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La Maraîchine Normande
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10 février 2017

SAUMUR - VARRAINS (49) - FRANÇOIS BONTEMPS DIT BAYARD, GÉNÉRAL DE BRIGADE

FRANÇOIS BONTEMPS

 

Bontemps François

 

Saumur, au milieu du XVIIIe siècle, est une petite ville comme tant d'autres en France. Assise entre la Loire et le coteau, elle regarde couler le fleuve entre ses rives bordées d'osiers et de saules ... Elle porte des bateaux qui s'en vont lentement à la mer avec les récoltes de blé de toute la vallée. Le coteau est couvert de vignes, vertes au printemps, dorées et rouges à l'automne. Les habitants travaillent, chantent et parlent volontiers en regardant les horizons bleus et gris où frémissent les peupliers de la vallée. Plus loin, ce sont les coteaux de Vernantes aux sapinières plus sombre, les landes de bruyère et d'ajonc, les bois touffus de Fontevrault, au confluent de la Vienne et de la Loire.

Saumur Fenet

Sur la levée de la Loire, Notre-Dame des Ardilliers, adossée au coteau, près d'une place ombragée de grands arbres. Entre Notre-Dame et Saumur, le faubourg de Fenet, appuyé au coteau, abrite une population laborieuse : patenôtriers, bosquetiers, fondeurs, qui vit des importants pèlerinages ; les maisons de tuffeau regardent la Loire. Les siècles, les générations passent sans grands évènements.

BONTEMPS baptême N

C'est là que naquit François Bontemps le 1er juin 1753 (paroisse Notre-Dame de Nantilly). Ses parents, de moyenne bourgeoisie, sont maîtres fondeurs, marchands, maîtres "bosquetiers", ce qui veut dire qu'ils dirigeaient une petite industrie pour la fabrica&tion de toutes sortes d'objets en cuivre ou en bronze : grands chaudrons, bassinoires ornées, chandeliers argentés. Ils occupaient plusieurs ouvriers, on disait "des garçons" à l'époque. Ils étaient en relations d'affaires et d'amitié avec les moines de Fontevrault. C'étaient des gens religieux ; Anthoine Bontemps, marquillier de sa paroisse et président de la Fabrique, et Renée Gauchas, pensaient devoir à Dieu, un de leurs fils et être honorés de ce choix qui, de plus, donnait à la famille des avantages sociaux et matériels. Si rien dans les goûts de François et dans ses moyens intellectuels ne s'y opposait, on le dirigeait vers l'Église. François était intelligent, bien doué. Il avait beaucoup de charité pour les pauvres. Il était vif et emporté, mais revenait vite. Il avait une conception d'esprit prompte et rapide, une imagination brillante, une mémoire heureuse, beaucoup de vigueur et une volonté ferme.

Il fit trois ans de bonnes études au collège de Doué, puis ses humanités chez les Oratoriens de Saumur.

En 1770, il entre au séminaire d'Angers pour y faire sa philosophie. Il reçoit la tonsure et revêt la soutane. Mais il hésite, et se sent attiré par une vie plus active. Le métier des armes lui semblait une plus agréable vocation. Il a un peu peur du cloître et des "éternels engagements". Il est déchiré entre ces deux vocations, la crainte de déplaire à ses parents, de se tromper. "C'est Dieu, disait-il, qui fit naître les hommes dans les différentes conditions, qui les appelle par là-même à occuper tel ou tel poste. Je ne crois pas qu'il me veuille dans la cléricature plutôt que dans un camp. Du reste, le camp, comme l'Église, a besoin de zélés défenseurs".

Il pria, consulta, et, avec l'assentiment de son directeur, il s'engagea à dix-neuf ans, le 1er avril 1772, au régiment du Roi-Infanterie, sans donner avis à ses parents. Il a changé la soutane contre l'habit blanc doublé de bleu, revers et collet bleu bordés de laine aurore avec neuf brandebourgs de chaque côté. Veste et culotte blanche, boutons d'or avec une fleur de lys, chapeau tricorne avec une bordure aurore. "Une belle figure, dit Édouard, les formes d'un Hercule, d'une taille de cinq pieds six pouces, de beaux yeux bruns brillants et vifs, la fraîcheur de la jeunesse lui faisaient espérer un brillant avenir".

Besançon et Nancy sont ses garnisons. Il est nommé caporal à seize mois de service ; un an après, le 1er octobre 1774, il est sergent et porte le galon d'or à l'habit et au chapeau. Quelques années à Caen, sur la côte, pendant la guerre d'Amérique.

Le moraliste Vauvenargues avait servi peu avant à Roi-Infanterie ; il écrivait : "Parce qu'on est gentilhomme on fait la guerre, quoiqu'on n'ait ni patience, ni santé, ni activité, ni amour des détails, qualités essentielles dans un tel métier". Quelque temps après, il quitte l'armée, après avoir écrit au ministre de la Guerre : "J'ai passé toute ma jeunesse loin des distractions du monde. Je suis pénétré, Monseigneur, qu'une confiance que j'avais fondée sur l'amour de mon devoir se trouve entièrement déçue. Je sers depuis huit ans en France et en Bohême dans les emplois subalternes sans promesse et sans espérance." Et le capitaine de Vauvenargues meurt, à trente-deux ans, des suites de la congélation de ses jambes lors de la campagne de Bohême.

Bontemps, qui n'est pas gentilhomme, possède santé, patience, activité, amour des détails. Il y fut formé à Roi-Infanterie. Nous ne sortons pas de notre sujet, car cela explique, avec sa bravoure, son succès à la tête des volontaires de l'Eure et sa belle carrière.

Pourtant, comme Vauvenargues, Bontemps ne voit pas d'issue, du moins celle qu'il souhaitait à sa carrière militaire et plutôt que de rester indéfiniment "dans les emplois subalternes", il demande son congé qu'il obtient le 4 mari 1784.

Il revient à Saumur. Sa mère est morte, en 1782, sans qu'il l'ait revue. Il doit en avoir quelque remords.

Tout ce que son père lui dira, il se l'est dit en route : "Tu vois où t'ont mené tes désirs de gloire. Tu rentres à trente et un ans avec, en poche, un congé de sergent-fourrier. Nous avions fait de grands sacrifices pour tes études, et maintenant que vas-tu faire ?"

Quelque emploi de basoche, les affaires de son père, tout cela lui paraît terne.

L'homme aux deux vocations retrouve la première. Nous ne savons quelle vie il a mené au service, mais son esprit est resté droit, son coeur net, sa foi vive et, la grâce de Dieu aidant, il arrive à se dire : "Pourquoi pas le cloître ? C'est une autre armée avec sa discipline, sa vie en commun, son austérité ; on y mène d'autres combats et il y faut du courage". Cette route qui mène au ciel permet une ambition légitime, un accroissement moral et social. Ses premières études l'y préparent ; sa mère le souhaitait. C'est une solution normale et raisonnable qu'il va prendre librement.

Dans son style apprêté, Édouard nous raconte son arrivée au couvent. Il se présenta à Mme d'Antin, qui avait pris le voile le 1er juin 1753, jour de la naissance de Bontemps, et lui dit d'un air "à la fois modeste et martial" : "Madame, je viens vous offrir mes services et me ranger sous les bannières de votre institut, puissé-je mériter d'en porter les livrées".

Mme d'Antin le releva avec bonté et le fit conduire à l'Habit où il commença son noviciat.

Une lettre de lui, de 1784, à son frère, nous éclaire sur ce qu'il pense et nous montre qu'il n'y eut ni vocation forcée, ni vocation intéressée : "Je t'écris pour te donner une idée de la position dont je jouis dans mon nouvel état. L'étiquette du mot "cloître" a quelque chose, par elle-même, qui répugne à la jeunesse ; moi-même, pendant longtemps, en ai été affecté, mais combien aujourd'hui ne suis-je pas revenu sur ce compte, combien, dis-je, n'y trouvé-je pas de ressources. Si je puis juger de l'avenir par le présent, tout m'y rappelant, je dois être heureux. Je veux être désormais un nouveau moi-même, et puisqu'il est vrai que le ciel me fasse la grâce de m'appeler à lui, il n'est rien que je ne veuille faire pour le mériter."

Cinq ans se passent dans le travail et l'étude. Plusieurs lettres nous disent ses difficultés et ses succès. Bontemps a maintenant trente-cinq ans, depuis quatre ans il est au cloître. Il nous plaît de l'imaginer menant une vie sage et réglée, d'étude et de méditation, entre ces murs célèbres où sont les tombeaux des rois d'Angleterre, et où il est venu chercher le calme. On ne trouve pas chez lui de mystiques élans, ni de vaines récriminations ; point de chimères, point de rêves ambitieux. Dans ses lettres, nulle allusion "aux idées nouvelles". Non, il a fixé son but ; il est permis à l'Angevin, qui a vécu aux paysages où vivait alors Bontemps, de s'attendrir de vive sympathie pour ce coeur raisonnable, qui mène au mieux l'affaire de son salut, mais qui ressent vivement les entraves à ses affaires présentes. Un saint eut remercié Dieu des contretemps. Nous aimons Bontemps de n'être pas si parfait et de réagir comme à sa place nous aurions fait. Il vit à Fontevrault, riche abbaye ; il vit entre le coteau chargé de belles vignes et la vallée où poussent les blés épais et les foins odorants. Il y a des bois ; il y a la Loire. Il est impossible, dans ce pays aux paysages si humanisés, de monter tout entier au ciel. On y élèvera son âme, on y tournera son effort, mais on y a la nostalgie d'une belle terre, et on partage son coeur.

Bontemps, angevin, sait que toute peine mérite salaire, et dans ces dernières années d'un monde qui va finir, ce qu'il déplore, c'est que son ordination soit retardée et qu'on le frustre du fruit de ses travaux. Et pourquoi ? Pour l'Assemblée du clergé de 1788, prélude à la réunion des États généraux, pour les préparatifs de la révolution de 1789, toutes choses auxquelles, dans son esprit pratique, il ne pensait guère, non plus que beaucoup de ses contemporains.

C'est en 1789 que François Bontemps fut ordonné prêtre. Il est à Saumur, le 18 août 1789, pour la sépulture de son père, Anthoine Bontemps, mort à soixante et onze ans.

Il y a quelque ironie du sort à voir son but atteint, au prix de grands efforts, au moment où tout est remis en question. Il eut un ensemble de chances et de malchances. Ses affaires ne vont pas comme il l'a souhaité, mais il passe à côté des grands malheurs. Tout s'arrange. L'abbesse avait désigné le P. Bontemps pour un poste de confiance "qu'on donnait aux hommes d'âge et d'expérience". Il fut nommé deuxième confesseur des religieuses du prieuré de Collinances, dans le diocèse de Meaux. Il fait ses adieux à sa famille, achète un cheval et se met en route au début de 1790. Tout est bien compromis déjà. Le 1er novembre 1789, l'Assemblée déclare biens nationaux les biens d'Église. Le 13 février 1790, l'Assemblée ne reconnaît plus les voeux monastiques. Mais nous avons une lettre du R.P. Bontemps du 4 mars 1790, à son frère, de son nouveau poste.

Il raconte son voyage par Blois, Orléans, Paris, où il n'a pas voulu séjourner à cause des circonstances. "Enfin, dit-il, je me suis déterminé, quoiqu'il m'en ait beaucoup coûté, à partir pour joindre mon aimable désert. Celui-ci est borné par deux montagnes, au milieu desquelles a été bâtie une grande maison et cinq ou six baraques environnées de bois, d'étangs et de forêts. Voilà, dit-il, l'idée de nos brillants palais ! Quel que soit ce portrait, ne va pas croire que je m'y trouve mal. Il n'en est rien, à portée de voir, quand il me plaît, des dames toutes plus aimables les unes que les autres ; je sais me dédommager de la bizarrerie de la nature et trouver, près d'elles, les remèdes les plus flatteurs et plus certains contre l'ennui. Depuis mon arrivée, j'ai vu indifféremment toutes ces dames, sans m'attacher à aucune particulièrement. J'ai cru, pour me concilier tous les esprits, que c'était là la marche que je devais suivre. En effet, je m'aperçois que je suis singulièrement bien vu de toutes. Puissent les révolutions des temps ne rien changer à mes petites affaires et tout ira bien. Puissé-je habiter longtemps mon aimable désert et ne pas éprouver la disgrâce de me voir forcé de l'abandonner. Comme seigneurs, nous avons le droit de chasse, et celui de la pêche également. Que nous reste-t-il maintenant à désirer ?" Il invite son frère à aller le voir et l'attend le 2 may."


François Bontemps jouit de biens qui déjà ne lui appartiennent plus. Est-il mal renseigné ? Espère-t-il que, malgré tout, tout cela s'arrangera ? On en est encore à la période de l'enthousiasme. C'est le moment du "bout de chemin" avec la révolution. Pour la fête de la Fédération, 14 juillet 1790, le duc de Noailles se fait faire une brouette d'acajou pour aller travailler lui-même aux terrassements du Champ-de-Mars. Les prêtres bénissent les arbres de la liberté, et c'est le clergé qui, en s'unissant au tiers état, déclanche la révolution.

Le 19 septembre 1790, Bezin, membre du district de Crépy-en-Valois, se rend à Collinances pour recevoir les déclarations des religieuses. La plupart déclarèrent "vouloir rester dans leur ordre tant que la communauté subsisterait. Et le dit jour est comparu le R.P. Bontemps, lequel nous a déclaré être dans l'intention de rester dans son ordre tant que ladite communauté subsisterait ; autrement il se réserve de profiter des décrets et d'aller vivre dans sa famille".

Vers ce temps-là, il reçut des nouvelles de Fontevrault. Le 14 juillet 1790, les agents de la force publique y firent inventaire, fermèrent l'abbaye, et Rosalie Labrou fut constituée gardienne des sceaux.

En même temps, Bontemps avait reçu des nouvelles de Saumur. Ses frères l'avertissaient de l'état d'esprit d'intolérance religieuse et de persécution qui animait le district de Saumur. Il se décide "à fixer son domicile à Villers-Cotterets, district de Soissons, sa maison professe étant supprimée. Fin janvier 1791, le Révérend Père Bontemps part comme aumônier des volontaires de l'Eure, formés en camp de Meaux. L'histoire de son duel est connue. Il tue un officier qui l'avait insulté.

[Insulté grossièrement par un officier, il lui dit : "Le prêtre vous pardonne, mais le citoyen vous demande raison de l'insulte". On se rend sur le pré : l'officier quitte son habit, l'aumônier sa soutane ; le fer se croise, et, après quelques passes, l'agresseur tombe mort aux pieds de l'offensé. L'abbé, avec le plus grand sang-froid, se remit en garde et dit aux officiers qui étaient venus assister au combat : "Vous allez sans doute, Messieurs, venger la mort de votre camarade ; je vous attends". Tous lui tendent la main.]

Il est nommé lieutenant au bataillon de l'Eure. Il instruit et discipline ses rudes volontaires, fait campagne avec eux à l'armée du Rhin. On a raconté l'histoire du coup de main, sous Landau, où, avec cent grenadiers choisis par lui, et dans des circonstances difficiles, il fait prisonnière une forte grand garde autrichienne sans un coup de feu, sans un bruit, affaire qui lui valut le surnom de "Bayard". A la suite de ce coup d'éclat, il est nommé premier lieutenant-colonel du 11ème Bataillon des Vosges le 1er avril 1793.

Le Bataillon Bontemps va faire durement campagne à l'armée du Rhin, puis à l'armée du Nord. En octobre 1793, il prend part, sous Jourdan, à la bataille de Landrecy. La belle conduite du bataillon et de son commandant, lors de l'incendie du village de Saint-Hubert, en Belgique, est portée, le 12 janvier 1794, à la connaissance de la Convention qui applaudit. En mars 1795 sont constituées les demi-brigades. Bontemps est nommé colonel de la 175ème demi-brigade. Il monte la garde au Rhin sous les ordres de Jourdan et de Kléber en liaison avec Bernadotte. La 175ème demi-brigade devient la 67ème demi-brigade. A sa tête, Bontemps prend part au combat de Bamberg, le 4 avril 1796, de Sarchenie le 7 août, de Salzbach le 17 août, d'Amberg le 20 août, à la bataille de Wurtzbourg le 3 septembre, au combat de Giessen le 16 septembre.

Il y a de nombreux documents : citations à l'Ordre, lettre de Kléber félicitant les braves de la 67ème demi-brigade, lettre du général de division félicitant le colonel Bontemps.

En 1798, le 1er bataillon de la 67ème demi-brigade a beaucoup souffert. En novembre, il a 2.050 hommes ; en janvier suivant, 1.490 ; en février, 686 hommes seulement. L'armée de Mayence est devenue l'armée du Danube. Le 20 mars 1799, combat d'Ostrach ; Bontemps est blessé en menant la charge. Le 25 mars 1799, bataille très dure de Stockack, contre un ennemi très supérieur en nombre. Le colonel Bontemps est nommé général de brigade sur le champ de bataille par le général Jourdan, commandant en chef. Bontemps est le brigadier du général Soult, à l'armée d'Helvétie, sous Masséna. Il prend une part importante à la bataille de Zurich contre les Austro-Russes. Le 3 mai 1800, Bontemps combat glorieusement à la bataille d'Engen, plus connue sous le nom de Stockack (deuxième bataille du même nom) qui, en fixant l'ennemi, permit à Bonaparte ses succès en Italie ; bataille très dure, dont le poids pesa pour la plus grande part sur la brigade Bontemps qui eut de lourdes pertes. Le général Bontemps fut blessé en menant la charge. Le 13 mai 1801, bataille de Maestrich ; Bontemps rétablit la situation en enlevant à la baïonnette les hauteurs de Mulhausen ; il fut grièvement blessé. C'est la fin de la période active du général Bontemps.

On s'est demandé pourquoi Bontemps avait quitté le service en pleine ascension ? Les uns ont dit que son amitié pour Moreau l'avait fait disgracier par Napoléon. Sur documents, c'est inexact. La demande de Bernadotte au ministre de l'avoir à l'armée de Vendée, où comptait des parents et des amis chez les Vendéens, lui fit probablement décider davantage une retraite que sa santé et son caractère demandaient. Mal remis de ses blessures, il revint à Saumur chez ses frères et soeurs. Il ne sait s'il pourra reprendre du service. Il goûte un repos bien mérité, retrouve avec joie le pays de son enfance quitté depuis dix ans. Non sans mélancolie il entend le récit du pillage et de la destruction de Fontevrault, de la fuite, en habit de paysanne, de la dernière abbesse, Mme d'Antin. On lui raconte la prise de Saumur par les Vendéens, les combats meurtriers, la fuite de Berthier sur la route de Tours ; puis le retour des républicains, l'échafaud en permanence sur la place de la Bilange, les excès et les crimes de la Terreur. Ce guerrier, qui n'était pas un sanguinaire, dut être heureux du retour d'une période plus calme.

Non sans peine, après plusieurs années de démarches administratives, à la suite de l'intervention de son camarade Berthier et par décision de l'empereur, il obtient une retraite de 2.300 francs.

C'est alors, le 30 germinal an XIII, en 1804, que le général Bontemps achète une maison de maître du XVIIIème siècle, un clos, un potager, des vignes sur la commune de Chaintres. Il y a des caves, une courdoire, un pressoir ; cela avait été la maison de campagne des Oratoriens, les anciens maîtres de François Bontemps.

Cette maison était située non loin de Fontevrault dont on apercevait, à quelques kilomètres, les bois touffus. Elle est encore telle qu'à l'époque. On l'appelle aujourd'hui le château de l'Oratoire.

Nous nous plaisons à voir vivre là, dans le pays de son enfance et de son âge mûr, le général dans le calme d'une vie champêtre. Il y reçoit des amis et des parents : l'ancien moine Besnard ; les dames de Saint-Sauveur, anciennes religieuses de Fontevrault, fixées dans le pays ; le sénateur du Maine-et-Loire, Lemercier, avec qui il est lié ; on détruit, en 1804, la magnifique église du couvent de Saint-Florent pour installer la Sénatorerie. Il est un notable de Saumur. Il n'est pas riche ; il est revenu pauvre de l'armée Moreau ; à l'armée du Rhin on n'emplissait pas ses poches comme à l'armée d'Italie, mais Bontemps est de goûts modestes et se trouve, avec sa retraite, assez riche pour vivre bourgeoisement et aider largement les malheureux.

A la création de la Légion d'honneur, il a été nommé membre de la Légion le 20 frimaire, an XII (1803). L'année suivante il est élevé à la dignité de commandant de la Légion d'honneur.

Le 10 août 1806, le grand chancelier écrit à son cher confrère, le général Bontemps, pour l'informer que sa majesté impériale et royale a décidé qu'il ferait partie du collège électoral de Maine-et-Loire en qualité de commandant de la Légion d'honneur.

Tous ces documents, que nous n'avons pas le temps de citer en entier, nous donnent l'idée de la rapidité des évènements ; en quelques années, on passe du "citoyen ministre" à son Excellence, puis à son Altesse Sérénissime le Prince Archichancelier, à Mgr Berthier, Maréchal de l'empire. Mais c'est toujours le même personnage.

En 1807, le général Bontemps achète un charmant hôtel particulier sur le quai de la Loire, non loin de sa maison natale. Porche d'entrée servant de remise, cour, salle à manger, salon, des chambres en haut, le tout orné de tapisseries, trumeaux avec leurs attiques, un poële à dessus de marbre dans le salon, écuries et caves en voûte

L'hôtel, de style Empire, neuf alors, est toujours en bon état (49, place Alain-Targé).

Bontemps y retrouve les paysages de son enfance : la Loire chargée de bateaux de blé et de vin, les rives bleues de saules et d'osiers, et les merveilleux couchers de soleil sur le fleuve. Il a un cheval à l'écurie, un petit personnel dévoué qui, à cette époque de chômage, était facile à trouver.

Il conduit ses promenades à Fontevrault, par la vallée ou le coteau, va à sa maison de Chaintres voir ses jardins et ses vignes, recevoir des ams, à Saint-Florent, voir son ami, le sénateur Lemercier. Vêtu d'une grande redingote, bleue ou marron, éclairée de la grosse rosette rouge de la Légion d'honneur, coiffé du chapeau évasé, il est dans Saumur l'objet de la considération générale. Niveleau, le modèle du père Grandet, le salue au passage, et s'étonne qu'un tel homme ne pense pas à gagner de l'argent.

Il vivait de plus en plus dans la retraite. Il s'était mis en règle avec l'Église par l'entremise de Mgr Montault des Iles, son camarade de collège, alors évêque d'Angers, qui fut le grand pacificateur en des situations difficiles. Le concordat n'avait pas autorisé la réouverture des cloîtres. Personne n'était obligé d'y rentrer. Bontemps, du reste, resta fidèle à son voeu de célibat et ne se maria pas. C'est un côté remarquable de cette vie, qu'on n'y voit pas passer la moindre silhouette de femme. Bon frère, bon oncle, bon parent, son ami Besnard dit : "Dans l'ancienne chapelle de Chaintres transformée en salon, était une belle peinture de la Vierge provenant de Fontevrault" ; ceci explique peut-être cela."

En 1808, il dit à une de ses nièces : "Je ne désire plus rien, j'ai servi ma patrie, je retourne servir Dieu".

Le moine et le soldat avaient tous deux gardé leur place.

Après le passage de l'empereur à Saumur, en 1808, Bontemps, à qui il avait donné une tabatière d'argent avec une couronne de baron, reçut le titre de baron d'Abaumont, titre qu'il ne fit pas enregistrer et ne porta jamais.

Bontemps voyait au Moniteur les défections de Moreau, de Bernadotte, la mort de Desaix et de bien d'autres, la promotion des maréchaux, ses camarades. Desaix, Gouvion Saint-Cyr, Soult, Ney, Baraguay d'Illiers, Hoche, Marceau avaient été ses chefs, ses égaux ou ses inférieurs. Il préférait sa retraite de sage ; il était pourtant de la classe des plus grands ; il y ajoutait des vertus. Il était, comme le vin de son clos de Champigny, peu connu, mais égal en qualité aux grands vins de Bordeaux et de Bourgogne qui proviennent du même plant. Il convient de le mettre à son rang. Ce n'est pas un grand homme de petite ville, c'est un grand homme tout court. Sa santé, altérée par les épreuves morales et des blessures physiques, s'aggrava. C'est l'année où Grandet vendit si bien son vin qu'il mourut chez lui, à Saumur, le 29 octobre 1811, à cinquante-neuf ans, pleuré de ses parents, regretté de ses concitoyens, béni par les pauvres.

Il était mort avant les tristesses du déclin de l'Empire et l'invasion, qui eut tant fait souffrir son coeur de patriote. Le conseil de fabrique de Varrains, dans sa délibération du 5 avril 1812, décide :

"Le conseil ayant connu les grands services que le général Bontemps a rendus à l'État par les hautes qualités qui l'ont toujours distingués dans le service militaire et par son humanité envers les pauvres, donne un terrain d'un mètre pour y faire élever un mausolée qui sera respecté et conservé de tous temps à moins que survienne une force majeure pour le détruire."

 

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Il eut de magnifiques funérailles et reçut les honneurs militaires et ecclésiastiques. Il avait demandé qu'on le mit à découvert pour recevoir le feu des salves funèbres, et, lors de la translation du corps dans le nouveau cimetière, la trace des balles et ses os brisés attestaient que son dernier voeu avait été rempli.

 

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"Mon général, dans le petit cimetière de Varrains, sous la petite pyramide où sont mises en croix votre épée de Roi-Infanterie et celle de général de la République, dans le calme d'un doux paysage angevin, dormez en paix".

 

Bontemps décès

 

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JEAN CELLÉRIER
Extrait : Société des Lettres, Sciences & Arts du Saumurois - 54ème année - n° 112 - Février 1963

 

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