STRASBOURG - NEUWILLER-LÈS-SAVERNE (67) - LE GÉNÉRAL BARON JEAN-PHILIPPE-RAYMOND DORSNER (1750 - 1829)
LE GÉNÉRAL BARON JEAN-PHILIPPE-RAYMOND DORSNER (1750-1829)
Jean-Philippe-Raymond Dorsner naquit à Strasbourg, paroisse Saint-Pierre-le-Vieux, le 23 janvier 1750, fils aîné de Jean-Philippe, Conseiller du Roi et Sénateur de la ville, et de Marie-Claire-Félicité Reys, fille d'un magistrat d'Obernai.
Après l'éducation soignée coutumière dans ces familles de robe qui aspiraient secrètement à former un ordre spécifique avec ses privilèges au sein de la société de l'Ancien Régime, ses parents l'enrôlèrent dans le régiment Royal-Bavière, le 31 octobre 1761. Il n'avait pas encore douze ans !
La précocité de cette démarche ne manque pas d'étonner le biographe et lui fait hasarder quelques hypothèses. Faut-il y voir une conséquence de la volonté de Louis XV de contenir les ambitions des Parlements, qui détourna les parents de la voie toute tracée ? Ou encore une stratégie familiale pour l'accession à long terme à une noblesse héréditaire ? Rappelons que dans l'ancienne France, l'épaulette procurait toujours la noblesse personnelle, laquelle, après trois générations d'officiers, devenait héréditaire. On ne peut exclure à priori un tel calcul.
OFFICIER D'ARTILLERIE DU ROI
Cependant l'admission au corps des officiers n'était réservée qu'aux jeunes gens pouvant justifier "quatre degrés au moins de noblesse paternelle". Ce privilège nobiliaire s'appliquait essentiellement aux entrées à l'École Militaire, aux troupes de ligne et à la Maison du Roi. Ces principes étaient moins rigoureux pour l'engagement dans un corps nouvellement créé comme celui du Royal-Bavière (1760). Tout au plus, le jeune Dorsner risquait-il de voir sa carrière bloquée au grade de capitaine. Mais, en conduisant habilement sa destinée, il pouvait contourner l'obstacle en entrant plus tard dans un corps technique comme celui de l'artillerie où le mérite comptait davantage que la naissance. Encore fallait-il prouver que l'on était soit fils ou frère d'officier de l'arme, soit que l'on sortait d'une famille vivant honorablement et n'exerçant aucune profession qui dérogeât. C'est la finalité d'un document daté de Strasbourg le 27 septembre 1766, signé et marqué des sceaux des lieutenants-généraux du Roi, le chevalier de Latouche et le baron de Wurmser, le baron de Berckheim mestre de camp et prêteur de la ville de Strasbourg, et les barons de Neuenstein, de Mackau et de Berstett, dans lequel ces gentilshommes certifiaient d'abord les professions des pères et aïeul du futur général, puis citaient ses parentés militaires qui, sans aucun doute, influencèrent également le choix des parents du jeune Dorsner : René-Philippe Dorsner, commissaire des guerres à Landau, Alexandre Dorsner, capitaine au régiment d'Alsace, fils du précédent, Philippe-Jacques Dorsner, capitaine aide-major au régiment de La Marck et Dorsner, lieutenant au régiment de Strasbourg ; du côté maternel : Willmann, commissaire des guerres à Strasbourg, Freytag, lieutenant-colonel au régiment de La Marck, Roberdeau, mestre de camp de cavalerie. "En conséquence de ce, nous estimons led. Sieur Philippe-Raimond Dorsner, de naissance à pouvoir entrer sans difficulté dans tous les corps de France et autres".
Cette recommandation ainsi que ses flatteuses remarques lors des inspections annuelles du corps et l'excellent certificat délivré par le colonel du régiment, permirent à Jean-Philippe-Raymond d'entrer à l'École militaire d'artillerie de Bapaume le 6 novembre 1767.
A l'issue de son "stage", le 17 mai 1768, Dorsner fut affecté au régiment de Toul-Artillerie, cantonné à Strasbourg. La réforme de 1765 avait institué sept régiments d'artillerie dénommés d'après leur garnison première qui continuèrent à porter leur nom d'origine malgré les changements fréquents. Dorsner troqua donc l'habit complet bleu et le chapeau bordé d'argent contre la veste et la culotte rouges. Le lieutenant en second partagea dès lors la vie militaire, alternant l'école de théorie où l'on familiarisait les officiers avec la géométrie, la mécanique, le calcul différentiel et intégral, la trigonométrie appliquée au terrain, la physique, la chimie et le dessin, avec les conférences sur les fortifications, le matériel, les techniques en campagne, de siège et les manoeuvres au polygone.
Le 10 septembre 1769, Dorsner passa lieutenant en premier et suivit son régiment à Grenoble. Les artilleurs furent fort bien accueillis dans la ville. Le règlement de 1768 mettait le logement des officiers à la charge des villes et des habitants. "Le militaire est ici avec tout l'agrément imaginable bien reçu dans toutes les maisons, même celles du Parlement, fêté et chéri partout ... L'exercice, notre cour aux dame, la comédie, le concert, la chasse et la promenade remplissent assez agréablement nos moments".
Détaché en Normandie en 1778, promu capitaine le 3 juin 1779, la vie de l'officier Dorsner se déroulait partagée entre le service et les agréments du métier en temps de paix. Il lui fallait songer enfin à fonder un foyer. "Un homme marié se troupe placé dans la société ; il offre un peu plus de surface et de résistance à ses ennemis" affirmait Barras. Son choix inspiré par ses parents se porta sur Marie-Catherine-Joséphine Stouhlen, de santé délicate mais nantie de promesses intéressantes. Aussi sollicita-t-il une permission de mariage datée du 1er février 1783 et rédigée en ces termes : "Trouvant à faire un établissement sortable et convenable à son état et à sa naissance dans la personne de la demoiselle Stoulen, enfant unique du Sieur Stouhlen, avocat au Conseil Souverain d'Alsace, lequel promet de lui donner 40.000 livres de dote ce qui ne fait point le quart de la fortune sans les espérances que la dite demoiselle ai de deux oncles, tous deux très à leur aise dont elle est héritière ab intestat, demande la permission de faire célébrer son mariage avec la dite demoiselle". Il avait alors 33 ans et la promise 19.
Deux filles naquirent de cette union : Marie-Alexandre-Victoire en 1786 et Louise-Marie-Caroline en 1788.
GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE
Mais déjà des bruits d'émeute se répandaient dans les campagnes ; le peuple avait faim, les caisses de l'État étaient au bord de la banqueroute. La Révolution pointait et la carrière de Dorsner, jusque là tout à fait ordinaire, s'en trouva accélérée au-delà de toute espérance. Avant de partir pour l'armée du Rhin, il récolta encore une décoration royale promise à une éclipse durable ; la croix de chevalier de Saint-Louis, décernée le 15 janvier 1791. Ce virtuel brevet de noblesse personnelle permit à son père de mourir, confiant dans l'avenir de sa lignée. Et ce fut la guerre.
1792. La France révolutionnaire était menacée sur ses frontières de l'Est par l'Autriche et la Prusse réunies. Dorsner commandait une compagnie d'artillerie à cheval. Les évènements ne l'occupèrent cependant pas encore assez pour l'empêcher de se porter acquéreur de Biens Nationaux sis à Neuwiller. Le 16 juin 1792, il acheta pour 6.900 livres la maison du ci-devant doyen Gérare, avec cour, remises et jardin, et le 19 septembre suivant, un magasin aux bois avec le jardin attenant pour 2.850 livres. Quelques jours plus tard, le 1er octobre 1792, il fut promu lieutenant-colonel avec les fonctions de sous-directeur de l'Arsenal de Strasbourg (1er novembre 1792).
1793. La guerre prenait maintenant une tournure plus décisive. Les Autrichiens attaquèrent les lignes de Wissembourg durant l'été sans parvenir à les emporter. Une nouvelle tentative en octobre obligea l'armée du Rhin à abandonner ses positions et à battre en retraite. Dorsner y gagna ses galons de général de brigade (25 septembre 1793) et se manifesta par une action d'éclat consignée dans son dossier : "A la prise des lignes de Wissembourg, le 10 octobre 1793, l'armée était en pleine déroute ; il rassembla une partie de l'artillerie des avants-postes qu'il envoya en avant du village des Picards en dehors des lignes et par le feu bien dirigé des batteries particulièrement sur le village de Capsweyer par lequel cherchait à déboucher la cavalerie ennemie, il parvint à la contenir depuis sept heures du matin jusqu'à la nuit". Puis, il se porta au Geisberg, une colline surplombant la ville de Wissembourg, où des batteries furent mises en position pour freiner l'offensive ennemie. Acte de courage isolé ? Tel semble du moins le laisser supposer un jugement du futur général d'Hastrel de Rivedoux, également présent à Wissembourg et un jour son voisin à Neuwiller : "C'est un grand Flandrin que j'ai vu à l'armée du Rhin où il n'avait pas une très brillante réputation. On le dit extrêmement égoïste."
Tandis que sur le plan militaire les événements tournaient à son avantage, sa famille fut victime de l'excitation politique. Partie le 24 avril 1791 avec ses deux enfants et deux domestiques pour les eaux de Baden-Baden "pour suite d'un lait répandu, dont elle était fortement incommodée et qui pouvait avoir des suites très fâcheuses" selon le médecin Ostertag, son épouse Joséphine, après le décret de la Convention Nationale du 28 mars 1792, fut soupçonnée d'émigration. Obligée bien malgré elle de passer l'hiver à Baden pour y soigner l'une de ses filles gravement malade, Joséphine ne put revenir en France que le 30 octobre 1792. Mais dès qu'elle eut décliné son identité, elle fut arrêtée et déportée (?) avec ses deux enfants et ses domestiques. Le jeudi 5 septembre 1793, la confiscation de leurs propriétés fut proclamée à son de trompe dans la ville de Strasbourg. Le général Dorsner "honnête homme et bon républicain", adressa pétition sur pétition au Directoire du département du Bas-Rhin pour obtenir la radiation de la liste des émigrés. En vain. Joséphine Dorsner, de constitution fragile ne survécut pas à ces tracasseries ; elle mourut à Baden le 20 janvier 1794, laissant à la charge de son mari deux enfants de 8 et 6 ans. Elle n'avait pas encore 30 ans ! Le général dut batailler jusqu'au mois d'avril 1798 pour obtenir gain de cause et voir enfin ses deux filles radiées de la liste des émigrés et réintégrées dans leurs biens.
Nommé général de division le 28 janvier 1794, Dorsner commanda l'artillerie de l'armée du Rhin et se fit remarquer au siège de Mayence en décembre de la même année. Il entama ensuite une carrière d'inspecteur de l'artillerie (1795) avant de commander en chef l'artillerie de l'armée du Rhin (1796). "Général d'artillerie très instruit, il n'a cessé de donner ... des preuves de grand talent". En 1801, il fut affecté au corps d'Observation de la Gironde et en 1803, il commanda successivement l'artillerie des camps de Bayonne et de Brest.
Le 14 juin 1804, il fut nommé commandant de la Légion d'honneur et sollicita, le 18 juillet suivant, auprès du grand chancelier une place de commandant au conseil d'administration de la 5e cohorte de Saverne. "Je désirerais cependant que cette place ne fut pas incompatible avec celle d'inspecteur général que j'occupe dans le corps de l'artillerie et ne m'oblige pas d'y renoncer parce que la fortune médiocre que je possède ne me permet pas de quitter le service d'activité".
En 1805 - 1806, Dorsner participa aux campagnes d'Autriche et de Prusse en commandant l'artillerie de la Grande Armée, au 7e Corps fort de 15.000 hommes et placé sous le commandement du général Augereau. Il comptait alors 45 années de service et était âgé de 56 ans. Malgré "sa fortune médiocre", il demanda sa retraite. Le 12 novembre 1806, il obtint une pension de 6.000 F.
REPRISE DE SERVICE SOUS L'EMPIRE
Mais voilà que le général Clarke, son ancien chef d'état-major à l'armée du Rhin en 1793 et son concitoyen à Neuwiller, allait relancer une carrière que Dorsner croyait bel et bien terminée. Par son mariage avec Françoise Zaepffel, Clarke était entré dans le cercle des relations de Dorsner. Or, à partir de 1806, l'étoile du futur Duc de Feltre se plaçait sur une trajectoire ascendante. Tour à tour gouverneur de l'Autriche, d'Erfurth et de Berlin, Clarke avait retrouvé la faveur de Napoléon qui l'appela au Ministère de la Guerre en 1807.
Il est probable que la nomination de Dorsner, le 12 novembre 1806, comme commandant d'Erfurth à la place de Thouvenot, après que Clarke lui-même ait occupé des fonctions dans la place, soit due à ce dernier. Quelques jours plus tard, le 24 novembre, Dorsner fut nommé commandant de Hameln et fut chargé par Clarke, devenu Ministre de la Guerre, de la destruction de la forteresse. Les ordres de l'Empereur à ce sujet étaient, comme à son habitude, très précis. "J'attache une grande importance à ce que ces démolitions commencent le 20 janvier (1808) et se fassent avec quelque éclat, écrivit-il à Clarke. La poudre qui se trouve dans ces places servira à la démolition. Envoyez directement et par un courrier extraordinaire, dans la journée de demain, l'expédition de mon décret au gouverneur, pour qu'il puisse sans délai en commencer l'exécution. Ayez soin de prescrire qu'on n'épargne pas la poudre. Je rends le gouverneur responsable de l'exécution stricte de mon décret, mon intention étant qu'il ne reste aucun débris dont on puisse se servir pour réédifier ces fortifications".
Pendant ce temps, ses filles grandissaient à Neuwiller où Dorsner avait investi sa fortune après la mort de son épouse et la radiation de ses enfants de la liste des émigrés. Le 21 juin 1798, il avait acheté pour 2.400 F de Madeleine Gerber, une seconde maison, celle de l'ancien chanoine Perrin donnant d'un côté sur la cour du Chapitre et de l'autre sur le mur de la ville, avec son jardin, et le 15 janvier 1800, pour 2.000 F, une troisième maison, celle de l'abbé Geiger rachetée à Jean Strintz. Il avait confié ses filles à une certaine Mademoiselle Lasowski, ses trois jardins à un ancien sous-officier, Pierre Maupain ; Barbe Riehl s'occupait du ménage et le notaire Dieterich de la gestion des biens.
En ce mois de juin 1808, les deux filles Dorsner s'apprêtaient à partir pour prendre les eaux de Griesbach. Le général comptait d'ailleurs se rendre à Neuwiller au début du mois pour revoir ses enfants et régler quelques affaires "mais les mauvais temps ayant retardé les travaux de démolition de cette place (Hameln), je n'aurai le plaisir de vous voir que dans le courant du mois d'aoust, si toutefois comme je l'espère, Sa Majesté l'Empereur juge convenable de me laisser rentrer dans mes foyers", écrivait-il à son notaire.
L'Empereur, apparemment satisfait des services du général, le nomma Baron de l'Empire le 28 octobre 1808, titre accompagné d'une dotation de 4.000 F sur la Wesphalie. Cette prolongation de service s'avérait finalement payante. Le général était satisfait mais songeait plus que jamais à se retirer à Neuwiller. Mais le repos semblait décidément le fuir. Appelé le 15 août 1809 par Clarke pour commander l'artillerie de la place de Wesel, il ne resta plus à ses filles qu'à se résoudre à le rejoindre au début du mois d'octobre. Une véritable expédition motivée par les projets de mariage en cours : l'aînée devait épouser le 11 avril 1810 le chevalier de l'Empire Léopold-Élisée-Ignace Scherb, neveu du général de brigade Marc-Amand-Élisée Scherb, chef d'escadron au 11e régiment de cuirassiers, futur colonel, et la puînée, Louise-Marie-Caroline, qui avait hérité de la santé délicate de sa mère, se fiançait à Émile de Creutzer, receveur particulier des finances de l'arrondissement de Spire et fils de l'ancien ministre des finances du duc de Deux-Ponts. Hélas, sa maladie chronique l'emporta le 31 juillet 1810, quelques mois seulement après le mariage de sa soeur, à l'âge de 22 ans.
MAIRE DE NEUWILLER
La disparition prématurée de sa fille affecta beaucoup le général retiré à Neuwiller depuis la fin de l'année 1809. Pour noyer son chagrin, il n'hésita pas à entamer une carrière civile. Le 6 septembre 1810, en présence du sous-préfet Reys de Saverne et du Conseil Municipal réuni au grand complet, Dorsner fut installé comme Maire de la Commune en remplacement de Chable et il prêta le serment habituel : "Je jure obéissance aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur".
Le général administra la Commune avec sagesse et modération. Le 9 juin 1811, à deux heures "de relevée", escorté par un détachement de la Garde Nationale et précédé de musique, le Conseil Municipal se rendit au domicile du général-maire, puis de là à l'église St-Pierre et Paul pour assister au Te Deum chanté en célébration de la naissance du Roi de Rome, l'héritier tant attendu. Ensuite, le cortège se dirigea vers la fontaine de la place du Chapitre en instance de restauration sous l'égide de l'architecte Reiner. Devant les habitants du village rassemblés sur la place, le général-maire prononça un discours aussitôt répété en allemand par son adjoint et dont la teneur nous a été conservée :
"Habitants de Neuwiller !
Toutes les villes de l'Empire s'empressent à l'envie d'élever des monuments dignes de transmettre à la postérité le souvenir d'une époque aussi heureuse pour la France que l'est celle de la naissance du Roi de Rome. La Commune de Neuwiller rivalisant d'amour pour son souverain, avec celles qui lui sont les plus dévouées, a l'honneur de consacrer en ce jour à son auguste fils, cette belle fontaine dont la restauration va devenir un avantage, un salut de plus pour la Commune. Vive l'Empereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Roi de Rome !"
La foule reprit en choeur ces cris d'allégeance. Puis sur la grande place du Chapitre "pompeusement décorée" eurent lieu des courses, des jeux, des danses, des feux de joie, le tout sous une illumination générale.
La fontaine du Roi de Rome étant inaugurée, l'eau y ayant été amenée par une source située en haut des vignes dites Wingert, les enfants ne tardèrent pas à y jeter des pierres et des immondices et les habitants à venir y laver leur linge. Le Maire Dorsner s'opposa fermement à ce qu'il considérait comme une profanation et à partir du 10 janvier 1812, la fit surveiller par le sergent de police.
Le 14 décembre 1811, le général décida que la plantation des arbres connus sous la dénomination de "bouquet du couronnement", se ferait sur le bien communal dit Ziegelwasen.
Reconduit dans ses fonctions de Maire par arrêté du Préfet du Bas-Rhin du 15 décembre 1812, Dorsner allait devoir affronter une nouvelle épreuve qui le blessa encore plus profondément dans sa chair que la première. Le 19 septembre 1813, sa fille aînée, épouse de Léopold Scherb, s'éteignait à l'âge de 27 ans après avoir donné la vie à deux enfants, Louis-Léopold-Raymond, né en 1811, futur capitaine d'état-major, et Victoire-Marie-Joséphine-Françoise en 1812, futur épouse du général Augustin Pradal. Le vieux lion semblait définitivement vaincu. Aussi, le 18 janvier 1814, assembla-t-il le Conseil Municipal pour lui annoncer sa démission, "sa santé, son âge et infirmités ne lui permettant plus de continuer ses fonctions de Maire" et de proposer à son poste l'adjoint Léopold Weyd.
Après la chute de Napoléon, nous le retrouvons pourtant une nouvelle fois au poste de Maire, le 25 septembre 1814, au cours d'une cérémonie de prestation de serment des Conseillers Municipaux. "Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi, de n'avoir aucune intelligence, de n'assister à aucun conseil, d'entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité et si dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs, j'apprends qu'il se trame quelque chose à son préjudice, je le ferai connaître au Roy". On ne pouvait mieux illustrer la fragilité du jeune pouvoir de Louis XVIII !
Après la seconde Restauration des Bourbons, le 9 octobre 1815, il démissionna à nouveau de son poste de Maire pour céder sa place à Chable et devint membre du Conseil Général. Il avait 65 ans.
Isolé à Neuwiller où Clarke était décédé en 1818, provoquant le départ de sa famille à Puteaux, Dorsner s'ennuyait. Veuf depuis 25 ans, n'ayant pour proches que son gendre et ses deux petits-enfants, le général n'avait jamais défrayé la chronique. Or voilà qu'au soir de sa vie, ce guerrier au repos séduisit, ou plus vraisemblablement se laissa séduire, par sa jeune gouvernante de 26 ans, Élisabeth Sorg, qui, sentant tous les avantages potentiels d'une telle liaison, ne tarda pas à tomber enceinte. Elle accoucha d'une fille prénommée Marie-Thérèse qui naquit à Neuwiller le 5 novembre 1819 et que le général reconnut sans difficulté. Il lui restait dix années à vivre et son dernier enfant ne lui survécut que de dix mois (Marie-Thérèse est décédée à Neuwiller, le 23 avril 1830).
Le général Dorsner mourut à Neuwiller le 4 juin 1829 malgré les soins du docteur Weber et du pharmacien Koenig, de Bouxwiller. Le cercueil en noyer fut inhumé au cimetière catholique et un monument en grès des Vosges représentant un mortier avec des obus, sculpté par un nommé Charle, s'éleva sur sa tombe à droite de la colonne de marbre de Carrare du Maréchal Clarke.
Curieusement, le général Dorsner ne laissait qu'une fortune fort modeste, évaluée en immeubles à 27.800 F. Dans une liste de notables dressée en 1812 et comprenant 69 noms dont 12 militaires, ses revenus n'étaient évalués qu'à 3.000 F et sa fortune qualifiée de médiocre.
Son héritier, le colonel Scherb, retiré à Monswiller, se heurta aux prétentions de la maîtresse. Après des transactions difficiles et sous la menace d'un procès, un arrangement intervint finalement le 15 février 1831 avec la "Lise" qui, outre 8.000 F. payables en huit termes égaux avec intérêts à jouir, recevait encore un lot de meubles. Épilogue que l'on aurait souhaité moins mesquin ...
Le nom de Jean-Philippe-Raymond Dorsner est inscrit sur l'Arc de Triomphe, côté Nord.
Revue Pays d'Alsace / Société d'Histoire et d'Archéologie de Saverne et Environs - René Reiss - Ingolscheim, le 17 août 1985 - Cahier 137 - IV - 1986
Portrait de Dorsner : Généanet
AD67 - Registres d'état-civil de Neuwiller-lès-Saverne
Armorial du Premier Empire
Archives Nationales - Base Leonore - LH/794/19







