LONGAGES - MURET (31) - ANDRÉ NIEL (1750-1812) - UN CURIEUX COUP DE SABRE
UN CURIEUX COUP DE SABRE
par Suzanne Fouet
Tous les habitants de Muret, ville qui a donné le jour à bien des célébrités, connaissent le Maréchal Niel (Adolphe, né à Muret en 1802, mort à Paris en 1869).
Plus rares sont ceux qui peuvent parler de son oncle : Dominique-André Niel, dont certains documents amicalement placés entre nos mains illustrent l'aventure assez originale qui mit fin, prématurément, à une carrière militaire déjà brillante.
Comme le mentionne une minute d'un extrait des registres de naissances de la Commune de Longages, District de Muret, en date du dixième jour de Thermidor an II, André Niel, fils de Guillaume Niel et de Magdelaine Bajon, naquit à Longages le 18 octobre 1750.
Passant sous silence tout ce que furent son enfance et son adolescence, nous le retrouvons en pleine période révolutionnaire, Chef de Brigade du 12e Régiment de Chasseurs à cheval.
Le Chirurgien-Major Kobelt, du même Régiment, a rédigé à son sujet le Rapport suivant, le 1er Ventôse an II (19 février 1794) :
"Je soussigné certifie que le Citoyen Dominique André Niel, Chef de Brigade du 12e Régiment, a reçu un coup de sabre à la partie droite de la tête, le 17 mars 1793, dans une charge contre les Autrichiens près de Namur, qui a emporté trois grands pouces de crâne en longueur sur un bon pouce de largeur ; qu'il est résulté de cette blessure une déperdition considérable de substance du crâne et que rien n'annonce depuis si longtemps que l'ossification doive se faire : je crois en conséquence que l'ossification du crâne n'aura pas lieu à cause de la déperdition considérable de la substance du crâne et à cause de l'âge du blessé qui a quarante six ans ; qu'il sera toujours obligé d'employer des moyens artificiels pour contenir le cerveau ; que ces moyens ne suppléent qu'imparfaitement la portion emportée du crâne ; l'impossibilité où est le blessé d'élever la voix au ton du commandement et la douleur qu'il éprouve dans tout mouvement qui cause des secousses au cerveau, comme le trot du cheval, la toux, l'éternuement, auront toujours lieu plus ou moins ; que la faiblesse générale dont il se plaint résultant sans doute de l'espèce de paralysie dont il a été menacé dans les premiers jours de sa blessure est sans remède. Je pense aussi que le défaut d'ossification du crâne obligeant le blessé à éviter toute agitation forte ou souvent répétée, il doit observer un régime et des ménagements incompatibles avec l'état militaire."
Après avoir ainsi précisé les conséquences graves d'une aussi originale blessure, le Major conclut :
"Je certifie que la blessure du Citoyen André Dominique Niel le met hors d'état de continuer ses services. En foi de quoi je lui ai donné le présent certificat pour lui servir et valoir ce que de raison.
Fait à Beugnies, à l'Armée du Nord, le 1er Ventôse An II."
Il y avait là, en effet, un état de santé qui eût passionné nos chirurgiens et médecins modernes.
Ce rapport du 1er Ventôse An II est repris en détail par les Officiers de Santé de l'Armée de Réserve chargés en Chef du service de l'Hôpital Militaire de la Montagne à Reims, qui concluent de même. Le 4 Floréal de la même année (23 avril 1794), les membres du conseil d'administration de son régiment autorisent le blessé à faire valoir ses droits à la retraite en se présentant à Paris au Bureau de la Guerre.
Le "représentant du peuple chargé de l'organisation de la cavalerie de toute arme des Armées du Nord et des Ardennes", Vidalin, lui délivra le certificat de paiement de sa solde au grade de chef d'escadron. Ceci provisoirement en attendant que la Commission de la Guerre statue sur la récompense qu'il sera susceptible de recevoir.
Il avait aussi l'autorisation de rentrer dans ses foyers. La Convention accorda à Dominique-André Niel "une pension annuelle et viagère de deux mille quatre cents livres pour récompense de ses services en qualité de chef de brigade du 12e Régiment de Chasseurs à cheval ayant reçu le 19 mars (sic) 1793 dans une charge contre les Autrichiens une blessure à la tête qui le met hors d'état de continuer ses services."
Cette pension, inscrite sous le n° 1986 de la Maison nationale des Invalides, devait être payée "en quatre termes égaux de trois mois en trois mois à dater du seize Floréal de l'An Deuxième." ...
André Niel, réformé, vécut avec sa blessure et "son cerveau au vent" jusqu'à l'âge de 62 ans.
L'extrait de son acte de décès porte qu'il mourut le 11 mars 1812 à deux heures de la nuit, en sa maison de Briodes, commune de Muret. Par testament en date du 27 octobre 1807, il laissait en héritage "tous ses biens meubles et immeubles à son frère Joseph, ex-juge au tribunal de première instance de Muret", ou, en cas de pré-décès de ce dernier, "à son fils Gustave, sous la condition de payer la somme de 3.000 F à son frère Adolphe (le futur Maréchal) et une somme égale à sa soeur Virginie."
Extrait : Société des études du Comminges ... - S. Fouet - 1983/01 (A1983, T96) - 1983/03


