SAINT-GILLES-SUR-VIE - NOIRMOUTIER (85) - M. JACQUES-JEAN MOIZEAU, VICAIRE A SAINT-GILLES (1761-1829)
M. JACQUES-JEAN MOIZEAU
Vicaire à Saint-Gilles-sur-Vie
Curé de Longeville, du Petit-Bourg-sur-la-Roche
(1761-1829)
Noirmoutier fut la ville natale de M. Moizeau. Fils de Jacques Moizeau, maître boucher, et de Jeanne Rousseau, Jacques-Jean est né le jeudi 19 mars 1761.
La Révolution le trouva vicaire à Saint-Gilles-sur-Vie.
Plein de fermeté contre les erreurs nouvelles, qui s'attaquaient principalement à la Religion, il eut à lutter contre l'opposition d'une bourgeoisie voltairienne, qui entendait régir la paroisse et ses chefs comme la municipalité. Fréquemment dénoncé pour ses discours incendiaires selon l'inepte expression de l'époque, il allait être sacrifié par le district de Challans aux rancunes des municipaux.
Voici les faits :
"En la séance du 22 mai 1791, le procureur de la commune se voit, avec chagrin, forcé de représenter que le cri général est que le sieur Moizeau s'est rendu désagréable par sa conduite et par ses propos incendiaires ; craignant quelques suites funestes de l'exaltation mise par lui en certains esprits, il requiert que le dit Moizeau, vicaire soit renvoyé de cette paroisse et qu'il lui soit défendu d'y habiter désormais." Ce qu'adopte le conseil de Saint-Gilles. Le maire en écrit aux administrateurs de Challans, et ceux-ci autorisent l'expulsion.
Le 20 juin, l'abbé Moizeau est mandé à la mairie pour recevoir notification de l'arrêté qui l'expulse. La municipalité déclare : "Qu'attendu qu'elle n'a plus besoin de ses services, comme vicaire, elle lui ordonne de rendre les clefs de la sacristie, faute de quoi il y sera contraint ; qu'il n'a plus à compter sur le traitement qu'il avait ; défendu aux marguilliers, à dater de ce jour, de lui fournir aucun ornement ni vase sacré, parce que, n'étant plus utile à la commune, il n'en doit plus user les effets."
Toutes ces défenses étaient du ressort de l'autorité ecclésiastique et non pas du pouvoir civil, aussi ce dernier se heurta aussitôt à l'opposition du curé, M. Bouhier de la Davière. Celui-ci déclare au conseil que son vicaire lui est nécessaire à cause de sa mauvaise santé et demande son maintien. Les municipaux hésitent pendant quelques jours puis, après avoir suivi la procession de la Fête-Dieu où officiait le vicaire incriminé, ils reviennent à la charge et maintiennent la demande de son départ : "La commune, disent-ils, préfère n'avoir qu'une messe ..." A la requête du procureur de la commune, une pétition est adressée à l'évêque de la Vendée pour qu'il interdise le dit Moizeau de toutes fonctions ecclésiastiques comme de toute résidence dans la paroisse.
Malheureusement pour les municipaux, Rodrigue, évêque schismatique et intrus, élu le 2 mai 1791, n'avait aucun pouvoir sur le clergé fidèle de Saint-Gilles. Mais, en temps de Révolution la force prime le droit et M. Moizeau dut céder à la force.
Suppression du traitement, retrait d'emploi, expulsion de la paroisse furent la conséquence de cette mesure violente de la municipalité. Ce sont là, comme on le voit, de viles armes des gouvernements impies employées contre le clergé.
Retiré dans sa famille à Noirmoutier, M. Moizeau, le 5 novembre 1791, répondait aux représentants de la commune de Saint-Gilles : "Si vous avez cru me mortifier en me traitant dans votre lettre, de prêtre non conformiste, vous vous êtes étrangement trompés. La liberté d'opinions étant décrétée, j'ai la mienne et j'espère, moyennant la grâce de Dieu, la conserver tant qu'il me restera un souffle de vie."
M. Moizeau, pour demeurer fidèle à sa foi, dut s'exiler et partit pour l'Angleterre, et, de là, à la Guadeloupe, où il résida plusieurs années.
Quand, après le Concordat, il fut de retour à Noirmoutier, sa ville natale lui fit la plus flatteuse ovation. Il y demeura comme vicaire jusqu'en 1811.
A cette date, l'autorité diocésaine le nomma curé de Longeville, où M. Charbonnel n'avait pas laissé que de bons souvenirs.
Enfin, en 1814, il vint occuper la cure du Petit-Bourg-sous-la-Roche. Atteint d'un mal incurable par suite d'une extrême frayeur en entrant, un jour, à cheval dans la ville de La Roche, il donna sa démission et se retira définitivement à Noirmoutier où la mort vint le frapper le 2 mars 1829, à l'âge de 68 ans, aimé et vénéré de ses compatriotes.
Loin d'éteindre son souvenir parmi eux, la persécution et l'exil l'avaient rendu plus cher à ses concitoyens et à ses amis.
AD85 - Bulletins paroissiaux de Noirmoutier-en-l'Île - 1909


