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La Maraîchine Normande
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19 décembre 2019

AUXERRE (89) PARIS (75) - NICOLAS-SYLVESTRE MAURE, CONVENTIONNEL (1743 - 1795)

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NICOLAS-SYLVESTRE MAURE est né à Auxerre, paroisse Saint-Pierre-en-Château, le 31 décembre 1743.

 

baptême st-Pierre-en-Château 1743 z

 

 

Son père était suisse ou garde du corps de l'évêque d'Auxerre, de Caylus.

 

Si l'on en croit Rétif de la Bretonne (Monsieur Nicolas, nouv. éd., t. VI, p. 103), NICOLAS MAURE, qu'il a connu en 1755 à Auxerre, était apprenti épicier dès cette époque. Il s'établit de bonne heure et cumula les fonctions d'épicier-confiseur et celles de négociant en denrées et marchandises de toute sorte.

 

Le 26 avril 1768, il épousa Anne-Thérèse Salomon, dont il eut huit enfants. Mais sa femme étant morte, il se remaria le 27 mai 1782 à Anne-Marguerite Fournier, soeur de Laurent Fournier, imprimeur à Auxerre. Il n'eut point d'enfants de cette seconde femme à l'aide de laquelle il éleva sa nombreuse famille. Ses affaires avaient prospéré ; c'était un notable négociant de la ville d'Auxerre et il était honoré des fonctions et du titre de juge consul.

 

En 1789, il prit part au grand mouvement de rénovation sociale et épousa avec enthousiasme les idées nouvelles.

 

En 1790, on le trouve assesseur du maire d'Auxerre comme juge de police et officier municipal. Au second renouvellement de 1790, il est élu par le district d'Auxerre membre du conseil général du département.

 

En 1791, ses relations politiques s'étendent ; il devient à Auxerre un personnage influent et fonde la première société populaire auxerroise sous le nom de Club patriotique.

 

C'est à cette occasion que MAURE publia son Essai sur l'Institution des Clubs patriotiques, sur leur importance pour l'instruction politique de la nation et la diffusion des idées nouvelles. Mais cette publication dénotait chez son auteur une grande inexpérience ; sur la double invitation des membres du Directoire et du District, il dut, malgré ses bonnes intentions, en rétracter plusieurs passages.

 

Les événements marchaient avec rapidité ; la France envahie faisait appel à tous ses enfants. C'est alors que l'exubérance et la fougue de l'ardent patriote se développent et se donnent carrière ; c'est alors que NICOLAS MAURE rend d'éclatants services à Auxerre et dans le département en organisant la défense du pays, en communiquant à ses compatriotes l'ardeur qui le dévore, sa haine contre les ennemis de la patrie, son indignation de voir la France envahie. Son activité fébrile que n'arrêtait aucun obstacle devenait un précieux instrument mis à la disposition de l'administration départementale qui avait à diriger dans sa sphère d'action les efforts gigantesques qui devaient sauver la France. Aussi ses services furent-ils vivement appréciés et fut-il tout désigné aux suffrages du corps électoral lorsqu'il fallut choisir des députés pour la Convention, suprême espoir de la nation.

 

A Paris, son énergie, son exaltation patriotique, sa foi profonde à la cause de la liberté, l'eurent bientôt fait connaître et la République, dès sa fondation, n'eut pas d'adepte plus zélé, sinon plus éclairé.

 

Son inexpérience politique, son instruction limitée, son activité quelquefois peu réfléchie, devaient en faire un instrument souvent inconscient du parti jacobin dont il devint l'un des coryphées sous le patronage de Marat et de Robespierre, après la mort de Le Pelletier, son ami et son premier guide. Mais on ne relève à sa charge aucun acte de cruauté, aucune participation à ces exécutions inflexibles des sectaires qui déshonorèrent le parti et détruisirent peu à peu tous les éléments républicains.

 

Sans doute, il vota la mort de Louis XVI, mais sommes-nous bien placés aujourd'hui encore pour peser impartialement cet acte politique du député d'Auxerre, ce jugement qu'il rendit avec sept de ses collègues de l'Yonne, avec la grande majorité des membres de la Convention nationale. Les patriotes ne virent que le monarque qui appelait l'étranger. Le salut de la patrie fit oublier la question d'humanité et l'on ne sut pas prévoir que ce prélude sanglant serait le signal d'autres mesures sans frein, qui n'auraient plus pour guides que le fanatisme et l'arbitraire.

 

Du reste, NICOLAS MAURE n'eut qu'une part relative et très limitée dans les grandes luttes de la Convention. Il fut, en effet, presque toujours envoyé en mission dans les départements. Ses collègues avaient apprécié l'activité, l'ardeur qu'il mettait en toutes choses et qu'il savait communiquer à ceux auxquels il s'adressait. Le verbe haut, le geste théâtral, la parole facile et imagée, il avait tout ce qu'il fallait pour embraser les administrateurs des départements, des districts ou des communes de ce feu dévorant qui fit faire des prodiges à tous les patriotes dignes de ce nom, permit à la France de lever quatorze armées en quelques mois et de pourvoir à l'équipement, à l'approvisionnement à la subsistance des masses envoyées à la frontière. C'est là le beau rôle du représentant MAURE et c'est ce qui le recommande au souvenir de ses concitoyens. Mais ce n'est pas seulement son seul titre au souvenir des bons Français, au suffrage de la postérité.

 

Envoyé successivement en mission dans divers départements avec un pouvoir discrétionnaire, il sut cacher, sous des dehors brusques, un coeur accessible aux sentiments d'humanité et concilier les devoirs du représentant, les exigences de la situation, avec son désir secret de faire le bien et de réparer les maux de la Révolution quand il le pouvait sans compromettre son autorité. Les départements où il fut envoyé en mission, l'Eure-et-Loir, l'Aube, le Loiret, Seine-et-Marne et l'Yonne, nous ont fourni beaucoup de documents qui attestent son humanité ; nous en citons plusieurs et nul doute qu'on en trouverait un grand nombre si l'on voulait continuer cette enquête.

 

Dans les cas désespérés où la vie d'un homme était en jeu, il employait quelquefois de singuliers moyens.

 

Tel celui du curé de Sennevoy, incarcéré dans la prison de Tonnerre pendant les plus mauvais jours et que MAURE visita au moment où il allait être dirigé sur le tribunal révolutionnaire de Paris, qui ne pardonnait guère aux prêtres réfractaires. "Sauve-moi, citoyen représentant, sauve-moi !" dit le curé Fournier en se jetant à ses pieds". - "Je n'ai aucun moyen de le faire, répond MAURE. Prêtre rebelle aux lois de la nation, tu es perdu, et je ne puis sans me compromettre moi-même retarder l'heure de ton départ." - Puis, sur de nouvelles supplications : "Je pourrais cependant venir à ton aide et sauver en même temps une personne que tu connais, si vous y consentiez tous les deux. Maries-toi, épouse cette personne ; de prêtre réfractaire, ennemi de la Constitution, tu sera de suite transformé en un citoyen utile, en un bon patriote et je signerai immédiatement ta mise en liberté." - La personne à laquelle MAURE faisait allusion était une religieuse, également recluse à Tonnerre, et qui devait faire partie du prochain convoi à diriger sur Paris. - Les malheureux, qui se voyaient perdus, s'accrochèrent à la seule et unique planche de salut qui leur était offerte, planche assez douce, du reste, et leur mariage fut célébré à Tonnerre en même temps qu'ils étaient mis en liberté. Ce trais historique pourrait paraître une page de roman si nous n'avions le soin de publier, à la date du 23 mai 1794, l'extrait du registre d'écrou qui constate le fait. Le moyen proposé par MAURE pour sauver la tête de deux personnes était héroïque, mais il n'en avait pas d'autre à sa disposition. Fit-il bien de l'employer ? Les deux intéressés pourraient seuls nous répondre.

 

FOURNIER z

 

Les 70 Avallonnais, signataires de l'adresse fédéraliste pourraient encore être pris à témoins des sentiments d'humanité qu'il ne cessa de manifester par ses actes, sinon par ses paroles. A la nouvelle de l'honorable mais imprudente démarche des électeurs d'Avallon, il sollicité l'honneur d'aller réprimer cette protestation contre les menées du parti jacobin. Après avoir fait arrêter 32 des protestataires et rempli de terreur la ville d'Avallon, il fit déposer dans les prisons de la ville tous les gens compromis en les menaçant d'un prochain retour et d'une punition terrible, mais, dans leur intérêt, il eut soin de ne pas revenir de suite ; puis, au bout de quelques mois, il fit relaxer la plupart des inculpés ; il ne fit réserver que cinq prisonniers jugés les plus coupables à cause de leur qualité d'administrateurs, et ces derniers inculpés furent mis en liberté après la chute de Robespierre.

 

Du vivant même de Maure, il a été jugé très diversement. Tandis que les uns l'accusaient d'outrepasser ses pouvoirs et d'exagérer les mesures révolutionnaires, d'autres lui reprochaient son modérantisme. Mais ce n'est pas seulement sur un acte qu'il faut juger un homme politique, il faut le suivre pour ainsi dire pas à pas pendant toute la durée du mandat qu'il eut à remplir. Pendant cette immortelle et terrible époque de notre histoire, si la conduite de MAURE fut l'objet de critiques plus ou moins justifiées, l'on verra dans le relevé des principaux faits auxquels il se trouva mêlé, dans les missions qu'il eut à remplir au nom de la Convention nationale, dans les discours qu'il prononça, tant à Auxerre qu'à la Convention et dans les départements, que partout et presque toujours, il faisait ce qui était possible pour faire concorder avec les intérêts privés, les mesures que le gouvernement et sa situation personnelle comme représentant l'obligeaient à prendre.

 

Citons encore quelques faits à l'honneur de NICOLAS MAURE. En 1794, Garnier de l'Aube lui reprocha d'avoir fait relâcher sans jugement vingt-six prêtres et onze femmes d'émigrés.

 

LIBERATIONS z

 

M.G. Moreau (Tonnerre pendant la Révolution, in-8°, 1889) donne des détails très intéressants et très précis au sujet du passage du représentant MAURE à Tonnerre pendant l'une de ses nombreuses missions. A cette époque, la ville de Tonnerre se trouvait en pleine ébullition par suite de la division des différents partis et de l'arrestation de dix-sept habitants accusés d'excitation à la guerre civile. Malgré la charge des accusations qui pesait sur ces exaltés, ils furent tous acquittés par le tribunal révolutionnaire, grâce aux renseignements envoyés par le représentant de l'Yonne.

 

Un contemporain tonnerrois, M. Jacquillat Despréaux, a également laissé des notes sur les luttes politiques qui passionnèrent la ville de Tonnerre pendant la Révolution. 

 

Nous renvoyons en même temps à l'ouvrage de M. Moreau, qui a rendu pleine justice aux efforts de N. MAURE pour conserver la paix à Tonnerre pendant sa mission et empêcher toute effusion de sang. Il serait à désirer qu'une étude semblable fût entreprise pour les villes d'Auxerre, Avallon, Joigny et Sens. Elle le sera sans doute un jour et l'on pourra faire ressortir davantage ses efforts de conciliation et ses travaux de tous les instants pour l'affermissement de la République et le salut de nos armées. On peut dire encore que c'est grâce aux mesures énergiques qu'il a prises à temps que le département de l'Yonne a été sauvé de la famine à plusieurs reprises.

 

Toujours dévoué pour sa ville natale, il se fit en toutes circonstances l'homme d'affaires de la municipalité lorsqu'elle avait à solliciter quelque faveur auprès du gouvernement. Quelque temps avant sa mort, il obtenait que l'école centrale revendiquée par la ville de Sens, serait installée à Auxerre. La ville obtenait en même temps, grâce à ses demandes réitérées, une subvention de 300.000 livres pour l'aider à faire des acquisitions de grains attendus avec anxiété par une population famélique.

 

Nous avons la preuve de tous ces faits par le texte des délibérations de la municipalité auxerroise. M. Demay, qui a dépouillé avec beaucoup de soin les registres où ils sont consignés, a bien voulu nous fournir la note suivante qui établit que ses rapports avec la municipalité furent excellents tant que le conseil de la commune fut composé de véritables républicains.

 

Le 5 pluviôse an III (22 janvier 1795), le corps municipal, adressant une demande de secours à la Convention, prie MAURE et Villetard, députés, "qui ont constamment employé leurs facultés en faveur de la commune", de la présenter.

 

A la séance du même jour, 5 pluviôse, MAURE envoie 300 francs pour les indigents ; il fait savoir en même temps qu'il est prêt à appuyer une demande de secours qui serait faite par la ville d'Auxerre.

 

Le 19 pluviôse an III (7 février 1795), lettre de MAURE relative à la pénurie des subsistances.

 

Le 27 pluviôse an III, une grande fermentation régnait dans la ville ; des menaces et voies de fait ayant été exercées contre les soi-disant terroristes par les exaltés du parti thermidorien, le conseil prend un arrêté pour assurer la tranquillité publique. On remarque dans cet arrêté cette phrase : "Quelques erreurs inévitables au milieu des orages d'une grande révolution ne doivent pas être regardées et poursuivies comme des crimes."

 

Le 12 ventôse an III (2 mars 1795), lettre de MAURE informant le conseil des démarches qu'il a faites pour obtenir un secours en grains du Comité de salut public. Il parle aussi de la difficulté d'obtenir l'Ecole centrale que Sens dispute à Auxerre.

 

Le 22 ventôse an III (12 mars 1795), lettre de MAURE au conseil au sujet de l'Ecole centrale qu'il a pu obtenir pour Auxerre. Par ce même courrier il prie de distribuer aux sections (la ville était distribuée en quatre sections, assemblées publiques et délibérantes et exerçant une grande action sur le conseil) le mot qu'il a prononcé en faveur des grands prévenus. (Ces grands prévenus étaient les membres de l'ancien Comité de Salut public, Barère, Billaut-Varennes, Collot d'Herbois)

 

Le 27 ventôse an III (17 mars 1795), le conseil adresse à MAURE et à la députation de l'Yonne ses remerciements pour l'obtention de l'Ecole centrale.

 

Le 22 germinal (10 avril), lettre de MAURE se plaignant de n'avoir pas été informé du mouvement du 9 germinal (reprise des temples par les catholiques qu'il qualifie de royalistes). Il lui sera répondu qu'il a été trompé sur la nature de ce mouvement qui est uniquement religieux.

NICOLAS MAURE était donc dans les meilleurs termes avec la municipalité auxerroise. Comment se fait-il cependant qu'il ait été dénoncé par elle et accusé d'avoir commis des exactions et des cruautés ? C'est là une objection qui vient de suite à la pensé lorsqu'on lit les articles biographiques qui lui ont été consacrés jusqu'ici et ont tous été copiés sur la biographie du royaliste Michaut ; cet écrivain s'est bien gardé d'aller au fond des choses et rechercher par qui le conventionnel MAURE avait réellement été dénoncé.

 

[MAURE fut dénoncé par la municipalité réactionnaire, substituée à l'ancienne, nommée par le représentant Mailhe, voilà la véritable explication de cette contradiction apparente des procès-verbaux de la municipalité auxerroise et de ses actes avant et après le 18 floréal an III.

 

En effet, aussitôt après la Terreur et la mort de Robespierre, la Convention envoya dans les départements des députés avec mission de faire cesser les mesures de rigueur, de relâcher les suspects, etc.

 

Guillemardet, représentant du peuple, arriva à Auxerre le 3 nivôse an III (25 décembre 1794).

 

Le 11 du même mois, il prend un arrêté épurant le conseil municipal qui avait été élu en pleine Terreur à la fin de 1793. Il destitue le maire, Robinet Pontagny, le remplace par Marie Guenot ; il destitue également quatre membres du conseil, savoir, Sallet, Rapin, Bréon et Sanglé, et les remplace par Chardon, homme de loy, Faurax père, Guilbert-Sautereau et Duru, propriétaires. Ce conseil fonctionne jusqu'au 18 floréal an III (7 mai 1795), date d'un arrêté pris par Mailhe, représentant du peuple réactionnaire, envoyé à son tour en mission à Auxerre et qui s'était présenté pour la première fois devant le conseil le 2 du même mois ; cet arrêté maintenait Marie Guenot comme maire, et remplaçait encore six membres de l'ancien conseil, accentuant ainsi davantage la tendance réactionnaire. Ce nouveau conseil ne renfermait donc plus que trois des membres élus en décembre 1793, savoir, Léon Perthuis, Duplessis, notaire, Lelièvre aîné, fripier, qui étaient sans doute les modérés du conseil.

 

Avec le conseil nommé par Guillemardet qui, sur onze membres (le conseil ne comptait alors que ce chiffre), comprenait encore sept membres élus en 1793, MAURE avait pu conserver de bonnes relations. Mais, à partir du 18 floréal an III, il n'eut plus aucun rapport avec la municipalité auxerroise, composée exclusivement de ses ennemis politiques. Ainsi s'explique la dénonciation atroce dont il fut l'objet, dénonciation mensongère, mais qui, coïncidant avec l'irritation de ses collègues de la Convention contre l'insurrection du 1er prairial, devait certainement le perdre.]

 

Après le 9 thermidor, une réaction violente contre le régime de la Terreur, exploitée avec habileté par les Royalistes, engloba en peu de temps dans la même réprobation tous les partisans du régime républicain. MAURE vit la République perdue, la réaction triomphante, et ses amis purent constater combien il était affecté et découragé. L'insurrection du 1er prairial an III (20 mai 1795) lui donna un instant l'espoir que les républicains d'action allaient redevenir tout puissants, et dans la disposition d'esprit où il était, il ne sut pas cacher ses sympathies secrètes pour Romme et ses adhérents.

 

Le 1er juin, il apprit qu'il était dénoncé à la Convention par son collègue Le Hardy. Le 2, il apprit encore que la nouvelle municipalité d'Auxerre, composée de réactionnaires, aussi ardents que l'avaient été les Jacobins, avait envoyé contre lui tout un réquisitoire le peignant comme un homme de désordre et de sang. Il recevait en même temps la nouvelle que ses amis d'Auxerre avaient été incarcérés. Tout le courage, toute l'énergie de MAURE l'abandonnèrent à la fois en présence de l'ingratitude de compatriotes pour lesquels il avait tant fait, et qui ne protestèrent point contre les agissements de la nouvelle municipalité.

 

Oubliant qu'il avait une famille à soutenir, des amis politiques à défendre, il songea au suicide et se tira un coup de pistolet à Paris à son domicile, le 3 au matin. La dénonciation ne fut lue à la Convention que le 4 juin, le lendemain où sa mort avait été annoncée.

 

NICOLAS MAURE ne se méprit pas sur le caractère de la réaction thermidorienne. La République qui avait sauvé la France et repoussé l'étranger, la République était bien perdue et sous les genoux de ses ennemis. Jamais à la Convention on n'avait tant dénoncé et proscrit. "Jamais, dit M. Claretie dans son beau livre (Les derniers Montagnards, Histoire de l'Insurrection de Prairial an III, Paris 1867), jamais la Terreur n'avait multiplié, avec cette féroce impatience, les décrets d'accusation. Il suffit, en ces heures de réaction hideuse, d'un nom jeté par un de ces thermidoriens pour que l'homme soit à l'instant proscrit. Les colonnes du Moniteur sont remplies de ces accusations laconiques qui équivalent à un arrêt ... Il fallait fuir pour échapper à ces fureurs ou se donner la mort de ses propres mains. Pas d'autre issue ... Et MAURE, un honnête homme, le représentant MAURE, dégoûté de cette sanglante comédie, allait se tuer, lui aussi, d'un coup de pistolet, pour en finir."

 

La mort du conventionnel auxerrois fut une protestation contre les excès tyranniques des thermidoriens.


 


 

Convention nationale - Séance du 16 prairial an III (4 juin 1795)
Présidence de Mathieu.

 

La commune d'Auxerre adresse à la Convention une dénonciation contre le représentant Maure, dont voici les faits principaux :

 

Maure a exercé, dans le département de l'Yonne, le despotisme le plus atroce. Par ses ordres, de nombreuses victimes ont été envoyées au tribunal de Robespierre. Cent soixante détenus ont été accablés de traitements insupportables, leurs épouses éplorées ont été indignement repoussées et brutalement insultées.
En messidor dernier, Maure consacra la Terreur en ordonnant une fête publique sous le nom de Fête de la Terreur. Les instruments de la mort ont été portés en pompe par les satellites de Maure qui, de retour à la Convention, se proclama impunément favori de Robespierre.
Depuis le 9 thermidor, Maure s'est élevé contre ce qu'il appelait l'oppression des patriotes ; c'est lui qui invitait la Société populaire d'Auxerre à rédiger les adresses factieuses réprouvées par la Convention nationale. Selon Maure, Duhem était le seul homme qui pût gouverner la République ; Carrier n'avait pour ennemis que des contre-révolutionnaires.

 

Cette dénonciation est renvoyée au Comité de législation. (Extrait du Moniteur).

 


décès de Nicolas Maure pétition z


 

 

TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DE LA FAMILLE MAURE
XVIIIe - XIXe siècles (sept Générations)


Jean-Joseph Maure de Chenens, du Saulgy, né sur la paroisse d'Antigny (Suisse), épousa Marguerite Salin.

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De ce mariage : Jacques-Joseph Maure de Chenens, baptisé le 19 juin 1714, sur la paroisse d'Antigny (Suisse). Il vint en France, à Auxerre, et devint suisse ou garde du corps de M. de Caylus, évêque d'Auxerre. Il fut marié le 23 avril 1742 à Edmée Meunier, de la paroisse Saint-Pèlerin d'Auxerre, en la paroisse de Saint-Pierre-en-Château de la même ville. Il mourut le 10 mars 1784, après être devenu marchand de bois à Auxerre.

 

De ce mariage :

 

1° NICOLAS-SYLVESTRE MAURE (le conventionnel), né à Auxerre le 31 décembre 1743 ; marié à Auxerre le 26 avril 1768 à Anne-Thérèse Salomon, née à Auxerre le 13 janvier 1749, décédée le 22 janvier 1782, et dont il eut les 8 enfants ci-après. Marié en secondes noces à Auxerre, le 27 mai 1782, à Marguerite Fournier, décédée sans enfants. NICOLAS MAURE, décédé à Paris, rue Thomas-du-Louvre, s'est suicidé ; il signait MAURE aîné.

 

2° Félicité Maure, née à Auxerre le 25 mai 1745, décédée le 21 mars 1818 ; a épousé le 10 janvier 1798 Claude-Eloi Legrand, rentier à Sens.

 

3° Jacques Maure, aubergiste, rue du Pont, à Auxerre, né à Auxerre le 5 août 1746 ; mort le 28 mai 1829 ; marié à Madeleine Villiers en 1784 ; appelé Maure le Jeune. Son frère ayant été nommé membre du Directoire de l'Yonne en 1791, il fut élu conseiller municipal à sa place et joua un certain rôle à Auxerre pendant la Révolution. Par arrêté de NICOLAS MAURE, représentant du peuple en mission dans l'Yonne, en date du 29 brumaire an II, il fut chargé du rassemblement des chevaux pour l'armée dans le département.

 

Jacques Maure eut trois enfants, deux filles et un fils.

 

L'aînée née en 1785, et baptisée sous le nom de Reine, épousa un négociant d'Auxerre, M. Roux, dont sont issus un fils, décédé, et une fille vivant encore actuellement.

 

La seconde Louise-Félicité, née en 1791, fut mariée à M. Marmottant Claude, négociant sous l'Horloge.

 

Quant au fils, né vers 1794, il s'appelait Guillaume. Engagé dans la garde d'honneur de l'Empereur, il est mort au service à 19 ans.

 

Pour compléter la généalogie de Jacques Maure, nous dirons que M. Claude Marmottant eut trois enfants : - Louise, épouse de M. Munier Prosper, ancien principal du collège d'Auxerre, dont est issue Claire Munier, épouse de M. Riban Joseph, professeur de chimie à la Sorbonne. De ce mariage : Madeleine, née le 10 février 1875, Jacques, né le 9 juin 1877, Paul, né le 24 janvier 1880 ; 2° Rosine Marmottant, épouse de M. Poubeau Pierre, ancien pharmacien à Auxerre, dont est issu Charles Poubeau, décédé en bas âge ; 3° Léon Marmottant, avocat à Auxerre, époux de Mlle Defert Camille, dont est issu M. Louis Marmottant, avocat.

 

DESCENDANCE DE NICOLAS-SYLVESTRE MAURE AÎNÉ, membre de la Convention, issue de son mariage avec Thérèse Salomon :

 

1° Thérèse Maure, née le 13 février 1769, morte le 29 août 1838. Mariée le 12 septembre 1792 à Pierre Micoin, orfèvre à Auxerre.

 

2° Jacques Maure, négociant, né le 16 août 1770, mort le 12 décembre 1835 ; marié le 17 février 1790 à Laurence Robin, fille du maître de la poste aux chevaux ; prit le nom de Maure aîné après la mort de son père ; fut maire d'Auxerre en 1815, membre du Conseil d'arrondissement en 1830 et 1831.

 

3° Claude Maure, né le 3 mai 1771 ; marié le 22 mars 1799 à Elisabeth Hochereau. Fut officier de cavalerie.

 

4° Maurice Maure, né le 22 septembre 1772, mort le 17 août 1832. Marié à Françoise Lallier. Fut confiseur à Auxerre.

 

5° Félicité Maure, née le 26 décembre 1773, morte le 23 mai 1828. Mariée à Jean-Baptiste Duplessis.

 

6° Laurence-Marie Maure, née le 10 février 1776, morte le 4 mars 1852. Épouse de Pierre Lesseré et en secondes noces de Hanri Lesseré. Elle fut la belle-mère de M. Laurent-Lesseré, ancien maire d'Auxerre en 1848.

 

7° Rosalie Maure, née le 19 juin 1779, morte le 19 octobre 1854. Mariée le 31 mai 1803 à François Aubert.

 

8° Laurence Maure, née le 8 octobre 1781, morte le 8 janvier 1799. Non mariée.

 

DESCENDANCE DE JACQUES MAURE AÎNÉ, issue de son mariage avec Laurence Robin :

1° François-Nicolas Maure, né le 20 mars 1791, mort le 12 février 1822. Marié le 10 février 1817 à Sophie Berault. Fut l'associé de son père.

De ce mariage : Hippolyte Maure, né le 30 novembre 1817, décédé en novembre 1876, conseiller à la Cour d'appel à Orléans. Sans enfants mâles.

2° Laurence Maure, née le 14 décembre 1794, morte en 1858. Mariée le 1er septembre 1818 à Guillaume Bertin, marchand de bois à Vermenton.

3° Jacinthe Maure, née le 19 novembre 1792, morte en 1793.

4° Achille Maure, né le 12 juillet 1796, mort en août 1876. Marié en décembre 1826 à Mélanie Le Paire. Négociant à Paris, puis industriel à Elbeuf.

5° Virginie Maure, née le 30 janvier 1798, morte en 1877. Mariée le 30 octobre 1823 à Charles Levillain Dufrick, décédé en 1854.

 

DESCENDANCE DE CLAUDE MAURE, connu dans la famille sous le nom de Maure-Hochereau :

1° François-Germain Maure, né le 29 janvier 1799, marié le 30 octobre 1827 à Louise Gibrat. Fut négociant à Bourmont. Décédé le 8 décembre 1842. De ce mariage : François-Charles Maure, né le 5 août 1828, marié le 29 novembre 1858 à Laurence Pierson. Fut conseiller à la Cour de Nancy. D'où un fils, Marcel Maure, né le 21 octobre 1859, et 2 filles.

2° Charles Maure, né le 25 juillet 1805. Marié le 29 octobre 1835 à Félicité Nau. Fut négociant à Paris. Mort à Arras. De ce mariage : Claude-Alfred Maure, né le 10 août 1836, marié le 26 mai 1863 à Célestine Brachelet. Actuellement distillateur à Sainte-Catherine près Arras. D'où : Germain Maure, né le 24 février 1864, lieutenant au 110° de ligne à Dunkerque ; Adrien Maure ; Charles Maure, frères jumeaux nés le 26 mars 1876.

3° Louise-Isabelle Maure, née le 16 mars 1808. Mariée le 30 mai 1827 à Adolphe Baudoin, industriel à Bourmont. De ce mariage, deux filles.

 

DESCENDANCE DE MAURICE MAURE, confiseur à Auxerre :

1° Rosalie Maure, née le 4 janvier 1803, mariée le 25 juin 1827 à Julien Proust, qui fut avoué et juge à Sens.

2° Laurence Maure, née le 4 avril 1806. Mariée le 26 octobre 1825 à Jean-Baptiste Mérat, confiseur à Auxerre.

 

DESCENDANCE DE ACHILLE MAURE, négociant à Paris :

1° Pierre-Edmond Maure, ingénieur des chemins de fer et des usines Cail et Cie, né en novembre 1827 ; marié en avril 1865 avec Mlle Giroux de Buzaraingues.

2° Louise-Emilie Maure, née le 14 janvier 1839 ; mariée en juin 1858 à Marie-Léon Ringuier, industriel à Soissons (Aisne).

 

DESCENDANCE DE PIERRE-EDMOND MAURE, ingénieur à Paris, 10, avenue Percier :

1° Marguerite Maure, née le 13 avril 1866. Ancien élève de l'Ecole polytechnique, officier d'artillerie à Châlons-sur-Marne. Dernier représentant de la branche aînée.

3° Marie Maure, née en janvier 1871, décédée en juin 1872.

4° Madeleine Maure, née le 20 juillet 1875, décédée le 29 novembre 1889.

 

Annuaire historique du département de l'Yonne - 56e année - sixième volume de la troisième série - 1892 - p. 156 à 272

 

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Commentaires
G
Merci pour le partage de l'histoire de NICOLAS-SYLVESTRE MAURE
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La Maraîchine Normande
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