BEAUFORT-EN-VALLÉE (49) LA FLÈCHE (72) - JOSEPH-JULIEN PEFFAULT DE LA TOUR, PRÊTRE (1752 - 1837)
JOSEPH-JULIEN PEFFAUT DE LA TOUR
"Une sardine, un goujon et un carpillon"
Joseph-Julien Peffault de la Tour est né à Beaufort-en-Vallée, le 27 janvier 1752, de Dominique Peffault de la Tour, docteur en médecine, très distingué, né à Saumur, le 17 janvier 1711 et de Anne-Louise Jameron, mariés à Beaufort, le 6 février 1741.
Tonsuré à 14 ans par Jacques de Grasse, évêque d'Angers, il fut reçu dans la Congrégation des chanoines réguliers de St-Augustin (Génovéfains) le 21 décembre 1771 par l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont. L'évêque de Lisieux, J.-M. de Caritat de Condorcet, lui donna le bénéfice de Ste-Barbe-en-Auge, le 17 mars 1773, et Jacques de Grasse lui conféra le diaconat le 2 avril 1774.
Ordonné le 1er juin 1776 par Ch. de Broglie, évêque de Noyon (1784), il avait passé par la paroisse de Corneville-sur-Risle, au diocèse de Rouen (1778) et le prieuré-cure de St-Martin-de-Villequier.
Chassé par la Révolution de l'abbaye de Villequier, il refusa de prêter serment à la constitution civile du clergé, et resta longtemps caché çà et là.
Le 11 mai 1801, le vicaire général d'Angers, Meilloc, le nomma desservant du prieuré-cure de Beaufort, mais le nouvel évêque Charles Montault, le trouva trop excentrique et lui retira ce poste. L'abbé se vengea en emportant avec lui toutes les clefs de l'église, du clocher et de la sacristie. L'évêque du Mans, de Pidoll, l'autorisa à rester près des siens, à La Flèche, paroisse Ste-Colombe.
C'était un homme d'un esprit fin et aimable, possédant les manières du monde et les poussant volontiers jusqu'à la galanterie envers les dames. On trouvait en lui le type accompli de l'abbé de salon, pris dans son acceptation la plus honnête. Il n'avait pas pour cela renoncé aux pratiques de certaines austérités des Génovéfains ; au contraire, il en conserva, dans la mesure du possible, l'observance ainsi que le costume, jusqu'aux derniers moments de sa vie qui fut longue.
Les évènements dont il avait été victime l'avaient quelque peu ébranlé et poussé à certaines originalités ; c'est ainsi qu'il avait deux logements à La Flèche, l'un où il couchait, l'autre où il mangeait. Sa servante demeurait dans ce dernier, parce que la règle de son ordre lui interdisait l'habitation commune avec les femmes. C'est ainsi encore, qu'afin de se conformer aux prescriptions de son ordre, il faisait servir sur sa table, les jours maigres, trois plats de poisson, et comme on s'étonnait que son estomac pût résister à une telle profusion, il répondait : "Je puis, sans faire d'excès, manger une sardine, un goujon et un carpillon, et obéir ainsi à ma règle." Il était du reste, enclin à la gourmandise, quoiqu'il s'en défendit avec vivacité : maintes fois cette faiblesse servit de prétexte à de joyeuses taquineries dont il eut toujours le bon esprit de ne pas s'offenser.
M. le Prieur, comme on l'appelait, aimait les vers, il en faisait sur tout et à tout propos. Il a laissé d'innombrables poésies qui font un recueil curieux où sont retracés tous les évènements des familles Le Bret et de la Bouillerie. Son genre a été nommé par ses amis le "Style Prieurique", mais il n'en était pas moins prodigue de ses oeuvres, qu'il signait souvent en dessinant un abbé entrant dans une tour. La pièce de vers qu'il composa pour la fête de M. Le Bret, le 21 juillet, donne la mesure de son talent.
Il continua jusqu'en 1831 à remplir ses doubles fonctions de chapelain. Vers les derniers temps de sa vie, ses facultés s'affaiblirent au point que l'évêque le frappa d'interdit.
Joseph-Julien Peffault de la Tour est mort à La Flèche le 11 mars 1837, âgé de 85 ans.
SON PÈRE : Dominique Peffault de La Tour, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, mari d'Anne-Louise Jameron, exerçait à Beaufort en 1740, 1760, et y avait été nommé échevin.
"Demandez et vous recevrez", telle était la devise de M. Peffault de la Tour ; il ne recevait pas toujours, mais il demandait tout le temps. Sa constance finit par être récompensée ; il fut nommé en 1764 médecin de l'École Royale militaire de La Flèche jusqu'à la séparation des élèves au mois d'avril 1776.
La Révolution trouva Peffault de la Tour attristé par des deuils et tourmenté par des procès ! Un de ses fils, François-Pierre, établi depuis dix-sept ans à Saint-Domingue et maire de la paroisse du Dondon, fut massacré par les nègres révoltés, laissant une veuve, Marie-Thérèse-Julienne Grimbot de la Bretonnière, et des orphelins. En 1791-93, la situation pécuniaire du médecin, déjà peu brillante, surtout après ces catastrophes qui le forçaient de venir en aide à ses petits-fils, s'aggravait de démêlés juridiques avec son beau-frère Joseph-Charles Jameron du Motté, au sujet de l'héritage de ses beaux-parents
Il fut attaché comme médecin au Collège de La Flèche, où il est mort avec le titre de correspondant de la Société royale de médecine de Paris, le 10 janvier 1811.
On connaît de lui dans le Journal de médecine (1775) une réfutation du système de Lecat sur l'origine des maladies.
SON FRÈRE : Dominique-René-Louis Peffault de La Tour, né à Beaufort, fut reçu docteur-médecin à Angers le 17 novembre 1767. Sa thèse discutait l'emploi des sangsues dans le traitement de la goutte, qu'allait préconiser le livre du docteur Paulmier. Il s'établit à Saumur et en fut élu conseiller municipal en novembre 1791. Arrêté comme suspect le 3 octobre 1793, traîné de prison en prison, il faisait partie du convoi qui fut conduit d'Angers dans les caves de Doué. Il en sortit pourtant sur la réclamation (21 frimaire an II) du maire et de la municipalité. Il a publié un Précis sur l'inoculation de la petite vérole (Saumur, Degouy aîné, an VI, et Angers, Mame, in-8° de 43 p). Il est décédé à Paris le 26 avril 1832.
Maison Le Bret : généalogie historique ... par le Cte Robert-Cardin Le Bret - 1889
AD49 - Dictionnaire historique de Maine-et-Loire - Célestin Port - versions "originale" et "révisée"
État-civil de Paris
La France médicale - Revue d'Etude d'Histoire de la Médecine - Dr Albert Prieur - 1906 - cinquante-troisième année



