SANZAY (79) - VEILLÉES ET CHANSONS
Paysan et paysanne de Sanzay en 1800
En hiver, les paysans chassaient l'ennui des longues soirées par la "veillée". A tour de rôle, voisins et voisines, parents et amis se rassemblaient tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, devisaient joyeusement des nouvelles locales, jouaient aux cartes, mangeaient des marrons "un coin de beurre", buvaient un coup de vin ; la jeunesse chantait, dansait, jouait et l'on se séparait très tard, souvent après minuit. Telle est la vie simple que menaient les cultivateurs.
Elle est, croyons-nous, à peu près la même que celle de leurs ancêtres qui eux aussi se réunissaient aux veillées d'hiver, chantaient certaines chansons où ils exprimaient naïvement leur attachement au pays, leur fidélité au roi et leur répulsion légendaire pour le service militaire.
Nombreux étaient les conscrits qui, pour éviter les horreurs de la guerre, se cachaient dans les fourrés ou dans les bois, fuyant la police et vivaient des provisions apportées par leurs parents qui les encourageaient dans leur résistance antipatriotique. Ces jeunes gens étaient désignés sous le noms de "chouans" par analogie avec leurs aînés les héros de la guerre de Vendée.
Voici une chanson dite de "l'Empereur" où un chouan traqué par les gendarmes regrette sa liberté, exprime sa fidélité et le peu d'intérêt que lui portent ses nombreux frères.
Les deux chansons, qui suivent, ont été mises en musique d'après leurs airs anciens, par Monsieur Bossard, chef de l'harmonie de Bressuire.
CHANSON DE L'EMPEREUR.
1er couplet
2ème couplet
Ma bonne amie a vient m'y dire :
Mon bon ami ni parte pas
Car tu sais qui n'en revient pas
Tu sais que c'est une mauvaise affaire
Y vaut mieux servir le Seigneur
Que non pas servir l'Empereur. bis
3ème couplet
Mais, si je parte pas, ma belle
Y z'inquiéteront mes parents
Y mettront mon père en prison
Mon père, aussi ma tendre mère
De les autres je ne m'en soucie pas
Puisqu'y m'y laissent dans l'embarras." bis
4ème couplet
J'ai bien une quantité de frères
Mais de moi y ne s'en soucient pas
Ça serait leur grand plaisir et joie
Ça serait de m'y voir porter en terre
Ça serait leur grand plaisir et joie
Ça serait de jamais de m'y revoir. bis
Fin
Voici une autre chanson très en vogue au commencement du règne de Louis-Philippe, elle explique le soulèvement de la Vendée en faveur de la duchesse de Berry.
CHANSON D'HENRI V
1er couplet
2ème couplet
Voici le joli mois de mai
Que tous les chouans sont rassemblés (bis pour les deux premières lignes)
Pour aller à St-Porchaire
Eh bien !
Pour y voir les demoiselles
Vous m'entendez bien ! (bis pour les deux dernières lignes)
3ème couplet
L'arrivont chez madame Lagrand
Faut aller a i n'autre maison (bis pour les deux dernières lignes)
Allez chez la Denise
Eh bien !
Nous y voirons les filles
Vous m'entendez bien ! (bis pour les deux dernières lignes)
4ème couplet
L'arrivont chez madame Denise
Toutes les filles nous ont vus venir (bis ...)
Au milieu de la ville
Eh bien !
Nous faisons bonne mine
Vous m'entendez bien ! (bis ...)
5ème couplet
Allez-vous en charmants conscrits
Et ne revenez plus ici (bis ...)
Ici pour boire chopine
Eh bien !
Et non pour voir les filles
Vous m'entendez bien ! (bis ...)
Les deux chansons qui précèdent nous ont été dites et chantées par la femme Drochon Louise, née Bazin. - Les vieux grands-pères berçaient encore leurs petits enfants avec ces accents rustiques et leur répétaient les récits particuliers à la contrée et relatifs à la "Grande Guerre". Les Bleus n'y ont pas souvent le plus beau rôle. Ils y sont dépeints sous les traits les plus odieux ; ils égorgent les femmes, les enfants, pillent, brûlent et dévastent tout.
Ainsi se transmet, de génération en génération, tout en s'atténuant cependant avec le temps, la haine de la Révolution.
Paysan à cheval en 1800
AD79 - Monographie communale de Sanzay - J 1870/73 - 1899 / photos idem



