LOGE-FOUGEREUSE (85) - LES PRÊTRES - CONSTRUCTION DE LA NOUVELLE ÉGLISE (1894-1895)
On ne saurait dire à quelle époque fut établie la cure de Loge-Fougereuse. Il nous eut été agréable de donner la liste complète des pasteurs, qui prodiguèrent à notre population dans la suite des siècles, les bienfaits de leur ministère sacerdotal, mais les documents, que nous avons pu consulter à ce sujet, ne remontent pas au-delà de 1608.
- JEHAN CHIRON (1608 - 1630)
Son nom se trouve sur une déclaration qu'il fit, le 27 juillet 1608, à honorable homme Jacob Genay, seigneur de Mortagne ; 1° pour la maison curiale et son jardin, touchant au verger de René Brossard, une venelle entre les deux, et à la maison de Michel Barriot ; et payant une géline (poule) et vingt deniers de cens annuel ; 2° pour l'ouche de la vigne, sise entre les deux chemins qui vont de Loge-Fougereuse l'un à Fontenay et l'autre à Puy-de-Serre ; cette pièce de terre contenait deux boisselées et payait six deniers par an de droit seigneurial.
D'autre part, le 15 juillet 1624, ce même curé signe une transaction avec les frères René et Jacques Bobineau, de la Rétière, à propos du Champ-des-Pierres, contenant cinq boisselées et situé, à main gauche, sur le chemin de ce village à la Tourtre.
- JEHAN BOURREAU (1630 - 1649)
Il inaugura son ministère le 1er février 1630, et mit sa dernière signature sur le registre de catholicité le 1er janvier 1649. Pendant cette période de dix neuf années, plusieurs ecclésiastiques, de la paroisse et des environs, exercèrent les fonctions sacerdotales dans l'église de Loge-Fougereuse, et apposèrent leur nom au bas des actes officiels. MM. Gautron, prêtre ; Laurens Soullard, prêtre ; Frère Léger-Raguin, prêtre ; J. Bourly, curé de Saint-Maurice-des-Noues ; Neau, prieur de la Chapelle-aux-Lys ; Bergeron, prêtre, de Loge-Fougereuse ; Pierre Soullard, prêtre ; Blilluleau, prêtre ...
Il y eut un vicaire à Loge-Fougereuse à cette époque ; il se nommait Juillier, et signe, en cette qualité, depuis le 2 décembre 1649 jusqu'au 22 février 1750.
- RENÉ HUSTEAU (1650 - 1655)
Sa première signature est du 8 avril 1650, et sa dernière du 10 décembre 1655, époque à laquelle il fut nommé curé de Candé, paroisse importante du diocèse d'Angers. Durant une longue absence, il fut remplacé par M. Morin, qui signe avec cette note : "prêtre, servant la cure de Loge-Fougereuse."
Le 24 mars 1654, M. Armand, prêtre, religieux de l'abbaye de l'Absie, vient faire un baptême, dont l'acte est transcrit plus tard par le curé, avec cette mention : Écrit par moi, curé soussigné, en marge, à cause de l'encre mauvaise dont s'était servi le dit religieux, signé : L. Husteau, curé."
Le 28 octobre 1655, un baptême est fait par P. des Jardins, religieux de la Châtaigneraie.
Un nouveau vicaire, P. Fonteny, inaugure ses fonctions le 26 novembre 1655, et les continue jusqu'au 7 juin 1656.
- LAURENT HUSTEAU (1655 - 1679)
M. Laurent Husteau avait été nommé curé dès 1655, mais comme il n'était pas encore prêtre, il dut se faire remplacer d'abord par M. Fonteny, dont nous venons de parler, puis par M. Vincent, durant les mois de juillet et d'août 1656, enfin par M. Morin, déjà nommé, depuis cette dernière date, jusqu'au 24 mars 1657.
Le curé titulaire écrit cette note : "Le 24 mars 1657, moy, curé soubsigné, suis venu servir ma cure, estant prestre, ayant eu auparavant plusieurs vicaires, tant pour servir en l'absence de M. René Husteau, cy-devant curé de cette paroisse, à présent curé de Candé, qu'en mon absence, depuis mes provisions et prise de possession. - L. Husteau, curé."
Parmi les ecclésiastiques qui viennent, selon les circonstances, officier à Loge-Fougereuse, nous remarquons : M. l'abbé de la Chèze, curé de Saint-Hilaire-de-Voust ; M. Jadault, curé de la Chapelle-aux-Lys ; P. Chousteau, prêtre.
M. Laurent Husteau était probablement frère de M. Jean Husteau, notaire à Loge-Fougereuse. Le 18 octobre 1669, il est parrain d'un enfant du dit Jean Husteau et de Mathurine Martineau.
M. Laurent Husteau est décédé le 7 juin 1679.
- CHARLES TUFFIÈRE (1679 - 1712)
Parmi les prêtres mentionnés sur les Registres, nous voyons :
M. Urbain Le Vacher, écuyer, sieur de la Chaire, aumônier et conseiller du Roi ; P. Guillemet, vicaire de Loge-Fougereuse, depuis le 26 juin 1693, jusqu'en 1736 ; Frère Jacques Claireau, aumônier de l'Absie ; Jacques Normandain, curé de la Tardière ; Duverger, curé de Sainte-Gemme ; Bernard, prêtre ; Vergne, curé de Saint-Juire.
A signaler : Alexandre Salix, régent, époux d'Anne Robin ; Nicolas Cateau, laboureur à la métairie de la Touche, appartenant à la famille Beau ; Jean Brémaud, marchand-teinturier, époux d'Élisabeth Soulard ; Pierre Charron, marchand-tuilier, à la Maugerie ; deux jumeaux, nés le 29 avril 1692, de Jacques Dugast et d'Anne Ravon.
Le 23 décembre 1692, sépulture de Charles de Brémon, écuyer, sieur de Vaudoré, décédé à l'âge de 3 ans 1/2, chez M. de Chassay et inhumé à l'église, devant l'autel de Notre-Dame, en présence de M. Louis Descars, écuyer, sieur de la Guérinière ; Pierre Juillet, sacriste ; le 24 juillet 1694, sépulture de René-Etienne Beau, Bourgeois, âgé de 25 ans, décédé à la Rétière, et enterré à l'église, devant l'autel de Notre-Dame ; Blaise Rode, maréchal, originaire de l'Auvergne ; Jacques Guillemet, sieur de la Guillotière.
Le 7 septembre 1696, sépulture de Michel Grolleau, homme de jurisprudence, ancien sénéchal de la Séguinière, sieur du Fougeray, âgé de 53 ans, enterré sous le ballet de l'église, en présence de Charles Martin, notaire royal, son gendre.
- RENÉ AYRAUD (1712 - 1720)
Il eut pour vicaire M. Louis-Gabriel Charron, qui avait aussi le titre de chapelain.
Nous ne savons au juste pendant combien d'années, M. Ayraud exerça son ministère dans la paroisse de Loge-Fougereuse, car les registres manquent pendant cette période, et nous n'avons par ailleurs aucun document concernant cet ecclésiastique. Il est certain seulement qu'il n'occupait plus son poste en 1721.
- FRANÇOIS SOULLARD (1721 - 1766)
Il était parent assez rapproché de la famille Rond, dont l'influence était alors incontestable dans le pays. Cette circonstance lui rendit agréable l'exercice de ses fonctions pastorales, et lui créa, dès le principe, les meilleures relations avec les maisons bourgeoises de la paroisse. Il était, du reste, excellent prêtre, et, par sa bonne éducation, il s'acquit l'estime et la sympathie de toute la population ...
Nous allons donner copie d'un acte qui ne manque pas d'intérêt pour l'histoire locale ; c'est l'adjudication d'une place de banc dans l'église de Loge-Fougereuse :
"Aujourd'huy dimanche, 22 avril 1724, au devant de la grande porte et principale entrée de l'église paroissiale de ce lieu de Loge-Fougereuse, issue de la grand'messe, célébrée par M. François Soullard, curé du dit lieu, à la plus grande affluence du peuple, se sont, les manans et habitants du dit lieu, assemblés avec le dit sieur curé, après avertissement fait au son de la cloche, que M. François Brossard, fabriqueur de la dite église, a fait tirer à la manière accoutumée, aux fins d'exposer et mettre à l'enchère un banc avec son emplacement, situé devant la nef et la chaire de la dite église, et à côté de la chapelle de Notre-Dame, et duquel dit banc les défuntes demoiselles David, Vve Perreau, de la Renollière, et Renée Perreau, Vve Gentet, du Plessis, avaient coutume de jouir, et sous lequel elles ont été inhumées, et pour parvenir à l'adjudication du dit banc et son emplacement, le dit fabriqueur a publié à haute et intelligible voix, qu'il allait tout présentement les adjuger au plus haut et dernier enchérisseur, attendu qu'il les a encore publiées par deux dimanches précédents ; sur quoy, M. François-Charles Perreau, sieur de la Goujonnerie, l'un des dits habitants de la dite paroisse, a comparu et a requis l'adjudication du dit banc avec son emplacement, par préférence à tous autres, vu sa qualité de seigneur du fief de Mortaigne, sis en la dite paroisse, dans l'étendue duquel les environs de la dite église se trouvent presque tous situés, et que la dite Dlle David, sa belle-grand'mère, qui était douairière de sa dite maison de la Goujonnerie, et que la dite Dlle Perreau, Vve Du Plessis, sa tante et fermière de la dite maison de la Goujonnerie, n'ont pu ou dû jouir du dit banc, avec son emplacement, qu'en considération de ce qu'il devait appartenir de droit aux propriétaires de la dite maison de la Goujonnerie et du dit fief de Mortaigne, dont elles n'étaient qu'usufruitières ; et cependant, il a déclaré, pour procurer le bien de la dite fabrique, vouloir bien acheter le dit banc à sa juste valeur, et pour raison du dit emplacement où il est placé, fonder une rente foncière, annuelle et perpétuelle de trente sols, et l'assigner sur sa maison de la Goujonnerie, et dépendances sises en ce dit lieu, pour jouir le dit Perreau et les siens, et qui de lui auront cause, à perpétuité, tant du dit banc que de son emplacement, au moyen de la continuation de la dite rente foncière, dont le premier payement commencera de la date des présentes, en un an ; de tout quoy, il a requis acte, sans préjudicier à aucun de ses droits, soit de fief ou autrement, pour lesquels il proteste se pourvoir ainsy qu'il avisera ; tous lesquels dits sieurs curé, manans et habitans et fabriqueur de la dite église, après avoir mûrement délibéré sur les propositions du dit sieur Perreau, ont été tous d'avis, d'une commune voix, de luy concéder le dit emplacement pour la place du dit banc ...
Signé : DOIZEAU et MOSNAY, notaires."
M. Soullard eut pour auxiliaires MM. Louis-Gabriel Charron, vicaire chapelain et Brossard, vicaire.
Prêtres nommés sur les registres : MM. Rochay, curé de Saint-Maurice-des-Noues ; Trichet, curé de Cheffois ; Millet, curé de Puy-de-Serre ; François Talon, curé de Saint-Xandre, décédé dans le bourg de Loge-Fougereuse, à l'âge de 41 ans, et enterré dans le cimetière le 22 septembre 1759 ; Louis-Noël Perreau, curé de Saint-Hilaire-de-Voust ; Berton, curé du Breuil-Barret.
Ce vénérable pasteur mourut le 26 avril 1766, à l'âge de 86 ans, et fut enterré dans le grand cimetière. On désignait ainsi le cimetière actuel, par opposition au cimetière qui touchait l'église et qu'on appelait le petit cimetière.
- CHARLES-JACQUES GENAY (1766 - 1792)
[CHARLES-JACQUES GENAY, fils de Charles Genay et de Jeanne-Catherine Cornuau, est né à Breuil-Barret, le 6 juin 1737.]
M. l'abbé Genay avait 42 ans, quand il fut nommé à la cure de Loge-Fougereuse. Il eut pour vicaire M. A. de la Court, qui fut appelé, en 1782, à la cure de Saint-Maurice-des-Noues.
M. Genay ... était un prêtre très zélé et un habile administrateur ; aussi, il était respecté et aimé de ses paroissiens. Ayant refusé de prêter serment à la Constitution civile du Clergé, il dut quitter sa paroisse et se réfugia aux Sables-d'Olonne, en attendant le navire qui devait le conduire en Espagne. Il s'embarqua le 10 septembre 1792, sur une barque, l'Heureux Hasard, commandée par Pierre Vassivier, qui prit l'engagement de le conduire à Saint-Sébastien ou à Bilbao, avec 38 autres prêtres, parmi lesquels on remarque : Jacques-Louis Baudry, curé de Marillet, Étienne-Henri Giraudeau, curé de la Châtaigneraie, René Desnoyers, vicaire de Saint-Maurice-des-Noues, René-Louis Rotureau, curé du Breuil-Barret, Jean Mercier, vicaire de Saint-Hilaire-de-Voust, Jean Blanchard, curé de Saint-Sulpice-en-Pareds, René Mosnay, curé de Saint-Germain-l'Aiguillier, Pierre Roguier, curé de Saint-Maurice-le-Girard.
... Les exilés ne furent pas toujours malheureux, comme on va le voir par la lettre suivante, adressée par M. l'abbé Desnoyers, vicaire de Saint-Maurice-des-Noues, qui donne des nouvelles de tous ses confrères du district de la Châtaigneraie.
Au citoyen Audigé, vis-à-vis le grand Hôpital, pour faire tenir, s'il lui plaît, à la citoyenne Ayraud, de Saint-Maurice-des-Noues, à Fontenay, département de la Vendée, par Bayonne, France ;
A l'Exéda, 9 avril 1793
Mademoiselle,
J'ai écrit cinq à six fois à différentes personnes de votre paroisse et, jusqu'ici, je n'ai reçu aucune réponse, ce qui m'inquiète beaucoup, vu que tous mes confrères reçoivent continuellement des lettres de France. Moi-même j'ai eu la satisfaction d'en recevoir deux de ma famille et autant de la Rochelle. Il n'y a que de Saint-Maurice que je n'en reçois pas. Je ne puis en deviner la raison. Aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, faites-moi, s'il vous plaît, le plaisir de me répondre de suite et de m'informer de votre santé, de celle de M. et Mme Texier, de tous ceux qui me suivent de leur estime. Marquez moi aussi si vous avez un curé dans votre paroisse. Je ne vous demande pas autre chose ; je ne vous marque pas de nouvelles, parce que les circonstances ne le permettent pas ; je ne vous en donne pas non plus. Je vous dirai seulement que grâce à Dieu, je me porte mieux qu'en France ; presque plus de migraines, ni de maux d'estomacs. Je suis dans un excellent pays, avec de braves gens qui me nourrissent très bien. Je n'ai presque rien à faire et j'ai tous les jours 15 sols de quête. Aussi, ne craignez pas de me faire payer des ports de lettres. Mettez, je vous prie, vos lettres à la poste de Fontenay ; je pense qu'elles me parviendront mieux. Je vous prie de faire agréer mes amitiés à M. et Mme Texier, ainsi qu'à tous mes autres amis, auxquels je pense souvent, et pour lesquels je prie Dieu tous les jours ; je suis bien persuadé qu'ils font la même chose pour moi. Tous mes confrères des environs de chez vous se portent bien. Vous pouvez dire à Mme Béraud que son fils est avec moi, qu'il se porte bien, et qu'il n'a pas reçu de ses nouvelles, quoiqu'il lui ait écrit six fois, ce qui fait le sujet de ses inquiétudes. J'adresse ma lettre à M. Audigé, de Fontenay. Je vous prie de l'assurer de mon respect et de lui remettre le port.
Vivant.
"Cette lettre, timbrée de Cuença, se trouvait parmi les papiers de Mercier du Rocher."
M. René-Gaspard, dont il est question, était vicaire à Saint-Pompain (Deux-Sèvres), et il avait sa mère à Saint-Maurice-des-Noues. Il était parti sur la même barque que M. l'abbé Genay.
Enfin, Mlle Ayraud, destinataire de la lettre écrite par l'abbé Desnoyers, épousa en 1798, Henri Allard, capitaine d'infanterie, ancien aide-de-camp d'Henri de Larochejaquelein, général en chef des armées vendéennes.
L'abbé Genay fut remplacé provisoirement par un prêtre constitutionnel, l'abbé Ruffé, qui ne put, sans doute, s'habituer dans notre bocage, puisqu'il ne resta que deux mois environ à Loge-Fougereuse.
A la fin de la tourmente, quand l'abbé Genay put regagner sa patrie, il revint à Loge-Fougereuse et, plus heureux que la plupart de ses confrères, il trouva sa cure et son église prêtes à le recevoir. Effectivement grâce à l'intervention de M. Perreau, bisaïeul de Mme Brisson, ces deux immeubles avaient échappé à la vente des biens nationaux. J'ajouterai même qu'on avait ménagé, au bnéfice de la cure, une petite pièce de terre, voisine du bourg, l'Ouche à Liard, dans laquelle notre curé cultive une belle vigne qui lui rapporte d'excellent vin. Quant aux autres biens, notamment la ferme de la Renardière, peu nombreux il est vrai, appartenant au presbytère, ils furent tous vendus à l'encan.
L'abbé Genay resta longtemps encore au milieu de sa bonne population, sans avoir un ennui sérieux à supporter. Le schisme de la Petite-Église vint toutefois jeter le trouble parmi les fidèles confiés à sa garde, et comme partout ailleurs, les plus fervents furent les premiers à suivre le mauvais chemin. Plusieurs familles se refusèrent donc à adopter les dispositions du Concordat, d'autant plus qu'elles trouvèrent à Saint-Maurice-des-Noues, un prêtre dissident pour les diriger, et des personnes très riches pour subvenir aux frais du nouveau culte. Je dois ajouter cependant que le nombre de ces insoumis, au lieu de s'accroître, diminua aussitôt, à la grande satisfaction du pasteur.
Enfin, l'abbé Genay, après une carrière parfaitement remplie, rendit son âme à Dieu le 25 décembre 1808, âgé de 72 ans.
ABBÉ DUGUÉ
Il eut aussitôt, pour successeur, l'abbé Dugué, prêtre plein de zèle pour les intérêts religieux de sa paroisse, d'un caractère énergique, mais un tant soit peu intransigeant ; son séjour dans la paroisse amena certains froissements et causa même des inimitiés.
L'administration de la fabrique fournit, à elle seule, ample matière à bien des difficultés.
A peine arrivé dans la commune, l'abbé Dugué voulut appliquer, aux règlements de fabrique, certaines innovations, que le conseil ne crut pas devoir accepter. Ce refus ne le détourna pas de ses prétentions, et cette assemblée, ayant persisté dans ses manières de voir, préféra se démettre que d'engager la lutte à outrance. Maître alors de la situation, l'abbé Dugué administra à sa guise ; mais plus tard, l'adjudication des places de bancs, et surtout les changements radicaux auxquels il songeait dans la circonstance, causèrent son départ de la paroisse. Voici, du reste, ce qui se passa :
Quand à son retour d'Espagne, l'abbé Genay reprit possession de sa cure, il n'existait ni chaises, ni bancs dans son église, et la fabrique n'avait pas les moindres ressources pour en faire établir. Cela étant, on eut recours à la combinaison suivante : La personne qui désirait avoir un banc, en faisait la demande au Président du conseil de fabrique, tout en désignant l'emplacement qu'elle préférait. Si rien ne s'y opposait, cet emplacement était mis en adjudication, à la principale porte de l'église, trois dimanches consécutifs, mais le demandeur avait le droit de s'approprier la dernière enchère. Il acquérait ainsi la faculté de construire, sur cet emplacement à ses frais, le banc désiré. Toutefois il lui fallait, au préalable, payer le montant de l'adjudication et prendre l'engagement de servir, à la fabrique, une redevance annuelle et par place de vingt sous. Les héritiers directs ou le conjoint de la personne qui s'était ainsi créé une place dans l'église, avaient, à son décès, le droit de conserver cette place, mais devaient supporter une nouvelle adjudication, telle que la première. Il résultait de ce règlement, qu'un jeune adjudicataire de vingt ans, ayant vécu quatre-vingts années, n'aurait eu à payer, par chaque place, en son nom, qu'une redevance annuelle de vingt sous, pendant soixante ans, augmentée, il est vrai, du pot-de-vin, souvent peu important, résultant de l'adjudication, et acquitté, une fois pour toutes, au moment de l'entrée en jouissance. Telle est l'origine des bancs de famille dont il a été si souvent parlé qui causèrent bien des abus et amenèrent de bien vives récriminations, mais ne disparurent cependant qu'avec notre ancienne église, en 1894.
L'abbé Dugué vit cet état de choses d'un très mauvais oeil, en témoigna hautement la peine qu'il en éprouvait, et s'efforça de faire comprendre aux Fabriciens combien cette façon d'opérer était contraire aux intérêts de leur caisse et suscitait de jalousie. Tout fut inutile : les personnages influents, presque tous les plus intéressés dans l'affaire, persistèrent à vouloir conserver leurs droits. De son côté, le curé employait tous les moyens mis à sa disposition pour arriver à son but. Il voulait même avoir recours aux pouvoirs judiciaires, disant qu'il était le maître dans son église ; mais on lui opposa des sous-seings privés en règle, dits baillettes, qui confirmaient les droits de chacun. Rien donc ne fut changé, mais l'abbé Dugué revenait sans cesse à l'assaut, à tel point que le trouble et la division se propageaient dans la paroisse. Les nombreuses réparations que demandait notre église étaient, souvent aussi, une cause de discussions orageuses. Enfin l'abbé Dugué, ne pouvant réaliser ce qu'il désirait, crut devoir quitter son clocher ; c'était aux premiers jours de l'année 1821.
C'est sous sa desservance que fut montée, dans notre beffroi, la plus grosse des cloches, qui disparut en 1888.
- L'ABBÉ PIERRE AUGUIN
[PIERRE AUGUIN, fils de Jean et de Marie-Anne Jamard, est né à la Tardière, le 2 janvier 1792.]
L'abbé Auguin, curé de Sérigné (Vendée), fut désigné pour lui succéder. Homme aimable et de bon conseil, il était, en outre, esclave de son devoir sacerdotal. D'autre part, il fut la providence de notre paroisse, car, par son caractère conciliateur, il ramena, entre toutes les familles, la paix et la concorde.
Il était le visiteur désiré de toutes les maisons, riches ou pauvres, et les malades étaient assurés de le voir chaque jour à leur chevet ; il les consolait par de bonnes paroles, et, à une époque où la médecine était à peine connue dans nos campagnes, il savait, grâce à une longue expérience, leur appliquer judicieusement les meilleurs remèdes, appelés, sinon à les guérir toujours, du moins à les soulager le plus souvent. Quand l'argent manquait dans une maison, il en avait aussitôt l'intuition, et son modeste pécule passait tout entier en générosités diverses, qui donnaient un peu de bien-être aux pauvres malades. La population de Loge-Fougereuse ne profita pas seule de son dévouement : les communes de Saint-Hilaire-de-Voust, de la Chapelle-aux-Lys et de Saint-Maurice-des-Noues étaient, à cette époque, privées de desservant, et à M. l'abbé Auguin, seul, incomba la charge de leur procurer les bienfaits de la religion. Il fut à la hauteur de sa tâche, et jamais il n'a été dit que, dans l'une ou l'autre de ces trois paroisses, soit morte, sans sacrement, une personne pour laquelle son ministère eût été réclamé. Nos chemins étaient alors dans le plus piteux état, et ce n'est que monté sur un petit cheval alezan, qu'il affrontait les bourbiers les plus dangereux, et les mares les plus profondes. Heureux encore quand il avait le soleil pour s'éclairer, car, assez souvent, les ténèbres de la nuit rendaient plus difficiles les courses du pauvre curé. Il n'éprouva jamais cependant d'accident sérieux.
Il n'avait pas que les malades à visiter ; il lui fallait aussi, à l'époque des grandes fêtes surtout, recevoir à son confessionnal un nombre considérable de pénitents. Il passait ainsi des semaines entières sans prendre le moindre repos. Le plus souvent, le jour ne suffisait pas, et la moitié des nuits étaient employées au même travail ...
Les occupations diverses qui le surchargeaient, ne l'empêchaient cependant pas de songer aux réparations et à l'entretien de son église. Vers 1830, il fit refaire à neuf le grand autel, ainsi que les boiseries qui masquaient, au moment de la démolition, le mur du fond de l'abside, ne laissant paraître qu'une très petite partie de l'embrasure de la grande baie. Pour cela, il prit, à Fontenay, un ouvrier habile, qui mena promptement le travail.
En 1840, il résolut de refaire les bancs de la nef. J'ai expliqué, il y a un instant, de quelle façon ces bancs avaient été construits : chaque intéressé, je suppose, opéra un peu à sa guise et selon ses intérêts, de sorte que cette construction ne présenta qu'une uniformité très relative, et surtout peu de solidité. Le Conseil de Fabrique partagea l'avis de son curé, et, comme les ressources nécessaires ne faisaient pas défaut, le travail commença et se termina sans ennui. A cette occasion, la question des places de familles fut encore soulevée et discutée, mais très inutilement, car une grande majorité maintint l'ancien règlement.
Enfin, l'abbé Pierre Auguin, dans la force de l'âge, mais usé, sans aucun doute, par des occupations nombreuses et pénibles, fut, au mois d'octobre 1845 (le 16), atteint d'une grave maladie qui le conduisit au tombeau le 16 du dit mois, à l'âge de 52 ans. Un mausolée, érigé à sa mémoire, indique, dans notre cimetière, le lieu où il fut inhumé. Bien des personnes sont allées y prier, et plusieurs d'entr'elles ont déclaré avoir obtenu, par son intercession, de grandes faveurs.
Dans la circonstance, Mgr Baillès, évêque de Luçon, sembla nous oublier. Pendant six mois il nous laissa sans pasteur. De temps à autre, un missionnaire de Mouilleron-en-Pareds venait nous chanter la messe, les jours de grande fête par exemple, mais chaque dimanche les fidèles se trouvaient dans l'obligation, pour accomplir leur devoir religieux, d'aller à Saint-Maurice-des-Noues, où le vénérable curé Durandet les édifiait toujours, par les quelques paroles qu'il savait si bien adresser à ses paroissiens.
- FRANÇOIS-XAVIER FLEURY
[François-Xavier Fleury, fils de Jérôme et de Françoise Tougeron, est né au Perrier, le 30 septembre 1816.]
Au printemps 1846, l'abbé François-Xavier Fleury prit possession de notre cure. C'était un tout jeune prêtre, âgé de 29 ans, d'une physionomie agréable, intelligent, mais surtout prédicateur distingué. La population se dit aussitôt qu'elle ne le conserverait pas longtemps, car il y avait tout lieu de supposer que l'administration diocésaine lui trouverait un poste plus digne de ses talents. C'est ce qui arriva du reste, peu d'années après son installation à Loge-Fougereuse. Il refusa les premières propositions qui lui furent faites ; mais une troisième fois, nommé curé de Saint-Hilaire-de-Talmont en 1850, il ne crut pas devoir aller contre les désirs exprimés par son évêque. Il quitta donc sa paroisse ; mais arrivé à son nouveau poste, il trouva le changement tellement étrange, qu'il ne put surmonter le chagrin dont il fut saisi. Il se transporta sans hésiter à Luçon, pour demander à Monseigneur l'autorisation, qui lui fut accordée, de retourner dans sa petite paroisse de Loge-Fougereuse. La population parut étonnée d'abord, d'un retour aussi imprévu, mais ne tarda pas à manifester hautement la joie qu'elle en éprouvait. Depuis cette époque, il ne fut jamais question de nous enlever l'abbé Fleury.
Peut-être sera-t-on étonné de ce qu'un prêtre aussi intelligent n'ait pas voulu accepter un poste plus élevé, qui lui aurait permis de rendre plus de services à la religion.
Tous ceux qui ont apprécié M. l'abbé Fleury, ne peuvent être surpris de cette façon d'agir. Il se connaissait bien, le bon curé.
Il préféra donc rester dans son modeste presbytère de Loge-Fougereuse, faisant le bien, mais n'attribuant jamais à ses mérites personnels, les résultats qu'il obtenait ; "c'est", disait-il, "la Providence qui agit en mon nom". D'autre part, les plus petites difficultés l'épouvantaient, et pour les éviter, il négligea souvent, non pas les intérêts religieux confiés à sa sollicitude, car, à cet égard, il était d'une rectitude parfaite, mais les intérêts matériels de sa paroisse, dans la crainte de mécontenter le plus humble de ses fidèles. Ainsi il préféra laisser son église dans l'état le plus désolant plutôt que de demander quelqu'argent, pour pourvoir aux réparations les plus urgentes. Son habitation même était dans un état complet de délabrement et présentait quelque danger. Jamais il ne s'en inquiéta et se garda bien de solliciter le moindre crédit, pour porter remède à cette triste situation. Son modeste mobilier ne réclamait pas, il est vrai, d'appartements somptueux, et je n'ose croire qu'il ait songé, même une seule fois, à lui donner plus de confortable, car tout son petit pécule ne servait qu'à soulager les misérables. Ce peu d'intérêt, apporté aux choses matérielles de la paroisse, causa toutefois certains ennuis, et l'administration de la Fabrique en souffrit en premier lieu. Il en résulta que, la plupart du temps, il n'y eut ni budgets, ni comptes dressés. Dans ces conditions, le trésorier, qui était le seul gérant, disposait à son gré des revenus généraux. C'est avec plaisir et certitude que j'écarte toute idée de malversation, de la part de cet honorable comptable, mais enfin cette façon d'opérer enlevait tout contrôle et n'eut pas été soufferte dans une paroisse plus importante.
A l'arrivée de M. Fleury à Loge-Fougereuse, la paroisse de la Chapelle-aux-Lys était encore privée de curé et ce fut à lui qu'incomba la charge de la desservir. Jeune encore, il considérait comme une simple promenade d'aller jusqu'au chef-lieu de cette paroisse, 3 kilomètres, pour bénir un mariage ou célébrer une sépulture. Quant aux baptêmes, il se faisaient à Loge-Fougereuse, où les enfants étaient apportés par la famille. Le plus fatiguant était de se rendre aux villages éloignés, tels que Salvaison et le Vivier, pour y visiter les malades ; mais, dans ces circonstances, il arrivait presque toujours qu'on lui procurait un coursier et que, monté gaillardement sur sa bête, il faisait le voyage sans trop de fatigue. Cela dura jusqu'en 1848, époque de l'arrivée d'un prêtre à la Chapelle-aux-Lys.
En 1847, je fus confié aux soins de cet aimable curé, qui voulut bien m'initier aux principes de la langue latine. Il avait aussi chez lui un neveu, qu'il destinait à la prêtrise, et auquel il prodiguait toute sa sollicitude.
Comme s'il voulait créer un petit collège, il recruta deux autres enfants, qui commencèrent également, sous sa direction, leurs études de latin, pour entrer, plus tard, au Séminaire. En agissant ainsi, il espérait, dans quelques années, voir le nom d'un enfant de Loge-Fougereuse figurer sur l'annuaire ecclésiastique de la Vendée. Vain espoir ! Il ne fut guère récompensé de ses peines, car il eut affaire à des paresseux fieffés, pour qui la vocation religieuse fut le cadet des soucis. Il s'en aperçut aussitôt, et s'empressa de se débarrasser de nos personnes.
A coup sûr, le vénérable abbé Fleury fit bien de ne pas accepter la cure de Saint-Hilaire-de-Talmont, au point de vue d'abord de son caractère, mais aussi à cause de sa santé. Les dix dernières années de sa vie lui procurèrent une existence malheureuse : atteint de la goutte, il souffrait continuellement, car les crises de cette cruelle maladie le clouaient sur son lit, et, durant de longs jours, l'empêchaient de se livrer aux exercices de son ministère. La paroisse en supporta, avec patience, les conséquences inévitables, car elle ne voulait pas voir partir son curé. Il fut même question, à une certaine époque, de lui donner un vicaire. La population entière était disposée à faire pour cela le nécessaire ; Mgr Collet, à qui je fus délégué pour parler de ce projet, ne crut pas devoir me donner satisfaction. Notre curé resta donc seul encore, dans sa paroisse, jusqu'à sa mort, causée par un accident bien imprévu.
Étant monté, un jour, à la mairie, pour se procurer certains renseignements d'état-civil, à sa descente, le pallier de l'escalier s'effondra sous lui, et il tomba sur le rebord aigu d'une planche brisée. La partie stomacale supporta tout le choc, et il en résulta une tumeur, qui prit, en quelques semaines, un caractère inquiétant, dégénéra en cancer, et après d'horribles souffrances, occasionna sa mort, le 10 janvier 1879, à l'âge de 63 ans. Il eut, pour le consoler, à sa dernière heure, l'abbé Tougeron, curé d'Antigny, son parent, qui dans la circonstance, fit preuve d'un dévouement exemplaire.
Pour prouver leur reconnaissance à M. l'abbé François-Xavier Fleury, et perpétuer dans la paroisse, ses mérites et ses vertus, les habitants lui firent ériger, dans le cimetière, un mausolée, dont la dépense fut payée par le produit d'une souscription générale et spontanée. Je dois dire que tout le monde y contribua et pas une âme, quelle que fut sa situation, ne refusa son obole.
- MARIE-JOSEPH-LAURENT BITON
[Marie-Joseph-Laurent, fils de Joseph et de Rouleau Pauline, est né le 16 octobre 1842 à Saint-Laurent-sur-Sèvre.]
L'abbé Laurent Biton arriva à Loge-Fougereuse, le 9 mars 1879. Il était d'un caractère très gai, suivait avec plaisir une joyeuse conversation et avait souvent un bon mot à dire. Le calembourg ne lui était même pas inconnu.
Son mobilier, autrement luxueux que celui de son prédécesseur, demandait un logement plus convenable, aussi il se mit sans tarder à réparer le presbytère. Le travail le plus important fut la réfection du plancher de la grande salle.
En y procédant, on découvrit sous l'ancien plancher, un souterrain, en partie rempli d'eau, dont on ne put atteindre l'extrémité. Malgré les indices intéressants que ce souterrain présentait, tout le monde fut d'avis de le combler, pour éviter l'humidité qui s'en échappait. Cette mesure eut sa raison d'être, car l'appartement est bien plus salubre qu'il n'était autrefois, et bien moins préjudiciable aux meubles qui le garnissent. Dans le mur du petit salon donnant sur la cour, existait aussi un étroit placard, que l'abbé Biton jugea inutile, et fit boucher après y avoir placé quelques pièces de monnaie, une ou deux statuettes et autres objets destinés, disait-il, à intriguer les archéologues d'un autre âge.
L'abbé Biton fit promptement la connaissance de ses nouveaux paroissiens, se créa d'agréables relations et s'habitua sans peine parmi nous. Les voyages ne le préoccupaient nullement, aussi n'avions-nous presque jamais d'absence à constater de sa part, et tous ses instants étaient consacrés à l'exercice de son ministère, en visites chez les habitants, ou bien en travaux de menuiserie, distraction qu'il aimait beaucoup. Il lui arrivait souvent aussi, quand la température le lui permettait, d'aller taquiner le carpillon dans les douves du château, mises à sa disposition par Mme Babin des Bretinières.
En 1886, poussé par son zèle pour le salut des âmes, il fut le promoteur d'une grande mission, prêchée, durant les quatre semaines de l'Avent, par les Révérends Père Barré et Denis, missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvre. A cette occasion, les cérémonies les plus belles furent célébrées chaque semaine dans notre église ; notre pasteur se multiplia pour tout organiser. Il créa les décors les plus délicats, et, à plusieurs reprises, de belles illuminations attirèrent non seulement toute notre population, mais aussi un grand nombre de personnes des paroisses voisines, de Saint-Maurice-des-Noues, en particulier. De leur côté, les missionnaires ne se ménagèrent pas et leur parole sympathique entraîna bien des hésitants et persuada même quelques incrédules. Le résultat fut magnifique et bien consolant pour notre curé, ainsi que pour les vénérables prédicateurs, qui s'étaient fait un devoir de lui prêter leur concours : Aucune femme ne s'abstint, et vingt hommes au plus ne répondirent aux pressantes sollicitations qui leur furent adressées.
Cette mission se termina solennellement, le 27 décembre, par la bénédiction d'un calvaire en granit, dû à la générosité des habitants, et qui fut érigé à la sortie du bourg, sur une parcelle de terre donnée dans ce but, par Mme la Comtesse de Rouault, et situé sur la route du Breuil-Barret. Ce calvaire est solidement construit, et les matériaux qui le composent sont de telle nature qu'ils peuvent, pour toujours, braver les intempéries des saisons.
En conséquence, si aucune main ne vient y toucher, nos arrière-neveux pourront le contempler durant bien siècles, et en priant à ses pieds, auront, je le souhaite, un souvenir pour ceux qui ont présidé à son érection.
... En 1888, la paroisse possédait deux cloches.
La plus petite, et de beaucoup la plus ancienne, pesait 197 kilos 500 ; son parrain avait été M. des Roches de Chassais, et sa maire, Mme de Pidoux de la Mosnerie. Les dates et autres inscriptions étaient devenues illisibles. La plus grosse, et aussi la moins vieille, datait de 1820 à 1825, et pesait 310 kilos 500. Elle avait eu pour parrain M. Prosper Babin des Bretinières, et pour marraine, Mlle Pauline Texier, mère de celui qui trace ces lignes. Elles étaient toutes les deux fêlées, et produisaient une sonnerie des plus désagréables. La plus petite se désagrégeait même depuis longtemps, et tombait par morceaux sur la voûte. Elles étaient montées sur une charpente usée et mal établie, que la municipalité s'était déjà trouvée dans l'obligation de restaurer, vers 1878, pour prévenir tout accident.
Dans ces conditions, une réforme s'imposait, et, depuis longtemps, plusieurs personnes de la paroisse ne cachaient pas leurs intentions à cet égard, mais aucune ne voulait prendre l'initiative de cette mesure.
L'abbé Biton, qui en était lui-même un des partisans les plus zélés, eut à coeur de s'en occuper, et, après avoir pris l'avis d'un grand nombre d'habitants, il lança l'affaire. Certains dirent bien, alors, qu'il serait peut-être plus sage de reconstruire l'église auparavant, mais avec la perspective que l'on avait de pouvoir conserver le clocher, tout en reconstruisant le surplus de l'édifice, ce qui donnait aux nouvelles cloches un abri sûr et durable, aucun ne persista dans cette manière de voir.
Peu de jours après, M. Amédée Bollée, fondeur au Mans, appelé par l'abbé Biton, s'empressa de venir à Loge-Fougereuse, prendre la commande de trois cloches, et se procurer les mesures nécessaires pour procéder, plus tard et sans difficultés, à leur installation dans l'ancien clocher.
Aussitôt que M. Bollée eut terminé son travail, artistement fini, comme tout ce qui sort de ses ateliers, il l'expédia en gare du Breuil-Barret, où il arriva trois jours avant celui qui avait été fixé pour la bénédiction. M. le curé n'eut que l'embarras du choix, et trouva facilement, dans sa paroisse, les fermiers nécessaires pour aller chercher, à cette gare, les trois cloches et leurs accessoires. Il fit même des jaloux, malgré le nombre exagéré de ceux qui furent chargés de cette besogne. Enfin, la surveille du grand jour, nos trois nouvelles habitantes faisaient triomphalement leur entrée dans notre bourg.
La plus grosse, le bourdon, si vous préférez, pèse 642 kilos et donne le fa dièse. Elle porte l'inscription suivante : "Je m'appelle Prosper Laurent ; mon parrain a été M. Laurent Biton curé, ma marraine, Laure Babin des Bretinières, épouse de M. Ernest Brisson, juge au tribunal de première instance de Fontenay-le-Comte. - Arsène Texier, maire, Laurent Biton, curé !"
La moyenne, du poids de 444 kilos, donne le sol dièse. Elle présente comme inscription : "Je m'appelle Émilie Arsène, mon parrain a été M. Arsène Texier, et ma marraine, Mlle Émilie Texier. - Arsène Texier, maire, Laurent Biton, curé."
Don de la famille Texier, c'était bien aux membres de cette famille, que revenait l'honneur de présider à son baptême.
Enfin la troisième, du poids de 315 kilos, donne le la dièse, et porte cette inscription : "Je m'appelle Germanie René ; mon parrain a été M. le Vicomte René de Rouault, et ma marraine, Mlle Germanie de Pidoux de la Mosnerie. - Arsène Texier, maire, Laurent Biton, curé." De plus, chaque cloche porte le nom du fondeur : M. Amédée Bollée, du Mans, 23 août 1888.
La population regretta vivement que M. le Vicomte René de Rouault, et Mlle Germanie de Pidoux de la Mosnerie, n'aient pu, le jour du baptême, venir rehausser par leur présence, la belle cérémonie qui édifia notre petite bourgade. Ils furent représentés par M. Marcel Texier et par Mme Adelinde Texier, veuve de M. Alcide Robineau, docteur-médecin à Fontenay-le-Comte.
La veille du baptême, le contremaître de M. Bollée, indispensable dans la circonstance, se livra aux préparatifs nécessaires pour monter les cloches. Il visita la charpente, qu'il trouva artistement travaillée et solidement établie, par le sieur Gognard, charpentier-menuisier à Saint-Maurice-des-Noues. Il fit dresser les chèvres, il organisa ses palans et il mit en place ses cordages. Les cloches elles-mêmes furent introduites dans le sanctuaire de l'église et montées sur une charpente provisoire, où on les revêtit de riches ornements et de gracieuses draperies. A la nuit, tout était prêt pour la fête du lendemain.
Ce jour-là, le 29 août 1888, non seulement notre population entière se rendit à l'église, mais les communes voisines fournirent aussi un nombre considérable de curieux, de sorte que notre bourg présentait une animation particulière : tout le monde était en fête.
A neuf heures, les parrains et les marraines, ou leurs représentants, étaient à leur place spéciale ; l'église était comble. M. l'abbé David, curé de Saint-Maurice-des-Noues, chantait la grand'messe. Aussitôt après, M. Simon, vicaire général, spécialement délégué par Mgr Catteau, évêque de Luçon, procéda à la bénédiction et au baptême des trois cloches, en présence de MM. Gauthier, curé-doyen de la Châtaigneraie ; Vinet, curé de la Chapelle-aux-Lys ; Buchoux, curé de Saint-Hilaire-de-Voust ; Laurent, curé de Vouvant ; Tougeron, curé d'Antigny ; Robergeau, curé de la Tardière ; Garnier, vicaire de la Châtaigneraie, et Biton, curé de la paroisse.
Cette cérémonie terminée, l'abbé Simon, dans un discours d'une grande éloquence, sur le rôle des cloches dans l'église, charma son auditoire, et laissa, à tous, un souvenir précieux de son passage à Loge-Fougereuse.
Il est, je crois, opportun d'ajouter que les parrains et les marraines se montrèrent prodigues de dragées. D'abord, pendant la messe, quatre jeunes gens parcoururent l'église, offrant aux assistants, dans des corbeilles gracieusement ornées, différents spécimens de cette précieuse confiserie. D'aucuns ont prétendu que les premiers prenants se servaient au mieux, et que, sans l'intervention des distributeurs, les derniers n'auraient eu que le fond du panier.
Une seconde distribution fut faite à la porte de l'église, après la cérémonie ; mais là, la victoire appartint au plus agile. Cette course aux dragées ne fut pas sans présenter quelque gaîté ... Pour terminer la scène, on lança des pièces de monnaie. La foule se montra alors plus houleuse, et plusieurs sortirent de la bagarre, gratifiés de quelque horion.
Sur ces entrefaites, le contremaître de M. Bollée, aidé par un grand nombre d'hommes de bonne volonté, descendit les cloches de leur charpente provisoire, et, en peu de temps, les deux plus petites furent montées par l'ouverture circulaire de la voûte du beffroi et installées définitivement. Il n'en fut pas ainsi du bourdon, Laurent-Prosper : trop volumineux pour passer par cette ouverture, il fallut le sortir de l'église, et, pour le mettre à sa place, l'introduire par la couverture du clocher. Cette opération, très délicate, exigea une foule de précautions et fut longue à exécuter. Pendant qu'on y procéda, le clergé, quelques membres de la fabrique, M. Brisson, M. Rond et votre serviteur, nous prenions part au déjeuner, cordialement offert par l'abbé Biton. Le café n'était pas savouré, et la rincette n'avait pas fait encore son apparition que nos cloches, suffisamment installées, faisaient déjà retentir les échos d'alentour de leurs joyeux carillons, qu'elles continuèrent ainsi jusqu'à la nuit, car les bras résolus ne manquèrent pas pour les mettre en branle. Les convives de M. Biton s'empressèrent de quitter la table, pour se rendre sur la place, et faire honneur à nos nouvelles musiciennes, en écoutant leurs accords. Enfin, on se sépara, en se donnant une amicale poignée de main, et la nuit seule ramena le calme et le silence dans notre humble localité.
A la suite de cet évènement, l'abbé Biton reprit sa vie habituelle, et, durant plusieurs années, rien ne vint troubler sa tranquillité. De temps à autre cependant il parlait du mauvais état de son église, et il était facile de comprendre que son désir était de la reconstruire, mais ses insinuations restaient sans écho. Cependant en 1893, soutenu et même pressé par Mme Babin des Bretinières, qui avait elle-même à coeur cette oeuvre si excellente, il fit part au conseil de fabrique de ses projets. Cette assemblée reconnut l'urgence de la mesure, dictée surtout par le peu de sécurité offert, dans l'ancien monument, aux fidèles qui assistaient aux cérémonies du culte. Le conseil municipal, lui aussi consulté, n'hésita pas à ses rendre à l'évidence, et donna son consentement.
La fabrique avait alors en caisse ou en rentes sur l'État, la somme de 15.000 francs. De son côté, la commune possédait une réserve de 2.400 francs destinée au même but. Une souscription publique aussitôt ouverte produisit 15.000 francs environ, de sorte qu'on réalisa trente et quelques mille francs, sans compter les 4.000 francs, somme à laquelle était évaluée les vieux matériaux.
Dans ces conditions, M. Libaudière, architecte à la Roche-sur-Yon, mandé par notre curé, s'empressa de venir à Loge-Fougereuse, pour recevoir l'ordre de dresser le plan d'une église nouvelle, et prendre connaissance de l'emplacement destiné à son érection. En même temps, il fut décidé que notre vieux clocher, malgré sa solidité, ne pouvait être conservé, car agir autrement eut été détruire l'unité de l'oeuvre que l'on entreprenait.
Quelques mois plus tard, en décembre 1893, M. Libaudière adressait à M. l'abbé Biton, ses plans et devis. Les prévisions de la dépense dépassait, il est vrai, nos ressources, mais dans une proportion nullement inquiétante.
Le dossier, aussitôt complété, fut soumis successivement à l'approbation épiscopale et à l'approbation ministérielle ; mais M. le Ministre des cultes, bien moins pressé que nous, fit attendre sa réponse, et, encore, se refusa-t-il à approuver notre projet. Il se permit même de le modifier, et il nous parut ainsi insuffisant et inacceptable. Il fallut pour tant paraître s'y conformer, mais, au moment de la construction, M. le Curé, et son conseil de fabrique, de concert avec l'architecte, prirent la liberté de l'appliquer selon leur goût et leurs désirs. Si bien qu'il serait difficile à son Excellence de reconnaître, dans notre coquette petite église, le plan qu'il approuva au mois d'avril 1894.
L'adjudication des travaux se fit au mois de mai suivant, mais les nombreux amateurs qui vinrent, ce jour-là, festoyer à l'hôtel du Chêne-Vert, montrèrent peu de générosité envers notre fabrique. Un seul, M. Georges Liet, entrepreneur à Fontenay-le-Comte, mit un centime de rabais, mais à la condition formelle, tout à son avantage, que l'estimation des matériaux de démolition serait baissée de moitié.
Ce résultat n'était pas fait pour satisfaire l'abbé Biton, qui comptait sur un rabais important, afin d'entreprendre certains travaux imprévus, qu'il désirait vivement. Il ne dut cependant pas le regretter trop, et il l'aurait moins regretté encore, si la Providence lui avait permis d'assister au couronnement de son oeuvre. Effectivement, il se serait félicité d'avoir M. Liet comme conducteur de l'entreprise, malgré les conditions que l'on connaît, car M. Liet a toujours été un entrepreneur recommandable. Ses travaux furent si bien conduits qu'il réalisa un bénéfice convenable, tout en accomplissant avec scrupule ses engagements. Tout autre adjudicataire, avec double et même triple rabais, pouvait très bien nous donner de moindres avantages.
Aux premiers jours de juillet, la démolition de l'ancienne église fut commencée. On descendit d'abord, de leur demeure, les trois cloches, bénites six ans auparavant, et cette opération me rappela l'observation judicieuse de quelques habitants, qui, alors, demandèrent plutôt la construction de l'église. Tous les murs, mais surtout ceux du sanctuaire et du clocher, étaient d'une solidité parfaite ; le marteau et la pioche avaient peine à les désagréger. Ils fournirent un tas énorme de matériaux, bons et mauvais, dont le triage se fit avec méthode et activité, grâce à la bonne direction imprimée à ce travail, par le sieur Delescluze, contremaître de l'entrepreneur.
Au milieu du mois d'août, tout était démoli, à l'exception de la partie basse de la nef, et le terrain, destiné à recevoir l'abside et le transept de la nouvelle église, était complètement déblayé. On procéda, sans tarder, à l'établissement des fondements, et les travaux se continuèrent sans interruption. Il est bon de dire que les ouvriers, très désireux sans doute d'attirer, sur leur besogne, les faveurs de la Providence, se préoccupaient sans cesse de la bénédiction de la première pierre. L'abbé Biton les écoutait sans mot dire, mais ne songeait pas moins à cette intéressante cérémonie.
Le troisième dimanche de septembre fut enfin fixé pour la célébrer ; ce jour-là la population de la commune se rendit en grand nombre à la nouvelle construction, et aussitôt après les Vêpres, M. l'abbé Simon, vicaire général, spécialement délégué, procéda à cette bénédiction, et prononça une brillante allocution relative à la fête. Le nom des autorités ecclésiastiques et civiles, celui des bienfaiteurs du monument, les dates se rapportant à la construction et les principales circonstances de la journée, furent transcrits sur un parchemin, enroulé, puis déposé dans une excavation de la pierre, objet de la cérémonie ; à côté de pièces de monnaie et de médailles de l'époque, cette pierre a été posée à un mètre du sol, dans le parement du pilier de gauche, formant le cintre de l'abside. Elle se trouve aujourd'hui sous la chaire.
Chacun ensuite fut invité à donner son coup de marteau ; et tout le monde répondit à cet appel : l'officiant d'abord, Monsieur le curé et Monsieur le Maire en troisième lieu, enfin toute l'Assistance. Le soir l'escarcelle du sieur Delescluze débordait de pièces de tout calibre, qu'il se fit un devoir de mettre en réserve, pour procurer à ses ouvriers, en temps opportun, un rafraîchissement salutaire.
Après cette bonne journée, le travail se continua sans désemparer ; et au 15 novembre, les murs de cette première portion de l'édifice étaient prêts à recevoir la charpente ; celle-ci ne se fit pas attendre, de sorte qu'avant la fin de décembre la couverture était en place.
La fin de cette année fut très belle, aussi les maçons ne perdirent pas leur temps. Ils terminèrent la démolition de l'ancienne nef, et procédèrent à l'établissement de la nouvelle, ainsi que de la base du clocher. Cette dernière opération ne se fit pas sans peine et sans imprévu, car il fallut creuser à trois mètres de profondeur pour trouver le solide, indispensable dans pareille circonstance. Je crois même que ce travail imprévu ne fut pas conduit avec assez de discernement, car, aujourd'hui, il est facile de remarquer qu'un léger tassement s'est produit dans le contre-fort du côté gauche ... Toujours est-il qu'au 1er janvier 1895, les fondations étaient remplies, et les murs s'élevaient à trois mètres.
C'est alors qu'apparut l'hiver et son cortège de glaces et de verglas. L'entrepreneur abandonna ses travaux, recouvrit soigneusement ce qui était fait, et partit à Fontenay, avec ses ouvriers, pour passer les mauvais jours, et attendre une température plus propice.
Quelques temps après, un évènement fâcheux jeta la tristesse dans la paroisse. Le pauvre abbé Biton souffrait depuis longtemps déjà de douleurs cardiaques périodiques, dont il ne se plaignait guère, et qu'il supportait avec courage. Le matin du 2 février (1895), il fut plus gravement atteint, et ce n'est qu'avec peine qu'il put célébrer la messe. La journée, du reste, fut mauvaise, et le soir à 4 heures, pris d'une crise terrible, il ne put la surmonter, et mourut à huit heures, assisté de M. Maupillier, chantre de son église. Il était âgé de 52 ans.
Cette mort me contraria vivement ; en premier lieu, je perdais un ami sincère qui me témoigna toujours une grande sympathie, mais dans les conjectures où ce décès se produisait, ma qualité de maire chargé des intérêts de la commune me faisait surtout redouter de sérieuses difficultés. Il n'en fut rien très heureusement.
L'abbé Tellier, curé de Thouarsais-Bouildroux, son légataire universel m'accorda beaucoup de confiance, et la succession fut réglée sans ennuis ni récriminations. L'abbé Biton laissait dans sa caisse une somme importante, provenant de souscriptions anonymes, destinées à son église. Les notes qui s'y trouvaient jointes n'étaient pas très explicatives, malgré cela l'abbé Tellier ne songea nullement à s'emparer de cet argent. D'un autre côté, le regretté défunt m'avait fait connaître que son intention était, à part les mille francs qu'il avait déjà donnés, de faire d'autres sacrifices, plus sérieux encore, pour orner le nouvel édifice. Je crus devoir en faire part à son légataire, qui nous a bien prouvé depuis qu'il ne l'avait pas oublié. L'abbé Biton donnait chaque année à nos religieuses éducatrices une allocation de 50 francs, l'abbé Tellier s'est fait une obligation volontaire de continuer cette oeuvre de charité. Enfin, de concert avec M. le Président et M. le Trésorier de la fabrique, la caisse, qui contenait beaucoup d'argent, fut visitée, comptée et arrêtée, sans la plus petite difficulté, en présence de Monsieur le légataire universel.
- PIERRE-CALIXE FILLON
Aussitôt après l'enlèvement des meubles de M. l'abbé Biton, l'abbé Calixe Fillon, curé de Saint-Laurent-la-Salle, appelé à lui succéder, arriva à Loge-Fougereuse ...
[Fils de Jean-Louis, tisserand, et de Virginie Jousseaume, l'abbé Pierre-Calixe Fillon est né à Coëx, le 8 juin 1854.]
Un changement de curé, dans une paroisse, est toujours un évènement important, mais dans la circonstance, celui-ci eut un caractère tout particulier. Il était difficile d'exiger de M. l'abbé Fillon, qu'il eût les mêmes manières de voir que son prédécesseur, surtout en fait d'érection d'église. Le but principal de M. l'abbé Biton était de construire et d'orner avec luxe, sauf à remettre à plus tard certaines parties de l'édifice ; son successeur au contraire voulut tout terminer à la fois, et compléter surtout l'ornementation et l'ameublement. Il ajournait cependant le montage de la flèche, c'était précisément le morceau auquel je tenais le plus, ainsi qu'un grand nombre d'habitants. Ajournée, elle ne se serait peut-être jamais faite, ou tout au moins elle eut coûté bien plus d'argent ; car un entrepreneur spécial se serait montré plus exigeant. Les prétentions de M. Liet n'eurent au contraire rien d'exagéré. La fabrique était loin de posséder les ressources nécessaires, pour donner satisfaction aux désirs de notre nouveau curé, ainsi qu'aux partisans de la flèche. Dans ces conjectures, le curé prit à sa charge ce qu'il souhaitait avant tout et de mon côté je me chargeai de la flèche. La générosité de la population, mais surtout le désintéressement de trois maisons de la commune pourvut à tout.
A la fin de mars 1895, l'entrepreneur reprenait ses travaux, et le 17 octobre suivant, notre église, complètement terminée, recevait la bénédiction des mains de M. Deval, archiprêtre de la Roche-sur-Yon, assisté de MM. David, curé de Saint-Maurice-des-Noues, Gaudin, curé de la Chapelle-aux-Lys, Mesnard, curé de Saint-Paul-en-Gâtine (Deux-Sèvres), Teillet, curé d'Antigny, Cantin, vicaire de la Châtaigneraie, et Fillon, curé de la paroisse. MM. Texier, maire et Georges Liet, assistaient également à cette cérémonie. M. Libaudière, architeccte, s'excusa de ne pouvoir répondre à l'invitation qui lui avait été faite.
Ce même jour, on monta dans notre nouveau beffroi, les trois cloches qui, depuis dix-huit mois, gisaient sous le hangar de la cure. Cette opération qui paraissait assez facile, donna lieu cependant à un accident qui pouvait être grave. En élevant la plus grosse, le câble ne put supporter la charge et se brisa. La cloche, heureusement, n'était qu'à un mètre du sol, et en tombant, ne fit de blessures à aucune des nombreuses personnes qui l'entouraient. Un ouvrier de M. Liet fut seulement renversé par la secousse, mais ne ressentit le moindre mal de sa chute. La cloche elle-même n'éprouva aucun dommage ; le dallage seul demanda quelques réparations.
Une quatrième cloche, due à la générosité de Mme Céline Jolly, veuve de M. Babin des Bretinières, fut bénite ce même jour et vint se joindre à celles que nous possédions déjà. Cette cloche, provenant aussi des ateliers de M. Bollée, est du poids de 230 kilos et donne l'ut dièse. Elle porte comme inscription : "Mon parrain a été M. Callixte Fillon, curé, et ma marraine Mme Céline Jolly, veuve de M. Babin des Bretinières ; souvenir de la construction de l'église, 1894-1895, Arsène Texier, maire ; Joseph Libaudière, architecte ; Georges Liet, entrepreneur : Fonderie de Amédée Bollée, au Mans.
Aujourd'hui, ces quatre pensionnaires charment, de leurs accords parfaits, notre paisible population.
Ce même jour aussi, l'abbé Deval inaugura la nouvelle chaire, que M. Fillon avait bien voulu donner à son église, et, dans une allocution bien sentie, fit comprendre, à ses auditeurs, combien ils devaient être attentifs aux vérités qui, de là, iraient frapper leurs oreilles. [Aujourd'hui, hélas, il n'y a plus de chaire.]
Depuis ce jour, Mme Babin des Bretinières, toujours bien inspirée par son curé, fit encore don à la paroisse d'une horloge magnifique, qui, à chaque demi-heure, fait entendre un gai carillon, et indique ainsi aux laboureurs, éloignés dans les champs, le moment du travail et celui du repos. Cette horloge est sortie des ateliers de MM. Lussault frères, à Marsais (Vienne).
De son côté, l'abbé Tellier, curé de Thouarsais, pour perpétuer, à Loge-Fougereuse, le souvenir de l'abbé Laurent Biton, son cher cousin, donna à notre église le grand autel qui l'orne actuellement.
Le 28 avril 1896, dans une visite pastorale, Mgr Catteau, évêque de Luçon, consacra notre église, avec toute la pompe et le cérémonial ordinaires. Mais, à l'étonnement général, notre premier pasteur, qui, depuis un grand nombre d'années, demandait avec instance cette construction, ne crut pas devoir nous adresser d'éloges, en remerciement des sacrifices nous nous étions imposés, pour réaliser ses désirs. Il était facile, du reste, de reconnaître que ce monument ne lui plaisait qu'à demi. A la réunion du Conseil de fabrique, qui suivit cette cérémonie, il se plaignit même du peu de cas que l'on avait fait de saint Gilles, patron de la paroisse : "Je ne le vois nulle part, disait-il, dans les verrières, ni parmi les statues, assez nombreuses cependant, que vous possédez, ni sur aucun tableau ; il faut songer à saint Gilles, mes chers Messieurs, et veuillez, je vous prie, réparer votre oubli."
M. le Curé s'empressa d'accéder aux désirs exprimés par Sa Grandeur, et aussitôt, l'ancien tableau qui ornait le grand autel de l'église démolie, et qui représente notre saint Patron, fut attaché au mur, du côté gauche du transept, en face de l'autel de la Sainte Vierge. [Ce tableau n'est plus visible, seule la trace de son contour sur le mur rappelle son emplacement.]
Quatre ans plus tard, ainsi que je le dirait dans un instant, Monseigneur recevait plus ample satisfaction.
Toujours est-il que la paroisse possédait sa petite église, complètement achevée et ornée ; un peu petite, dirai-je, surtout dans certaines circonstances extraordinaires, assez rares, il est vrai, dans notre localité.
Ce monument, de style ogival, des plus simples, ne présente aucun détail qui puisse le caractériser. Notre bourse n'avait pas l'ampleur nécessaire pour faire mieux. La préoccupation de tous a été, surtout, de lui donner une solidité qui lui permette d'affronter les années.
L'abside est à cinq pans coupés, offrant chacun une baie bien proportionnée, ces baies sont fermées par des vitraux qui représentent : celui du milieu, saint Michel terrassant le dragon infernal ; celui de droite, saint Antoine de Padoue, recevant les baisers de l'Enfant Jésus, et celui de gauche, sainte Anne, instruisant la Sainte Vierge. Les deux verrières, ne sont que de simples grisailles.
Le grand autel, en pierres de Poitiers, admirablement sculptées, offert par M. le Curé de Thouarsais, est du même style que l'église : le bas-relief du tombeau reproduit la scène, à Emmaüs, de Jésus ressuscité, avec deux de ses disciples. La Sainte Table, en fer forgé, est celle qui était placée dans notre ancienne église
A l'extrémité, de chaque côté du transept, il existe une large baie à meneaux, fermée par une verrière ; celle de droite montre la Sainte Famille à Nazareth, dans l'atelier de saint Joseph, et celle de gauche représente la Sainte Vierge et l'Enfant Jésus, remettant à saint Simon Stock, les insignes du scapulaire.
Les baies de la nef sont aussi fermées par des vitraux. Les deux de la première travée exposent aux fidèles, celui de droite, les tribulations et les tourments de l'enfer, celui de gauche, Jeanne d'Arc sur son bûcher. Les quatre dernières ne présentent que des grisailles.
Enfin une verrière de dimension plus importante ferme la grande baie de la tribune du clocher : c'est Notre Seigneur Jésus-Christ, remettant à saint Pierre les clefs du Paradis. [Cette verrière n'est plus visible que de l'extérieur, c'est dommage.]
Ces vitraux n'ont rien de bien artistique, du reste l'argent qu'ils ont coûté ne permettait pas d'être trop exigeant.
Ce qui donne surtout à notre modeste cathédrale un cachet d'élégance tout particulier, ce sont les colonnettes, dues au bon goût de l'abbé Biton, lesquelles assises, à un mètre quatre vingt centimètres du sol, sur des bases admirablements sculptées, sont surmontées de gracieux chapiteaux, et soutiennent les arc doubleaux et les nervures de la voûte.
Cette voûte, construite en briques, donne pleine satisfaction aux règles de l'architecture, et ne laisse rien à désiré sous le rapport de la solidité.
Le dallage en ciment, établi avec soin, préserve de toute humidité. Je ne peux oublier le chemin de croix, en terre cuite polichromée, d'un genre très en faveur à certaine époque, mais qui, a trouvé de nombreux détracteurs.
A l'extérieur, l'aspêct général frappe agréablement la vue ; les proportions sont bien gardées, cependant la partie du clocher qui supporte le beffroi n'a pas assez d'élévation. De son côté la flèche est simple, dépourvue de toute ornementation ; malgré cela son élégance est indicutble. Elle est surmontée d'une croix de fer forgé, au-dessus de laquelle tourne à tout vent un coq magnifique donné par Mme Babin.
La construction générale de cette église donna toute satisfaction, et il y a lieu d'espérer que de nombreuses générations iront y prier, avant que les siècles n'aient porté atteinte à sa solidité.
La Fabrique, pour l'établissement de cet édifice, ne fut nullement gênée, soit par la municipalité, qui laissa la place publique à sa disposition, soit par M. Brisson, qui lui accorda la latitude de prendre, sur son jardin, le terrain qu'elle jugerait lui être nécessaire. Mais quand tout fut terminé, le maire, votre serviteur, agissant au nom de la commune, propriétaire du nouveau monument, voulant surtout prévenir toutes les difficultés qui pourraient surgir plus tard, proposa à M. Brisson de délimiter les propriétés respectives. Ce dernier accepta sans hésiter. Aucun point de repaire n'existait, et comme les anciennes limites avaient complètement disparu, au moment de la démolition générale, il était difficile d'établir un bornage, en pleine connaissance de cause. Dans ces conditions, M. Brisson fit preuve de désintéressement, en me permettant de prendre, pour la commune, la largeur de terre que je croirais utile tout le long de l'église. Il insista même pour me faire accepter cinquante centimètres de plus que je n'avais demandé. Nos conventions furent aussitôt consignées, sur un sous-seing, en date du 23 septembre 1896, rédigé en double exemplaire, dont l'un se trouve dans les archives de la Fabrique, et l'autre est possédé par M. Brisson. Ce document accorde à l'église un chemin de ronde de 2 m 50, à côté du jardin du Prieuré.
L'abbé Fillon, maître de son église, s'occupa aussitôt de la garnir de décorations multiples, faites avec goût et délicatesse, de banderolles et guirlandes de toutes couleurs, artistement travaillées par les dames et les bonnes Soeurs de la localité. Les jours de fête, la nef, le transept et l'abside, garnis de ces différents décors, présentent un superbe coup d'oeil. Les garnitures que possède la Fabrique, pour le grand autel, sont nombreuses et riches, et mêlées aux fleurs rares et diverses qui viennent du château, complètent avec avantage l'aspect général.
L'autel de la Sainte Vierge n'est pas négligé non plus, car le petit manoir de la Girardie, qui s'en occupe d'une façon spéciale, et lui prodigue tous ses soins, dispose de fleurs et d'ornements, en quantité suffisante, pour permettre à son protégé, de briller d'une façon digne de ses mérites. Vers 1880, Mlle Émilie Texier, propriétaire demeurant à la Girardie, donna cet autel. Il est d'un style gothique des plus purs. Lors de la démolition de notre ancienne église, il fut enlevé avec précautions et mis en lieu sûr, mais aussitôt après l'achèvement de la nouvelle construction, on s'empressa de le réédifier, et il occupe aujourd'hui, très avantageusement, la place qui lui était destinée.
L'autel de Saint Antoine (aujourd'hui, autel Saint Joseph), vieille relique de notre ancienne église, méritant à ce titre le respect général n'est peut-être pas aussi bien pourvu. J'aime à croire que le grand anachorète ne nous refusera pas, pour cela, son intercession auprès du bon Dieu ...
Le 17 octobre 1895, jour de sa bénédiction, notre église se montra pour la première fois dans toute sa splendeur.
Même chose se renouvela le 7 février 1896, à l'occasion de la fête de l'Adoration Perpétuelle, récemment établie par Monseigneur Catteau, afin que chaque jour de l'année, une paroisse du diocèse pût rendre au sacrement de l'Eucharistie les hommages qui lui sont dus.A cette occasion, l'abbé Fillon, ne songea pas uniquement à orner son église, mais il voulut surtout préparer les coeurs de ses fidèles à recevoir dignement Notre-Seigneur Jésus-Christ ; aussi pria-t-il le Révérend Père Fort de venir lui prêter son concours. Ce vénérable apôtre des Antilles répondit à l'invitation qui lui était faite, et, durant les trois jours qui précédèrent la fête, prêcha une retraite bien suivie. Enfin, le matin, à la messe, et le soir aux vêpres, en termes éloquents et délicats, il impressionna vivement son auditoire. En résumé, réussite complète, heureuse journée, dont la paroisse a gardé un bon souvenir.
Le 28 avril suivant, notre église revêtit encore sa parure des grands jours, pour recevoir la consécration de son évêque. Ainsi que je l'ai raconté plus haut, la cérémonie fut belle et l'assistance très nombreuse.
Depuis, à chaque fête, l'abbé Fillon n'oublie jamais d'orner son église, mais le jour de l'Adoration perpétuelle, les décors les plus précieux s'empressent de quitter leur retraite, pour montrer toute l'importance de la solennité. Les intérêts spirituels ne sont pas oubliés non plus, et toujours un prédicateur étranger vient nous indiquer le bon chemin.
En 1897, ce fut le P. Denis, rédemptoriste de la maison des Sables-d'Olonne ;
En 1898, le P. Ouvrard, missionnaire de Saint-Laurent-sur-Sèvre ;
Et en 1899, mon honorable voisin et ami, l'abbé Teillet, curé d'Antigny, qui nous expliqua, avec sa verve bien connue, l'immensité de l'amour eucharistique.
Enfin, notre vénérable curé, toujours plein de zèle pour notre sanctification, fut, en 1900, le promoteur d'une grande mission, prêchée dans notre église, par les PP. Sdilon et Ecker, rédemptoristes. Elle fut ouverte le 25 février et se termina le troisième dimanche de carême ...
A cette époque, notre curé, s'étant rappelé le petit avertissement de son évêque, relatif à saint Gilles, patron de la paroisse, fit tailler, dans la pierre, par M. Renaud, sculpteur à Luçon, les traits et les attributs du grand solitaire, et fut heureux de profiter de la clôture de la mission, pour faire bénir et ériger cette statue, à l'extérieur, sur la porte principale de l'église.
[Après 35 années passées à Loge-Fougereuse, l'abbé Calixe Fillon est décédé dans sa paroisse, le 27 décembre 1930, à l'âge de 76 ans.]
Histoire de Loge-Fougereuse par M. Arsène Texier - Ouvrage posthume publié par M. l'abbé L. Teillet, curé d'Antigny - 1903
AD85 - Registres paroissiaux et d'état-civil de Loge-Fougereuse



























