COLOMBIERS - GORRON (53) - GUILLAUME-JEAN-FRANÇOIS GARNIER, OFFICIER DE SANTÉ (1770 - 1843)
GUILLAUME-JEAN-FRANÇOIS GARNIER, officier de santé
Fils de Guillaume et de Françoise Archet (?), Guillaume-Jean-François est né au village de la Mennerie de Colombiers (53), le 3 février 1770.
Appelé à Paris par son oncle Jean-Jacques Garnier, l'historiographe de France, il commença ses études médicales sous sa surveillance, au collège des Cholets. Il suivit les cours d'anatomie et de chirurgie pratique à l'Hôtel-Dieu, où il fut reçu en octobre 1792 par la voie du concours.
L'année suivante, la Convention ayant proclamé la loi des suspects, il se munit d'une carte de sûreté pour circuler dans son quartier, la section du Panthéon, où il monta de temps en temps la garde, place Maubert.
Le 10 juillet 1793, il subit devant le conseil de santé un examen d'après lequel il fut enregistré en qualité d'officier de santé au service des hôpitaux des armées de la République.
Envoyé à l'hôpital Le Pelletier d'Alençon, il s'y empressa d'obtenir des membres de la commune d'Alençon un certificat de civisme sans lequel il ne pouvait remplir l'emploi d'officier dans les hôpitaux de l'armée. Le chirurgien-chef Levillain du Friche certifia en outre que Garnier n'avait cessé de s'acquitter avec exactitude et sans reproches des fonctions qui lui avaient été confiées. Voyer, chirurgien de 2e classe, ajouta que "le susnommé Garnier s'était acquitté de ses devoirs avec l'humanité qu'un vray républicain doit à ses frères d'armes en état de maladie".
Après une affectation aux hôpitaux de Bayeux et de Rouen, un déplacement à Gorron pour le règlement de la succession de ses parents qu'il n'avait pas vus depuis huit ans, il fut nommé à l'hôpital militaire d'instruction du Val-de-Grâce comme chirurgien de 3e classe.
Il en sortit avec un grade supérieur pour être affecté à l'armée du Danube. Il passa successivement par Winthertur, Saint-Gall, Longenharder, Augsbourg, Landesberg, Zurich, Wengarten et Bâle. Il y servit sous les ordres de Percy, chirurgien-chef de l'armée, qui témoigna à son subalterne une grande estime et affection. De Salzbourg, le 27 frimaire an IX (18 décembre 1800), Percy écrivait à Garnier, chirurgien à l'hôpital de Lansberg : "Tenez état des cas de chirurgie les plus importants, et si vous perdez des blessés à la suite de lésions du crâne, gardez-moi les pièces que vous ferez préparer, scier et sécher par vos jeunes gens".
Le 19 juin 1801, il fut démobilisé ; mais comme il avait été atteint d'une entorse à Landau, on lui donna une voiture pour rentrer dans ses foyers à Colombiers.
Le voilà arrivé à un carrefour où s'ouvrent trois voies différentes pour sa destinée : le maintien dans le service de santé militaire, déconseillé par son oncle ; l'obtention du diplôme de docteur, qui lui coûtera 1.000 francs, ou celui d'officier de santé, du prix de 200 francs, qui lui serait délivré à Laval par le jury départemental composé dee Bucquet, Plaichard-Choltière et un professeur de l'école de médecine. Il préfère, sur l'avis de son oncle et de sa jeune femme, Barbe-Reine Quentin, passer sa thèse (sur le cancer) devant le jury de l'école de médecine de Paris, une des cinq écoles qui avaient le droit de délivrer des diplômes de docteur en médecine d'après la loi du 19 ventôse an IX. La Révolution a biffé le latin des thèses : celle de Garnier est écrite en français. Si le nouveau docteur ne prête plus le serment d'Hippocrate, il est à remarquer que le souvenir du père de la médecine n'a pas été effacé par la Révolution sur la thèse, puisqu'elle contient en épilogue des questions (les Aphorismi Hippocratis) auxquelles le candidat est tenu de répondre.
Garnier n'était plus obligé de payer les frais considérables pour l'acte triomphal, la "suprema Appolinaris Laurea", passé au son de la cloche par le nouveau docteur en robe et bonnet carré, "ad sonitum campanae cum toga et byrethro quadrato" ... Le diplôme ne portera plus la suscription : "In nomine christi amen. Universis et singulis has litteras inspecturis, lecturis et audituris ..." La Révolution l'a remplacée, sur les attestations des commissions de médecin militaire, par la devise républicaine : "Liberté, Égalité".
Garnier s'installe à Gorron, un trou, où son oncle regrette de le voir enseveli. "J'ai toujours pensé", lui écrit-il le 9 mai 1804, "que les produits de la profession seraient minces sur un aussi petit théâtre que Gorron. Mais si, joints à ton revenu, ils te donnent de quoi vivre convenablement, que te faut-il de plus et ne peux-tu pas vivre aussi heureux que le premier chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Paris ?" Il estime qu'il réussira, en raison de sa qualité de docteur qui ne sera jamais bien commune dans le pays.
Il fait construire au-dessous de l'élégant logis patrimonial du XVIe siècle, loin de l'agglomération de sa ville, une maison plus confortable, dans un jardin en terrasse bordée de belles haies et tonnelles en buis, qui surplombe le vieux chemin parcouru autrefois par les Michelots se dirigeant de l'ancienne léproserie de Saint-Étienne vers les hôtelleries situées sur la route de l'abbaye du Mont-Saint-Michel.
Garnier fut maire de Gorron de juin 1811 à juin 1821.
En 1814, le duc d'Angoulême est reçu à Mayenne chez M. le Forestier. Après le dîner, auquel suivant la coutume royale le peuple assista, une réception brillante permit à S.A.R. de dire les choses les plus obligeantes aux dames de la meilleure société mayennaise et de distribuer des décorations de l'ordre du Lys à plusieurs personnes dévouées à la cause royale, entre autres aux docteurs Ponthault et Huen-Dubourg, de Mayenne, et au docteur Garnier, de Gorron. Voici le brevet de cette décoration décernée au docteur Guillaume Garnier, maire de Gorron :
"D'après les ordres de Son Altesse Royale Monseigneur le duc d'Angoulême, grand Amiral de France, nous avons autorisé et autorisons par cette présente, M. Garnier, maire de la commune de Gorron, à porter les décorations du Lys, en témoignage de son amour et de la fidélité envers la personne sacrée du Roy.
Donné à Laval, le 1er octobre de l'an de grâce 1814.
Par ordre de Son Altesse Royale.
Le Préfet de la Mayenne".
Guillaume-Jean-François Garnier, qui pendant quarante ans donna ses soins aux pauvres, est décédé en son domicile, au hameau de la Grange, à Gorron, le 20 mars 1843.
Sa veuve, Barbe-Reine Quentin, née à Hercé, le 30 janvier 1773, est décédée au même lieu, le 2 mai 1860.
AD53 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Colombiers et de Gorron
Voyage autour de la mairie de la Mayenne - Tome 1 - par le Dr Martial Morisset - 1931-1941




