LOGE-FOUGEREUSE (85) SOUS LA RÉVOLUTION
LOGE-FOUGEREUSE SOUS LA RÉVOLUTION
En 1789, les habitants de Loge-Fougereuse ne s'inquiétèrent guère d'abord des évènements dont la capitale fut le théâtre. Il fallut le départ de leur curé, qui refusa de prêter serment à la nouvelle constitution, pour jeter le trouble dans leur âme.
Comme partout ailleurs, deux partis se formèrent, les Républicains et les Royalistes ; le plus grand nombre resta indifférent, et aucun trouble ne résulta de cette divergeance d'opinion.
La commune fournit cependant plusieurs victimes au couperet de la guillotine :
1 - PIERRE ROUET, âgé de 48 ans, exécuté à Fontenay, le 3 février 1794, "pour avoir été avec les brigands et de bon coeur, aux batailles, et n'avoir jamais voulu rendre les armes".
2 - JEAN GUILLOTEAU, 59 ans, journalier, exécuté à Fontenay, le 16 février 1794.
3 - Le même jour, JEAN BOUTON, menuisier, 24 ans.
4 - JEAN SAULLET, 26 ans, exécuté à Fontenay le 22 février 1794, "pour avoir été avec les brigands".
5 - PIERRE VINCENNEAU, 15 ans, exécuté à Fontenay le 19 octobre 1793, et placé dans la même fosse que PIERRE BONNAUD, maçon d'Antigny, 41 ans, mis à mort pour le même motif, c'est-à-dire comme brigand de la Vendée, sur la place de la Révolution.
6 - FILLE PAILLOU, religieuse bénédictine, morte en prison à Brouage, en 1793.
7 - FRANÇOIS FORTIN, 25 ans, condamné à mort, à Nantes, le 31 décembre 1793, en même temps que GODEREAU, 22 ans, FRANÇOIS GUINODEAU, 22 ans, PIERRE HÉNEREAU, 44 ans, de Bazoges-en-Pareds, avec cent onze autres victimes.
8 - JACQUES ROY, 24 ans, condamné à mort à Niort, le 7 avril 1794, le même jour que JEAN AUGER, 41 ans de Mouilleron-en-Pareds, RENÉ CHAMARRE, 24 ans et FRANÇOIS ROCHARD, 27 ans, de Saint-Pierre-du-Chemin, JACQUES BOUTIN, 34 ans, de Vouvant, FRANÇOIS LÉGERON, 31 ans, d'Antigny, et vingt et un autres.
[9 et 10 - MARIE-ROSE et MARIE-JACQUETTE TEXIER]
Au moment de la Révolution, la ferme de la Gétière appartenait à M. Joffrion ; elle était exploitée par une famille PIFFETEAU, aux soins de laquelle on confia secrètement les vases sacrés et les ornements provenant des églises de Saint-Maurice-des-Noues et de Loge-Fougereuse. Tout fut mis dans un grand coffre, que l'on remplit ensuite de cendre.
Malgré toutes les précautions qui avaient été prises, les révolutionnaires se doutèrent de quelque chose et vinrent, un beau jour, faire une perquisition domiciliaire. Ils aperçurent le coffre ..., mais ne cherchèrent pas dedans. Les soldats, furieux de leur déception, menacèrent de mort la jeune femme de la maison et lui mirent le sabre sous la gorge. Avec beaucoup de sang-froid, elle leur dit : "Tuez-moi, si vous voulez, mais je vous préviens qu'en me tuant vous en tuez deux, car je suis enceinte !" Cette parole la sauva.
Un cousin germain, qui était de part dans l'exploitation, était déjà parti rejoindre l'armée vendéenne. L'homme de la maison, resté seul, fut quand même réquisitionné, avec sa charrette et ses quatre boeufs, pour transporter les munitions, à la suite de l'armée révolutionnaire, qui se rendit à Fontenay, à Luçon et revint à la Châtaigneraie.
Piffeteau était bien ennuyé de voyager ainsi avec des scélérats, qui commettaient toutes sortes de crimes, pillant les maisons, mettant le feu partout et massacrant les hommes, les femmes et les petits enfants qui tombaient en leur pouvoir. Il confia ses peines à son maître, qui demeurait alors à la Châtaigneraie.
M. Joffrion lui dit : "Écoute bien : ce soir, après l'appel, détache tes boeufs et sauve-toi. Mais remarque bien que si tu es pris, tu seras fusillé. Va et ne dis à personne que je t'ai donné ce conseil !"
Quand la nuit fut venue, Piffeteau sortit de la ville à pas de loup et s'en alla coucher à la Grange-Paris, où il avait une filleule. Le lendemain, de bonne heure, il se rendit à la Gétière, où ses quate boeufs étaient déjà arrivés. Le malheureux fut obligé de se cacher, car on le poursuivit comme déserteur. Habituellement, il se tenait dans un chêne creux, qui se trouvait sur la route de la Châtaigneraie. Il vécut ainsi plusieurs mois, dans des transes continuelles. Un jour il se crut perdu et fit son acte de contrition. Les bleus passaient par là et une voix disait : "Quel bel arbre ! Je parie qu'il a des Vendéens cachés là-dedans !" Heureusement que ce soldat ne donna pas suite à son idée ... Ceci nous a été raconté par le père Piffeteau, cultivateur au Pré-Focillon, paroisse d'Antigny, et petit-fils de celui dont nous venons de parler.
Durant l'insurrection vendéenne, notre commune, placée à l'extrême limite des opérations militaires, ne vit aucun combat, aucune bataille ensanglanter son territoire. Les jeunes gens, appelés à défendre la République, s'abstinrent, pour la plupart, mais au lieu de se joindre aux armées royalistes, restèrent cachés au centre de leurs genêts, où ils attendirent la fin de la tourmente, sans encourir le moindre danger, car les soldats de la Convention, trop occupés à se défendre, ne songeaient guère à poursuivre les insoumis.
Notre population embrassa avec ardeur la cause Bonapartiste, et l'Empereur trouva parmi nous de dévoués et courageux soldats.
En 1815, au retour de l'île d'Elbe, la chouannerie se réveilla de son inaction, et quelques jeunes gens de notre commune s'empressèrent de grossir ses rangs, bien plutôt dans le but de se soustraire aux obligations du service militaire que pour défendre la royauté légitime.
A l'avènement de Louis-Philippe, la duchesse de Berry voulut soutenir les droits de son fils, le duc de Bordeaux, au trône de la légitimité. Elle fit dans ce but une excursion en Vendée, précédée et suivie de quelques gentilshommes, ses partisans, qui essayaient de soulever les populations. Leur voix eut peu d'écho, mais le gouvernement, pour réprimer toute velléité de révolte, quelque qu'en pût être l'importance, fit occuper la Vendée militairement, et Loge-Fougereuse logea, durant quelques mois, dans la maisonnette de la Gaillardrie, une escouade de fantassins.
Cette importante garnison n'empêcha pas nos jeunes recrues de se livrer de nouveau à la Chouannerie, toujours dans le but d'échapper au service militaire, n'ayant qu'un médiocre intérêt pour les droits que voulait faire valoir la duchesse de Berry. Ces jeunes insoumis, toujours réunis par troupes plus ou moins nombreuses, inspiraient partout la terreur. Leur rencontre était très redoutée, car leur méfiance était telle qu'il leur semblait voir partout un délateur, et qu'on avait tout à craindre de leurs représailles. Jamais cependant, de ce chef, il ne s'est produit, chez nous, le moindre évènement fâcheux ...
Histoire de Loge-Fougereuse par M. Arsène Texier - Ouvrage posthume publié par M. l'abbé L. Teillet, curé d'Antigny - 1903


