SAINTES - LE DOUHET (17) - ÉTIENNE-LAURENT-LUCIEN GUENON DES MESNARDS (1809 - 1871)
Etienne-Laurent-Lucien Guenon des Mesnards est un des hommes qui ont le plus contribué au réveil de la foi, dans l'ancienne Saintonge, pendant le second tiers du dix-neuvième siècle.
Il naquit à Saintes, le 2 avril 1809, du légitime mariage (2 avril 1794) de Pierre-André-Étienne-Adolphe (1753 - 1836), écuyer, seigneur des Mesnards, gendarme de la garde du roi, maire de la commune du Douhet, et de Marie-Charlotte de Saint-Légier (1774 - 1851), fille de Jean-Hector, écuyer, capitaine d'infanterie, et de Marie-Marthe Green de Saint-Marsault. Il descendait d'une ancienne famille noble dont une partie avait, à la révocation de l'Édit de Nantes, suivi dans l'exil le pasteur Mesnards, de Saintes, qui avait épousé une demoiselle Guenon de la Tour, et dont une autre partie, protégée par le duc de Montausier, était restée en France, mais à la condition de ne pas tenir de réunions religieuses.
Les parents de Mesnards le destinaient à la marine militaire. Il avait déjà fait avec succès des études et passé des examens en vue de cette profession ; mais on était sous la Restauration et il n'y avait, pour un officier appartenant à l'Église réformée, que bien peu de chancees d'avancement. D'un autre côté, son frère aîné, qui était entré dans la même carrière étant mort aux colonies, sa famille voulut le garder auprès d'elle. Dès lors, le jeune des Mesnards, n'ayant plus d'occupation régulière, se livra aux plaisirs de la société, aux fêtes, à la chasse et aux autres distractions des personnes de son âge et de sa position, qui le recherchaient à cause de son esprit et de l'amabilité de son caractère.
La révolution de 1830 et les agitations dont elle fut suivie l'arrachèrent à cette vie d'oisiveté. Il appartenait, ainsi que sa famille et presque tous les anciens nobles, au parti légitimiste. Il s'associa, de coeur d'abord, et puis d'une manière plus active, aux efforts qui furent faits pour replacer sur le trône la branche aînée des Bourbons.
Jeune (il n'avait alors que 23 ans), d'un caractère ardent et généreux, mais manquant encore de cette prudence et de cette modération par lesquels il s'est distingué plus tard, il se laissa entraîner dans la Vendée où, sous les inspirations de la duchesse de Berry, devait s'allumer la guerre civile. L'entreprise échoua. Des Mesnards et quelques autres, n'ayant pas reçu le contre-ordre qui leur fut envoyé, se rendirent au lieu où l'on devait se réunir ; mais, au lieu d'y trouver leurs amis, ils y trouvèrent des soldats qui les arrêtèrent. Il fut emprisonné au château de Niort, où, pendant les sept mois qui précédèrent son jugement, ou, pour mieux dire, son acquittement, il eut le temps de faire de sérieuses réflexions.
L'oeuvre que Dieu accomplit en lui, pendant ces jours de captivité, ne fut d'abord bien connue ni des autres, ni de lui-même. Cependant il n'était pas homme à tenir longtemps enfoui le talent que Dieu lui avait confié : "L'époque où je commençai à m'occuper un peu d'évangélisation, a-t-il écrit, remonte à 1833 ou 1834."
Quelque temps après, des colporteurs bibliques, sortis du catholicisme, excitèrent par les livres qu'ils vendirent et par leurs conversations, un esprit de recherche assez remarquable dans une partie des arrondissements de Saintes et de Saint-Jean-d'Angély. Se sentant incapables de répondre aux besoins qu'ils avaient en quelque sorte créés, ils s'adressèrent, pour y satisfaire, au pasteur de Saintes, Delon, et plus particulièrement à Mesnards, plus libre que le pasteur de se transporter partout où il était appelé. Ce fut le commencement d'une oeuvre d'évangélisation à laquelle il consacra le reste de sa vie. Quoique son travail ait été celui d'un fidèle ministre de Jésus-Christ, tellement que plusieurs le regardaient comme un pasteur et lui en donnaient le titre, il n'a jamais voulu demander l'imposition des mains. Il pensait, avec raison, que les laïques pieux peuvent, en beaucoup d'occasions, faire plus de bien que les pasteurs, parce qu'ils n'ont pas l'air, comme ces derniers, de faire leur métier et que, par conséquent, ils inspirent moins de défiance ; une de ses oeuvres de prédilection fut l'Alliance évangélique. C'est dans l'esprit de cette association qu'il fonda et qu'il dirigea, pendant dix-sept ans, de 1850 à 1866, les "Conférences des Deux Charentes" et le journal le "Témoin de la Vérité". L'idée qui avait présidé à la fondation des "Conférences des Deux-Charentes", a été reprise, en 1872, par la "Mission intérieure" de Nîmes, et étendue à toute la France.
Malgré la fermeté de ses principes religieux et l'ardeur de son zèle, il était avant tout un homme de paix. Quelles qu'aient été sa prudence et sa charité, il était trop fidèle pour ne rencontrer aucune opposition. Il fut, par l'évêque de La Rochelle, dénoncé au gouvernement comme perturbateur de la paix publique (1844) ; et, par les pasteurs rationalistes, signalé aux protestants qui avaient plus de zèle que de lumières, comme un dangereux novateur. Cela ne l'a pas empêché d'être toujours plus estimé par les protestants et par les catholiques, à mesure qu'il était plus connu.
Une dizaine d'années avant sa mort, ses concitoyens, en très grande majorité catholiques, le nommèrent membre du Conseil municipal de sa ville natale, qui avant lui ne comptait aucun protestant. (Encyclopédie des Sciences Religieuses - Tome IX - Paris - 1880)
Étienne-Laurent-Lucien Guenon des Mesnards est décédé, célibataire, au Douhet, en son domicile des Mesnards, le 12 juin 1871, à l'âge de 62 ans.
Voir ici le cimetière des Mesnards
Ses frères et soeurs :
- Pierre-Adolphe, né à Saintes le 5 avril 1795, percepteur des contributions directes à Cravans ; épousa le 8 mai 1826, Anne-Charlotte-Claire de Clervaux de Chateauneuf, fille de Louis-Charles, et de Judith-Louise-Bienvenue d'Auzy ; dont 6 enfants ; décédé le 21 juin 1853 ;
- Marthe-Charlotte-Lydie, née au Douhet, le 30 germinal an V (19 avril 1797) ; épousa le 17 avril 1817, Bernard-Théodore de Valles, percepteur des contributions directes et mourut en mars 1885 ;
- Marthe-Zoé, née au Douhet, le 1er vendémiaire an VII (22 septembre 1798) ; se maria, le 8 septembre 1834, à Louis-Stanislas-Julien, baron de Vertueil, et décéda en 1863 ;
- Christophe-André-Etienne, né à Saintes, le 22 brumaire an XIII (13 novembre 1804), élève au collège royal de la marine le 1er juin 1818, élève de la marine de seconde classe le 1er juin 1820, enseigne de vaisseau le 9 octobre 1825, servit pendant huit ans quatre mois et dix jours successivement sur l'Antigone, la Guerrière, la Lybie, la Vestale, la Clorinde, l'Eylau, le Rusé et l'Isis, et décéda à l'hôpital de la Basse-Terre (Guadeloupe) le 17 mai 1826.
Dictionnaire historique et généalogique des familles du Poitou - Tome quatrième - 2e édition - 1909-1963
Dessin du donjon de Niort : Gallica
AD17 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Saintes et du Douhet




