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La Maraîchine Normande
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23 décembre 2019

ALSACE - NOËL, NOEUDS ET SACRIFICES

 

noeud gordien z


Alexandre tranchant le noeud gordien par Jean-Simon Berthélemy


Les noeuds ont joué un grand rôle dès les premiers âges, si l'on en croit l'histoire du noeud gordien, porteur de mystère et d'espoir souvent déçu. La chose compliquée, l'imbroglio, ... s'appelle en langage courant "un sac de noeuds". Arriver à défaire un noeud, à dénouer, correspond donc à un acte de bonheur, de chance, à un heureux dénouement. Dans cette croyance populaire, la naissance était un dénouement puisque l'alsacienne parturiente attendait "e glicklichi entbindung".

C'est ainsi que, dans un village voisin de Bouxwiller, il m'a été donné d'assister à une scène merveilleuse de naïveté et de grande croyance et d'espérance. Une vieille femme, à qui je rendais visite, se promenait dans sa cuisine, ayant dénoué les rubans de son tablier et les lacets de ses souliers. A ma curiosité, elle répondit que sa bru était en couches et que, pour faciliter le "dénouement", elle avait elle-même défait tout ce qui était noué dans la maison.

Cette croyance à l'heureux dénouement, si touchante en elle-même, est signe de grande sagesse puisque la naissance était, jusque dans les dernières décennies, une aventure des plus hasardeuses et que la mortalité infantile atteignait souvent les 60 %.

Il n'est donc pas étonnant que l'on retrouve sur certains meubles polychrome, meubles de mariés, de nombreux signes en forme de noeuds encadrant la roue de la vie, la roue de la chance et le losange, appelant sur le ménage cette fécondité garante d'une vieillesse sereine au milieu de nombreux enfants nourriciers - puisque n'existaient encore ni la sécurité sociale ni l'allocation vieillesse.

Capture z

Et lorsque l'enfant était là, tout n'était pas encore pour le mieux dans le meilleur des mondes, car la mort le guettait encore tous les jours. Aucune garantie de vie, mais une profonde reconnaissance envers le ou les dieux propices. Et voilà pourquoi depuis toujours, les mères, après avoir emmaillotés leurs bébés les enveloppaient dans un ruban, symbole de l'offrance à ce dieu, maître de toute vie, mais aussi maître de la mort.

Et si au XIXe siècle, et même encore au XXe, nos grand'mères nous racontaient qu'il fallait serrer fortement le dos des bébés par un ruban afin que la colonne vertébrale soit tenue, c'est tout simplement que la foi originelle et que la connaissance antique n'étaient plus connues depuis bien longtemps. Qui pourtant ne se rappelle l'image biblique du sacrifice d'Isaac, remplacé en dernière minute par celle d'un agneau enrubanné amené par l'ange ? Ce même ruban, ne le retrouvons-nous point sur l'agneau pascal que nous allons acheter chez notre boulanger ? Et qui de nous pourtant repense à l'offrance et au sacrifice du Jésus biblique ?

Ces rubans étaient autrefois porteurs de versets et de phrases magiques. Il n'en est pour preuve que les dernières bandelettes entourant les momies. Et nous retrouvons dans la Bible une autre image d'offrance : Moïse, le guide, n'avait-il point été offert au Nil, emmailloté et enrubanné dans un berceau d'osier (l'osier a d'ailleurs longtemps servi à présenter les offrandes de fruits en corbeilles) ?

Et qui de nous repense, en cette période de Noël, au ruban qui entoure tous les cadeaux que nous faisons. Rouge, bleu ou rose, entourant le paquet fait avec amour ou collé en toute vitesse et avec renfort de colle par une vendeuse pressée de retrouver son foyer, ce ruban n'est rien d'autre que la pérennité d'un geste millénaire perpétré par les hommes, bien que, depuis longtemps, le sens profond de l'offrande leur échappe. Et maintenant, si d'aventure vous refaites un cadeau, pensez-y ! Mettez un ruban, faites-le avec amour, nouez le ruban, mais ne tranchez pas le noeud gordien ; ayez toujours la patience et la bonté de défaire le noeud. Et voilà le dénouement ... N'est-il pas heureux ?

 

 

A. MATT, Conservateur au Musées de Bouxwiller - 15.11.1980 - Revue Kocherschbari


Gordion, ancienne capitale des Rois de Phrygie. C'est dans le temple de Zeus à Gordion, qu'Alexandre trancha, d'un coup d'épée, le noeud gordien, dont un oracle disait que celui qui le dénouerait deviendrait le maître de l'Asie.

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