CHÂTEAUNEUF-EN-THYMERAIS (28) - PARIS (75) - MICHEL-HENRI GIBERT, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE STOFFLET (1750 - 1831)
MICHEL-HENRI GIBERT est né à Châteauneuf-en-Thymerais (Eure-et-Loir) le 7 novembre 1750, baptisé le même jour en l’église paroissiale Notre-Dame.
Michel-Henri GIBERT procureur du roi près la cour des Fermes du roi en l’élection de Saumur en Anjou, juge au tribunal du district de Bourgueil en 1790, franc-maçon, membre du directoire de Saumur jusqu’au 9 juin 1793 puis du comité d’administration de la ville, porté sur une liste de suspects, il rejoint les armées catholiques et royales de Vendée dans la Contre-Révolution, d’abord comme garde-magasin en chef de l’habillement à Cholet, il fait la campagne du Maine avec les fonctions de maréchal-général, est blessé de deux coups de feu à Savenay.
Rentré en Vendée il est choisi en 1794 par le général Stofflet comme secrétaire général de son conseil, avec brevet de lieutenant-colonel de cavalerie. Compromis par sa correspondance il est arrêté à Paris le 10 février 1802, amené au Temple, puis conduit aux îles Sainte-Marguerite par ordre de Bonaparte, et passe douze années en captivité ; il ne recouvre la liberté que le 1er avril 1814.
Recommandé à Louis XVIII, il est nommé gentilhomme servant de la maison du roi et obtient, avec la conservation de son grade de lieutenant-colonel, la croix de Saint-Louis en récompense de ses services et souffrances.
Il est l'auteur d’un Précis historique sur la guerre de Vendée publié à Paris la même année (Pour découvrir ce document, voir AD85 - Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes) - SHD 1 M 499).
MICHEL-HENRI GIBERT est décédé aux Batignolles près Paris le 2 janvier 1831, âgé de 80 ans.
Nous reproduisons ici les mots de l’historien Roux-Alphéran qui fit sa connaissance, l’espace de quelques heures, au cours de l’hiver 1812 :
"Dans la soirée du 27 janvier 1812, nous vîmes dans les prisons d'Aix, l'un des derniers rejetons de l'honorable famille Gibert. Sur quelques indications incertaines, il nous avait fait prier d'aller le voir, croyant qu'il existait quelque parenté entre nous. Il nous apprit qu'il s'appelait Michel-Henri Gibert, ancien procureur du roi à l'élection de Saumur, en Anjou. Lors des premiers troubles de la Vendée, il avait pris parti dans l'armée catholique et royaliste sous les ordres du général Stofflet qui lui avait conféré le grade de lieutenant-colonel, et il avait combattu pendant plusieurs années contre les bleus. A l'époque de la pacification de la Vendée, il avait été excepté de l'amnistie, et le premier consul Bonaparte, l'avait envoyé comme prisonnier d'État aux îles de Sainte-Marguerite, où il était demeuré pendant dix ans.
La gendarmerie le reconduisait à Paris, de brigade en brigade comme un malfaiteur, lorsque nous le vîmes, et il ignorait le sort qui lui était réservé. Il ne coucha qu'une nuit à Aix et repartit le lendemain au point du jour. Dans le courant de quelques heures que nous passâmes ensemble à la conciergerie, nous nous entretînmes de son oncle et de ses grands oncles qui ont illustré notre ville ; de son cousin Gibert Desmolières ; de M. Étienne-Michel Gibert, son père, natif d'Aix, frère de Joseph-Balthazar. Il nous apprit qu'Étienne-Michel était mort procureur du roi à Saumur, et que le recteur de l'université de Paris avait attiré dans la capitale ses deux neveux, devenus orphelins, à la mort de leur père, mort à Aix de la peste, en 1720. Enfin il s'établit une telle confiance entre nous, que nous parlâmes politique et fûmes bientôt convaincus que nous partagions l'un et l'autre au fond du coeur, les mêmes opinions.
Près de quinze ans s'écoulèrent ensuite, sans que nous eussions pu nous procurer des nouvelles de ce galant homme, lorsque le hasard nous en donna. Il ne nous avait cependant point oublié, mais il ignorait ce que nous pouvions être devenu. Une petite succession qui lui était obvenue, l'obligea de rechercher quelques titres à Aix. C'est alors qu'il nous apprit qu'étant encore resté plus de deux ans dans les prisons de Paris, il avait enfin été mis en liberté par l'empereur de Russie, Alexandre, lorsque ce monarque avait fait relâcher tous les prisonniers d'État, au mois d'avril 1814. Madame de Montboissier, fille de l'illustre M. de Malesherbes, l'un des défenseurs de Louis XVI, l'avait ensuite recommandé à Louis XVIII, et l'avait fait nommer gentilhomme-servant dans la maison du roi. Son grade de lieutenant-colonel lui avait été conservé et il avait obtenu la croix de Saint-Louis, en récompense de ses services et de ses souffrances. Quoiqu'il fût âgé de 76 ans, lorsqu'il nous écrivait, il courait tous les jours les rues de Paris, à pied, comme pour se dédommager, nous disait-il de sa longue captivité. Ce loyal et franc royaliste mourut à Paris, le 2 janvier 1831, avec le regret sans doute, d'avoir vu s'écrouler encore une fois le trône des Bourbons. Il laissait un frère cadet qui lui survécut jusqu'au 8 février de la même année 1831, et en qui cette famille s'est éteinte. Celui-ci a légué à la ville d'Aix les portraits du canoniste Gibert, du recteur de l'université et de l'académicien du même nom ; portraits qui se trouvaient dans une des salles de la bibliothèque Méjanes, à l'Hôtel-de-ville."
Pierre Gibert, savant théologien et canoniste, né à Aix, le 5 octobre 1660, mort à Paris en 1736 ; Balthazar Gibert, son cousin, né à Aix, le 17 janvier 1662, célèbre professeur d'éloquence, recteur de l'université de Paris, mort en 1741 ; et Joseph-Balthazar Gibert, neveu de ce dernier, né à Aix, le 17 février 1711, membre de l'académie des inscriptions et belles-lettres, secrétaire-général de la librairie, et des ducs et pairs de France, mort à Paris, en 1772.
Joseph-Balthazar Gibert eut pour fils N... Gibert Desmolières, né à Paris, et député de cette ville au conseil des Cinq-Cents en l'an V (1797). Son royalisme prononcé le fit proscrire à l'époque du 18 fructidor, et il fut déporté à Sinamary où il mourut en fort peu de temps.
Son père, Etienne-Michel GIBERT licencié ès lois et avocat au parlement et au siège royal de Châteauneuf-en-Thymerais, au nord-ouest de Chartres, nommé bailli de Pontgouin, puis procureur du roi à Saumur en Anjou, acquiert des biens à Sousan et le domaine du Pont-de-la-Ville en Neuillé de Jean-Baptiste Le Mesle des Granges ; né le 20 juin 1720 et ondoyé le même jour par le curé de Saint-Cannat, suppléments de cérémonies le 19 novembre 1722 en la cathédrale Saint-Sauveur d’Aix (parrain Michel Mériaud, garde du roi, marraine Catherine Gros) ; épouse Jeanne Charlotte BAUFRE, fille de Jean-Baptiste, notaire royal de Châteauneuf-en-Thymerais, et de Jeanne Elisabeth VELLARD (décédée le 18 mai 1744).
Vendéens et Républicains dans la guerre de Vendée - Tome Ier - Frédéric Augris
Les Rues d'Aix - de François-Ambroise-Thomas Roux-Alpheran - Tome Ier
AD28 - Registres paroissiaux de Châteauneuf-en-Thymerais
État-civil de Paris en ligne.




