FÉCAMP (76) COUTANCES (50) - FRANÇOIS-CLAUDE-MARIE DE BRICQUEVILLE DE BRETTEVILLE, CHOUAN (1761 - 1796)
Fils de Claude-Marie, capitaine de cavalerie, et de Catherine-Yolande-Rose de Thiboutot, François-claude-Marie de Bricqueville est né et a été ondoyé à Fécamp (76), paroisse Saint-Valéry, le 24 août 1761. Il fut baptisé au même lieu, le 10 septembre suivant.
Agé de vingt-huit ans en 1789, il était major au régiment de Roussillon-Infanterie. Sa femme appartenait à une famille historique, les de Carbonnel de Canisy, dont les "domaines, manoirs et châteaux" s'étendaient dans les deux diocèses de Coutances et d'Avranches. Il semblait que les châtelains de Bretteville-en-Saire, avaient tout pour être heureux. Il leur manquait cependant ce je ne sais quoi qui fait la paix du ménage.
Le vicomte considérait les événements du jour comme une jacquerie qu'il fallait réprimer par le sabre des reîtres ; la vicomtesse, au contraire, voyait dans la Révolution l'avènement des temps prédits par les prophètes. Aussi, quand son mari émigra en 1791, elle resta dans ses terres et éleva son fils dans les principes qui lui étaient chers.
D'abord major, puis colonel, et bientôt maréchal de camp, de Bricqueville fit, à l'armée des émigrés, toutes les campagnes contre la France de 1792 à 1796.
Mis en rapport avec le comte Louis de Frotté, qui commandait en chef l'armée royale et catholique de Basse-Normandie, de Bricqueville fut chargé de la division du Cotentin, où régnait le plus grand désordre. Pouvant, par le prestige de son nom, de son grade et de sa fortune, en imposer à tous, le vicomte vit là un service à rendre à la cause qu'il défendait. Son nom de guerre était Adolphe.
Parti de Jersey, à bord d'un bâtiment de guerre anglais, le 2 avril 1796 au matin, il débarqua la nuit suivante près de Granville, à peu de distance des factionnaires de la garnison. Avec des précautions infinies, de Bricqueville et ses compagnons parvinrent à gagner la campagne et furent reçus dans une ferme isolée où on leur offrit du pain et du cidre. Mais un long séjour en ce lieu eût été dangereux. Il faut repartir sous la conduite de leur hôte qui les mène à Saint-Planchers où il faut se cacher le jour pour repartir la nuit.
Mais à Anctoville, dont le malheur est de se trouver à une lieue de Pont-Roger, Bricqueville va risquer de compromettre sa mission par un coup de folie. Si près de son château, il prend l'incroyable décision de revenir sur ces lieux quittés depuis des années, espérant peut-être revoir sa femme. Moustier, après avoir tenté de le faire renoncer, l'accompagne et, en pleine nuit, ils pénétrèrent dans le domaine après avoir escaladé les murs du jardin. Le spectacle qui les attend n'est pas celui désiré. A la lueur des torches, ils aperçoivent des soldats postés un peu partout, des voitures qui arrivent ou repartent. Une telle animation intrigue le revenant, qui se doute bien que cette réception n'est pas en son honneur.
Réussissant à grimper à hauteur des fenêtres du salon, il voit avec effarement sa femme, que le général Dumouriez, a baptisée la "divine comtesse", évolue au milieu d'officiers républicains et remplissant avec grâce son rôle de maîtresse de maison. C'en est trop et, armé de deux pistolets, il veut bondir sur le perron pour "faire un exemple". Moustier l'en empêche par la force, et ils disparaissent. Le drame a été évité de justesse.
Après bien des dangers de toutes sortes, de Bricqueville est dénoncé à Carentan par un ci-devant chasseur du roi, Jean-Louis-Antoine-Thibaud Gamas du Taillis (18 ans), qu'il avait voulu enrôler.
A cet effet une embuscade fut organisée sur la route que devait suivre le prisonnier. La route accidentée de Monthuchon à Saint-Sauveur-Lendelin, entre Coutances et Périers, se prêtait admirablement à un projet de ce genre. Aussi le 10 prairial an IV (29 mai 1796), une trentaine d'hommes armés jusqu'aux dents, étaient-ils cachés dans un taillis, près du château de Monthuchon. Le meunier de Cambernon, affilié à une bande de chouans, Pierre Guesnon, devait-il donner le signal aux affidés qui fondraient sur l'escorte et enlèveraient le prisonnier. Mais Guesnon arrivé à Saint-Sauveur-Lendelin, s'était mis à boire chopine en attendant la venue du convoi. Pour quelles raisons ? on l'ignore ; peut-être voulait-il achever tranquillement sa chopine. Toujours est-il que Guesnon ne quitta pas Saint-Sauveur-Lendelin en temps utile, de Bricqueville était déjà sous bonne garde à Coutances que les chouans attendaient toujours à leur poste.
Ayant demandé l'autorisation d'écrire à sa femme, sa lettre, datée du 27 mai 1796, sera conservée plus tard dans les archives de sa famille :
"Je vous ai envoyé, ma chère femme, un exprès. Je désirerais vous voir avant que de finir. Je désirerais vous demander pardon de toutes les peines que je peux vous avoir occasionnées. Je vous prie de me l'accorder et d'être assurée que, si vous avez eu quelques torts à mon égard et qui, peut-être, ont été occasionnés par les miens, je vous les pardonne. Je voudrais vous faire connaître mes dernières intentions et vous supplie d'y avoir égard. Oublions tout de part et d'autres, et que je meure tranquille à votre égard. Ne me refusez pas cette dernière grâce. Je vous en conjure. Vous repartirez une heure après m'avoir vu. Vous ne me trouverez point faible, car je ne crains pas la mort ; je mourrai content quand j'aurai eu le bonheur de vous revoir, de vous recommandez mon fils et vous supplier de payer mes dettes. J'ai éprouvé des peines plus terribles que la mort. Aussi ne craignez point de faiblesse de ma part et venez, je vous en conjure, me donner la dernière marque d'intérêt. Adieu.
Bricqueville."
Françoise accéda à sa demande et, le 27 mai, lui rendit visite en prison. La tradition familiale rapporte qu'en lui parlant de leur enfant, il aurait dit :
"Qu'Armand ne serve jamais les Bourbons, je meurs pour eux, mais ce sont des ingrats."
S'il émit vraiment ce dernier voeu, il fut écouté par son fils au-delà de toute espérance.
Une commission militaire, constituée par le général Lemoine, eut à juger de Bricqueville comme émigré et chouan. La condamnation n'était pas douteuse, d'autant plus que l'accusé avait fait des aveux. Aussi fut-il condamné et fusillé sur la place de la Croûte au Chantre de Coutances (10 prairial an IV - 29 mai 1796).
La foule, qui avait eu à souffrir des exactions des chouans dans la région, applaudit à tout rompre puis dépouilla et piétina son cadavre, lui refusant toute sépulture. Il fallut qu'un modeste fripier, nommé Lebouteiller, lui arrachât le corps, au péril de sa vie, pour le déposer au cimetière public.
Quant à Guesnon, qui avait fait manquer la réussite de l'embuscade, le jour même de l'exécution, il fut fusillé dans son moulin par les chouans.
"Il n'y a plus de Chouans, et le vicomte de Bricqueville a failli être enlevé par 20 Chouans, pendant son transport à deux lieues de Coutances ; échec dont ils se sont vengés par le meurtre du meunier de Cambernon !"
Après l'exécution de M. de Bricqueville, les "complices" supposés de son émigration furent poursuivis.
C'était, en première ligne, Thérèse Lereverend, veuve d'Osbert, ex-noble, propriétaire à Chef-du-Pont ; chez laquelle il avait été arrêté, et qui, depuis plusieurs jours, le recevait et le couchait dans sa maison.
C'était, ensuite, la dame d'Osbert (belle-soeur de la précédente), épouse de Pierre-Bon-Antoine Lesauvage, ex-seigneur d'Houesville, domicilié à Sainte-Mère-Église ; qui avait, chez la première, dîné avec l'hôte de celle-ci.
C'était, enfin, Jean-Louis-Gertrude-Hilaire-Joseph Simon des Noires-Terres, ex-noble ; chez lequel ce dernier avait dû également, séjourner dans les derniers temps.
Tous les trois avaient été dénoncés, à l'accusateur public, par le commissaire civil du Département dans le nord de la presqu'île de la Manche - aux fins d'y faire arrêter les partisans actifs de la chouannerie renaissante - le citoyen Hyacinthe-Louis Blanche, ancien terroriste de Carentan ; qui, après avoir fait saisir de Bricqueville, voulait, à toute force, en insistant presque journellement à cet égard auprès de l'accusateur public, qui était alors Héot, faire juger les complices supposés du condamné.
Il fallut donc les poursuivre, surtout quand on les vit amener, par la force publique militaire, dans les prisons de Coutances (registres d'écrou à la date des 15, 16 et 18 prairial an IV.)
Mais - comme il s'agissait là d'un cas où la procédure à suivre rentrait, faute de texte contraire, dans le droit commun ordinaire - il y avait, avant de saisir le tribunal criminel, nécessité de faire passer l'affaire par la filière d'usage : de l'information devant le juge de paix du canton de Sainte-Mère-Église où demeuraient les prévenus, puis du jury d'accusation de Coutances, dans le ressort duquel se trouvait alors ledit canton.
C'est ce que décida ledit tribunal, le 22 prairial, où lui fut apportée la cause des deux femmes susdites ; qui, sans raison plausible apparente, fut instruite séparément de celle du troisième accusé.
Suivons-là donc en premier lieu :
Le juge de paix auquel on l'avait ainsi, d'abord, renvoyée, s'occupa, naturellement, de suite, de faire entendre des témoins sur la complicité prétendue des deux prévenues, qu'il interrogea d'ailleurs successivement.
Mais, ne trouvant à leur charge rien de sérieux, vu l'erreur où elles paraissaient avoir été de l'individualité de de Bricqueville, il les relaxa le 12 messidor an IV.
Cela ne faisait pas, bien entendu, l'affaire de leur persécuteur, qui, en pressant sur le directeur du jury de l'arrondissement correctionnel où ressortissait le susdit canton depuis la réorganisation judiciaire de l'an IV - c'est-à-dire de Coutances - le citoyen Houel, en obtint une annulation de cette ordonnance en ce qui concernait, non la dame Lesauvage qui resta définitivement en liberté, mais bien la veuve d'Osbert, plus compromise qu'elle, et qui, en conséquence, fut traduite devant le jury d'accusation dudit arrondissement.
Mais, là encore, elle fut mise hors de cause, par un verdict négatif rendu en sa faveur, le 20 thermidor an IV (7 août 1796).
Quant au sieur Simon des Noires-Terres - dont le dossier avait été également renvoyé, pour première instruction, audit juge de paix - il fut, lui aussi, après celle-ci, et vu son résultat absolument insignifiant, relaxé, le 3 fructidor an IV (20 août 1796), par un non-lieu, contre lequel, cette fois, nul ne s'avisa de se pourvoir de la part de la poursuite.
François-Claude-Marie de Bricqueville avait épousé à Saint-Jean-des-Champs (50), le 2 décembre 1783, Françoise-Renée de Carbonnel de Canisy, fille de Léonor-Claude, comte de Canisy, chevalier de Saint-Louis et d'Hélène de Vassy de Brécey.
Un fils est né de cette union : Armand-François-Bon-Claude, à Bretteville (50), le 23 janvier 1785 ; marié avec Coralie-Charlotte-Robertine Erard de Belisle de Saint-Rémy.
Mme de Bricqueville ne fut pas heureuse dans ce premier mariage. Elle était entrée, quelques années avant la Révolution, dans une famille que des spéculations maladroites avaient quasi ruinée et qui se débattait dans d'interminables procès. Le vicomte était presque toujours absent, tantôt à Paris où il cherchait à régler des affaires très embrouillées, tantôt à Marseille où l'appelait son service de major dans le régiment de Roussillon Infanterie. Pendant ce temps, la vicomtesse habitait avec son beau-père le château de Bretteville près Cherbourg.
Les lettres qu'elle écrivait alors à son mari sont conservées aux Archives départementales. Ce sont de bien jolis documents de psychologie féminine, d'une psychologie qui n'est pas simple. Ils nous montrent une femme charmante, tout entière à ses devoirs de mère et de maîtresse de maison, partageant son temps entre l'éducation de son fils Armand, le futur colonel et député libéral de Cherbourg, et l'exploitation d'une carrière de pierre pour les travaux de la digue, ne sortant guère que pour faire des promenades à cheval en compagnie de sa grande amie Mme de Bellefonds. Est-ce bien là cette "divine vicomtesse" dont M. de Pontaumont nous trace le portrait dans son Histoire anecdotique du Vieux Cherbourg : l'une des reines de cette société brillante qui se groupait autour de la duchesse d'Harcourt, dans sa belle résidence de l'abbaye de Voeu, et que Dumouriez, alors commandant d'armes, animait de son esprit ; l'actrice fêtée du joyeux théâtre du Becquet : celle qui, dans une vente de charité, se laissait embrasser pour dix pistoles par le jeune marquis de Boisgelin ... ? Pour ce baiser, ou pour d'autres, Bricqueville et Boisgelin se battirent en duel, et ce qu'il y a de certain, c'est que les deux époux ne tardèrent pas à se séparer. Il fut convenu que la vicomtesse se retirerait au couvent de la Visitation de Caen et que son mari lui servirait une pension de 2.000 livres.
Mais la Révolution survint. Le vicomte émigra, se jeta dans la Chouannerie, essaya, avec de Frotté, de soulever le nord du département de la Manche, où il fréquentait les foires, déguisé en marchand de chevaux, et finalement arrêté chez Mme d'Osbert, à Chef-du-Pont, dans la nuit du 22 mai 1796. Conduit à Coutances, il y fut aussitôt jugé et condamné à mort par une commission militaire ..
Jacques Anisson du Perron (1749 - 1794)
Madame de Bricqueville, qui avait profité des lois sur le divorce [1793], habitait alors le château du Pont-Roger, en Saint-Jean-des-Champs. Elle y élevait son fils dans les plus purs principes républicains et y recevait - un peu trop - les officiers de la garnison de Granville. M. de la Sicotière, qui ne l'aime pas, prétend qu'elle eut plus tard une liaison assez publique avec Jacques III Anisson du Perron, le futur préfet de l'Arno et directeur de l'Imprimerie impériale. Cette charmante femme était destinée à faire les honneurs d'une préfecture ; mais ce ne fut pas celle de l'Arno.
Du vivant même de son mari, elle avait connu Adrien de Lézay-Marnésia. Celui-ci, poète aimable et journaliste de talent, avait été proscrit par le Directoire pour des critiques acerbes qu'il avait publiées dans le journal de Roederer. Il trouva un asile, en 1795, au château de Bretteville, et il y vécut caché pendant quelque temps, employant ses loisirs à traduire une tragédie de Schiller, Don Carlos. C'est de là évidemment que datent ses relations avec Mme de Bricqueville. Leur mariage eut lieu peu d'années après. Quand Lézay-Marnésia devint préfet de Rhin-et-Moselle, puis du Bas-Rhin, il emmena sa femme à Coblence et à Strasbourg. Elle y conquit, ainsi que son mari, de très vives sympathies.
Le préfet devait mourir en 1814, victime d'un accident de voiture, lors de l'entrée du duc de Berry à Strasbourg. Il voulut précéder le prince pour le recevoir dans tous les honneurs à Strasbourg. Or, à la sortie de Haguenau, les chevaux qui tiraient son cabriolet léger s'emballèrent, et dans l'accident qui s'en suivit, le préfet fut poignardé dans le ventre par son épée d'apparat [le pommeau de son épée se brisa et la lame entra dans le corps d'Adrien]. Il put néanmoins être ramené d'urgence à Strasbourg où il règla les affaires d'urgence, et, restant lucide jusqu'au bout, et conscient de sa mort prochaine, il demanda à ses serviteurs de s'agenouiller autour de sa femme qui priait à son chevet, tout en entendant le confesseur réciter l'office des morts avec l'assistance.
Devenue veuve pour la seconde fois, Mme de Lézay-Marnésia se jeta alors dans le mysticisme de M. Coessin et de Mme de Krudener. "Sa femme, grande comme lui, est digne d'être sa veuve, et cet amour si tendre, si rare, qui les unissait, continue, et la sépare à jamais du monde", écrivait celle-ci à Mlle Cochelet, le 19 octobre 1814, peu de jours après la mort de Lézay. M. de la Sicotière, qui cite ce jugement, nous met en garde contre l'imagination de Mme de Krudener, portée à idéaliser tous ses amis et toutes ses amies.
Sachons gré à Mme de Lézay-Marnésia d'avoir été la digne collaboratrice de son mari dans les postes de confiance où Napoléon, qui se connaissait en hommes, l'avait placé. L'un et l'autre ont contribué à faire aimer la France en pays rhénan et en Alsace.
Françoise-Renée de Carbonnel de Canisy est décédée à Paris, en son domicile rue Saint-Dominique-Saint-Germain, n° 27, le 27 juillet 1820.
On dit un peu partout, notamment en généalogie, que M. de Bricqueville s'est remarié avec une chouanne, "Mme Danjou" (Henriette-Jacqueline-Élisabeth Hellouin, femme divorcée de Léandre-Louis-Urbain d'Anjou de Beaussault). Il n'en est rien, il est possible qu'il ait eu une liaison avec elle, mais jamais il ne s'est remarié ! La preuve en est qu'avant d'être supplicié, il écrit une lettre à la mère de son fils, Françoise-Renée de Carbonnel de Canisy. Une seconde preuve vient étayer cette affirmation, c'est que l'acte de décès de "Mme Danjou" la qualifie de veuve de M. d'Anjou ... et non de Bricqueville ! (mais veuve, elle ne l'était pas, elle était divorcée.)
SON FILS, ARMAND-FRANÇOIS-BON-CLAUDE DE BRICQUEVILLE :
Député de 1827 à 1837 et de 1841 à 1844.
Né à Bretteville (50), le 23 janvier 1785, il descendait d'une famille de vieille noblesse normande ; son père avait été fusillé par les républicains, en criant : Vive le roi !
A 17 ans, il entra à l'École militaire de Fontainebleau ; il en sortit sous-lieutenant de cavalerie, passa lieutenant de dragons en 1807, et aide de camp du général Lebrun, fit les campagnes de Prusse, de Pologne, d'Espagne, de Russie et de France ; capitaine en 1808, chef d'escadron et officier d'ordonnance de Napoléon en 1812, et lieutenant-colonel des lanciers de la garde en 1813, il se distingua sur tous les champs de bataille par son intrépide valeur.
A la chute de l'Empire, il voulut se retirer, mais, étant encore à la tête de ses lanciers, il rencontra Louis XVIII qui rentrait en France, suivi d'une escorte prussienne. Bricqueville se fit céder la place par l'officier étranger : "Sire, dit-il au roi, V.M. ne doit rentrer en France que sous la protection des Français." Il accompagna le roi jusqu'à Saint-Ouen, et là, lui remit respectueusement sa démission.
Aux Cent-jours, colonel du 20e dragons, il eut la plus grande part à la victoire de Ligny, et fut mis à l'ordre du jour de l'armée ; n'ayant pu, malgré ses instances, faire marcher Grouchy du côté de Waterloo, il revenait à Paris, quand il rencontra près de Versailles une colonne de cavalerie prussienne ; il fondit sur l'ennemi, en tua un grand nombre, et eut lui-même la tête fendue d'un coup de sabre, et le poignet presque enlevé.
Il prit alors sa retraite, fut mêlé à plusieurs complots bonapartistes des premières années de la Restauration, et, le 17 novembre 1827, fut élu député dans le 4e arrondissement électoral de la Manche (Valognes), par 164 voix sur 318 votants et 402 inscrits, contre 144 voix données à M. Avoyne de Chantereine. Il siégea dans l'opposition, et vota constamment avec elle, en adversaire irréconciliable des Bourbons.
Réélu le 23 juin 1830, par 211 voix sur 393 votants et 436 inscrits, contre M. de Bonnemains qui eut 160 voix, il applaudit à la révolution de Juillet, et demanda le bannissement de la branche aînée des Bourbons, en déposant un projet de loi calqué sur la loi du 12 janvier 1816, par laquelle les Bourbons avaient frappé d'exil les membres de la famille Bonaparte. Mais la monarchie de juillet ne l'eut pas longtemps pour soutien ; "cette série d'actes arbitraires, d'humilités extérieures et d'usurpations hardies, masquée avec les mots d'ordre et de devoir" le jeta dans l'opposition constitutionnelle ; les électeurs du 3e collège électoral de la Manche (Cherbourg) lui ayant renouvelé son mandat de député, le 5 juillet 1831, par 176 voix sur 253 votants et 351 inscrits, contre 56 voix données à l'amiral de Rigny, il demanda, au nom de l'égalité devant la loi, la mise en jugement de la duchesse de Berry ; ayant vivement attaqué à la Chambre le maréchal Soult, il se battit en duel avec le fils de ce dernier, et déclara le lendemain à la tribune qu'il maintenait tout ce qu'il avait dit.
Réélu, le 21 juin 1834, par 171 voix sur 331 votants et 394 inscrits, contre M. Quénault (160 voix), il échoua aux élections suivantes du 4 novembre 1837, avec 150 voix contre 313 données à M. Quénault, élu. M. Quénault ayant été nommé procureur général à la Cour de cassation, fut soumis, à la réélection, le 13 novembre 1841, et fut battu par M. de Bricqueville, élu par 275 voix contre 247 ; ce dernier l'emporta encore au scrutin du 6 juillet 1842, avec 274 voix sur 514 votants et 592 inscrits, sur le général Meslin (144 voix), et sur M. Noël (94).
Quelques jours avant de mourir, et déjà gravement malade, le colonel de Bricqueville se fit porter à la Chambre pour demander que les restes du maréchal Bertrand fussent déposés aux Invalides, auprès de l'empereur. Il expira quelques jours après (19 mars 1844).
Il était commandeur de la Légion d'honneur.
CH.-A. COLIN - Bulletin dee la Société des sciences et arts de Rochechouart - Tome IV - n° 1 - 1894 - 1895 - pp. 113 à 115.
Des Tribunaux répressifs ordinaires de la Manche ... par Émile Sarot - Tome 1er - 1881 - pp. 378 à 380
Un village du Cotentin : Sainte-Mère-Église par Maurice Lecoeur - 1988
Journal de la Manche et de la Basse-Normandie - 28 décembre 1918
Le chercheur des Provinces de l'Ouest du 1er janvier 1900








