SAINT-LAURENT-DE-LA-PLAINE (49) CHÂTEAU-GONTIER (53) - ARRESTATION DE M. RENÉ BOURIGAULT, CURÉ INSERMENTÉ
Né à Saint-Laurent-de-la-Plaine le 9 décembre 1761, M. René Bourigault fut ordonné prêtre au mois de décembre 1789, et nommé vicaire dans sa paroisse natale. Le curé de Saint-Laurent, M. Bourdais, mourut le 3 octobre 1791. La paroisse resta confiée à M. Bourigault et à son confrère, M. Moreau. Mais dès le 30 octobre, les deux vicaires durent évacuer le presbytère et ne plus paraître à l'église, par suite de l'installation de l'intrus, qui eut lieu ce jour-là. Tous deux refusèrent d'obéir à l'arrêté du 1er février 1792 qui enjoignait à tous les prêtres insermentés de venir résider à Angers. A partir de cette époque, ils furent contraints de se cacher, et ne reparurent au grand jour qu'au moment de l'insurrection générale de la Vendée (12 mars 1793), mais le voisinage de Chalonnes les força le plus souvent à disparaître. M. Moreau passa la Loire avec l'armée catholique et royale, le 18 octobre 1793, et fut guillotiné à Angers, le 18 avril 1794.
Quant à M. Bourigault, il resta caché à Saint-Laurent. Le 28 juillet 1794, il fait coter et parapher le registre paroissial, à Neuvy, par l'abbé Bernier, "commissaire général pour le roi dans l'Anjou et le Haut Poitou". Quand la pacification de Saint-Florent-le-Vieil fut signée (2 mai 1795), M. Bourigault rétablit le culte public à Saint-Laurent, non pas à l'église qui avait été incendiée par les colonnes infernales, mais dans une salle du presbytère transformée en chapelle. Grâce à son initiative, les travaux de construction de l'église furent mis en adjudication le 1er mai 1797, mais le coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797) ruina toutes les espérances. M. Bourigault fut encore obligé de se cacher et de n'exercer le ministère que clandestinement.
La loi du 6 juillet 1798 ayant autorisé des visites domiciliaires pour l'arrestation des agents de l'Angleterre, des émigrés rentrés et des prêtres réfractaires, les gendarmes de Chalonnes (Blon, Moriceau, Ménard et Diet) se portèrent à Saint-Laurent-de-la-Plaine, le samedi 11 août. "Nous avons aperçu, disent-ils dans leur procès-verbal, un individu qui sortait de la cure pour se soustraire à notre vue. L'ayant joint, nous lui avons demandé qui il était. Il nous a dit être le curé de cette commune. Ensuite, nous lui avons demandé son nom, son âge, à quoi il a répondu se nommer René Bourigault, âgé de 37 ans, né à Saint-Laurent, n'ayant point obéi aux lois. Nous l'avons sommé de nous suivre devant le juge de paix du canton de La Pommeraye."
Le juge de paix se nommait Jacques-Pierre-Jean Fleuriot et demeurait à Montjean. Il l'interrogea le même jour, 11 août :
"Quels sont vos nom, prénom, âge et profession ? René Bourigault, 37 ans, prêtre catholique. - Vous êtes-vous soumis aux différentes lois qui exigent la soumission de vos pareils ? Je ne m'y suis point soumis. - Quelle est la raison de votre refus ? La raison de la conscience. Je n'ai pas exercé depuis la loi du 19 fructidor, qui nous enjoint de nous soumettre aux lois de la République. - Où vous êtes-vous tenu depuis ce temps-là ? Je n'ai eu d'autre domicile que la cure de Saint-Laurent. - Pourquoi avez-vous fui à la vue des gendarmes et n'avez-vous pas continué votre dîner ? On m'avait dit que les gendarmes arrivaient ; sachant qu'on cherchait les prêtres, c'est la raison qui m'a fait fuir. - Avez-vous fait des mariages, dit des messes et exercé d'autres fonctions ? Je n'ai point exercé publiquement, mais dans ma chambre. - Quelles sont les personnes qui vous servaient ? La veuve Maugeais et sa fille ; je faisais faire mon jardin à coût de journées. - Avez-vous habité d'autres endroits que la cure et n'avez-vous pas découché ? Non, mais j'ai découché quelquefois. - N'avez-vous point été exporté ? Non, je ne suis jamais sorti de la Vendée".
Le juge de paix décerna un mandat d'arrêt contre M. Bourigault, que les gendarmes conduisirent, le 13 août, à la prison de la Rossignolerie, à Angers. Le 15 août, le commissaire du Directoire près l'administration cantonale de La Pommeraye mandait à son collègue près l'administration départementale : "La gendarmerie de Chalonnes a capturé Bourigault, prêtre, demeurant à Saint-Laurent. Il a été conduit chez le juge de paix, à qui il a déclaré qu'il n'exerçait plus ses fonctions en public depuis la loi du 19 fructidor, mais qu'il les faisait secrètement."
Le 24 août, le commissaire du Directoire près l'administration centrale du département demanda qu'on statuât sans retard sur le sort de M. Bourigault, et le lendemain les administrateurs angevins décidèrent qu'il serait d'abord interrogé par le juge de paix du premier arrondissement d'Angers.
En conséquence, ce magistrat se rendit, le 5 septembre, à la prison de la Rossignolerie, et procéda à un nouvel interrogatoire :
"Quels sont vos nom, âge profession et demeure ? René Bourigault, 37 ans, prêtre catholique, demeurant à Saint-Laurent-de-la-Plaine. - Où demeuriez-vous avant la Révolution ? J'exerçais depuis deux ans les fonctions de vicaire à Saint-Laurent. - Avez-vous prêté le serment ordonné par l'Assemblée Constituante le 27 novembre 1790 ? Non, des raisons de conscience m'en ont empêché. - Où étiez-vous pendant la guerre de Vendée, avez-vous obéi à l'arrêté du département (1er février 1792) qui ordonnait aux prêtres non assermentés de se rendre à Angers ? Je ne suis point venu à Angers, parce que n'ayant point de fortune je n'aurais pu y vivre ; je suis toujours resté à Saint-Laurent pendant la guerre, et depuis la pacification : je me cachais dans les bois. - Avez-vous exercé le culte catholique depuis que vous avez refusé le serment ordonné ? Je n'ai point exercé le culte pendant la guerre et jusqu'à la pacification, parce que j'étais obligé de me cacher ; je l'ai exercé depuis la pacification jusqu'au 18 fructidor. A cette époque, il était permis d'exercer ce culte ; la force armée qui était dans la commune, en avait connaissance. Depuis le 18 fructidor, je n'ai point exercé publiquement ; quelquefois j'ai dit la messe dans ma chambre, mais j'étais seul alors. Depuis le 18 fructidor, avez-vous fait des mariages et tenu des registres de ces mariages ? Non. - Avez-vous fait la déclaration ordonnée par les lois (30 mai et 29 septembre 1795) à tout ministre du culte qui voulait exercer ses fonctions ? Je n'ai fait aucune soumission ni déclaration, au moyen de ce que je ne connaissais pas les lois ; le pays n'était point organisé et il n'y avait point de municipalité. - Avez-vous été déporté et n'êtes-vous pas sorti du territoire de la République ? Non, je suis toujours resté à Saint-Laurent et logeais à la cure. - Avez-vous pris part à la guerre de Vendée et avez-vous conseillé aux habitants de prendre les armes ? Non."
Le 3 novembre, l'administration centrale de Maine-et-Loire mandait au Ministre de la Police : "Conformément à votre lettre (16 octobre 1798), nous vous faisons parvenir l'arrêté que nous avons pris dans notre séance de ce jour, portant que les nommés Bourigault, Gendron et Guillon, prêtres, atteints et convaincus d'insoumission aux lois de la République, ainsi qu'il résulte de l'interrogatoire que chacun d'eux a subi devant le juge de paix, seront déportés et conduits à l'île de Ré, lieu indiqué par votre lettre du 30 germinal" (19 avril 1798). Cet arrêté fut approuvé le 15 novembre par le Ministre de la Police, et M. Bourigault arriva à l'île de Ré le 5 décembre 1798.
Un des co-détenus de M. Bourigault nous donne les renseignements suivants dans ses Mémoires : "Deux prêtres angevins, nommés Abafour et Bourigault, compagnons d'étude du fameux Bernier (curé de Saint-Laud, négociateur du Condordat), s'adressèrent à lui pour obtenir leur liberté sans condition. Celui-ci en parla à Fouché. Fouché donna l'ordre à son commissaire d'exiger d'eux la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VIII. Ils la refusèrent. Abafour s'évada, Bourigault fut jeté dans les cachots."
Le 2 décembre 1801, le préfet de Maine-et-Loire écrivit à son collègue de Charente-Inférieure : "Les habitants de Saint-Laurent-de-la-Plaine m'invitent à solliciter la mise en liberté et le renvoi dans leur commune du prêtre Bourigault, encore détenu à l'île de Ré. Assuré que ce prêtre trouvera dans cette commune l'exemple de la soumission aux lois et qu'il s'y rendra digne de l'indulgence du Gouvernement, je n'hésite point à vous prier de lui délivrer un passeport pour s'y rendre."
Libéré enfin le 17 mai 1802, M. Bourigault revint à Saint-Laurent-de-la-Plaine. Il y trouva une église neuve, qui avait été inaugurée le 25 avril 1800. Depuis son départ en 1798, la paroisse avait été secrètement gouvernée par M. Grellier, vicaire à Neuvy, qui, en 1800, avait été nommé desservant par M. Meilloc, administrateur apostolique du diocèse d'Angers.
Lors de la réorganisation concordataire des paroisses (10 décembre 1802), M. Bourigault fut nommé curé de Champtocé. En 1803, il donna sa démission pour aller exercer les fonctions de professeur au collège de Château-Gontier, dont M. Horeau, son parent, était redevenu principal. En 1816, on lui confia, en outre, l'aumônerie des Ursulines de Château-Gontier et il fut nommé chanoine honoraire du Mans en 1820. Il mourut le 20 octobre 1837.
L'Anjou Historique - Janvier 1926 - vingt-sixième année.
AD49 - Registres paroissiaux de Saint-Laurent-de-la-Plaine
AD53 - Registres d'état-civil de Château-Gontier



