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La Maraîchine Normande
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24 octobre 2016

BEAUPRÉAU - CHEMILLÉ (49) - MARGUERITE-RENÉE- FRANÇOISE GUILLON, VEUVE BAILLERGEAU (1747 - 1793 ?)

Marguerite-Renée-Françoise Guillon naquit à Notre-Dame de Beaupréau le 16 août 1747, de Laurent Guillon, maître cirier, et de Marguerite Charon. Le 24 novembre 1767, elle épousa Jacques Baillergeau, notaire royal apostolique du diocèse d'Angers, dont l'étude se trouvait à Notre-Dame de Chemillé.

 

GUILLON MARGUERITE BAPTEME

 

Il y avait quatre paroisses à Chemillé, et tous les prêtres qui les desservaient, refusèrent de prêter le serment à la constitution civile du clergé, solennellement condamné par Pie VI les 10 mars et 13 avril 1791.

Dès le 29 mai 1791, MM. Cochard et Hudon, curé et vicaire de Saint-Pierre, furent remplacés par l'intrus Loret. Le même jour, M. Mesnard, curé de Saint-Léonard, fut remplacé par l'intrus Lefebvre. Quant à l'église Notre-Dame, desservie par MM. Malterre et Blanvillain, curé et vicaire, l'administration révolutionnaire la fit fermer le 11 juin 1791 ; de même pour l'église Saint-Gilles, dont était curé M. Morigné.

MM. Mesnard, curé de Saint-Léonard, Morigné, curé de Saint-Gilles, et Cochard, curé de Saint-Pierre, durent partir le 12 septembre 1792 pour la déportation en Espagne. A cause de son grand âge, M. Malterre resta en prison à Angers jusqu'au 17 juin 1793. Au contraire, MM. Blanvillain et Hudon purent échapper aux recherches et restèrent cachés à Chemillé ou aux environs.

Mais voici que dans la soirée du 13 mars 1793, les Vendéens s'emparent de la ville de Chemillé ; les intrus de Saint-Léonard et de Saint-Pierre se sauvent, et on rouvre les églises de Notre-Dame et de Saint-Gilles. Le 17 mars, dimanche de la Passion, l'abbé Blanvillain célèbre solennellement la messe à Notre-Dame, en présence des Vendéens en armes ; les vêpres sont chantées, avec le même appareil, dans l'église Saint-Léonard.

Chemillé - ancienne église Notre-Dame

L'armée Vendéenne eut à peine quitté Chemillé, après le "grand choc" du 11 avril 1793, que Mme Baillergeau fut dénoncée au Comité de Surveillance du département de Maine-et-Loire.

Voici cette pièce, que l'on croit avoir été rédigé par Sauvaget, négociant à Saint-Léonard :

Dès 1789, elle prit un parti contraire à la Révolution ; elle quitta sa société et se concentra avec les Blouin (demeurant au faubourg des Forges, à Chemillé), La Morlais (médecin à Melay) et autres anti-révolutionnaires. Depuis ce moment, elle n'a cessé de tenir une assemblée de prêtres, de prétendues dévotes et autres personnes malintentionnées.

Elle a toujours été et est constamment l'écho de Blouin, La Morlais et ci-devant nobles jusqu'à ce jour, chez lesquels elle allait par des portes détournées, notamment chez La Morlais, où se tenait un club aristocratique auquel assistaient plusieurs femelles.

Elle a conjointement couru les processions de Belle-Fontaine et du chêne de Saint-Laurent-de-la-Plaine, répandu de faux miracles, distribué de petits habits (sacrés coeurs), livrets, brefs, etc.

Depuis le 12 mars dernier, sa maison a été la retraite des nommés Hudon (vicaire à Saint-Pierre), Blanvillain (vicaire à Notre-Dame), Morin (vicaire à Saint-Lézin) et autres prêtres, de d'Elbée et autres commandants de l'armée chrétienne ; chez elle ils mangeaient, et tous, chaque jour, lui rendaient leurs hommages. Comme sa fortune n'était pas assez forte pour frayer à cette dépense, il est à présumer que la maison Blouin ou La Morlais y frayait, ou quoi que ce soit les brigands. On observe qu'elle est outrée en tout : lors de la mort du dernier Capet (21 janvier 1793) elle fit des jérémiades sans fin, sonna à toute sa coterie l'alarme. Depuis le dimanche 17 mars, les prêtres ci-dénommés ayant célébré la messe à Notre-Dame de Chemillé, béni l'église et été reprendre les vases et ornements à Saint-Léonard, elle y a toujours assisté, même harangué ou prêché sur les marches de la chaire, distribué des livrets pour faire amende honorable de sa conduite passée.

On observe encore qu'on a lieu de croire que le prêtre Blanvillain, ci-devant vicaire de Notre-Dame, a déposé chez elle les vases et ornements.

Sur ses harangues, on peut faire entendre ses nièces Baillergeau, demoiselles Thubert, Menuau, qui pourront déclarer les autres.

Sa coterie était les filles Lefèvre, Flatereau et beaucoup d'autres de cette trempe, tous mauvais sujets, ainsi que les femmes et filles Rochard, Proust, dont partie se rassemblaient chez elle ou chez La Morlais.

Le 20 avril, Coulonnier, Papin et Gautret, membres du Comité de Surveillance, ordonnent l'arrestation de Mme Baillergeau, réfugiée à Saint-Lambert-du-Lattay. Brideau, commandant du poste de Saint-Lambert, l'arrête le 22 avril et charge Gircourt, quartier-maître-trésorier de la 35e division de la gendarmerie à pied de Paris, de la conduire au Comité de Surveillance.

Écrouée au château d'Angers, Mme Baillergeau comparaît le 26 avril devant le citoyen Rabouin, juge de paix du 2e arrondissement :

... A elle demandé à quelle époque elle a été instruite du mouvement que les contre-révolutionnaires faisaient pour s'emparer de la ville de Chemillé. - A répondu qu'elle n'en a eu connaissance qu'au moment où les rassemblements se sont formés.

A elle demandé si elle était à Chemillé lorsque les brigands y sont entrés (13 mars). - A répondu que oui.

A elle demandé si elle y a resté pendant tout le temps qu'ils y ont séjourné. - A répondu que oui.

A elle demandé quel est le nombre des brigands qu'elle a logés. - A répondu qu'elle ne peut le déterminer.

A elle demandé si ceux qui ont logé dans sa maison étaient porteurs d'ordres. - A répondu que plusieurs en étaient porteurs.

A elle demandé quelles sont les personnes qui avaient donné ces ordres. - A répondu que ce sont les membres formant le Comité (de Notre-Dame de Chemillé).

A elle demandé si elle connaît quelques-uns de ces membres. - A répondu qu'elle croit qu'un nommé Denais, tanneur, en était un.

A elle demandé si depuis le remplacement des différents curés de Chemillé elle a assisté aux offices de sa paroisse. - A répondu que non.

A elle demandé quelle en est la raison. - A répondu qu'elle a cru ne pas devoir le faire.

A elle demandé quelles sont les personnes qui lui ont fait un crime ou cas de conscience de ne pas assister aux offices de sa paroisse, comme elle le faisait auparavant. - A répondu que personne ne l'a engagée à ne pas y assister.

A elle demandé si elle connaît les nommés Blouin et La Morlais. - A répondu qu'elle les connaissait, qu'il lui est arrivé quelquefois de se rendre chez La Morlais pour le consulter, soit sur l'état comparante, soit sur celui des personnes qui l'intéressaient.

A elle demandé si elle a connaissance des rassemblements considérables d'hommes et de femmes qui se sont portés processionnellement à Saint-Laurent-de-la-Plaine et à Bellefontaine. - A répondu en avoir entendu parler.
A elle demandé si elle n'a point fait partie de ces mêmes processions ? - A répondu que non, ajoutant avoir été une fois à Saint-Laurent, accompagnée de ses enfants et d'une de ses voisines.

A elle demandé quel motif elle avait en faisant ce voyage. - A répondu que c'est par dévotion.

A elle demandé si elle a vu un chêne prétendu miraculeux près une petite chapelle, en la paroisse de Saint-Laurent-de-la-Plaine. - A répondu l'avoir vu.

A elle demandé s'il n'est pas vrai qu'elle ait répandu publiquement qu'il s'opérait des miracles par l'intercession de la Vierge, qui apparaissait dans ce même chêne. - A répondu avoir entendu dire que plusieurs personnes avaient vu la Vierge.

scapulaire

A elle demandé s'il n'est pas vrai que ce soit un morceau d'étoffe ou de soie, surmonté d'un coeur rouge, qui sert de signe de ralliement aux brigands. - A répondu qu'elle n'en sait rien.

A elle demandé si elle en porte un. - A répondu que oui.

A elle demandé quelle espèce de dévotion elle attache à ce coeur. - A répondu que ceux qui le portent sont obligés de dire cinq Pater et cinq Ave.

A elle demandé si le coeur qu'elle porte a été béni. - A répondu que oui, sans savoir par qui.

A elle demandé de qui elle tient ce coeur. - A répondu qu'elle le tient d'un de ses amis, pensionnaire à Laval.

A elle demandé si les prières qu'elle fait, en portant ce coeur, ont pour objet le rétablissement de la religion et le retour des prêtres (insermentés). - A répondu que oui.

A elle demandé si elle connaît les nommés Blanvillain, Viau (vicaire à Melay), Morin, Hudon, prêtres, et d'Elbée, commandant de l'armée chrétienne. - A répondu qu'elle les connaît, à l'exception de d'Elbée.

A elle demandé depuis quel temps elle a vu les quatre premiers. - A répondu qu'elle a vu les nommés Hudon et Blanvillain à Chemillé, lors du rassemblement qui y a eu lieu, ne se souvenant pas du temps où elle a vu les autres.

A elle demandé si elle a connaissance que les nommés Hudon, Blanvillain, Viau et Morin aient célébré la messe depuis leur rentrée à Chemillé. - A répondu que le nommé Blanvillain l'a célébrée dans l'église de Notre-Dame et qu'elle y a assisté.

A elle demandé si elle avait connaissance, avant l'insurrection qui a éclaté dans le district de Cholet, que les nommés Hudon, Blanvillain, Viau et Morin n'eussent pas satisfait à la loi sur la déportation (26 août 1792). - A répondu qu'elle n'en avait aucune connaissance.

A elle demandé s'il n'est pas vrai que les nommés Hudon et Blanvillain aient exercé des fonctions publiques à Chemillé pendant le séjour qu'ils y ont fait avec les brigands. - A répondu que Blanvillain a confessé et administré les sacrements.

L'Anjou Historique - juillet 1941 - A41


Nous ne connaissons pas officiellement le sort de Mme Baillergeau mais à la lecture de son interrogatoire, il est malheureusement assez facile de le deviner ...

Enfants Baillergeau nés en la paroisse Notre-Dame de Chemillé
- Jacques-Laurent-Pierre , né le 29 juin 1769
- Michel-Daniel-Bernard, né le 6 juillet 1770
- Michel-Aimé, né le 29 mai 1771, décédé le 7 janvier 1773
- Philippe-Claude, né le 31 mai 1772
- Marie-Anne-Marguerite, née le 18 décembre 1773
- Joseph-Aimé, né le 10 septembre 1775

Son époux, Jacques Baillergeau, notaire royal apostolique à Chemillé, est décédé le 6 juin 1780, à l'âge de 45 ans.

BAILLERGEAU JACQUES DECES

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