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La Maraîchine Normande
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1 mars 2016

TOULOUSE (31) - 1799 - MARIE-ANTOINE-GUILLAUME-JULES, COMTE DE PAULO - "GÉNÉRAL DE LA PROVINCE DE FOIX"

Haute-Garonne

 

 

Les bandes royalistes du midi avaient pour chef, dans la Haute-Garonne, M. de Paulo, jeune étourdi, sans talents militaires, mais d'une grande exaltation contre-révolutionnaire ; il souleva un grand nombre de paysans dans le diocèse de Toulouse, et commit les plus grands dégâts dans les campagnes ; le pillage était organisé ; les acquéreurs de biens nationaux étaient rançonnés ou mis à mort, ainsi que les prêtres assermentés.

 

 

Issu d'une famille célèbre et qui avait donné un Grand Maître à l'Ordre de St Jean de Jérusalem (Antoine de Paulo), décoré du titre de brigadier des armées du roi, il était jeune, plein d'ardeur, et aspirait à la gloire. Fils du sénéchal du Lauragais, le comte Marie-Antoine-Guillaume-Jules de Paulo est né le 5 mai 1775 à Toulouse, paroisse Saint-Étienne.

 

 

Il commence ses études à l'École Royale Militaire de Sorèze, dans le Tarn. Au début de la Révolution, il émigre comme son père et rejoint l'Armée des Princes en Allemagne. Après un séjour en Vendée, il rejoint sa mère à Terraqueuse (sur les bords de l’Hers, entre Calmont et Cintegabelle), quartier général des royalistes pendant l’insurrection de 1799.

 

Pendant l'émigration de son fils, la vieille comtesse de Paulo, mère du héros de l'insurrection, dut s'enfuir sous des haillons de mendiante et demeura quelque temps cachée dans une ferme voisine. On raconte que des patriotes soupçonneux vinrent un jour l'y poursuivre ; mais le paysan qui la protégeait dissipa leurs inquiétudes en l'accablant d'injures grossières, comme une servante inutile, et en lui faisant garder les troupeaux.

 

Placé sur un autre théâtre, il aurait marché sur les traces des La Rochejaquelein et des Bonchamp. 

 

 

TERRAQUEUSE

 

 

Il soumit d'abord les petites villes voisines de son château, où il avait établi le quartier général de sa petite armée. Sa bande passa les journées des 18 et 19 thermidor (4 et 5 août), mangeant et buvant aux frais du comte.

 

Elle en partit le 20 thermidor (7 août), à quatre heures du matin, armée de fusil de tout calibre, de piques et de faux, accompagnée de quelques cavaliers et pourvue d'une petite pièce de canon. Quelques heures après, cette troupe entrait à Cintegabelle au cri de : Vive le Roi ! et y faisait sonner le tocsin pour appeler les rebelles de la contrée, qui arrivèrent en grand nombre. On incarcéra le commissaire du Directoire exécutif Gaubert, le président de l'administration municipale Anglade et les frères Moulis, patriotes de Calmont, qui se trouvaient dans cette ville. On dévalisa la maison commune, rétablit le consulat comme avant la Révolution.

 

Le lendemain 21 (8 août), le comte de Paulo partit pour Calmont à la tête de cinq cents hommes.

 

Arrivé aux portes de cette petite ville, le général de la province de Foix envoya au citoyen Jacob Sauret, agent municipal, la sommation dont la teneur suit :

 

"Peuple de Calmont,
Je vous somme, au nom du Roi, de mettre bas les armes sur-le-champ, et alors je vous promets, en son nom, pardon général et protection ; sinon, le premier coup de feu tiré sur notre troupe vous serez passés tous au fil de l'épée et je fais mettre sur-le-champ le feu aux quatre coins de la ville.
Tout le pays jusqu'à Toulouse est au pouvoir des royalistes. Nous avons pris des otages qui nous répondent de votre conduite. Ainsi, décidez et envoyez-nous votre réponse.
Ce 7 août, à quatre heures du matin.
LE COMTE DE PAULO, commandant.
Certifié véritable par moi, Jacob Sauret, agent municipal de la commune de Calmont, réfugié à Villefranche". ...

 

L'agent municipal Sauret, voulant réunir ses hommes bien qu'il ne disposât que d'une cinquantaine de fusils dans un état plus ou moins satisfaisant, fit prévenir son collègue de Mazères et demanda trois heures pour réunir la municipalité et délibérer. De Paulo lui répondit en s'emparant de la ville. Il fit abattre l'arbre de la liberté, exigea la remise de toutes les armes et ordonna le massacre du patriote Galache, qui courait vers Mazères pour hâter l'arrivée des secours demandés. Ces secours arrivèrent, mais trop tard. ...

 

Toutes les bandes de cette contrée se réunirent à celle du comte de Paulo, qui remonta la vallée de l'Ariège, par Mazières et Saverdun, jusqu'au Vernet, près Pamiers, d'où il fit distribuer et répandre l'ordre suivant :

 

"De par le Roi légitime,
Je vous invite, Monsieur, à sonner le tocsin dans vos communes respectives, à prendre les armes et à arrêter les chefs des coquins et ennemis du bon ordre et de la tranquillité publique. Instruisez-moi des moyens que vous aurez pris pour exécuter les ordres les plus prompts de Sa Majesté très chrétienne. Vous communiquerez le présent ordre de suite à Fajac, Marquien, Gameville, Saint-Michel-de-Lanez, Salles et Lalouvière, Molandier, Labastide, Ribouisse, Pechluna, Lacassaigne, Fanjeaux, Montréal et jusques à Castelnaudary et Carcassonne en suivant le canal.
LE COMTE DE PAULO, signé."

 

Sur d'autres points, de légers succès étaient suivis de longs revers. Si les royalistes avaient obtenu une mince victoire à Lanta, ils étaient dispersés dans le département du Lot, vaincus à Toulouse et à l'Île Jourdain, et chassés de poste en poste jusque dans Muret, où le général Rougé s'était réfugié avec cinq mille fantassins mal équipés.

 

Lamothe-Langon, dans son Histoire de la Révolution, parlant des représailles exercées par les républicains après l'insuccès de la campagne royaliste du comte de Paulo, en l'an VII (1799), écrit au tome II, page 353 : "A Lanta, la victoire des républicains fut accompagnée de crimes horribles : une demoiselle de Puybusque dut sucer le sabre teint du sang de son père".


Dans les Mémoires et souvenirs d'un Pair de France, sans nom d'auteur, mais attribué à Fabre de l'Aude, et sans doute aussi notablement inspirés par le même Lamothe-Langon, on peut lire au tome II, page 479, après le récit de l'incendie, à Flourens, de la maison du marquis d'Olive-Quinquiry : "Les républicains se souillèrent d'un acte de cruauté bien plus odieux encore : A l'affaire de Lanta, combattait un M. de Puybusque (André), gentilhomme d'une des plus anciennes familles de la province. Il est vaincu et tué ; sa fille était auprès de lui. Les républicains la saisissent, et celui qui venait d'immoler son père essuie, sur les lèvres de cette infortunée, son sabre dégouttant du sang paternel".

 

 

cavalier pyrénéen

 

Le comte de Paulo aspirait au titre de chef suprême.

 

Il passe la Garonne à deux lieues en avant de Muret. Une colonne républicaine qui longeait le fleuve, tombe dans une embuscade. Paulo marche en avant, et se charge d'ouvrir les passages. Il avait réuni sous ses ordres presque toute la cavalerie.

 

Parvenu à Martres, le comte Jules de Paulo apprend qu'un général républicain était entré tout récemment à Saint-Martory, accompagné de quelque infanterie de ligne, de la garde nationale du département de l'Ariège, et d'un corps d'artillerie.

 

Un étroit passage sépare en ce lieu la Garonne des rochers voisins, un petit nombre d'hommes suffit à la défense de ce chemin, ainsi fortifié par sa position ; et néanmoins, dans la circonstance, s'il n'était pas forcé, la partie de l'armée royale commandée par le comte Jules de Paulo allait être perdue sans ressource, puisqu'elle se trouverait entre deux feux, celui des troupes de l'Ariège, qui l'attaqueraient en face et celui des troupes arrivant de Toulouse, qui la prendraient sur les derrières ; la retraite d'ailleurs n'était pas possible, les localités s'y opposaient, il fallait donc vaincre ou mourir.

 

L'intrépide Paulo n'hésite pas, il s'avance à la tête de ses cavaliers peu aguerris, qui croyaient marcher à une défaite certaine ; parvenu jusqu'au pied d'une vieille tour, bâtie en ce lieu pour la garde du défilé et où le général royaliste s'attendait à trouver les avant-postes républicains, il n'aperçoit ni vedettes ni sentinelles ; tant d'imprévoyance, à laquelle il ne peut croire, lui semble un piège ; il avance avec précaution.

 

Des paysans annoncent bientôt que les républicains, endormis dans leur sécurité, et croyant les royalistes à une distance plus éloignée, ne songent qu'à se divertir, et ont négligé de se garder comme la prudence l'ordonne impérieusement en pareil cas.

 

(Saint-Martory -15 août 1799) Le comte de Paulo se hâte de profiter de l'occasion ; il presse la marche, et à la tête de sa colonne, il est déjà dans Saint-Martory, avant qu'aucun cri d'alarme se soit fait entendre. Cependant les républicains ont enfin connaissance de sa venue ; le général (Latour) rallie ses soldats, ils courent aux armes, l'artillerie est pointée ; mais Jules de Paulo s'élance sur ce chef imprévoyant, l'attaque corps à corps, le blesse et le renverse ; les pièces de canon tombent au pouvoir des royalistes, qui, à leur tour, les dirigent contre les gardes nationales Ariégeoises, et le passage est complètement forcé. L'armée ariégeoise s'enfuit, et le passage est ouvert à l'infanterie, qui, ainsi que toute l'armée, se dirige vers Saint-Gaudens et Montréjeau.

 

(Montréjeau - 20 août 1799) Ce fut dans cette dernière position que Jules de Paulo crut pouvoir attendre les républicains. Il fit la faute de ne point élever de retranchements, comme le conseillait le général Rougé, et de ne point assurer sa retraite.

 

Malgré la plus vive canonnade de la part des ennemis, les colonnes se déployèrent et marchèrent en avant ; le centre, commandé par le comte de Paulo, et la droite commandée par MM. de Galias et de Toureil, combattirent avec intrépidité ; la gauche, mise sous les ordres de M. Paignon, et sur laquelle se dirigeaient tous les efforts des républicains, se replia en désordre ; le général Rougé se porta rapidement de ce côté, pour tâcher de la rallier, il le tenta en vain, et pendant ce temps les deux autres corps de bataille s'apercevant de ce qui se passait, plièrent à leur tour, et se débandèrent en un instant. Attaquée en tête par le général Bartier, commandant des républicains des Hautes-Pyrénées, et par les Toulousains, sous les ordres du général Comme et de l'adjudant général Vicose, qui se distingua dans cette occasion.   

 

Le terrain en cet endroit est montagneux ; il fut impossible de retenir les troupes, et de les ramener au sentiment de leur devoir. La déroute devint complète. On se sauva comme on put, qui de çà qui de là ; jamais on ne vit confusion pareille. Deux mille morts couvrirent le champ de bataille. Plusieurs centaines d'hommes se noyèrent en voulant traverser la Garonne à la nage.Toute l'artillerie du comte de Paulo fut conquise par les républicains, qui firent dans cette journée plus de deux mille prisonniers ; ils abandonnèrent les blessés que l'on massacra impitoyablement sur le champ de bataille. L'armée royale était détruite. Les débris des régiments royaux, formant au plus onze cents hommes, se dirigèrent par Saint-Béat, sur la vallée d'Aran. 

 

Le général Rougé, au milieu de cette funeste débâcle, n'ayant pu rallier que deux cents hommes, perdant d'ailleurs toute espérance de pouvoir continuer la guerre, n'attendant plus rien surtout du roi d'Espagne, qui avait donné l'ordre infâme de livrer à la république tous les insurgés qui pénétreraient dans ses états, et voyant enfin que, de tous les départements qui devaient se lever en masse, celui de la Haute-Garonne était le seul qui eût agi ; le général Rougé, dis-je, crut devoir terminer une lutte qui s'était prolongée depuis le commencement jusqu'à la fin du mois d'août 1799.

 

En conséquence, et bravant la rigoureuse mesure ordonnée par le roi d'Espagne, il conduisit les deux cents hommes demeurés fidèles jusqu'au premier village espagnol ; là il leur distribua les sept mille francs qui composaient la caisse de l'armée, ayant égard à la position sociale et aux besoins de chacun. Cette somme s'étant trouvée insuffisante, il partagea entre les derniers soixante louis sur quatre-vingts qui formaient sa bourse particulière, et puis on se sépara, afin de pouvoir isolément se soustraire avec plus de facilité à la police espagnole.

 

Paulo et Rougé réussissent à s'échapper, grâce dit-on, à la complaisance du Général Barbot (Marie-Étienne de Barbot) qui fut le condisciple de Paulo à Sorèze.

 

M. de Villeneuve-Crosillat et M. de Villèle, père du ministre des finances, exerçaient fort tranquillement, dans Toulouse, les périlleuses fonctions de trésoriers de l'armée royale de Languedoc : ils se cachèrent après la déroute de Montrejeau, vécurent plusieurs mois dans des entre-deux de plafonds, et furent amnistiés par Bonaparte dont la modération, la fermeté et la justice mirent une prompte fin aux troubles du midi et de l'ouest.

 

Le 4 fructidor, le général Commes écrivait au Directoire exécutif :

 

"Citoyens Directeurs,
L'armée des brigands royaux a été détruite hier par les colonnes républicaines à Montréjeau. Mille rebelles tués, trois cents noyés dans la Garonne, douze cents prisonniers, sept pièces d'artillerie et deux drapeaux ont été le fruit de cette journée. Quatre ou cinq cents rebelles, qui ont échappé, vont se réunir à Saint-Béat ou à Bagnères-de-Luchon. Je suis à leur poursuite. Dans trois jours, ils seront tous exterminés ou ils auront évacué le sol de la République. J'ose vous assurer, citoyens directeurs, que sous peu la tranquillité sera rétablie dans cette division. - Salut et respect.
COMMES".

 

Malgré les recherches les plus actives et les ordres les plus précis, on ne put mettre la main sur Rougé ni sur de Paulo. Cependant le commissaire du Directoire exécutif Lamagdelaine, sur la demande du général Commes, avait envoyé à tous ses collègues du département les signalements que voici :

 

"Marc-Antoine-Jules Paulo, âgé d'environ vingt-quatre ans, taille 1m761mm (soit 5 pieds 5 pouces), cheveux châtains coupés en rond, yeux châtains et petits, nez long, visage maigre et allongé, bouche moyenne, menton long, relevé, avec une fossette à petit trou. Un peu voûté."

 

Rougé, Américain, ex-général ; taille 5 pieds 4 pouces, svelte de corsage, bien bâti, les yeux roux, nez retroussé, menton carré, bouche moyenne, sourcils et cheveux noirs un peu crêpus, visage ovale, teint basané, la figure un peu gravée, le corps roide, parlant gras et très lentement, articulant ferme."

 

Tels sont les portraits des deux principaux chefs de l'insurrection de l'an VII. Le comte de Paulo, contraint à chercher un asile hors de sa patrie, passa d'abord en Espagne puis en Angleterre. D'après M. de Casteras, le comte de Paulo serait rentré en France après le 18 brumaire.

 

Hortense de Beauharnais

 

Il aurait été présenté à Joséphine de Beauharnais et invité plusieurs fois à la Malmaison. Sa beauté physique et son courage ayant séduit la jeune Hortense de Beauharnais, il aurait été question d'un mariage que Bonaparte repoussa ; mais il lui accorda pour compensation sa radiation de la liste des émigrés et un passeport pour Toulouse. De Paulo en profita pour rentrer à Terraqueuse où il fit construire une maisonnette en face des anciennes écuries du château entièrement détruit. C'est là qu'il vécut quelques années avec sa mère et Mlle de Fontanges qu'il avait épousée en Auvergne.

 

Le comte de Paulo, le dernier de son nom, est décédé des suites d'un accident de cheval, à Toulouse, le 16 prairial, l'an XII  (5 juin 1804), à l'âge de 28 ans.

 

 

Parlant de Paulo, Rougé dit dans ses mémoires : "Ce jeune homme, tout de coeur, manquant de tête, sa valeur était bouillante et impétueuse, mais il joignait une ignorance complète de la science stratégique ... Orgueilleux au-delà de toute expression, il était encore de ceux qui s'imaginent que la destinée doit pencher vers les gens de qualité", et il termine en écrivant, "C'était d'ailleurs un homme franc, loyal, incapable d'une mauvaise action, désintéressé, poli et gracieux."

 

Sa mémoire doit être honorée par tous ceux qui chérissent la loyauté, et qui estiment la bravoure et le dévouement. S'il vivoit, le roi n'aurait pas de serviteur plus zélé, de guerrier plus fidèle. Ceux qui ont marché sous ses ordres, ont pu apprécier toute la magnanimité du caractère de ce chef, qui aurait sans doute acquis une réputation durable s'il avait pu joindre à sa bravoure naturelle, l'expérience et les études qui forment les grands guerriers.

 

Il est à noter que Terraqueuse est confisqué comme bien d'émigré à la Révolution ; en effet, le père de Jules de Paulo, Marc Antoine, meurt en Espagne en 1791, mais le domaine n'est pas vendu comme bien national.

En 1806, la propriété est achetée par la famille Carayon-Talpayrac.

 

 

 

Sources :

Histoire de France : depuis la fin du règne de Louis XVI ... - par Guillaume-Honoré Roques Montgaillard - 1827

Mémoires et souvenirs d'un pair de France - par Étienne-Léon de Lamothe-Langon - volume 2 - 1829

Société des études du Comminges ... - G. Dupin - 1983/01 (A1983, T96) - 1983/03

Site de l'Association Sorézienne - Voir ICI

Biographie Toulousaine - Tome II - 1823

Histoire de l'insurrection royaliste de l'an VII - par B. Lavigne - 1887

Revue L'Auta que bufo un cop cado mes - n° 620 - novembre 1996

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