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La Maraîchine Normande
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30 octobre 2020

MONTIGNY (79) MONTRÉAL (CANADA) - SAMUEL PAPINEAU DIT MONTIGNY ET SA DESCENDANCE

Un homme politique canadien d'ascendance Poitevine :
LOUIS-JOSEPH PAPINEAU,
chef de l'insurrection de 1837.

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Samuel Papineau, fils de Samuel et de Marie Delair (ou Delain), de la Papinière de Montigny en Poitou (commune de La Forêt-sur-Sèvre), est né vers 1670. En 1695, engagé comme soldat dans les troupes de marine, il part pour le Canada d'où il ne reviendra jamais ; car cinq ans plus tard, en 1700, il abandonne l'armée et obtient une concession de terres à la côte Saint-Michel, aujourd'hui englobée dans la ville de Montréal.

LA PAPINIERE z

Il s'y établit et le 6 juin 1704, il épouse Catherine Quevillon, (1686 - 1781) de la Pointe aux Trembles, sur l'île de Montréal. Le mariage a lieu à la Rivière des Prairies.

Catherine avait été capturée à douze ans par les Iroquois, elle les avait regardés faire rôtir sa jeune soeur de sept ans, s'attendant à subir elle-même le même sort, sans broncher. Émerveillés par tant de sang-froid et de courage, ils l'épargnèrent et la respectèrent "espérant en faire un jour la mère de vaillants Iroquois, mais elle fut rachetée par sa famille et devint l'aïeule des Papineau".

Samuel meurt en laissant six fils. Il est inhumé le 23 avril 1737 à Sault-au-RécolletLe second, Joseph, s'établit tonnelier à Montréal. Il épouse Marie-Joseph Baudry à la Pointe aux Trembles.

Un prêtre, frappé par la vive intelligence d'un de leur fils, nommé Joseph, comme son père, propose de le faire instruire.

Joseph Papineau tableau Bibliothèque et Archives du Canada zz

Après de brillantes études au séminaire de Québec, il entre au bureau du notaire-arpenteur Delisle et devient notaire-arpenteur en 1773. C'est lui qui tracera le cadastre de la plupart des concessions aux environs de Montréal. Il mérite la confiance de sa clientèle et fait de bonnes affaires.

On sait de lui qu'il était très grand (six pieds) avec une belle carrure, très calme, d'allure correcte. Selon une mode déjà largement périmée, ses cheveux longs attachés sur la nuque flottent sur son dos. Il porte jabot et manchettes et dans la rue un jonc à pommeau d'or. Le fils du tonnelier a grande allure. Ses manières sont celles d'un gentilhomme campagnard.

Il n'avait que neuf ans le 8 septembre 1760, quand fut signée la reddition de Montréal aux Anglais, pendant la guerre de Sept Ans. Avec des camarades de son âge il serre les poings de colère et se cache pour pleurer en voyant arriver "les habits rouges". Mais en 1763, par le traité de Paris, le Canada devient anglais. Joseph Papineau sera dès lors toute sa vie un sujet loyal de la couronne d'Angleterre.

Pendant la première guerre d'indépendance des colonies américaines contre l'Angleterre (il a vingt-quatre ans), il donne une preuve de son loyalisme par un acte de grand courage : le gouverneur Carleton est encerclé dans Québec par les forces américaines. Avec son compatriote Lamotte, Joseph va porter à Québec des dépêches importantes en traversant les lignes ennemies. Il fait le trajet Montréal-Québec à pied, en plein hiver, recevant pour la nuit l'hospitalité des presbytères ; il traverse le Saint-Laurent en rampant sur la glace, camouflé sous sa chemise blanche, il entre dans Québec, remet les dépêches et s'engage aux postes avancés jusqu'à la fin du siège.

Encouragés par l'exemple des colonies anglaises d'Amérique qui viennent de gagner leur indépendance , les bourgeois canadiens anglais souhaitent des réformes et demandent d'abord une Assemblée élective et une administration canadienne. Ils envoie à Londres une pétition que les canadiens français ne signeront pas (ils font même une contre-pétition), s'estimant hors d'état de payer les frais de cette Assemblée et ceux de l'administration jusque là assumés par la métropole. Joseph Papineau signe la pétition des Anglais, qui représente pour lui un pas vers l'indépendance.

L'Angleterre, inquiète du cheminement dans les esprits des idées de la révolution française (apportées par des émissaires français bientôt expulsés d'ailleurs), lâche un peu la bride et accorde en 1791 au Canada sa première constitution et sa première Chambre d'assemblée.

En juillet 1792, le bas Canada, à majorité française, aura sa première élection pour cinquante députés à la Chambre d'assemblée. Très respecté pour son loyalisme et sa parfaite honnêteté, Joseph Papineau est élu représentant de Montréal. Il est un de ces députés qui imposeront à leurs collègues anglais l'usage des deux langues dans la rédaction des procès-verbaux des débats parlementaires et du français pour certaines lois. En 1796, il est élu député de Montréal-Est.

Aux élections de juillet 1800, Joseph Papineau ne veut pas se représenter, mais ses électeurs le réclament et il est réélu presque malgré lui. Il n'assiste pas aux séances et, en 1803, la Chambre l'envoie chercher par son sergent d'armes ; il réclame alors à ses collègues le droit d'être exempté de siéger, l'obtient et retourne à ses affaires.

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Joseph administre deux seigneuries, dont celle de la Petite Nation, pour le compte du séminaire de Québec. De ce domaine en friche qui ne rapporte rien, il obtient la propriété des deux cinquièmes en paiement de ses honoraires. Il achète le reste le 15 mars 1803 et devient ainsi un des plus grands propriétaires fonciers de la province avec un territoire de 400 km² le long de la rivière des Outaouais, aujourd'hui Ottawa.

Depuis Montréal (à 100 km) le trajet se fait en huit jours avec un canot d'écorce de bouleau qu'on porte dans les rapides, la nuit on couche dans la forêt. Sur une île de cette terre, l'île Arowsen, Joseph fait construire un moulin seigneurial, il ouvre des chantiers aux coupeurs de bois et fonde une petite colonie d'environ 200 âmes à laquelle il consacre tous ses soins.

Cependant il revient à la Chambre aux élections de 1810 comme représentant de Montréal-Est. Loyaliste et réformiste, il refuse l'inféodation à un parti, blâme toute opposition systématique et veut seulement suivre sa raison pour défendre les droits des Canadiens français. Mais peu après il se retire de la vie publique et s'établit dans sa seigneurie.

En 1841, appuyé sur une table dont un pied se rompt, il fait une chute, se fracture la hanche et meurt le 8 juillet à l'âge de quatre-vingt-dix ans, entouré de la vénération universelle. Le peuple l'appelait "le Patriarche des Canadiens".

JOSEPH ET CHERRIER


En 1779, Joseph avait épousé Rosalie Cherrier, (1756 - 1832), fille de François-Pierre Cherrier, notaire à Saint-Denis-sur-Richelieu : de leurs dix enfants, cinq moururent en bas âge, dont les deux premiers, et c'est ainsi que le troisième enfant, Louis-Joseph, devint l'aîné de la famille.

Louis-Joseph - Banque et archives nationales du Québec z

Né à Montréal, le 7 octobre 1786, c'est un garçon solide et l'on s'aperçut vite qu'il était exceptionnellement doué. Brillant élève au collège de Montréal, chez les Sulpiciens qui sont de grands éducateurs, mais indiscipliné, il n'a pas douze ans quand il est renvoyé pour avoir refusé de faire les excuses qu'on lui demandait.

Voilà Louis-Joseph au séminaire de Québec qui compte des professeurs remarquables et où il surpasse très vite tous ses condisciples. Il est avide de lecture : on lui ouvre les bibliothèques du séminaire et des professeurs, on lui donne l'autorisation de lire pendant les études. Il s'abonne à la bibliothèque publique qui lui offre Rousseau, Voltaire, les encyclopédistes, il y perd la foi. C'est un drame pour sa mère, très pieuse, qui voulait faire de lui un prêtre. S'il n'avait pas la vocation, il manifeste par contre un goût très vif pour les débats oratoires et, à moins de quatorze ans, fait une formidable impression sur ses condisciples en prenant le rôle de chef de l'opposition dans un parlement pour rire organisé par les professeurs.

Ses études terminées, il entre au cabinet de son cousin Denis Viger. Il y apprend le droit, passe ses examens de clerc-notaire et de clerc-avocat et devient avocat, mais "des repaires de la chicannerie il n'a nulle envie, dit-il, de faire résidence". Il brûle de se lancer dans la carrière politique, dans le sillage de son père qu'il admire beaucoup, et à vingt-deux ans, le 18 juin 1808, soutenu par le journal "le Canadien" considéré par le gouverneur comme feuille séditieuse, il est élu représentant du comté de Kent.

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Servi par sa stature et sa beauté, il a une grande puissance de séduction. Sa voix est forte et pleine ; ardent et persévérant il parle avec flamme aussi bien et sans accent en anglais qu'en français ; son éloquence envoûte les foules. On l'appellera plus tard "le Mirabeau canadien".

Loyaliste, il fait confiance au régime parlementaire anglais. "Nos gens, dit-il, un jour à un Anglais, n'ont aucune ambition au-delà de leurs possessions actuelles et ne veulent jamais aller plus loin que le son des cloches de leurs propres églises."

C'est dans ces dispositions qu'il entre à la Chambre d'assemblée. Mais tout de suite le climat s'altère, le gouverneur dissout la Chambre deux fois en dix-huit mois et aux élections de 1810, une majorité de Canadiens français, violemment opposée au gouverneur, revient en force à la Chambre. Joseph est élu et Louis-Joseph réélu, il le sera sans discontinuer jusqu'en 1838. Il passe les années 1812 et 1813 aux armées, engagé comme capitaine au 5e bataillon de milice dans la guerre contre les Américains. Mais dès 1815, à vingt-neuf ans, il est élu orateur, c'est-à-dire président de la Chambre d'assemblée ; il le restera jusqu'en 1838, avec une seule interruption pendant l'année 1823.

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En 1818, Louis-Joseph a trente-deux ans, son père lui vend pour 5.000 livres la seigneurie de la Petite-Nation et le nouveau seigneur, le 24 avril, fait au château Saint-Louis de Québec, acte de foi et hommage-lige à Sa très excellente Majesté Georges III. Cinq jours plus tard, il épouse Julie Bruneau, fille de Pierre Bruneau, marchand à Québec. Leur correspondance prouve que la plus grande harmonie va régner à leur foyer pendant toute leur vie conjugale. Julie a pour son mari une très vive admiration, partage ses convictions et ses luttes même quand elle le tracasse pour des dépenses inconsidérées.

A la Chambre, Joseph s'efface peu à peu devant son fils qui se jette dans la mêlée avec toute sa fougue et son éloquence orageuse.

Peuple conquis et traité comme tel, les Canadiens français subissent les pires humiliations et injustices. L'administration, la grande banque, le haut commerce sont entre les mains des Anglais, pourtant minoritaires, les concessions de bonnes terres leur sont attribuées en priorité, les écoles françaises ne sont pas subventionnées, des fonctionnaires corrompus pillent les fonds publics, l'état sanitaire est mauvais, les chemins, mal entretenus, sont impraticables. Il faut des réformes, Louis-Joseph va prendre la tête du mouvement et réveiller le peuple canadien.

En 1823, l'Angleterre établit un projet d'union entre le haut et le bas Canada qui donnera la majorité aux Canadiens anglais. Papineau va combattre ce projet devant le Parlement de Londres et obtient gain de cause, le projet est rejeté. Pendant ce séjour d'un an en Angleterre, il noue de bonnes amitiés, ainsi qu'en France où il fait un bref séjour. Il n'apparaît pas qu'il soit venu jusqu'en Poitou.

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A son retour il trouve une situation plus mauvaise encore. Les rapports se dégradent de jour en jour entre le gouverneur et le parti des patriotes que préside Louis-Joseph. On y pense à demander l'annexion du bas Canada aux États-Unis. C'est le temps de la plus grande influence sur le peuple canadien-français de celui qu'on appelle le roi Papineau, Louis-Joseph Ier ; on dételle ses chevaux pour tirer à bras d'homme sa voiture et, quand on veut désigner un esprit supérieur, on dit : "Il a une tête de Papineau" (cette expression est courante au Canada), on écrit des chansons à sa gloire, on vend son portrait, il est adulé.

La lutte s'aigrit, on boycotte les produits anglais, le ton monte, les esprits s'enflamment, on arrête des patriotes. Au cours d'échauffourées dans la rue l'armée tire sur la foule, il y a des morts, des exécutions, et désormais l'agitation ne s'apaisera plus.

Dans ce pays déchiré, le 10 juin 1832 apparaissent les premiers cas d'une épidémie de choléra qui devient très vite terriblement meurtrière, des inondations catastrophiques ravagent le pays et, dans cette atmosphère de malheur, la lutte s'exaspère et on marche à grands pas vers la guerre civile.

Quelques-uns de ses partisans abandonnent alors Papineau. Dans des réunions privées il fait voter une déclaration des droits de l'homme, une déclaration d'indépendance et 92 résolutions qui sont présentées à Londres sans succès : sa maison de Montréal est attaquée et lui, le réformiste loyaliste qui hait la violence, est débordé par ses lieutenants et ses troupes et entraîné dans la rébellion sans espoir de ces paysans mal armés et blâmés par leur tout-puissant clergé. Pour que le mouvement ne soit pas décapité, ses lieutenants exigent son départ, il finit par céder et gagne les États-Unis. Ce qui lui vaudra plus tard d'être accusé de lâcheté.

La terreur règne, les villages de Saint-Charles, Saint-Eustache, Saint-Benoît, Saint-Denis sont pillés, ravagés et brûlés ; la répression est terrible et l'insurrection étouffée. Les patriotes qui peuvent s'échapper passent aux États-Unis et sont considérés comme traîtres. Papineau, "l'archi-traître", "l'homme infernal", "l'envoyé du démon", a sa tête mise à pris. Tous ses alliés l'abandonnent, "même les Irlandais, dont la cause est si proche de la sienne", le clergé l'accable. C'est "l'ambitieux", "l'exalté", "le cerveau brûlé". On publie dans les journaux la fausse nouvelle de la mort de sa femme. On saisit ses papiers dans sa maison de Montréal.

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Sa famille pourtant va réussir à le rejoindre aux États-Unis où il résidera jusqu'en 1839. Il ne participe pas à l'insurrection manquée de 1838, mais il se laisse convaincre d'aller en France, pour le Canada opprimé, l'aide de Louis-Philippe. Il ne réussit pas à voir le roi des Français qui a lui-même alors bien trop de difficultés pour s'intéresser aux affaires canadiennes. Papineau cependant reste en France où sa famille le rejoint. Il fréquente les milieux littéraires et politiques, très recherché des philosophes, des républicains et des poètes. Il est l'ami de Lamennais, Béranger, Louis Blanc, du général comte de Chassenon, du fils de Lafayette, du secrétaire de Robespierre (Julien) et du duc de Montebello.

Mais son traitement de parlementaire n'est naturellement pas payé à l'exilé, il a depuis longtemps abandonné son cabinet d'avocat, les 600 censitaires de la Petite-Nation ne paient pas ; la famille connaît à Paris de graves difficultés financières et doit réduire son train de vie. On passe de la maison avec jardin de la rue de Courcelles à un appartement rue de Monceau. Julie repart au Canada avec ses enfants ; seul Lactance, étudiant en médecine à Lyon, reste avec son père, mais lui aussi part bientôt pour obtenir son diplôme au Canada et Louis-Joseph reste isolé, dans une petite chambre, rue de Rivoli. Il fréquente les archives et la Bibliothèque nationale. Il hésite à rentrer au Canada avant l'amnistie générale qu'on espère. Enfin, après un voyage de tourisme en Italie et en Suisse, avec des cousins, sur la vive insistance de sa famille, il rentre en 1845 au Canada où l'on souhaitait son retour.

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Montebello

On a rendu à sa femme les papiers saisis en 1837, on remet en vente son portrait, on restitue à la place de la Reine à Montréal le nom de place Papineau. Lui-même reçoit un accueil chaleureux. On le presse de rentrer dans la vie publique mais il se retire à la Petite Nation. Sa femme et ses filles l'y suivent avec tant de regrets qu'il fait construire, pour les décider à y rester, le beau manoir de Montebello (1). Il a en effet reçu l'arriéré de son traitement (4.600 livres) qui lui permet cette construction.

En 1848, sans s'être présenté, il est élu député de Saint-Maurice et accepte. Parmi ses partisans on compte beaucoup d'Anglais séduits par sa droiture, la fermeté de son caractère et l'intégrité de sa vie. Mais sa popularité a baissé, les jeunes députés le connaissent mal. En 1849, il participe au mouvement annexionniste et n'est pas suivi. Ses discours toujours aussi beaux et pleins de fougue ne soulèvent plus l'enthousiasme. En 1852, il est battu aux élections, mais un siège devient vacant à la Chambre et quelques mois plus tard, il est élu. En 1854, il abandonne définitivement la politique ; sa dernière apparition en public a lieu le 14 décembre 1867 pour une très belle conférence à l'Institut canadien.

Il se retire avec sa famille à la Petite Nation, il lit beaucoup (sa bibliothèque dispersée en 1922 contient plus de 3.000 volumes), il gère son domaine.

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Une série de deuils douloureux assombrit profondément sa vie. Louis-Joseph et Julie ont eu six enfants et en ont perdu quatre. En 1830, une petite fille de quatre ans, Aurélie, meurt du croup. En 1851, Gustave, un garçon d'une vive intelligence qui se destinait au journalisme, meurt à vingt-deux ans. En 1862, Julie meurt subitement à soixante-six ans. Quelques mois plus tard, c'est Lactance, le médecin, qui meurt dans un asile, à Lyon où il était venu se faire soigner. La vieille bonne, Marguerite, qui avait passé toute sa vie chez les Papineau, les rejoint dans la chapelle funéraire de Montebello, bientôt suivie de Toussaint, le frère curé à qui Louis-Joseph était très attaché. Joseph, le père, était décédé sans revoir Louis-Joseph qui résidait alors en France.

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Enfin, celui-ci perd encore sa fille, Azélie, qui avait épousé Napoléon Bourassa et qui meurt à trente-cinq ans après treize ans de maladie. Il ne lui reste plus que son fils Amédée, l'aîné, installé à Montréal, qui a lui-même perdu un fils, et sa fille Ézilda qui reste avec son gendre et lui pour élever les enfants Bourassa, en compagnie de l'abbé Bourassa, frère de son gendre.

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En septembre 1871, Louis-Joseph prend froid pendant une promenade dans son parc, il fait une complication pulmonaire et voit venir sa fin. "C'est stupide, dit-il, de s'en aller quand il se passe de si grandes choses dans le monde. Merci, mon cher Docteur, et adieu". Il s'éteint, à neuf heures du soir, le 22 septembre 1871.

Depuis plusieurs jours l'abbé Bourassa avait essayé en vain de lui apporter les secours de la religion : "Depuis cinquante ans que je médite sur les fins dernières, je crois à l'existence de Dieu et aux devoirs moraux des hommes, mais je ne puis croire à la Révélation, alors je ne puis sans mentir à Dieu et aux hommes, recevoir vos services comme prêtre".

Cependant, croyant à un rôle social de la religion, il allait à la messe, offrait le pain bénit et recevait le premier l'aspersion, mais les règles de l'Église sont précises et inflexibles : la sépulture religieuse lui est refusée. Le Père Bourassa dira : "Tout le monde est consterné, point de son de cloches, pas un seul mot au prône du dimanche pour le seigneur de ce lieu, c'était navrant".

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Louis-Joseph Papineau a été l'un des personnages les plus discutés de l'histoire canadienne. Les historiens selon leur idéologie ont jugé différemment son rôle. Adoré ou haï, mais unanimement respecté, tous s'accordent pour lui reconnaître une personnalité éclatante qui a eu une influence unique sur les Canadiens français, éveillés par lui à l'idée de nation et à celle de liberté. Mais il n'était pas fait pour conduire une révolution. Robert Rumilly dira de lui : "il a eu de lourdes responsabilités mais pas de bassesse, de trahison ou de vilenies". Sa vie, tant publique que privée, fut empreinte d'une honnêteté et d'une dignité qui en firent un homme irréprochable.

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Denis-Benjamin, frère de Louis-Joseph, agent seigneurial, libraire, seigneur, marchand, fonctionnaire, juge de paix et homme politique, né le 13 novembre 1789 à Montréal, fils de Joseph Papineau et de Rosalie Cherrier ; le 14 septembre 1813, il épousa à Montréal, Angélique-Louise Cornud, et ils eurent neuf enfants, dont Denis-Emery ; décédé le 20 janvier 1854 à Sainte-Angélique (Papineauville, Québec).

Le cinquième d'une famille de dix enfants, dont cinq meurent en très bas âge, Denis-Benjamin, fait ses études au petit séminaire de Québec de 1801 à 1807. Son frère y est aussi étudiant de 1802 à 1804. Dans sa correspondance avec sa famille, il mentionne souvent son désir de se rendre dans la seigneurie de la Petite Nation, que son père a achetée du séminaire de Québec. A partir de 1808, le jeune homme réside à la Petite-Nation où il occupe la fonction d'agent seigneurial en l'absence de son père qui représente de 1809 à 1814 la circonscription de Montréal-Est à la chambre d'Assemblée du Bas-Canada. Fort diversifiées, ses occupations comprennent, entre autres, l'installation des premiers censitaires, le défrichement, la construction du manoir et d'un moulin à scier. S'il faut en croire le contenu des lettres que s'échangent le père et le fils, ce dernier commet souvent des bévues et fait de mauvaises transactions.

Lorsqu'en 1817 Louis-Joseph achète de son père la seigneurie de la Petite Nation, il en confie l'administration à Denis-Benjamin. Celui-ci s'en occupera jusqu'au retour d'exil de son aîné, en 1845. Durant cette période, il se préoccupe surtout de peupler la seigneurie et de distribuer des terres. L'exploitation forestière domine les activités économiques. Les moulins à scier sont loués à des entrepreneurs locaux ou régionaux qui reçoivent des permis de coupe moyennant une rente. Papineau a la tâche de veiller à ce que les privilèges accordés soient respectés. Il collecte aussi les rentes et, sur ce point, il a à subir régulièrement les remontrances de son frère qui, insatisfait des entrées, lui reproche son manque de fermeté.

Papineau ne se limite pas cependant à son rôle d'agent seigneurial. Ainsi, en 1818 et 1819, il est l'associé du libraire Hector Bossange, qui tient boutique depuis quelques années rue Notre-Dame, à Montréal. Vers 1825, il est marchand à la Petite Nation, en plus d'y exercer la fonction de maître de poste. Il remplit également divers mandats à titre de juge de paix pour le district de Montréal en 1826, 1828, 1830, 1833 et 1837, et de commissaire de la voirie et des ponts en 1829 et 1830.

Devenu, en 1822, seigneur du fief Plaisance, situé à l'extrémité sud-ouest de la seigneurie de la Petite Nation, Papineau se verra obligé de vendre une partie de ses terres, sept ans plus tard, à cause de difficultés financières. Il tentera par la suite de faire l'élevage du cheval, mais sans succès. Par contre, l'élevage du mouton lui réussit et, en 1844, Papineau possède un troupeau de 200 bêtes.

Tout comme avant lui son père et son frère Louis-Joseph, Papineau s'intéresse à la politique. Il représente la circonscription d'Ottawa du 17 août 1842 au 6 décembre 1847. Au cours de cette période, soit de septembre 1844 à juin 1846, il est membre du ministère dirigé par William Henry Draper et Denis-Benjamin Viger. Ensuite, il participe à la formation d'un ministère avec Draper, en juin 1846, puis avec Henry Sherwood, en mai 1847. Il remplit les fonctions de conseiller exécutif et de commissaire des Terres de la couronne de septembre 1844 à décembre 1847, en plus d'être commissaire des Travaux publics d'octobre 1844 à juin 1846.

Les prises de position de Papineau en font un personnage controversé. Pendant que la majorité des Canadiens français, sous la conduite de Louis-Hippolyte La Fontaine, adopte la voie qui mène à la responsabilité ministérielle, Papineau, que son appartenance familiale et ses principes associaient au parti réformiste, se range du côté du gouverneur sir Charles-Théophilus Metcalfe. Selon Louis-Philippe Turcotte, ce dernier se devait de concéder un ministère à quelqu'un dont il ne se défiait pas. Avec Papineau et son cousin Denis-Benjamin Viger, le gouverneur voulait rallier autour de lui des hommes qui par leur nom rassureraient les Canadiens français sur le désir du gouvernement de servir de son mieux leurs intérêts, d'autant plus qu'il sentait bien que la majorité de la chambre et la population en général étaient opposées à ses vues. Pour sa part, Thomas Chapais considère qu'en acceptant un poste sous Metcalfe, Papineau créait de la division dans les rangs du parti réformiste. Aux yeux de Louis-Joseph Papineau, "on ne [pouvait] accepter une place de ministre et demeurer honnête homme". Pour Jacques Monet cependant, cette décision apparaît comme la meilleure attitude que pouvait prendre Papineau en fonction de ses principes et, selon lui, son comportement dénote un esprit nationaliste.

Le premier geste du député Papineau est de voter pour le choix d'un président de la chambre. Turcotte et Chapais estiment que Papineau a commis une maladresse en votant pour sir Allan Napier MacNab, unilingue anglophone, se mettant ainsi à dos la majorité réformiste bas-canadienne. En décembre 1844, il propose au nom du gouvernement de voter une adresse à Sa Majesté demandant l'annulation de la clause de l'Acte d'Union qui défendait d'utiliser la langue française de la part de l'opposition. Mais pour Turcotte, cette démarche servait à racheter en quelque sorte son vote précédent en faveur de MacNab et à redorer son image face à ses compatriotes. Chapais, quant à lui, y voit une manoeuvre politique : le Conseil exécutif avait prévu une résolution du parti réformiste en ce sens et aurait résolu de le devancer en proposant la chose lui-même par l'intermédiaire de Papineau.

Pendant son séjour à l'exécutif, Papineau fait d'autres interventions qui lui valent les critiques de l'opposition. Tout d'abord, il justifie le geste du gouvernement qui, en 1845, approuve l'octroi d'une forte somme destinée au Haut-Canada pour indemniser les personnes qui ont subi des pertes lors des troubles de 1837 - 1838, sans que rien de tel ne soit accordé au Bas-Canada. Il défend également, l'année suivante, la position du gouvernement qui entend que les revenus provenant des biens des jésuites servent à des fins éducatives, de même que la proposition d'imputer au fonds consolidé du revenu les dépenses de l'administration de la justice criminelle du Haut-Canada. Soulevant de violentes oppositions, ces mesures achèvent de le rendre impopulaire.

Le nom de Papineau est associé à la présentation de deux projets de loi importants et fort controversés touchant les écoles et l'administration municipale. Adoptée au cours de la session de 1845, la nouvelle loi scolaire confie à des commissions scolaires la gestion des écoles publiques et le soin de percevoir les sommes nécessaires à leur bon fonctionnement. Pour le clergé de l'époque cette loi sent l'injustice. Craignant de perdre la direction de l'éducation, il revendique ses droits par l'intermédiaire d'un député de l'opposition, Augustin-Norbert Morin. De chaudes discussions amènent Papineau à concéder des amendements en faveur du clergé en 1846, non sans s'être obstiné et attiré encore les blâmes de l'opposition et de la population. Quant à la loi sur les municipalités, adoptée au cours de la même session, elle substitue à l'ancienne organisation basée sur les districts, une administration fondée sur les paroisses. Elle satisfait en principe l'opposition, mais le taux d'imposition, comme dans le cas de la loi scolaire, est très longuement discuté et ensuite amendé. La courte carrière politique de Papineau s'achève sous lord Elgin Bruce. Influencé par la démission de Viger l'année précédente, Papineau résigne ses fonctions en 1847. Il se retire alors dans son fief Plaisance où il demeure, aigri par la maladie, jusqu'à sa mort en 1854.

Denis-Benjamin Papineau laissera son nom au village de Papineauville en Outaouais. 

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En général, les historiens s'entendent pour affirmer que Denis-Benjamin Papineau a joué un rôle politique fort secondaire. En fait, le personnage politique apparaît moins important que le seigneur et l'agent seigneurial. (Claude Baribeau - Dictionnaire biographique du Canada)

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Souvent, au temps des vacances, des Papineau, descendants de Samuel, Américains ou Canadiens, passent à la Papinière. Une famille de Chicago se fait appeler Papineau-Montigny. L'un des descendants directs de Louis-Joseph inscrira après lui son nom dans l'histoire du Canada : son petit-fils Henri Bourassa, homme politique, fondateur du journal "le Devoir".

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Et le 30 octobre 1917 tomba à Paschendaele, au cours de la seconde bataille des Flandres, le major Talbot Papineau, du régiment de la princesse Patricia. D'une vive intelligence, il se destinait à la vie politique, il avait trente-quatre ans.

Il était l'arrière-petit-fils de Louis-Joseph et le descendant à la sixième génération de Samuel, le soldat des troupes de marine parti deux cent vingt-deux ans plus tôt de Montigny en Poitou.

(1) Henri Bourassa [1868-1952] troisième maire de Montebello pendant quatre ans de 1890 à 1894 avait sa théorie sur l'appellation de Montebello : "Je suis revenu ensuite à Monte-Bello. Et je demande aux journalistes d'écrire Monte-Bello en deux mots. Un abbé a soutenu qu'il fallait l'écrire en un seul mot parce que Louis-Joseph Papineau avait fait amitié avec le duc de Montebello et qu'il avait appelé le manoir en souvenir de ce personnage. C'était très ingénieux, mais c'était faux; Papineau a fait écrire Monte-Bello en deux mots pour que ce soit différent du nom du duc."

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Jeanne Papinot - Bulletin de la Société Historique et Scientifique des Deux-Sèvres - Deuxième série - Tome XI - n° 2-3 - 2e et 3e trimestre 1978

Dictionnaire biographique du Canada

Bibliothèque et Archives du Canada

Archives de Montréal

Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Site de la Municipalité de Papineauville

 

 

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