LYON (69) SAUMUR (49) - CAMILLE-ABRAHAM CARREFOUR DE LA PELOUZE, OFFICIER D'ARTILLERIE (1734 - 1793)
Fils d'Abraham Carrefour de la Pelouze, chevalier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Colonel Directeur en chef d'Artillerie en la province de Bretagne, et de Dame Gabrielle-Marie Vernas, CAMILLE-ABRAHAM CARREFOUR DE LA PELOUZE est né le 27 avril 1734 à Lyon, où son père était en garnison.
Camille-Abraham embrassa la carrière des armes et fut successivement capitaine d'artillerie en 1760, chevalier de Saint-Louis en 1770, chef de brigade au régiment de Grenoble.
Son mariage, à Nantes, paroisse Saint-Similien, le 4 septembre 1764, avec Thérèse Foucault, fille d'Écuyer Michel Foucault , conseiller secrétaire du Roi , maison Couronne de France et des Finances, & riche armateur de Nantes, le mit à la tête d'une fortune considérable.
Retiré du service en 1778, il alla d'abord habiter une propriété qu'il avait dans la paroisse de Blou, puis acquit le 8 juillet 1779 le château de La Tremblaye (paroisse de Meigné-sous-Doué). Il passait l'hiver à Saumur.
En mars 1789, il fut élu secrétaire de l'assemblée de la noblesse du Saumurois.
En mars 1793, le Comité de Sûreté générale le fit consigner en sa maison pour "incivisme". La prise de Saumur par les Vendéens le libéra, il fut nommé gouverneur de la ville et du château, fit une proclamation ardemment royaliste et catholique.
Après l'évacuation de la ville, il se retira en son château de La Tremblaye, où il hébergea les Bleus en fuite à la suite de leur échec à Vihiers.
Arrêté le 2 août sur l'ordre du Comité révolutionnaire de Saumur, il fut emprisonné à Tours, puis transféré à Saumur où il comparut devant la Commission militaire le 28 août.
Condamné à mort, il fut guillotiné le jour même, à six heures du soir, sur la place de la Bilange.
L'acte de son décès fut rédigé un mois plus tard, le 28 septembre 1793.
Extrait de son interrogatoire :
Camille-Abraham Carrefour, dit la Pelouse, 60 ans, ex-officier d'artillerie :
D. Si son fils n'est pas venu à Saumur avec les brigands ?
R. Qu'il ne le croit pas, car il l'aurait vu, à quelque prix que ce fût, et qu'il serait venu l'embrasser.
A lui représenté, s'il était républicain, comment il nous dirait que si son fils était venu à Saumur, il l'aurait embrassé, lui qui est un ennemi de la République ?
R. Que c'est par un sentiment de la nature, et qu'on est fils avant d'être citoyen, bon à quelque chose pour sa patrie.
A lui représenté que, puisqu'au lieu de repousser son fils avec un sentiment d'indignation, il lui aurait accordé le baiser paternel, il l'approuve donc dans sa démarche ?
R. Qu'il ne croit pas que la nature puisse laisser à un père un sentiment d'indignation contre son fils.
Signé : Parein, président ; Marcelin ; Millier
LA LIBERTÉ OU LA MORT
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, UNE ET INDIVISIBLE
JUGEMENT
DE LA COMMISSION MILITAIRE ÉTABLIE PRÈS L'ARMÉE DES CÔTES DE LA ROCHELLE,
PAR LES REPRÉSENTANS DU PEUPLE FRANÇAIS;
Qui condamne à mort CAMILLE-ABRAHAM CARREFOUR, dit LAPELOUZE, ancien Officier d'Artillerie, ci-devant Noble & Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, atteint & convaincu de crimes de haute trahison envers la République.
Séance publique tenue en la ville de Saumur, le 28 août 1793, l'an deuxième de la République Française une & indivisible, & le premier de la mort du TYRAN.
Sur les questions de savoir si Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, ancien Officier d'Artillerie, ci-devant Noble & Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, est coupable :
1° - D'avoir eu des intelligences avec les Brigands de la Vendée.
2° - D'avoir porté la cocarde blanche & la ci-devant Croix de Saint-Louis.
3° - D'avoir rédigé une proclamation en qualité de Commandant de la Place & du Château de Saumur, pour prêter & faire prêter serment de fidélité à un prétendu LOUIS XVII
4° - Enfin d'avoir présenté aux Chefs des Brigands, un plan de défense pour le Château & la Ville de Saumur.
Considérant qu'il est prouvé au procès que Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, nommé par les Brigands, Commandant de la Place & du Château de Saumur, aussi-tôt qu'ils ont eu ces postes à leur disposition, a composé en cette qualité une proclamation tendante à faire prêter serment de fidélité à un prétendu LOUIS XVII, laquelle proclamation a reconnue être entièrement écrite de sa main ;
Considérant qu'il a lui-même prêté ce serment, & qu'aux termes de ladite proclamation qui finit par ces mots, VIVE LE ROI ; il a déclaré qu'il n'y avoit été contraint ni par la force ni par la crainte ;
Considérant qu'il est également prouvé qu'il a présenté aux Chefs des Brigands, un plan de défense pour la Place & le Château de Saumur, lequel plan il a reconnu être écrit & signé de lui ;
Considérant enfin que l'ensemble de tous ces faits démontre impérieusement que Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, a conspiré pour détruire la République & rétablir la Royauté.
LA COMMISSION MILITAIRE déclare que Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, est atteint & convaincu de crimes de haute-trahison envers la République. ...
La Commission Militaire condamne Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, à la peine de mort.
Et sera le présent Jugement exécuté dans les vingt-quatre heures, conformément à la Loi.
En conséquence les Biens de Camille-Abraham Carrefour, dit Lapelouze, sont confisqués au profit de la République, sauf à pourvoir sur lesdits Biens confisqués, à la subsistance des père, mère, femme & enfans qui n'auroient pas d'ailleurs des biens suffisans pour leur nourriture & entretien.
Et sera le présent Jugement imprimé & affiché.
Ainsi prononcé d'après les opinions par Pierre-Mathieu Parein, Président ; François Millier, François Laporte, Antoine Félix, & Jean-François-Julien Marcelin, tous membres de la Commission Militaire établie près l'Armée des côtes de la Rochelle, par les Représentans du Peuple Français, en séance publique tenue à Saumur, le 28 août 1793, l'an second de la République Française, une & indivisible, & le premier de la mort du TYRAN.
Signé au Registre, PAREIN, Président ; MILLIER ; LAPORTE ; FÉLIX, & MARCELIN.
HUDOUX, Secrétaire.
A Saumur, chez D. M. DEGOUY, Imprimeur du District.
La Pelouze ne sortit de l'interrogatoire que pour marcher au supplice : interrogé à Saumur le 28 août, il fut exécuté le même jour.
On avait saisi sur lui un plan d'organisation de défense, et une proclamation.
Le 23 août, sa femme avait réclamé sa mise en liberté dans une lettre conçue dans les termes les plus convenables.
AD49 - Dictionnaire de Maine-et-Loire
AD85 - Archives Militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes) - SHD B 1/329-11
AD44 - Registres paroissiaux de Nantes, paroisse Saint-Similien.
AD49 - Registres d'état-civil de Saumur
Essai sur la Terreur en Anjou par M. Camille Bourcier - 1870



