SAINT-MARTIN-L'AIGUILLON (61) - LES FRÈRES GUILLOUARD, JACQUES-JOSEPH ET JULIEN-LAURENT
JACQUES-JOSEPH GUILLOUARD, né au Grand Brais (paroisse de Saint-Martin-l'Aiguillon) le 16 août 1734, fit ses études au collège royal des Jésuites d'Alençon, et reçut le sacerdoce en 1761. Après avoir rempli pendant quelque temps les fonctions de chapelain, il fut envoyé comme vicaire à Belfonds, paroisse voisine de Séez, et, le 31 août 1785, nommé curé de cette paroisse. Il assista, comme membre de l'Ordre du Clergé, à l'assemblée général des trois ordres qui se tint à Alençon, et prit part à la rédaction des cahiers du clergé et à l'élection de ses députés aux États généraux.
Ayant refusé le serment, il fut remplacé dans la cure de Belfonds le 3 juillet 1791, et résolut de rester caché à Saint-Martin-l'Aiguillon et d'administrer les sacrements dans cette région.
On conserve, notamment à Saint-Ellier, un registre renfermant plusieurs actes de baptême signés de sa main. Il figure sur la liste des émigrés publiée à Alençon le 27 mars 1793.
Après le Concordat, il fut proposé comme desservant de Saint-Martin-l'Aiguillon, sa paroisse natale ; mais sa santé altérée l'obligea à refuser ces fonctions, que l'étendue de la paroisse rendait très pénibles. Il se décida cependant à accepter sa nomination à Sainte-Marie-la-Robert, paroisse beaucoup moins importante, où il mourut le 16 août 1810, à l'âge de 76 ans.
JULIEN-LAURENT GUILLOUARD, né au Grand Brais le 10 août 1745, fit, comme son frère aîné, ses études au collège des Jésuites d'Alençon. Il y remporta de grands succès, et les termina en obtenant le prix d'honneur de rhétorique le 24 août 1763. Ordonné prêtre le 23 mars 1771, il fut nommé vicaire de Sainte-Marguerite-de-Carrouges, puis, le 1er septembre 1773, curé de Chahains ; en 1789, Monseigneur d'Argentré lui conféra le titre de doyen d'Annebec.
Comme son frère, il refusa le serment et il partit pour l'exil au mois de septembre 1792 ; il figure comme lui sur la liste des émigrés, publiée à Alençon, le 27 mars 1793.
Il se rendit d'abord en Angleterre, puis accompagna son Évêque, Monseigneur d'Argentré, à Maëstricht, et de là à Münster. Aussitôt la paix religieuse rétablie, il rentra en France, après avoir prêté serment à la Constitution de l'An VIII, suivant en cela les conseils de Monseigneur d'Argentré.
Il fut proposé par le nouvel Évêque de Séez, Monseigneur Boischollet, pour la cure cantonale de Carrouges, et il figure à ce titre sur le tableau des placements convenus entre l'Évêque et le Préfet de l'Orne, le 6 décembre 1802. M. Legallois, vicaire général de l'Évêché, dans son registre intitulé Personnel de l'Évêché, donne sur lui la note suivante :
"M. Julien-Laurent Guillouard, ancien doyen d'Annebec, l'aigle de tout le canton par la science, le zèle, la prudence, la piété, la fermeté ..."
Mais les souffrances de toutes sortes et les privations de l'exil avaient altéré sa santé, comme celle de son frère l'avait été par les fatigues de sa vie de proscrit, et il dut refuser l'offre qui lui était faite. Il passa le reste de sa vie au Grand Brais, aidant sa belle-soeur, devenue veuve, dans la tâche difficile de l'éducation de ses six enfants. Il est mort à Brais, au mois d'avril, à l'âge de 85 ans.
Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne - 1903 - (T22) - p. 518 - 519



