DE PHISEMONT, CHEF CHOUAN (1751 - 1797)
Saint-Martin-de-Mailloc - photo de ChBougui
Fils de Philippe-Charles de Philippe, écuyer, sieur de Beaumont, chevalier, seigneur de Phisemont et de Marie-Marguerite-Elisabeth des Hays, François-Charles est né à Saint-Martin-de-Mailloc (Calvados), le 21 novembre 1751.
Réside au manoir du Bosc ; esprit libre et frondeur.
Le 21 février 1790, "à l'issue des Vêpres", la municipalité assemblée élit le sr de Phisemont, avec 62 voix sur 63, au poste de maire. Le 25 mars, il contribue à l'effort patriotique en offrant 72 livres. Remplacé par Pierre Tabari, il devient ensuite juge de paix du canton de Coutonnne-la-Ville en novembre 1791.
Extrait du Registre des délibérations municipales du 21 février 1790
En août 1792, Phisemont s'emporte contre la municipalité de St-Martin comme signalé dans le registre des délibérations :
L'an 1792, le dimanche dix-neuf août, l'an quatrième de la Liberté, nous maire et officiers municipaux et procureur de la commune de St-Martin-de-Mailloc, étant revestus de nos écharpes, nous nous sommes assemblés au lieu ordinaire de nos séances en notre chambre commune pour délibérer et arrêté sur nos registres la lecture et affiches qui nous ont été adressées par le Directoire du district de Lisieux à cette fin de leurs rendre compte de notre exactitude pour l'exécution de la loy ;
Il est survenu le sr Philippe, juge de paix du canton Coutonne-la-Ville, qui nous a interrompu dans nos fonctions, y étant assemblés, qui nous a tenu des propos injurieux, ainsi que Michel Durand, son greffier, ainsi que Pierre Masselin, lesquels nous ont insulté et injuriés et frappé Robert Petit, un de nos officiers municipaux, d'un soufflet sur la joue droite, donné par le sr Philippe quoyque ledit Petit fut revestu de son écharpe ; ayant rappelé ledit sieur de Philippe à la paix et à la tranquillité, ledit sieur Philippe n'a cessé de tenir des propos injurieux contre la municipalité, étant assemblée, et a tiré une épée à demy dedans sa canne pour la plonger dans le corps dudit sr Petit, officier municipal, ainsy que contre le sr Duhancet, commandant en segond du troisième Bataillon de Courthonne-La-Ville, que nous avons requis de notre part d'estre présent à nos opérations dans notre chambre commune pour l'exécution de la loy et décret de l'assemblée nationalle du 24 juillet 1792 l'an 4e de la Liberté concernant les généraux d'armée chargés de la deffence des frontières et un arresté du Conseil général du département du Calvados ... Ledit Philippe étant intervenu dans notre maison commune a commencé à nous chercher une chicane mal fondée, en nous disant que nous l'avions mentionné dans notre procès-verbal concernant les Émigrés, qu'il était mentionné dedans quoyque nous luy avons assuré que nous ne luy avions point mis et que il n'y avoit que ses frères dont le chevalier et Percyval qui étoient mentionnés dans notre procès-verbal que nous avons arresté le dix de juin dernier 1792 ... Cependant, le sr Philippe n'a pu s'empêcher, malgré nos honnêtes propositions que nous luy avons faites ... que de frapper ledit sr Robert Petit, officier municipal, quoy que revêtu de son écharpe, ainsy que d'insulter le sr Duhancet ..."
La délibération municipale du jeudy sixième jour de septembre l'an mil sept cent quatre vingt douze, l'an quatrième de la Liberté et 1er de l'Egalité nous apprend que "monsieur Philippe, juge de paix, est absent depuis quinze jours, que même, son ancien domestique qui était son greffier ordinaire est maintenant dans la maison d'arrest de Lisieux". Le procureur de la commune requiert que les scellés soient aposés sur les fermetures des portes, coffres et armoires au domicile du sr Philippe qui pourraient contenir "les registres et loix du tribunal de paix". (Phisemont avait deux domestiques : Louis Maillard et François-Maurice Hervieux).
Robert Petit ne semble pas avoir été blessé gravement puisqu'il est présent, le 13 septembre 1792, lors de la levée des scellés au domicile de Phisemont, scellés qui furent remis par la suite.
"Ce jourd'huit treize septembre mil sept cents quatre vingt douze, l'an premier de la République française, nous maire, officiers municipaux et notables de la commune de Saint-Martin-de-Mailloc, formant ensemble le Conseil général de laditte commune,
déclarons aux Citoyens accusateurs publics et aux juges composant le Tribunal Criminel du département du Calvados, que nous renonçons à poursuivre le citoyen Philippe de notre commune, relativement aux pleintes portés contre luy au directoire du juré à Lisieux, et de là envoyé aux grands jurés à Caen, par les nommés Pierre Tabari, Jacques Hervieu, Robert Petit, et Guillaume Groult, vu que nous n'avons aucunement connoissance des faits dont il est accuzé suivant leurs plaintes.
Est intervenu le citoyen procureur de laditte commune qui a dit qu'il se désiste de poursuivre ledit citoyen Philippe accusé, vu qu'il croit que les pleintes portés contre lui ne sont que le fruit de l'intrigue d'une faction qui a juré et voulut la perte dudit Philippe, pour quoy, il prie les citoyens juges et accusateurs publics de le remettre en liberté. Ce qu'il a signé avec nous ledit jour et an que dessus."
Le 6 novembre 1792, la municipalité de St-Martin-de-Mailloc est informée par celle de Rouen que "le citoyen François Philippe, demeurant ordinairement à Saint-Martin de Mailloc, district de Lisieux, est actuellement et habituellement résident à Rouen depuis le deux septembre dernier, boulevard Cauchoise ..."
Le 7 juillet 1793, Jean Moulin, assesseur du juge de paix assisté de plusieurs officiers municipaux ont procédé à la levée des scellés apposés au domicile du citoyen Charles-François Philippe, ceci en sa présence. Après examen minutieux de toutes les pièces de la maison, la municipalité ne trouva aucun papier suspect.
Le 31 août 1793, un arrêté des députés de la Convention nationale près des côtes de Cherbourg considère que "l'incivisme de la municipalité de St-Martin-de-Mailloc a été la réclamation des patriotes". Le maire, les officiers municipaux et le procureur de la commune sont en état d'arrestation. Une nouvelle municipalité provisoire est nommée.
En septembre de la même année, le citoyen Perier, chef de la Légion de Lisieux est tenu, sous un délai de huit jours, de remettre en la commune de St-Martin, les fusils et autres armes qu'il a ôtés aux citoyen suspects, dont un mauvais pistolet appartenant au citoyen Fisemont ainsi qu'un grand sabre sans fourreau, un autre sabre tout neuf avec son fourreau et son baudrier et poignée à ressort. Son ancien domestique, François Gervais et Louis Maillard, domestique actuel, sont arrêtés et conduits à la maison d'arrêt du district de Lisieux.
Le 4 septembre, François-Maurice Hervieux, domestique de Phisemont, est présenté à la chambre commune par la garde nationale, comme aristocrate et incivique. Il est aussitôt interrogé sur sa conduite :
"Il s'est présenté devant nous le citoyen Pierre Sanson, capitaine d'une compagnie de garde nationale de notre commune, lequel nous a déclaré qu'il a connoissance que lors de l'insurrection du département, et que le citoyen François-Charles Philippe, sortant depuis peu de la maison d'arrest de Caen, ci-devant noble, vint à la commune prêcher l'anarchie disant qu'il falloit quitter à faire la guerre contre la Vendée, que c'étoit d'honneste gens et qu'il faloit aller écraser la Convention, que c'étoit des voleurs ..."
Sa maison était gérée par la citoyenne Boulard. Début décembre 1793, la municipalité lui fait ouvrir la grange, l'étable et l'écurie et réquisitionne des gerbes de blé qu'elle souhaite faire battre "jusqu'à concurrence de ce qu'il faudra pour ensemencer sa terre".
En fait, Phisemont passe la Terreur à la maison d'arrêt de Lisieux pour avoir affirmé ses opinions contre-révolutionnaires.
L'Ouest-Éclair du 8 février 1930 dit de lui :
En 1795, ce Phisemont était commandant en chef des chouans de la Moyenne Normandie, ayant sous ses ordres près de 1.500 hommes, et comme bras droit un certain Friquet de la Morandie, fils d'un notaire du Sap.
Bizarre armée, sans autre uniforme qu'un scapulaire au cou et un chapelet à la boutonnière.
Alors commence une série d'expéditions extraordinaires. On descend une nuit chez Samson, maire de Saint-Martin-de-Mailloc, robespierriste ardent ; on le fait mettre à genoux et on lui tond un côté de la tête. Puis on va scier l'arbre de la Liberté.
Autres expéditions à Écots, au Mesnil-Simon, à Coupesarte, à Auquainville, où on rançonne fortement les républicains notoires. A la Haitrée, sur Saint-Germain-de-Livet, ce fut plus grave. Les chouans s'emparent du citoyen Marais, curé constitutionnel, l'entraînent dans le bois et le fusillent.
Puis c'est un jeune homme de la Trinité, du Mesnil-Oury, qu'on a trouvé noyé dans la rivière. C'est une véritable bataille qui se livre à Léaupartie. A l'assaut du château, où 50 chouans sont retranchés (mars 1796), trois chouans sont tués, plusieurs patriotes blessés.
A la suite de cette échauffourée, Phisemont jugea utile de disparaître. Mais la Chouannerie continuait sans lui, surtout dans la région de Livarot. Toutefois on cherchait l'apaisement. Il crut devoir faire sa soumission. Réelle ou feinte, elle fut affichée partout.
Le Journal des hommes libres de tous les pays, ou le Républicain, en date du 24 janvier 1797 annonçait dans ses pages que "le nommé Phisemont, ancien noble, chef de chouans amnistié, fameux, dans le département du Calvados, par ses brigandages et ses égorgemens, vient d'être arrêté avec un de ses sicaires. Il est violemment soupçonné d'avoir participé au vol de la diligence".
Dans la première semaine de décembre 1797, sur la route de Rouen, près de Bourgtheroulde, on ramasse le cadavre d'un homme poignardé. C'est de Phisemont.
Il venait d'assister à un conciliabule de chefs royalistes, dans ce dernier bourg, et les avait quittés à la nuit. Qui avait fait le coup ? Selon toute probabilité, la police, elle était bien heureuse de se débarrasser d'un personnage qui lui donnait du fil à retordre.
Son lieutenant, Friquet de la Morandie, fut arrêté le 28 octobre 1798 par des gendarmes non loin de Caen. Il fut jugé, condamné à mort et exécuté sur la place de la Justice, aujourd'hui place Saint-Sauveur.
Il avait épousé à Exmes (61), le 18 novembre 1777, Marie-Renée de Guerpel, fille de Pierre-René de Guerpel, écuyer, Seigneur de Reneville, et de Catherine-Jacqueline-Charlotte Dufour de Pompierre.
Elle est décédée à Exmes, le 12 novembre 1814.
Histoire générale de la Chouannerie - Anne Bernet - 2000
AD14 - Registres paroissiaux de Saint-Martin-de-Mailloc
AD61 - Registres paroissiaux et d'état-civil d'Exmes