CHAVAGNES-EN-PAILLERS (85) - LOUIS-CONSTANT-FORTUNÉ, COMTE DE SUZANNET (1856 ? - 1928)
La noblesse des de Suzannet remonte fort loin dans l'histoire de France. On sait qu'un Joseph de Suzannet fut le premier maire de la ville de Fontenay-le-Comte et qu'à ce titre il eut le grand honneur d'y recevoir le roi Louis XI.
Les registres paroissiaux de Chavagnes au cours des XVIIème et XVIIIème siècles signalent leur présence à La Chardière.
Armes des de Suzannet : D'azur à 3 cannettes d'argent, 2 et 1.
La prise de possession de la cure de Chavagnes, le 4 juin 1711, par le curé Huchelou, est signée par les notables de la paroisse et signale la présence de Messire Samuel-Gabriel de Suzannet, chevalier, seigneur de la Chardière et deux de ses enfants dont le cadet portait le nom de Guy, le nom de l'aîné est illisible.
Famille d'ancienne chevalerie, ayant possédé les baronnies de Suzannet et de Pouillé.
Le général comte de Suzannet était le cousin-germain des généraux Henri, Louis et Auguste de la Rochejaquelein, il naquit au château de la Chardière en 1772 et mourut après avoir été blessé au combat de Rocheservière le 21 juin 1815.
Ce fut cette même année, 1815, que le général perdit son père, il mourut à Paris, avec le grade de Vice-Amiral.
Le général Constant de Suzannet a laissé deux enfants de son mariage avec Mlle d'Auteroche, un fils et une fille.
Le fils a été élevé à la pairie par S.M. Charles X.
LOUIS-CONSTANT-FORTUNÉ, COMTE DE SUZANNET
[Fils de Louis-Constant-Alexandre de Suzannet et de Pauline Piscatory de Vaufreland, Louis-Constant-Fortuné serait né en 1856.]
Maire de Chavagnes, en 1888, le comte de Suzannet fut élu conseiller général du canton de Saint-Fulgent en 1889, succédant au comte Théophile de Tinguy, de la Violière. Ce dernier jouissait de la plus haute estime et d'une popularité fort justifiée ; mais cependant, avec la plus clairvoyante compréhension de l'intérêt de la cause et du canton, il remit à son affectionné parent un mandat que lui-même avait rempli avec distinction. Le comte de Suzannet ne manquait jamais de rendre hommage à ses prédécesseurs et à ses autres amis du canton, de les consulter et de délicatement reporter sur leur dévouement à la cause commune la facilité avec laquelle lui-même avait gagné la place pour laquelle la Providence l'avait marqué.
M. de Suzannet prit dès l'abord un grand ascendant dans le canton. Son caractère d'extrême courtoisie et de prudente conciliation, quand les principes n'étaient pas en jeu - car alors sa fermeté s'affirmait - excluait absolument l'idée d'adversaire : dans l'administration, il ne connut que la justice et l'intérêt général, et toutes les fois où il n'y avait pas à aller contre ces deux règles, sa bienveillance savait se concilier les intérêts particuliers ; il était donc impossible, sans faire montre d'un sectarisme fort mal vu dans nos communes, de heurter et de combattre une ligne de conduite qui donnait satisfaction à tous.
Aussi le canton connut pendant les quarante années de son mandat un calme électoral, qui évitant toute animosité, fut un grand bien pour les relations de bonne amitié et de bonne entente entre toutes les personnes, même d'opinion opposée. Ce fut, grâce à M. de Suzannet, une époque heureuse pour le canton ; car les luttes engendrent les inimitiés entre voisins, entre amis et même dans les familles et c'est un grand mal.
De ce que l'ascendant de M. de Suzannet l'ait mis pendant 40 ans à l'abri de tout trouble, le canton ne saurait être trop reconnaissant envers celui dont la grandeur d'âme, la bonté et la sagesse, dominèrent sans conteste la situation électorale, qui ne connut que l'échange d'une confiance unanime et d'un dévouement absolu.
Dans son propre parti, la fermeté de ses convictions politiques n'excluait pas une sincère compréhension de vues et d'espoirs différents, et jamais de ses lèvres ne sortit qu'une parole portant la plus légère atteinte à l'union des catholiques. Il obtenait aussi, par sa ferme attitude, que ses préférences personnelles fussent également respectées non point par susceptibilité personnelle, mais par une vue juste que des paroles ou des actes contraires affaiblissaient l'Union. Il jugea fort sévèrement ceux qui la rompirent, car lui-même, la cherchait avec une constance inlassable. Il était nettement guidé pour cette cause par le grand principe que suivirent dans le lointain et le proche passé, que suivent dans le présent et que suivront dans l'avenir ses meilleurs amis politiques ; la fidélité entière, indéfectible, exclusive, à la tradition vendéenne de la défense de la Religion ...
Pour ne parler que des derniers services rendus, je rappellerai pour la campagne l'aide considérable qu'il avait annoncée pour les chemins, et que ses fils ont confirmée ; pour le bourg, la part prépondérante qu'il prit à la construction du service d'eau, en prenant à sa charge les frais de recherche et les premiers travaux, et en participant dans une large mesure à la souscription. Et c'est à la survivance de ce même généreux intérêt pour la commune que sera dû le règlement définitif de cet important ouvrage ...
L'autorité de M. de Suzannet produisit d'heureux effets pour le diocèse et pour Chavagnes dans une circonstance mémorable, où l'attribution du Petit Séminaire au département en remit la disposition au Conseil Général. Grâce aux efforts constants de M. de Suzannet et de son intime ami le Comte de Cornulier, le séminaire, après bien des difficultés qu'ils suivirent avec une attention persévérante, revint à sa religieuse destination, assurant ainsi dans les conditions les plus favorables le développement du sacerdoce, les études des enfants du peuple dont l'âme se sent attirée à la prêtrise.
Rappeler ce souvenir si cher à nos coeurs, c'est affirmer que le Comte Louis de Suzannet a transmis intacte à Chavagnes "la tradition vendéenne de la Défense de la Religion".
DERNIÈRES HEURES
Dans ses dernières années, M. le Comte de Suzannet eut à souffrir les douleurs angoissantes de l'angine de poitrine. Avec le temps, les crises devinrent plus longues et plus douloureuses. Ce fut pour lui une épreuve pénible, qui paralysait son activité et gênait réellement ses relations extérieures. La veille de sa mort, il était content de sa journée, qui avait vraiment été bonne, aussi avait-il prolongé la veillée dans l'intimité familiale. Au lever du jour, la douleur le réveilla, il prit le remède recommandé pour diminuer l'intensité de la crise et la dissiper. La douleur persistant, selon sa coutume en pareil cas, il éleva son coeur vers Dieu, ce fut sa suprême prière : "Je souffre. Pitié, mon Dieu, Pitié !" Encore quelques mots et il retomba sur sa couche, c'était l'heure où il rendait à Dieu son âme. Était-elle unie au corps, au moment de l'Extrême-Onction ? C'est le secret de Dieu.
APRÈS LA MORT
"La Dépêche Vendéenne" a écrit dans son numéro du 19 août ces lignes, qui reflètent vraiment la vérité :
Une noble figure vendéenne vient de s'endormir dans la paix du Seigneur, celle de M. le Comte de Suzannet.
Comme un long et lugubre glas, sur toute notre région a couru l'annonce de sa mort avant que l'on apprit même qu'il fût malade, et tous avaient pour cet homme de bien le mot attristé qui prouve que sa mémoire restera fièrement honorée.
M. de Suzannet s'est éteint le mercredi 8 août, au château de la Chardière.
Les habitants de Chavagnes qui l'aimaient tant, vinrent une dernière fois revoir son visage, si calme et si doux dans la mort, qu'il paraissait sourire, resplendissement de la sérénité de sa grande âme de chrétien et de vendéen fidèle aux traditions ancestrales.
Le dimanche 12 août, la population se succéda autour du cercueil, et les chapelets s'égrenaient à haute voix pour l'âme de celui avec lequel tous se sentaient si profondément unis.
Le 13, le Conseil municipal, les sociétés dont il était l'animateur éclairé, les enfants de Chavagnes, vinrent se ranger le long du château qui comprend toujours dans l'une de ses parties le vieux logis familial.
Les chefs des métairies amenèrent leurs attelages au perron. Un très nombreux clergé, présidé par M. le Supérieur du Petit Séminaire, vint réciter les prières de la levée du corps et le cortège partit au champ des psaumes, pour Chavagnes, sur cette route où il était passé tant de fois pour aller faire le bien.
Tout le long du chemin, la population se joignait au cortège pour le conduire à l'église si aimée, où il manquait jamais d'entrer s'agenouiller devant le Saint-Sacrement chaque fois qu'il venait au bourg.
La cérémonie se déroula dans un recueillement profond et douloureux qui a frappé tous les assistants, et leur montrait le degré de vénération que lui portaient tous les coeurs".
SES DERNIÈRES VOLONTÉS
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Ainsi soit-il.
Je remercie Dieu des immenses bienfaits qu'il m'a accordés : je lui demande humblement pardon de mes fautes et j'implore sa Miséricorde, en le priant de permettre que je sois, un jour, réuni au Ciel à tous ceux que j'ai aimés ici-bas. ...
Je vous demande à tous de beaucoup prier pour moi.
A Dieu.
AD85 - Bulletin paroissial de Chavagnes-en-Paillers - 1928
LEGS COMTE DE SUZANNET
Aux termes de son testament olographe, en date du 13 août 1927, déposé au rang des minutes de Me Marcel Goupil, notaire à Paris, 11 rue Louis-le-Grand, M. Louis-Constant-Fortuné comte de Suzannet, en son vivant, demeurant à Paris, rue Quentin-Bauchart, n° 9, décédé au château de la Chardière, commune de Chavagnes-en-Paillers (Vendée), le 8 août 1928, a fait les dispositions sujettes à l'autorisation administratives dont la teneur littérale suit :
"Ceci est mon testament :
... ... ...
7° Je donne et lègue à la commune de Chavagnes en Paillers une somme de Vingt-cinq mille francs à la condition formelle qu'une somme de cinq cents francs provenant des revenus des 25.000 francs légués à la commune soit chaque année remise à M. le Curé de Chavagnes afin que ... ...
Au cas où pour une raison quelconque, cette somme de 500 francs ne serait pas remise exactement chaque année à Monsieur le Curé, j'entends que le legs que je fais à la commune devienne caduc et la commune devrait rembourser à M. le Curé de Chavagnes la somme de vingt-cinq mille francs ... ..." (Extrait : Recueil des actes administratifs de la Préfecture du Département de la Seine - 10/1928 (A85, Sect1, N10)
VOIR ARTICLES SUR :
MONSIEUR LE COMTE JEAN-KNOWER-LOUIS-HONORÉ DE SUZANNET (1884-1938)


